La rencontre — Cirque Starlight

Le cirque Starlight poursuite une route singulière que j’apprécie toujours autant : tenir sur un fil étroit entre cirque populaire, tournée en roulottes, numéros classiques et « nouveau cirque », un peu conceptuel, tentant de dépasser l’habituelle succession d’exploits pour concevoir un spectacle qui raconte quelque chose. Depuis la première fois où nous les avons vus, en 2010, ils proposent chaque année un nouveau spectacle, dans une ambiance toujours onirique, bizarre et funambulesque, menant à de grandes réussites (Balchimère, 2011, Entresort 2013) ou à des demi-ratages (Aparté, 2012).

 La rencontre se tient dans night club années 50, petites tables rondes, grosses lampes, ambiance festive. Les garçons viennent pour frimer, les filles en groupe boivent un verre dans leur coin, un couple mal assorti tente une romance…

 Ce spectacle ne m’a pas entièrement convaincu : les numéros de clown peinaient à décoller (même si je trouvais que les deux artistes avaient du charme), le spectacle était un peu lent et avec un léger goût de trop peu (trois des numéros annoncés dans le programme n’étaient pas présents, le cerveau aérien, la roue cyr et le hula-hop figurant dans la bande-annonce). Mais au-delà de ces réserves, nous avons pu assister à un paquet de numéros épatants. L’ouverture à la bascule, très bien mise en scène et très réussie, un numéro de mât chinois double avec quatre Tanzaniens extraordinaires de charme et de force (troupe Hakuna Matata), un très beau numéro de corde volante avec Emmaline Piatt qui fait de la balançoire juste sous le sommet du chapiteau, un sourire constamment sur le visage.

 Dans la deuxième partie, j’ai été épaté par le numéro d’adagio (figures et appuis au sol, de groupe) des mêmes Hakuna Matata et surtout par le numéro de patins à roulette acrobatique de Mathieu Cloutier et Myriam Lessard. Je n’avais jamais vu cette technique en scène, où deux artistes tournoient sur une scène minuscule, c’est extrêmement impressionnant.

Malgré mes réserves, La rencontre
est un bon spectacle et plutôt une bonne année pour Starlight. Et la
question de savoir si on peut raconter quelque chose avec un spectacle
de cirque reste ouverte.

 

 

Office Life – Laurent Bortolotti

Nous avons découvert le travail de Laurent Bortolotti lors d’une des premières éditions des scènes du chapiteau. Je me souviens d’un concert tard le soir, d’une formation toute petite et d’un petit homme pâle, presque désarticulé, qui faisait des impros de claquettes en balançant bizarrement les bras. Il paraissait voler juste au-dessus des planches, et disposer d’une étrange réserve d’énergie, presque inépuisable, pour flotter sur la musique.

 Il est revenu aux scènes du chapiteau quelques années plus tard, pour une série de numéros différents : dans certains d’entre eux, le danseur-improvisateur (accompagné de deux compagnons excellents) incarnait un étrange personnage de cadre d’entreprise agressif et orgueilleux, exalté et planant. Quelque part entre CLEER et Gene Kelly.

Ces quelques pièces sont devenues un spectacle entier, à la fois amusant et tragique, avec le même cadre aux yeux fous, l’informaticien et l’ambitieuse directrice marketing. Je ne suis pas amateur de danse (je n’y comprends rien), mais les claquettes exercent sur moi une fascination hypnotique, dans la manière dont les danseurs planent et glissent en antigravité, dont la musique des talons accompagne celle des instruments.

Office life est le nom de cette série de tableaux dansés, entre rêves d’enfance, vie d’artiste et exaltation corporate. Si la construction dramatique est encore en chemin (ce n’est pas une comédie musicale, mais autre chose, une autre sorte d’expérience… encore à définir), les scènes dansées sont comme toujours magnifiques.

Les claquettes, ça me rend heureux.

Office life
, avec Léo Chevalley, Alex Bellegarde, Shyrleen Mueller, Laurent Bortolotti et Thomas Wadelton. En tournée.

La Mouette, selon Ostermeier — à Vidy

C’est une expérience inédite pour nous que de voir deux fois la même pièce de théâtre — dans des mises en scènes différentes ! — en moins de un an. Cet été, nous avions pu admirer la troupe japonaise Chiten dans une présentation très incarnée et intériorisée de la pièce de Tchékov. Quelques mois plus tard, après une résidence au théâtre de Vidy, c’est Thomas Ostermeier qui présente la pièce, en français s’il vous plaît.

