Tête haute – au Montfort théâtre

Avec Cecci, Rosa et Marguerite nous sommes allés voir ce spectacle « jeune public » au Montfort théâtre, suite à la bonne surprise d’Infinita.

Tête haute est une sorte de conte de fées décalé, avec de nombreuses inventions verbales, du théâtre d’ombre technologique, des projections, du jeu avec des caméras. 

Nous avons détesté.

Pour les inventions verbales, n’est pas Claude Ponti qui veut. Le jeu de projections ressemblait à un gimmick idiot, les quelques trouvailles techniques ne voulaient rien dire, c’était globalement incompréhensible, grimaçant, sinistre, sans queue ni tête. Cerise sur le gâteau, l’idée de déclencher des effets stroboscopiques dans une salle très obscure pleine de petits gamins. A fuir.

Infinita — au Montfort théâtre

Pour la première fois depuis des mois, nous revoici au théâtre, le Montfort, que nous découvrons avec plaisir !

Au fond de la scène, un écran, une projection (encore !) nous montre un enterrement. Puis les personnages entrent en scène, un vieil homme en fauteuil roulant poussé par une grande femme, venu déposer une rose dans une tombe figurée par un carré de lumière… Ca ne va pas être gai.

La famille Flöz est un groupe de quatre clowns allemands travaillant avec des masques. D’étranges figures, des visages à la fois caricaturaux et vrais. Les masques provoquent un sentiment de décalage troublant, d’uncanny valley, qui m’a presque effrayé pendant la première partie du spectacle. Les Flöz nous rappellent que les masques sont étranges et choquent et font peur.

D’autant que les premiers tableaux déroulent un récit pas franchement agréable : un vieil homme, abandonné dans une maison de retraite par l’amour de sa vie, se rappelle des épisodes cruels de sa vie récente (avec les autres pensionnaires, tous des hommes, de son établissement) et d’autres, tout aussi cruels, de son enfance.

Puis le récit se délite, les relations entre les personnages s’épaississent, on part dans l’étrange, l’incongru, jusqu’à un délire jouissif et libérateur. Les dernières scènes, l’ascension finale, sont des merveilles.

J’admire le talent et la technique de ces quatre Flöz. Leur travail me rappelle celui des Artpenteurs, dans leurs pièces masquées (Tartuffe, Peer Gynt, Pinocchio…), ou celui de l’extraordinaire troupe du Piccolo Teatro di Milano pour la commedia dell’arte. Ils restent avant tout des clowns, reconstituant derrière leurs masques les éléments de notre comportement humain, créant des personnages caricaturaux et parfaitement vrais.

Le plus étonnant est de voir ces acteurs incroyablement physiques jouer des impotents : vieillards, enfants, et même un bébé, les connaisseurs (en bébés) apprécieront. Ils incarnent par des petits gestes, des choses minuscules, ce qui fait notre humanité.

Du grand art.

L’arche part à 8 heures – au petit théâtre

Voici ce que dit ma fille Rosa (bientôt sept ans) du spectacle : on parlait beaucoup de Dieu et c’était une histoire de pingouins : il y avait trois pingouins, mais seuls deux pouvaient monter dans l’Arche. On riait beaucoup, surtout quand ils avaient caché un de leurs copains dans une valise. Des fois, c’était un peu effrayant parce qu’on avait peur qu’ils se fassent voir à trois…

La colombe disait toujours qu’elle avait oublié quelque chose d’important et qu’elle allait s’en souvenir. A la fin elle s’en souvient et c’est très drôle, même si ce n’était pas ce que je croyais.

Sur un sujet très « enfantin », voici un excellent spectacle de théâtre à la fois poétique, existentiel et très très drôle. On y parle de la fin du monde, d’amitié, du mythe de Noé et du Déluge, visités en posant des questions impertinentes à la façon d’une certaine tradition juive. L’histoire (adaptée d’un livre allemand écrit par un auteur dramatique, Ulrich Hub) est excellente, personnages et dialogues sont remarquablement écrits et souvent à hurler de rire. Ajoutez à cela des acteurs parfaits (alors qu’ils portent des costumes de pingouins… et de colombe), une mise en scène inventive, des musiciennes/mécaniciennes célestes sur scène, des automates, des marionnettes, une scénographie magnifique (je ne poste aucune photo de l’Arche, il faut la voir), nous avons vu là, avec les enfants, un de nos meilleurs spectacles de l’année. Une co-production de l’excellent petit théâtre de Lausanne, dont on espère qu’elle va tourner loin et longtemps. 

