Répétition — à Vidy

Nous n’étions pas retournés à Vidy depuis longtemps, mais Cecci avait repéré dans le nouveau programme une pièce avec Denis Podalydès. Oui, certes, la présentation ne nous disait rien, mais Denis Podalydès, quand même… On l’avait vu plusieurs fois à la Comédie Française, c’est un excellent acteur de théâtre et il l’a prouvé brillamment ce soir dans Répétition, de Pascal Rambert.

Malheureusement, ce n’était pas suffisant.

Répétition: quatre acteurs sur scène, quatre monologues de quarante minute dans un décor moche et sans intérêt. Les quatre personnages, qui portent les prénoms des acteurs (clin d’œil !), travaillaient à une répétition d’un vague objet théâtral (clin d’œil ! Théâtre dans le théâtre, mise en abyme, tu vois ?) et puis il y a eu une histoire de coucherie, et chacun pendant quarante minute donne sa vision du théâtre, de l’art, de la vie, du langage (en disant des gros mots de temps en temps).

Ça a l’air pénible, dit comme ça ? Et bien en fait, ça l’est. 

Cecci dit : « l’ennui était tellement grand qu’il anesthésiait la pensée avant même que le texte s’en charge. »

Ça pontifie, c’est très mal écrit (chacun des personnages parle comme l’auteur et file d’interminables métaphores bancales), les quelques rares idées amusantes flottent dans cette bouillasse comme les lentilles dans une soupe sans lentilles. Malgré les efforts méritoires des acteurs, la pièce reste narcissique, sentencieuse et bavarde.

On pourra me dire que Thomas Bernhard aussi fait des pièces avec des monologues au kilomètre et des phrases qui tournent en rond. Et dans cette maison, on aime bien Thomas Bernhard. Répétition, c’est du Thomas Bernhard du pauvre. Les mêmes trucs, sans le génie.

Cecci dit : « une seule lueur de grâce dans tout cela: la capacité de Denis Podalydès à rendre presque crédible un texte qui ne l’est fondamentalement pas. »

A la fin, tout le monde se couche et une gymnaste vient sur scène. Bon.

Cecci dit : « Après deux heures écart d’ennui mortel, ma patience est trop entamée pour pouvoir supporter un numéro de GRS. »

Un spectacle à fuir.

Knie – 2015

C’est un des indices qui disent que l’automne est proche, le cirque Knie revient vers la Suisse romande (autres indices : le retour des courges et des vacherins Mont d’Or). Pour rappel, Knie c’est le grand cirque de Suisse, pro, bien réglé, quasiment la sortie familiale obligée. La grande question chaque année c’est toujours de savoir s’ils parviendront à dépasser le côté show bien huilé pour trouver de l’émotion et de l’âme. 2015 est pour ça une année moyenne (contrairement à 2013, par exemple). Le numéro de jonglage était réussi, mais très mécanique. Le numéro de portés et de main à main techniquement impeccable, mais d’assez mauvais goût quant aux tenues des artistes (je suis pourtant assez tolérant à la paillette et aux déshabillés). Le clown était Rob Torres, que nous avions déjà vu il y a quelque temps et qui a refait des numéros (très chouettes) que nous connaissions déjà.

Il y a eu une curieuse démonstration de dressage en réponse aux accusations des associations de défense des animaux.

Restent trois moments magnifiques, qui justifient à eux seuls le prix des places. D’abord, un numéro de barre russe, cette sorte de poutre élastique portée à l’épaule par deux costauds, de laquelle une ravissante demoiselle aux longues jambes s’envole et tourbillonne (Trio Stoian). Puis un numéro de chevaux extraordinaire, qui commence avec douze chevaux noirs et blancs formant un carrousel autour de Maycol Errani, auquel se rajoutent bientôt d’autres chevaux jusqu’à remplir toute la piste, le numéro se finissant sur une image merveilleuse, de la grande classe et le rappel de ce fait que j’aime bien : ces grandes familles de cirque sont surtout des familles d’écuyers.

Enfin, la troupe Sokolov (en clôture) monte un numéro de bascule (avec échasses !) dans un esprit XVIIIème siècle punk, façon Amadeus survolté. Très, très, très fort et incroyablement bien mis en scène.

(à noter cette année une affiche magnifique)

Photos presse Knie.