On retrouve donc Kostia Treplev, fils de la fameuse actrice Irina Arkadina, qui cuve sa dépression à la campagne et tente de monter une pièce expérimentale devant sa mère et sa cour. Le texte français utilisé par Ostermeier est moderne, et si la pièce n’est pas déconstruite, comme par les Japonais, on la sent fortement entrelardée de considérations contemporaines, dont un hilarant passage sur le théâtre moderne où Ostermeier semble se moquer de tout ce qu’il va faire (ou ne pas faire) ensuite… Ces insertions m’ont fait un peu peur, mais j’avais été déstabilisé de la même façon par le début très 70s de son ennemi du peuple, alors j’ai pris sur moi, d’autant que le texte français est habile et rythmé (il est dû à Olivier Cadiot)

« La Mouette est une comédie avec trois rôles de femmes et six rôles d’hommes. Quatre actes, un paysage (vue sur un lac), beaucoup de discours sur la littérature, peu d’action, tout mon poids d’amour. » (Tchekov) 


Dans la mise en scène de Kostia, Nina en vierge sacrificielle déclame un texte de métaphysique-animiste bizarre, Kostia passe de l’électro à fond, poignarde un cadavre de bouc et s’asperge de sang les bras en croix, ça dépote, et Irina éclate d’un rire moqueur. Pendant les deux heures qui vont suivre, on va accompagner les plaisanteries, le mal-être de ces personnages en vacances au bord du lac, on va assister à leur hésitations et leurs compromissions, sans jamais cesser de les aimer et d’avoir peur, et de nous désoler pour eux. Les acteurs, pour la plupart déjà vus dans les Revenants, sont tous bons, tous brûlants, avec un très beau jeu de corps, de postures, de visages.

D’un point de vue de mise en scène, Ostermeier a adopté une sorte de tréteau façon Commedia Dell’Arte, au bord duquel les acteurs hors scène attendent leur tour. Sur cet espace apparaissent, de façon toute imaginaire, la terrasse, la plage, le salon, la chambre de Trigorine. Tout est impeccablement réglé, jusqu’aus superbes scènes de neige du finale.

La mouette selon Ostermeier est une expérience théâtrale puissante, qui secoue l’âme et noue les entrailles. Il n’y est question que d’art et d’amour. En quittant la salle, je me sentais plus humain.

Zippo – au petit théâtre

Ca commence par la scène du balcon de Roméo et Juliette….


Acte II / Scène II / Le jardin des Capulet.

Entre ROMÉO.

ROMÉO – Il se moque bien des balafres

Celui qui n’a jamais reçu de blessures.

Juliette paraît à une fenêtre.

Mais, doucement ! Quelle lumière brille à cette fenêtre ?

C’est là l’Orient, et Juliette en est le soleil.

Lève‑toi, clair soleil, et tue la lune jalouse

Qui est déjà malade et pâle, du chagrin

De te voir tellement plus belle, toi sa servante.

(…)

JULIETTE – Ô Roméo, Roméo ! Pourquoi es‑tu Roméo !

Renie ton père et refuse ton nom,

Ou, si tu ne veux pas, fais‑moi simplement vœu d’amour

Et je cesserai d’être une Capulet.

Et dans le public, un type se met à faire des blagues, genre « poil au… », pendant que les acteurs tentent de dire Shakespeare. Les enfants dans le public sont troublés (et leurs parents aussi). Les acteurs se vexent, Zippo monte sur scène pour s’excuser, du genre « oh la la, si on ne peut plus rigoler… »

Et il se retrouve coincé. Le génie du théâtre lui apprend qu’il ne pourra repartir qu’une fois que la pièce aura repris, avec lui dans le rôle du personnage interrompu. Roméo ? Non. Juliette.

S’en suit une longue et douloureuse séance d’apprentissages, où le clown Zippo tente désespérément d’apprendre les rudiments du théâtre, tout en pestant, grognant, se moquant et tombant amoureux.

Pièce maligne de méta-théâtre, Zippo tente de faire passer aux enfants quelques idées sur ce que c’est que le théâtre. Et lorsque, enfin, la scène sera jouée, avec tous les mots de Shakespeare, l’attention sera grande !