Je conseille aux parents de prétexter sortir leurs enfants pour aller voir cette merveille.

A partir de sept ans.

Mise en scène de Christian Denisart.

Fête magique à Romainmôtier

A la fin de l’été, quelques jours avant la rentrée des classes, à Romainmôtier. Contempler l’abbatiale un moment puis traverser le village, longer le canal dans l’ombre des arbres et rejoindre un creux de terrain. Le grand chapiteau blanc est là, et des tentes, des roulottes, du vin, des poulets à rôtir sur la broche, des balançoires pour les enfants, des amis. Sous le chapiteau, des chaises, une scène de la musique, des contes…  Le jazz manouche de Gadjo  le restaurant un peu fou un peu crado du Quatuor bocal  l’énergie folle du Vufflens Jazz Band, la très belle Maria De la Paz, les contes en Kamishibaï de David Telese, et le folk-tradi-bricolé des Piémontais de la Quinta Rua du Ricetto de Candelo, mes favoris de cette année (salut Gabriele, Guido, Danda !) et tous ceux aux concerts desquels je n’ai pas pu assister. A la nuit, tout s’illumine, les acrobates passent dans des rayons de lumière. Des semaines d’efforts, de constructions bouclées à la dernière minute, mais qui valaient la peine (le petit bâtiment en miroirs dans les arbres, la roulotte, les auvents…), trois jours épuisants et magnifiques, la fête magique du Grand Meaulnes au bord du Nozon. C’était beau et précieux, à la fin de l’été.

Scènes du chapiteau 2013 – Piotr Jaxa

Scènes du chapiteau – Rafa
Scènes du chapiteau 2013

Photos par Piotr Jaxa, Rafael Barria, LK2. Cliquez sur les images pour voir les albums.

Bonjour
Jour de beau
Bolero
Érotomane
Manuel

Elegant
Gandolofo
Faux-monnayeur
Heuristique
Tic tac toc
Toccata
Catastrophe
Ophélie
Lie de vin
Vin nouveau
Vomitoire
Artaban
Banc public
Hic et nunc 

Oncle d’amérique
Ric et rac
Raccourci
Cimeterre
Terrarium
Omnibus
Busiris
Irriguer
Guévara
Aramis
Mise en scène
Scène du chat
Chapiteau

Bienvenue aux scènes du chapiteau !

Perturbation – à Vidy

On saura que Cecci et moi aimons Thomas Bernhard. La puissance de sa parole, son mordant, sa verve caustique. Les textes de Bernhard sont rarement agréables, ses sujets sont durs, mais quelle puissance, quel art ! Le sujet de Perturbation (mis en scène par Krystian Lupa à Vidy dans un spectacle de 3h30) : un médecin et son fils  – qui ne vont pas très bien – rendent visite à des malades, tout autant de corps que d’esprit. 

Malheureusement nous sommes partis au bout d’1h30.  Mise en scène à gros moyens, décors tournants, utilisation abusive des projections (je sais que c’est à la mode, mais stop ! Quand l’action passe dans les projections, je m’étrangle !), et en même temps texte aplati, action étirée, décor imposant plutôt que suggéré… Et surtout, au bout d’une heure, un des personnages qui se balade à poil. Une sorte de point de Godwin du théâtre : quand j’aperçois des organes génitaux masculins sur scène, je comprends que le metteur en scène n’a plus rien à dire… Cecci et moi encourageons d’ailleurs les programmateurs à indiquer sur le descriptif des pièces la présence ou non d’acteurs nus afin que les spectateurs puissent choisir en fonction.

Nous demandons pardon aux acteurs qui, dans tout ce désastre, étaient très bons.

Lectures de science-fiction à l’Echandole

Je passerai pudiquement sur l’exposition Stalker à la maison d’ailleurs, que je n’ai pas du tout aimée. J’avais des attentes liées à la lecture du livre et surtout aux impressions que celui-ci avait provoquées (voir ici), elles ont été bien déçues. 

