
Années septante. Musique funk, plein de orange et de brun. Des bureaux cozy dans une maison bourgeoise, des machines métal et plastique qui manipulent des textes, des employés dont on a l’impression qu’ils ont tous fait un PhD en littérature anglaise. Turner arrive en retard, c’est le geek et le marrant du groupe en plus d’être super beau mec (ben oui, il est joué par Robert Redford). Les processus de sécurité (caméras et cctv, flingue dans le tiroir de femme qui fait l’accueil, agent de sécurité…) laissent penser que cet endroit qu’on croirait être un institut de recherche en littérature relève de quelques activités liées aux services secrets. Mais services secrets façon John Le Carré, avec des gens qui ont fait de bonnes universités, d’importantes disparités sociales et plein de petits détails de vie quotidienne.

Trente minutes de film plus tard, Turner est seul, traqué par toutes sortes de tueurs qui veulent lui trouer la peau. Il erre dans New York, regarde chaque inconnu comme s’il pouvait être un type lancé à ses trousses…
Je ne rentre pas plus loin dans l’histoire, elle tient plutôt la route mais elle n’est pas si importante. Un intello on the run, des tueurs, une ambiance paranoïaque, des agences dans les agences, des plans à l’intérieur des plans, on est dans le monde de la grande défiance envers le gouvernement.

Face à ça, un type gentil, paumé, assez compétent et pas mal viril quand même (je vous ai dit qu’il était joué par Robert Redford?) qui va se faire aider par une femme un peu artiste de gauche, sympa et résolue.
Note en passant : la relation du héros traqué avec la femme sympa à l’appartement très doux m’a fait penser à la relation du héros du film la prisonnière espagnole qui est lui aussi traqué et aidé par une fille super jolie, qui vit seule et qui a un apparte où votre bonne copine pourrait habiter. Bien sûr, ça ne tourne pas de la même manière dans les deux films.
Note en passant 2 (oui, je structure ce texte comme je veux) : le film oppose le monde techno-urbain / dur, à des intérieurs féminins (celui de Sam et Mae, celui de Kathy) doux et fiables. Dans ce monde d’états cruels et de gros méchants, le monde des femmes est fiable et sûr. Ca rend la scène de bagarre dans l’appartement de Kathy d’autant plus intense.
Note en passant 3 (j’ai dit que je structurais comme je voulais) : un des gros hics du film est que Turner force Kathy à l’aider, ce qui crée une tension entre eux (no surprise). Il la menace et la ligote (alors, mademoiselle, ça fait quoi d’être ligotée par Robert Redford ?) et la menace de viol flotte partout dans la scène. Alors pourquoi, pourquoi, avoir mis une scène de sexe kitchissime entre eux ? Vraiment, pourquoi ?

A part ça, ce film est super cool. D’abord parce que l’histoire, la narration sont très bien. Plein de suspense, de bonnes scènes, de surprises… J’ai marché à fond.
Ensuite parce que les acteurs. Outre les principaux (Redford et Faye Dunaway, que j’aime beaucoup), le film est plein de seconds rôles super, notamment Max Von Sydow dans le rôle du tueur, mais aussi tous les pontes de CIA, Higgins, les collègues du héros dans les premières scènes, etc.

Ensuite, j’ai aimé la photo et la plastique du film. L’attention portée aux couleurs, aux choses, aux fringues : la machine bizarre qui tourne les pages des livres, les téléphones, les chaises, l’inscription sur la porte des toilettes, la veste de Robert Redford, les lunettes, la voiture de Kathy, la cafetière… J’accumule, mais je veux dire par là que les objets comme les gens semblent être à leur place et font vivre une époque et des lieux, bien que le film soit une pure distraction (un personnaage jeté dans une aventure extraordinaire).
C’est là, je crois, ce qui me plait le plus dans ce Condor. Le monde du personnage principal s’effondre, chaque recoin peut cacher un tueur. Donc il porte sur le monde, le monde commun, de tous les jours, un regard écarquillé, il le regarde avec une attention soutenue aux détails, à sa fragilité, à ses petites joies, à ses beautés. Au délà de son chouette thriller, les trois jours du condor est un très beau film qui regarde son cadre et son époque et nous les donne à voir.