 

La Mouette – Chiten

 

Konstantin « Kostia » Treplev est le fils d’une actrice célèbre acoquinée avec Grigorine, un écrivain à succès, et il ne le vit pas très bien. Au point d’avoir tenté de se suicider. Sa tentative de monter une pièce expérimentale avec la belle Nina ne sera pas non plus un succès, on peut dire que Kostia ne va pas très bien.
Le lecteur attentif reconnaîtra ici l’argument de la Mouette, de Tchekov, que nous avons donc vue, mise en scène par la troupe Chiten (« le point »), venue du Japon jusqu’à Romainmôtier dans le cadre de l’excellent festival des Scènes du chapiteau. Une pièce russe,  jouée en japonais surtitré dans un village perdu du Nord-Vaudois, pour un moment pleinement dépaysant.
Le jeu des Japonais est une expérience sensorielle forte, un engagement de tout le corps et de toute la voix, le flux de mots et de paroles devenant comme une expulsion de l’âme, une grande pulsion psychique nous jetant, par la matière sonore même (cris, syncopes, halètements) jusque dans l’état interne des personnages. L’expérience est intense, pas facile, renforcée par la petitesse de la salle et la proximité des acteurs, et le résultat est exceptionnel. On n’assiste plus aux évènements mais à quelque chose de beaucoup plus étrange – la mise en scène de Chiten semble nous plonger dans l’esprit même de Treplev, au cœur de ses tourments. On n’en sort pas indemne.

PS: je sais que le temps du blog n’est pas celui de l’actualité, mais il reste paraît-il quelques places pour l’unique représentation de samedi 22 août, 18h30. Informations de réservation sur le programme du festival.

[Mise à jour] une autre représentation serait prévue ce dimanche, 15h. Se renseigner auprès de la direction du festival. 

Je parle de la scène. Maintenant, je ne suis déjà plus… Je suis déjà
une véritable actrice, je joue avec bonheur, avec exaltation, la scène
m’enivre et je me sens éblouissante. Et maintenant, depuis que je suis
ici, je sors tout le temps marcher, je marche et je réfléchis, je
réfléchis et je sens que, de jour en jour, mes forces spirituelles
grandissent…

Panique dans le métro – école de cirque de Lausanne

J’ai été tout a fait séduit par le spectacle de fin d’année de l’école de cirque de Lausanne. Intitulé panique dans le métro, il a été présenté en deux versions, celle des classes pré-professionnelles et celle des classes loisir, ces dernières représentant surtout les enfants qui font du cirque comme activité après l’école et qui ont l’occasion, ainsi, de montrer le travail accompli.

Le cirque est pour moi une affaire de corps, d’exploits et de lumières. J’aime y voir des mouvements extraordinaires, mis en scène sans tricherie, exécutés avec l’illusion de la facilité. Je suis heureux de voir les artistes y arriver, dépasser leurs limites, marcher sur une boule, jongler, agir parfaitement coordonnés, tenir des postures au trapèze assis, tourbillonner et s’arrêter au ras du sol accrochés par le ruban. Ça sent la sueur et les paillettes, la lumière est crue et colorée, la musique marque les mouvements. Et le spectacle des classes loisirs de l’école de cirque m’a offert tout ça, avec l’humilité des moyens des jeunes artistes. Oui, ils sont parfois tombés et tout n’a pas marché comme on voulait, mais au cirque on a le droit de se planter, ça donne la mesure des exploits qu’on y accomplit. Les numéros étaient très joliment arrangés et mis en scène, rendant beaux les jeunes gens engagés sur la piste.

Et un spectacle réussi contient ses moments de grâce, quand quelques chose d’étrange se produit et nous transporte. Le très jeune contorsionniste aux allures d’extraterrestre ou les jeunes hommes bondissant sur la bascule, si prêt et si fort qu’on avait l’impression que les corps allaient voler vers les spectateurs.

Un grand bravo aux professeurs, aux entraîneurs, aux élèves pour ces moments de dépassement et de rêve !

PS: l’ensemble du travail autour du spectacle était très pro, du maquillage aux garçons de piste.