Après l’inauguration, la maison d’Ailleurs et la la troupe de théâtre des Artpenteurs (dont je dis du bien aussi souvent que je le peux) nous ont proposé dans le caveau de l’Echandole, en face de la maison d’ailleurs, à une lecture de textes de science-fiction sur le thème du post apocalyptique. Lecture agrémentée de sons, boucles, effets d’ambiance, en partie provoqués par le public ! Nous avons eu droit à des séquences bien choisies de La route, du cantique de Leibowitz, d’un curieux roman de Galouye (dont le nom m’échappe) et bien sûr de Stalker. Que dire ? C’était vraiment bien. Et surtout les Artpenteurs remettent ça trois fois tout au long de l’année. Allez-y, ce sera bien !

http://www.echandole.ch/programme/spectacle/radiophonic-sf-system-chroniques-hertzienne/

Programme :

Jeudi 31 octobre 2013, l’extra-terrestre

Jeudi 6 mars 2014, le robot

Jeudi 3 avril 2014, le sur-homme

Jeudi 1er mai 2014, l’homme cybernétique

Blues Jeans – à Vidy

Nous avions manqué ces deux dernières années les spectacles du marionnettiste chinois Yeung Faï à Vidy. Cette fois-ci, nous avons su saisir l’occasion.

Installé dans la petite salle du théâtre, le spectacle met en scène une enfant, fille de paysans, partant pour la ville travailler jusqu’à l’épuisement dans une usine textile à fabriquer des blue-jeans. L’intrigue ne comprend rien de plus, pas de tournants ni de rebondissements, mais l’originalité du travail de Yeung Faï n’est pas là. Le spectacle se veut une sorte de documentaire à charge, monté avec un mélange de techniques étonnants : acteurs réels, projections, marionnettes, extraits de reportages, interviews… tout cela utilisé pour fabriquer des images et des impressions d’une grande force. Là où un reportage, par la mise en scène de cas particuliers et différents, aurait tenu le spectateur à distance, l’utilisation de cette famille archétypale et de cette enfant/marionnette saisit le spectateur droit au coeur, rendant certaines scènes presque insupportables de douleur. L’art et la beauté sont mis au service d’un discours très dur.

La construction de l’ensemble n’est pas parfaite. Si certaines scènes sont des évocations d’une grande puissance (la ferme, au début et à la fin, le patron de l’usine…) d’autres sont plus lourdes et didactiques, utilisant parfois un excès de prouesse pour un discours somme toute assez simple. Ces petites réserves mises à part, on a là un spectacle offrant un traitement très original, assorti d’une maîtrise technique irréprochable.


 

Photos (c) Mario Del Curto

Knie – Emotions

J’ai déjà avoué ici mon goût pour le cirque. Après avoir chroniqué des trucs arty, et d’autres semi-arty, voici le compte rendu de notre passage annuel au cirque Knie.

Knie se présente comme une institution suisse : le cirque national, qui effectue 300 représentations par an, une tournée depuis le fin-fond des Grisons jusqu’au bout de la Romandie. Des dizaines de remorques, une ménagerie qui est un vrai zoo pour les petits, 4000 lampes sous chapiteau, un spectacle très pro, parfaitement réglé, avec des artistes internationaux, tara-zim-boum ! Le côté plus surprenant de Knie pour les Français est le remplacement des clowns par des comiques locaux, jouant à fond sur l’humour suisse, rarement très fin, souvent vulgaire genre comique troupier années 50 (j’avoue, toutefois, j’ai souri au show de Laurent Delahousse l’année dernière dans son rôle d’empêcheur de tourner en rond et d’importun. Sans doute parce que son personnage de Genevois râleur ressemble beaucoup au Français râleur). 

Comme Knie a de l’argent, les spectacles de ce cirque sont aussi l’occasion de voir d’excellents artistes, plus ou moins bien mis en scène.