L’écriture du spectacle est très astucieuse, parfois un peu didactique mais le plus souvent très drôle, et les trois acteurs sur scène sont tous très bons. Rosa a bien aimé, Marguerite a tout compris, même si elle avait peur à cause de cette situation difficile, presque impossible : comment un clown plus très jeune peut-il comprendre quelque chose aux émois d’une très jeune femme ? Mais elle a bien retenu qu’au théâtre, il faut tout apprendre par cœur, puis tout oublier.

Münchhausen ? – au petit théâtre

Une chambre d’hôpital, toute blanche. Un vieux hirsute, à moitié dingue, sur le lit. Dans le coin, un étrange mannequin. On sent presque l’odeur des médicaments, et les exhalaisons corporelles pas très nettes du vieux, à qui son fils, qui fête ses trente ans aujourd’hui, vient rendre visite à contrecoeur.

Une pièce pour enfants qui commence comme ça, ça m’a rendu méfiant. J’avais tort.

Le vieux, c’est le baron de Münchhausen, 296 ans, qui a séduit toutes les infirmières, délire sur son lit, saute, rit, pète, fait des jeux de mots et fait fuser les paradoxes comme des feux d’artifice. Au bout de quinze minutes de représentation, le vieux est mort, le fils rentre dans son studio tout pourri sous les toits et l’histoire commence à exploser, avec l’aide soignante qui rêve d’astrophysique, le meilleur pote qui ne rêve de rien, le fils qui ne comprend rien, le cheval Bucéphale dans le cimetière, le voyage à Gibraltar, en passant par la lune et le Vésuve. Münchhausen ?, ce n’est pas une adaptation des aventures du célèbre baron, c’est une rêverie dans tous les sens, une histoire de joie, de deuil, de vie et de mort, une ode à l’illimité. C’est du théâtre moderne, explosif, à l’écriture speedée (la série Bref de Canal n’est pas loin, c’est peut-être la seule petite limite du truc), qui ose les effets spéciaux délirants, les blagues étranges, le surréalisme. Les acteurs sont tous formidables. C’est du théâtre pour enfants. C’est du grand théâtre. 

From Gibraltar, with love

(spectacle visible jusqu’à la fin de l’année. Allez-y !)

 

Photos de scène : (c) Elisabeth Carecchio

Quai numéro 1 – à la Tournelle

La gare de Vallorbe est une ancienne gare frontière, un grand bâtiment majestueux et décrépit, tout au bout de la ligne de train se rendant du lac jusqu’aux montagnes du Jura. Au bout du quai numéro 1, un baraquement : celui où les bénévoles de l’ARAVOH offrent depuis seize ans café et écoute aux requérants d’asiles et autres migrants accueillis au centre d’enregistrement.

De leur expérience, de scènes vécues, ils ont tiré ce spectacle, fruit d’une écriture et d’une création collective.




Ce soir, on ne va pas parler d’immigration

Le résultat est très réussi, un assemblage faussement hétéroclite de saynètes qui vont du monologue humoristico-amer (le monologue du banc, très beau texte), en passant les chansons, les mimes, les scènes de comédie et d’émotions.

Les auteurs ne cherchent à nous tirer les larmes, plutôt à faire état, témoigner, poser des questions.

 

Que peut-on faire ? Que peut-on dire ?




La pièce dépasse les particularités locales, que ce soient celles de Vallorbe ou celles de la Suisse, elle mériterait d’être relue, reprise ailleurs, d’évoluer encore.

Entre l’immigration de masse, effrayante, et la rencontre individuelle, il y a un vide. L’action de l’Aravoh, et de tous ces groupes locaux interpellés par les grandes migrations, est de tenter d’avancer dans ce vide.

La pièce sera jouée encore le 18 mars 2016 à Chavornay, et le 16 avril 2016 à Vallorbe.

Schumann

La musique de Schumann est/a été/aurait pu être/aurait voulu être. Il faut accepter d’imaginer, accepter l’inaccompli. Les promesses, les esquisses, les suggestions. L’esprit a à peine le temps de se construire une aventure qu’on est passé à autre chose. On hésite, on s’engage, juste assez pour tout voir, tout entendre, puis on glisse pour partir ailleurs. Des symphonies entières sont repliées dans quelques phrases pour piano.

L’orchestre construit pourtant une belle façade, avec feu et souffle, un concerto romantique en trois mouvements, et un moment on peut y croire, quelques minutes durant (la musique, c’est du temps). Mais déjà, à l’intérieur, derrière les belles images, les pensées et les doutes reprennent, et si… et si… Faisons beau, faisons clair, soyons dans le genre, et que tout sonne joyeusement, mais pendant ce temps, à l’intérieur, le piano se recroqueville, se replie et cherche, cherche encore, tous ces chemins qu’on aurait pu parcourir, tous ces chemins qu’on prendra peut-être, un jour, ensemble.