Le dératiseur de Hamelin – au petit théâtre de Lausanne

Des notables s’en mettent plein les poches, tout roule, ils banquettent joyeusement, profitent de la situation, jusqu’à ce que survienne une catastrophe écologique, comme on dirait maintenant : prolifération de rats dans la ville. Le maire commence par ignorer la situation jusqu’à ce ses propres entrepôts soient atteints… Et les plus grands scientifiques ne peuvent trouver de solution… Alors arrive l’homme miraculeux, le joueur de flûte, étranger un peu diabolique, venu de loin, qui réclamera son dû pour son « travail ».

La compagnie Pied de biche ose tout, dans cette adaptation du fameux conte des frères Grimm. En premier lieu, ne rien édulcorer, respecter le récit, son contexte, sa morale cruelle. Y ajouter des chansons, de la musique (genre métal épique des années 70 plein de guitares électriques !), jouer sur les changements d’échelle entre vrais acteurs et marionnettes, transformer les décors sous vos yeux, glisser dans la mise en scène des morceaux « pour adultes », sans jamais perdre les enfants. Le tout avec énergie et bonne humeur. 

Marguerite et sa copine ont beaucoup aimé, les parents aussi. On se situe la dans une mouvance à laquelle je rattacherai le travail des Artpenteurs sur le Révizor ou celui de Christian Denisart pour l’arche part à huit heures : un théâtre pour enfants de très grande qualité, qui allie invention, énergie, sérieux et folie, pour le plus grand plaisir de tous.

Bref, du grand art. 

PS: le spectacle joue encore cette semaine, et je crois qu’il reste des places. Foncez-y, ça vaut vraiment le coup ! Le site du petit théâtre.

Un ennemi du peuple – Ostermeier à Kléber-Méleau

Dans une année à l’emploi du temps un peu agité, avec peu de temps disponible pour les sorties, ça peut paraître drôle d’idée d’aller voir une pièce en allemand sur-titré dans une ancienne zone industrielle de Lausanne.

Nous avions adoré les revenants d’Ibsen, adaptés par le même Thomas Ostermeier, et c’est purement sur son nom que nous sommes allé voir cette pièce. Et alors ? se demande le lecteur impatient. Qu’en est-il ?

Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux avec lesquelles on soigne les curistes sont empoisonnées par divers polluants, expliquant les maladies constatées dans l’établissement la saison précédente. Il s’en ouvre au directeur des bains et maire de la ville, son propre frère, ainsi qu’à des amis journalistes, qui se montrent tous très concernés, avant de comprendre qu’une publicité déraisonnable sur cette affaire (ou même la simple conduite des deux ans de travaux d’aménagements nécessaires pour les conduites d’eau…) sera très nuisible à la vie de la ville dont les bains sont la principale source de revenus. Et au fur et à mesure que le récit évolue, Stockmann se retrouve de plus en plus isolé…

L’action de la pièce se déroule à l’origine dans la Norvège conservatrice de la fin du XIXème siècle, mettant en scène un clairvoyant ayant raison au milieu des aveugles qui veulent le faire taire (peut-être la façon même dont l’auteur se voyait ?). Ostermeier l’a transposée dans l’Europe moderne. Stockmann est une sorte de bobo idéaliste, qu’on devine bien marqué à gauche, un type moderne sorti des milieux alternatifs, qui s’occupe de son bébé quand sa femme le lui refile. Le récit et ses enjeux sont tout à fait pertinents, la vérité face à la sécurité économique ou la survie des medias…

La mise en scène n’hésite pas à pousser Stockmann dans ses retranchements, son absolutisme irréductible et son manque de goût pour le compromis (mais peut-il y avoir de compromis dans cette situation ?) lui donnant des airs dictatoriaux… Jusqu’à une scène – un peu gadget à notre goût, même si très bien menée – de réunion publique durant laquelle les spectateurs incarnent la population de la ville.

J’ai été tout d’abord très sceptique face à cette « modernisation » de l’action, avant d’admettre qu’elle fonctionnait très bien et parvenait à tirer de la pièce déjà forte de belles résonances. D’autant que la mise en scène est impeccable, les jeux de décors très astucieux (l’usage malin de l’ambiance squat de l’appartement de Stockman, par exemple), la troupe vraiment très en forme et très intense, tous les acteurs étant excellents (et le fonctionnement parfait des sous-titre associé à mes restes scolaires d’allemand permettant de ne pas perdre le fil). Bref, si nous voyons passer une nouvelle mise en scène du même, ou une autre pièce avec les acteurs de la Schaubühne de Berlin, nous irons la voir !