Le cru de cette année est plutôt très bon, si on enlève les numéros comiques (même s’ils comportent quelques jolis moments, le duo full house livre des numéros un peu vieillots, et Steve Ekely ne m’a pas convaincu). Pour le reste, c’est un spectacle de grande classe, beaucoup plus beau et touchant que d’habitude et je ne pensais pas dire ça un jour d’un spectacle de Knie. Le numéro d’entrée mêlant cavalerie et acrobaties, avec une troupe énergique de danseurs ukrainiens est réellement superbe de fluidité et d’élégance. On a vu aussi un très beau numéro de portés acrobatiques (le duo You & Me), une troupe d’acrobates chinois sur monocycles et une troupe de trapèze volant nord-coréenne épatantes. J’ai été moins convaincu par le spiderman qui marche à l’envers au sommet du chapiteau : OK pour l’exploit physique, mais je n’ai pas le goût du sang et j’ai eu peur tout le temps que ce type se tue (je n’ai vu aucun dispositif de sécurité).

Mais au delà de tout ça, le spectacle était superbe dans le domaine le plus décrié du cirque à l’ancienne : les numéros animaliers. Knie, comme Grüss en France, c’est une famille d’écuyers. Là, les chevaux étaient superbes, les numéros de dressages, cabrés, les tableaux avec chevaux arabes ou frisons hollandais étaient magnifiques, au niveau de ce que fait Alexis Grüss à Paris. Un artiste italien a aussi présenté un superbe numéro de dressage d’oiseaux tandis que le numéro avec les éléphants était extraordinaire. De la beauté, de la finesse et du rêve comme j’en ai rarement vu dans ce domaine. Un très bon spectacle, Amaranthe et Héliflore ne s’y sont pas trompées !

Wouaf Art – Au petit théâtre

Nous avons donc emmené Amaranthe et Héliflore assister à une conférence sur la place du chien dans la peinture occidentale, donnée par mademoiselle Jeannette, dont c’était la toute première conférence en public. Bon. Le micro marchait bizarrement, la moitié des accessoires étaient mal branchés et mademoiselle Jeannette cachait difficilement son admiration pour la grande et belle Linda Beauregard qui parle si bien avec des mots si compliqués. Et puis les objets se sont comportés de manière bizarre, une écharpe s’est transformée en chien, une poubelle s’est mise à… vous n’avez qu’à aller voir le spectacle pour le savoir.

Mademoiselle Jeannette est incarnée par Guandaline Sagliocco (qui a vraiment un chien qui s’appelle Fiona, a appris Amaranthe en la rencontrant en coulisse), la conférence est complètement fêlée, les enfants rient beaucoup, les adultes aussi et on voit même, en prime, une conférence sur la place du chien dans la peinture occidentale (où on apprend pourquoi Pedro, le chien de la famille royale, est poussé de côté dans las meninas).

Ce spectacle a beaucoup tourné, il passera peut-être près de chez vous. En tous cas il, est jusqu’au 15 septembre au petite théâtre de Lausanne, dont je ne peux que louer la qualité de la programmation.

Géométrie de caoutchouc – à Vidy

Imaginez un grand chapiteau de cirque, carré. Vous êtes dedans. Et devant vous, ni scène, ni piste, mais un autre chapiteau, blanc celui-ci. Des ombres évoluent sous sa surface, mains, bras, sirènes, poissons/oiseaux triangulaires… 

Puis un orage éclate et des personnages bizarres s’extraient de sous la toile pour évoluer non plus dans mais hors du chapiteau. Ses suspendre, grimper, sauter, glisser, rebondir, bizarres, désarticulés, comme des toons élastiques. Peu à peu, ils apprivoisent ce nouvel univers, extérieur…

Géométrie de caoutchouc est un spectacle de « nouveau cirque », comme on appelle ce genre de show poético-arty-bizarre. Les dix premières minutes sont un peu longues, nous avons failli sortir, d’autant que nos deux satellites Amaranthe (6 ans) et Héliflore (5 ans) trouvaient toutes ces ombres assez intimidantes. Mais quand elles ont vu les personnages dévaler les pentes, sauter, glisser et rebondir, nous les avons entendues rire et nous sommes restés, à raison, pour profiter de ces étranges visions. Exploration d’un monde, exploits de sauts, interactions d’une troupe, d’un peuple, avec une bien étrange machine de toile, de poids et de cordes, Géométrie de caoutchouc offre des images merveilleuses. Et à la fin, quand tout s’effondre et se replie, Héliflore, qui a tout compris, s’est réfugiée dans nos bras en pleurant.

Un spectacle d’Aurélien Bory, avec huit acteurs formidables. Jusqu’au 15 septembre au théâtre de Vidy, à Lausanne.