Notes prises après le concert du 16 novembre 2015 de l’orchestre de chambre de Lausanne, direction Joshua Weilerstein, Cédric Pescia au piano. Concerto pour piano op 54 de Robert Schumann.

L’écran de login brille avec insolence. Mot de passe ?
Elle renverse la tête en arrière, geste dérisoire pour détendre son dos et sa
nuque durcis. Yeux clos. Des ronds de lumière grandissent puis disparaissent
sur l’écran noir de ses paupières. Tout est là. En elle. Elle n’a même pas
besoin de se reconnecter, les synapses ont rétabli les liens, elle navigue dans
les rapports, sentiments, les émotions, les données numériques. Elle peut voir
Bronner. Elle le voit. Avec une précision parfaite. Ses fines lunettes, ses
mains de jardinier, la légère palpitation des tendons de son cou pendant qu’il
parle. Elle entend sa voix, la ressent vibrer dans ses os tandis qu’elle est
appuyée contre lui, sous la pluie, entre les orangers en pot. Les mains de
Charlotte se posent sur le clavier comme des oiseaux. Elle sent Bronner, tout
proche. Artificiel. Une marionnette dans son esprit. Un costume dans lequel
elle se glisse. Il faut faire bouger les mains de la marionnette. En accord
parfait avec le personnage. En accord avec celui qu’ils appellent
« José ». Elle entend de la musique. Des notes de piano qui tombent
sur la surface de l’eau. Un ciel d’outre Rhin, rayé de nuages… Images d’un
voyage ancien, souvenirs d’une musique entendue en un temps heureux. Il est
heureux/elle est heureuse, la vibration des accords se prolonge jusque
maintenant, dans ses poignets. Robert Schumann. Bronner/Charlotte a appris à
jouer ces morceaux. Une musique rêveuse, difficile, ça ne coule pas sous les
doigts, tu sais ? Il/elle reconnaît les accords, ils lui sont toujours
à l’esprit au moment d’insuffler le mot de passe, une pensée, un instant de
bonheur : Les scènes d’enfance du pianiste à neuf doigts, sixième partie.

(c) Sébastien Maloron

Répétition — à Vidy

Nous n’étions pas retournés à Vidy depuis longtemps, mais Cecci avait repéré dans le nouveau programme une pièce avec Denis Podalydès. Oui, certes, la présentation ne nous disait rien, mais Denis Podalydès, quand même… On l’avait vu plusieurs fois à la Comédie Française, c’est un excellent acteur de théâtre et il l’a prouvé brillamment ce soir dans Répétition, de Pascal Rambert.

Malheureusement, ce n’était pas suffisant.

Répétition: quatre acteurs sur scène, quatre monologues de quarante minute dans un décor moche et sans intérêt. Les quatre personnages, qui portent les prénoms des acteurs (clin d’œil !), travaillaient à une répétition d’un vague objet théâtral (clin d’œil ! Théâtre dans le théâtre, mise en abyme, tu vois ?) et puis il y a eu une histoire de coucherie, et chacun pendant quarante minute donne sa vision du théâtre, de l’art, de la vie, du langage (en disant des gros mots de temps en temps).

Ça a l’air pénible, dit comme ça ? Et bien en fait, ça l’est. 

Cecci dit : « l’ennui était tellement grand qu’il anesthésiait la pensée avant même que le texte s’en charge. »

Ça pontifie, c’est très mal écrit (chacun des personnages parle comme l’auteur et file d’interminables métaphores bancales), les quelques rares idées amusantes flottent dans cette bouillasse comme les lentilles dans une soupe sans lentilles. Malgré les efforts méritoires des acteurs, la pièce reste narcissique, sentencieuse et bavarde.

On pourra me dire que Thomas Bernhard aussi fait des pièces avec des monologues au kilomètre et des phrases qui tournent en rond. Et dans cette maison, on aime bien Thomas Bernhard. Répétition, c’est du Thomas Bernhard du pauvre. Les mêmes trucs, sans le génie.

Cecci dit : « une seule lueur de grâce dans tout cela: la capacité de Denis Podalydès à rendre presque crédible un texte qui ne l’est fondamentalement pas. »

A la fin, tout le monde se couche et une gymnaste vient sur scène. Bon.