PS sous forme de politique locale: sans méjuger les qualités de la salle du théâtre Kléber-Meleau, n’est-ce pas un signe de la nouvelle direction du théâtre de Vidy que de ne pas présenter ce spectacle dans la salle Charles Apotheloz ?

Géant – au cirque d’hiver

Quelques mots sur ce blog au sujet de nos sorties de la semaine des fêtes, avant que les dingues à fusils-mitrailleurs viennent nous rappeler quelques vérités bien senties sur la vie, la mort et la liberté d’expression.

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Nous sommes donc allés voir Géant, le dernier spectacle du cirque d’hiver. Le cirque d’hiver Bouglione, c’est comme Knie : ça roule, c’est pro, ça brille, dans le magnifique chapiteau en dur sur les bancs duquel les grands comme moi ont du mal à replier leurs jambes.

Le spectacle présentait le mélange classique (et apprécié) du cirque d’hiver : cirque classique (éléphants, chevaux, ruban, acrobaties) et numéros proches du music-hall (danseuses, grande illusion).

Parmi les réussites mémorables de cette année, un formidable numéro d’acrobaties sur éléphants (des éléphants d’Afrique ?), les flying Mendoza, un beau groupe de trapèze volant brésilien, très frime et très stylés. Un beau numéro de mât chinois par Loesvel et Dismani. J’ai été plus sceptique quant au main à main Momento di passione : deux belles filles soutenaient pour les figures un petit costaud. On voyait bien ici une tentative d’inverser certains stéréotypes sexistes (le cirque n’en est pas dépourvu…), mais le résultat n’était pas très heureux avec deux femmes servant de faire-valoir et portant en force un bonhomme.

Cela ne gâchait en rien le spectacle, rythmé par les numéros délicats du clown Rob Torres. Le numéro le plus surprenant ayant été, en première partie, le numéro de Daniel Golla avec son avion radiocommandé – rythmé, épatant, poétique, une grande réussite.

Ce sont d’ailleurs ceux deux là, Daniel Golla et Rob Torres qui apparaissaient dans le magnifique tableau final du spectacle, dans un jeu de lumières extraordinaire. Bref, un très bon cru 2014-2015 pour le cirque d’hiver !


Le révizor – Les Artpenteurs

XIXème siècle. Soit une petite ville russe de province, loin de la capitale. Le gouverneur, le juge, le chef des écoles, le directeur de l’hôpital et celui des postes sont dans l’inquiétude : ils ont appris qu’allait arriver un révizor, un fonctionnaire impérial, incognito, chargé de d’examiner que la petite ville tourne bien. Or, tous ces braves fonctionnaires d’état s’en mettent plein les poches et le peuple grogne…

Arrive en ville un jeune homme, Ivan Alexandrovitch Khlestakov, un de ces nobles dispendieux accompagnés d’un serviteur fidèle que la littérature russe aime bien. Khlestakov n’a plus un sou, il est désespéré et voilà que la chance lui sourit… les notables le prennent pour le revizor, et tentent de le corrompre ! Le gouverneur va même l’inviter chez lui, où sa femme et sa fille ne resteront pas insensibles au charme petersbourgeois du jeune homme…

Le revizor est une comédie très grinçante, très acide, sur la comédie des apparences, la corruption, la gémellité… Une pièce un peu folle, dont nous avions vu il y a longtemps une très bonne représentation à la Comédie Française.

XXIème siècle : les Artpenteurs sont une troupe de théâtre de Suisse romande, intègre et talentueuse, qui aime se lancer dans les défis les plus fous. (comme monter un western sous petit chapiteau, ou arranger un spectacle de lecture de textes de SF). Là, associée avec le Petit théâtre de Lausanne (dont on ne louera pas assez le bon goût de la programmation), ils ont eu l’idée dingue de monter cette comédie pour des enfants. En condensant l’intrigue sur 1h15, avec des danses et des chansons (en russe) ! Nous y avons emmenés Rosa et Marguerite, assises au premier rang avec d’autres enfants, et elles ont tout saisi et tout compris. Les magouilles, l’argent qu’on échange, les illusions et les espoirs déçus.

