Tiens, je vais essayer un truc jamais fait sur ce blog. Raconter une pièce de théâtre avec cinq ans de retard. On va prendre pour ça un ton un peu plus personnel.
Donc nous sommes en juin 2021. Pendant Covid, before Ukraine and Trump 2 and Iran, vous vous rappelez ? Cecci et moi vivons à la campagne, dans un vallon encaissé au pied du Jura (un trou, comme dit une de mes collègues). Notre village est petit, mais plus haut dans le vallon, il y a un autre village, le dernier avant le col, Vaulion. Si notre village est reculé dans la campagne Vaudoise, Vaulion est le village qui est derrière le village reculé.
Or, donc, nous apprenons qu’une pièce de théâtre expérimentale sera représentée à Vaulion, fruit d’une création au long cours, dans l’ancienne usine de pierres fines.
Les villages de notre région ont souvent abrité de la petite industrie durant les deux siècles précédents, laissant des bâtiments plus ou moins utilisés (et souvent entretenus, Suisse oblige). Et Vaulion a son usine de pierres fines (c’est écrit dessus, j’aimerais vous en montrer une photo mais je n’ai pas été fichu d’en trouver une). C’est un joli bâtiment industriel de plusieurs étages avec une douzaine de fenêtres en façade, grand, mais pas trop (si quelqu’un m’en envoie une photo et peut m’expliquer ce qu’on y faisait exactement, je serais intéressé, je n’ai jamais pensé à demander). Le spectacle, intitulé Acht Ungleich Eins, aura lieu là.
Le projet est complètement fumé. Reconstituer, de manière théâtrale, la série télévisée éponyme de Fassbinder, datant de 1972, une sorte de soap opéra dans un milieu ouvrier. Huit heures de spectacle, découpées en épisodes.
Les acteurices jouent dans l’ancienne usine réaménagée pour devenir les décors de l’histoire, couleurs acidulées 70s incluses. Et, hold on, les spectateurs sont installés dans une petite pièce avec des canapés dans un coin de l’usine et des flux vidéo live retransmettent l’action sur tous les murs, en (au moins) trois streams en parallèle.
Moins de vingt spectateurs pour un projet aussi ambitieux, on est une forme d’art pour l’art qui force le respect.
Et c’était génial et virtuose. Soirée d’été enfoncé dans un canapé à regarder ce qui se déroule à deux pas de soi, comme une série télé filmée et montée en live, dont les acteurs traversent parfois la pièce où on se trouve. Narration rythmée et énergique, acteurs à fond, parlant plusieurs langues, Et l’impression, profonde, de vivre quelque chose de puissant, d’exceptionnel, de beau, fait pour la beauté du moment.
Nous nous souviendrons toujours de ce spectacle, un des meilleurs que nous ayons jamais vu.










