Cecci dit : « Après deux heures écart d’ennui mortel, ma patience est trop entamée pour pouvoir supporter un numéro de GRS. »

Un spectacle à fuir.

Knie – 2015

C’est un des indices qui disent que l’automne est proche, le cirque Knie revient vers la Suisse romande (autres indices : le retour des courges et des vacherins Mont d’Or). Pour rappel, Knie c’est le grand cirque de Suisse, pro, bien réglé, quasiment la sortie familiale obligée. La grande question chaque année c’est toujours de savoir s’ils parviendront à dépasser le côté show bien huilé pour trouver de l’émotion et de l’âme. 2015 est pour ça une année moyenne (contrairement à 2013, par exemple). Le numéro de jonglage était réussi, mais très mécanique. Le numéro de portés et de main à main techniquement impeccable, mais d’assez mauvais goût quant aux tenues des artistes (je suis pourtant assez tolérant à la paillette et aux déshabillés). Le clown était Rob Torres, que nous avions déjà vu il y a quelque temps et qui a refait des numéros (très chouettes) que nous connaissions déjà.

Il y a eu une curieuse démonstration de dressage en réponse aux accusations des associations de défense des animaux.

Restent trois moments magnifiques, qui justifient à eux seuls le prix des places. D’abord, un numéro de barre russe, cette sorte de poutre élastique portée à l’épaule par deux costauds, de laquelle une ravissante demoiselle aux longues jambes s’envole et tourbillonne (Trio Stoian). Puis un numéro de chevaux extraordinaire, qui commence avec douze chevaux noirs et blancs formant un carrousel autour de Maycol Errani, auquel se rajoutent bientôt d’autres chevaux jusqu’à remplir toute la piste, le numéro se finissant sur une image merveilleuse, de la grande classe et le rappel de ce fait que j’aime bien : ces grandes familles de cirque sont surtout des familles d’écuyers.

Enfin, la troupe Sokolov (en clôture) monte un numéro de bascule (avec échasses !) dans un esprit XVIIIème siècle punk, façon Amadeus survolté. Très, très, très fort et incroyablement bien mis en scène.

(à noter cette année une affiche magnifique)

Photos presse Knie.

 

La Mouette – Chiten

 

Konstantin « Kostia » Treplev est le fils d’une actrice célèbre acoquinée avec Grigorine, un écrivain à succès, et il ne le vit pas très bien. Au point d’avoir tenté de se suicider. Sa tentative de monter une pièce expérimentale avec la belle Nina ne sera pas non plus un succès, on peut dire que Kostia ne va pas très bien.
Le lecteur attentif reconnaîtra ici l’argument de la Mouette, de Tchekov, que nous avons donc vue, mise en scène par la troupe Chiten (« le point »), venue du Japon jusqu’à Romainmôtier dans le cadre de l’excellent festival des Scènes du chapiteau. Une pièce russe,  jouée en japonais surtitré dans un village perdu du Nord-Vaudois, pour un moment pleinement dépaysant.
Le jeu des Japonais est une expérience sensorielle forte, un engagement de tout le corps et de toute la voix, le flux de mots et de paroles devenant comme une expulsion de l’âme, une grande pulsion psychique nous jetant, par la matière sonore même (cris, syncopes, halètements) jusque dans l’état interne des personnages. L’expérience est intense, pas facile, renforcée par la petitesse de la salle et la proximité des acteurs, et le résultat est exceptionnel. On n’assiste plus aux évènements mais à quelque chose de beaucoup plus étrange – la mise en scène de Chiten semble nous plonger dans l’esprit même de Treplev, au cœur de ses tourments. On n’en sort pas indemne.

PS: je sais que le temps du blog n’est pas celui de l’actualité, mais il reste paraît-il quelques places pour l’unique représentation de samedi 22 août, 18h30. Informations de réservation sur le programme du festival.

[Mise à jour] une autre représentation serait prévue ce dimanche, 15h. Se renseigner auprès de la direction du festival. 

Je parle de la scène. Maintenant, je ne suis déjà plus… Je suis déjà
une véritable actrice, je joue avec bonheur, avec exaltation, la scène
m’enivre et je me sens éblouissante. Et maintenant, depuis que je suis
ici, je sors tout le temps marcher, je marche et je réfléchis, je
réfléchis et je sens que, de jour en jour, mes forces spirituelles
grandissent…