Pour réussir ce pari, les comédiens, accompagnés par la metteuse en scène Evelyne Castellino, on joué sur une condensation du texte, un jeu hyper physique, tout en énergie et en image, et des personnages identifiés par des masques, très réussis. Le spectacle est un tourbillon d’élans, d’idées, de situations qui se percutent. Il y a des gags tout le temps, du premier au dernier plan, et toute l’intrigue passe, à travers le mouvement et l’humour.

Une très très grande réussite, qui nous a laissés enthousiastes, et essoufflés. 

Une nouvelle date a été programmée à Lausanne le 16 novembre. Foncez, si vous pouvez !

 

Knie 2014

Quelques mots pour dire que nous sommes allés voir le spectacle 2014 du cirque Knie. (voir ici mon billet de l’année dernière). Cette fois-ci, aucun nom n’a été donné au spectacle, la mode de baptiser les créations annuelles passe peut-être ?

Avec Knie, pas de mauvaises surprises. C’est pro, riche, bien réglé. Le spectacle se déroule sur roulements à billes, avec de très belles lumières, un orchestre live, des numéros de grande qualité. Sans être aussi émouvant que celui de l’année passée, le spectacle de cette année est très réussi. Les comiques suisses ont été remplacés par un vrai clown, David Larible, un peu survendu peut-être, mais très doué dans un registre classique et poétique. Un gros bonhomme dans un pantalon trop large, jonglant avec sa casquette, faisant des gamineries et des jeux rigolos avec le public, notamment une très drôle de mise en scène d’extraits du Trouvère de Verdi, avec participation de trois membres du public.

On a aussi retrouvé les danseurs/acrobates/jongleurs ukrainiens de la troupe Bingo, qui assurent une très belle intro au spectacle, ainsi que de beaux intermèdes. Les numéros de chevaux étaient très bien, complètement magiques, et celui joué par la toute petite fille extrêmement touchant. Mettre en scène la famille est un classique des vieux cirques familiaux, mais qui marchait mieux ici par exemple que chez Grüss où ça sentait un peu la poussière.

Si on ajoute un numéro chinois de diabolos hallucinant de technique, un numéro d’équilibre sur échasses par une montagne de muscles, et un beau numéro de roue infernale-qui-fait-très-peur (avec un tapis au sol pour les moments les plus flippants, j’ai apprécié l’attention).

Bref, un spectacle très homogène, de qualité suisse (à prononcer avec un l’accent d’un alémanique s’essayant au français). Je pense que dans le registre de cirque classique, on est dans le très haut du panier. Et, ultime critère de qualité, les enfants ont adoré.

The Valley of Astonishment – aux Bouffes du Nord

Ce fut notre première visite au fameux théâtre des Bouffes du Nord. Une salle magnifique, entre romantisme et post-apo, qui dont les peintures (faussement ?) écaillées et les teintes ocres n’auraient pas déparé à Yirminadingrad.

The Valley of Astonishment est une « recherche théâtrale » menée par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne – et notre premier spectacle de Brook. Cette pièce jouée en anglais met en scène médecins et patients atteints d’anomalies neurologiques (une mémoire prodigieuse, synesthésie avancée, ou bien une absence de proprioception), avec notamment le personnage de Sammy Costas, « femme au nom d’homme » qui voit sa mémoire inifnie envahie de nombres après s’être trop produite sur une scène de music-hall.

Théâtralement, c’est impeccable, conforme au dogme K. (sur lequel je reviendrai un jour) : les acteurs jouent juste, jonglent avec les personnages, leurs voix, leur corps. Kathryn Hunter est formidable, les autres sont très bien, il y a de la musique sur scène, très réussie. Grâce et émotion, la classe.

Cecci a par contre été embêtée de découvrir qu’une grande partie du texte venait du livre « une prodigieuse mémoire », du grand neuropsychologue russe Alexandre Luria, le personnage de Sammy étant décalqué de celui de Solomon Shereshevsky. Les plus beaux passages de la pièce (l’oeuf blanc sur le mur blanc, le passage tiré de Dante…) étant extraits texto du livre de Luria, qui n’est mentionné nulle part ni sur le programme, ni sur le site Internet du théâtre. 

Rien de complètement étonnant à tout cela, Peter Brook s’intéressant depuis longtemps au travail de Luria (il a monté une adaptation du livre susmentionné en 1998). Reste à comprendre comment cette pièce s’insère dans le travail de Peter Brook…