Lavinia – à la grange de Dorigny

 La Grange de Dorigny programme souvent des spectacles expérimentaux, plutôt de petit format. On y était allé voir une « tempête » d’après Shakespeare avec Prospero en père absent dans un fauteuil, ou bien une présentation de l’oeuvre scientifique d’Anita Conti sous forme d’une interview demi-imaginaire.

Lavinia est une adaptation scénique du texte d’Ursula Le Guin qui fait vivre, dans son propre récit, la femme d’Enée, Lavinia. Le texte, tel qu’il est présenté, est l’évocation d’un fantôme : une femme d’un passé lointain et le personnage inaccompli (parce que femme ?) d’un récit fondateur de la culture européenne.

Sur scène, Lavinia est représentée par trois actrices et par un dispositif technique complexe de captation de mouvements, qui fait vivre un personnage projeté sur un grand écran. Les photos vous donneront une idée de ce à quoi ça ressemble.

Le spectacle est né de la rencontre entre ce récit et ces technologies, et les deux marchent très bien ensemble. Les techs sont bien mises en scène, les actrices très présentes et au milieu de tout cela le fantôme de Lavinia prend vie devant nous, avec ses cheveux enflammés et ses prières de guerre en latin.

Nous nous sommes laissés fasciner par cette belle création visuelle et sonore.

Fantasio – au TKM

Fantasio est une pièce de Musset qu’il n’aura jamais vue sur scène, la création d’un jeune homme de 22 ans, qui rêvait de théâtre et voulait secouer cette forme d’art. L’histoire se passe dans une Bavière de fantaisie. Fantasio est un jeune bourgeois criblé de dettes, désabusé par les temps, aspirant à l’absolu, bref : un romantique.  Sur un coup de tête, il s’engage comme bouffon du palais.

Au palais, le roi marie sa fille au prince de Mantoue pour éviter la guerre. Et la jeune princesse est triste, because le mariage, bien sûr, et parce que Saint-Jean est mort. Saint-Jean, c’était le bouffon précédent, elle l’aimait, et son poste (vacant) qui a permis à Fantasio de s’engager.

L’ensemble donne un conte de fées un peu dark et grinçant, plein de passages méta, de répliques marrantes et de situations un peu absurdes, mais où le cœur souffre quand même. Ça donne aussi un excellent spectacle, qui émerveille et rend heureux.

La mise en scène de Laurent Natrella avec huit jeunes comédiens est formidable. Le début m’a fait un peu penser au Roméo+Juliette de Baz Luhrmann : silhouettes stylées, maquillées, aux genres fluides, avec une sorte de Mercutio androgyne super stylé.e en narrateurice (qui ponctue le récit de chansons et de passages musicaux). 

Il y a tout ce que j’aime dans le théâtre : un monde imaginaire fort, de la suggestion, des images dingues (le roi, perché sur son trône trop grand… Fantasio assis au bord de la scène et comptant le temps qui passe…), du jeu très (très) physique, des émotions puissantes… les acteurs sont tous incroyables. Fantasio, bien sûr, à la fois brûlant, moqueur et fragile, et la princesse enfantine et volontaire, et le prince de Mantoue, sorte de Freddie Mercury surexcité… je ne les cite pas tous mais tous portent la pièce, haut et loin.

Je suis encore habité par les images créées sur scène : Fantasio couchant la princesse dans son lit, la prisons, les déguisements du prince et de Marinoni, son aide de camp… C’était magnifique. Et ça joue encore jusqu’au 15 octobre, foncez si vous êtes dans le coin !

(photos de scène (c) Lauren Pasche pour le TKM)

Histoires sans gloire… — à la Tournelle

 

Histoires sans gloire et pratiquement sans péril pour 4 voix sur pente raide, par le collectif moitié-moitié.

 

Nous avons vu hier soir à la Tournelle, près de chez nous, un spectacle très curieux, difficile à résumer et très recommandable. Quatre chanteurs, deux hommes et deux femmes, soprano, alto, ténor, basse, font un récital de « chants de montagne », ce type de chanson à la poésie un peu fanée exaltant la beauté des sommets, les pâtres, leurs troupeaux, les chalets, ou la douceur de la rivière du Doubs. Du type, « là haut, sur la montaaaagne, l’était un vieux chalet ». Tout ça, très suisse, très alpestre. Chant choral, montagne, etc. 

Sauf que. Mais.

Le récital déraille un peu, puis un peu plus. Dans le comique, dans le bizarre, dans l’inquiétant. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, juste des choses qui se passent sur scène, des effets, des sentiments, des accumulations de voix, des scènes dialoguées… Les chanteurs deviennent comédiens, des situations absurdes apparaissent, on rit parfois, on est perplexe, on rit plus, on est de plus en plus perplexe… La mise en scène (et en lumières !) est habile, on est saisi, et à la fin, curieusement, on entend vraiment la montagne, là, dans notre petite salle de théâtre. La montagne, ses silences et ses peurs. On part des chansons, on arrive à Derborence.

Ce spectacle étonnant m’a vraiment intéressé et troublé, bien plus que des trucs bien plus prétentieux vus de biens plus grands théâtre. Je le recommande chaudement.

Onéguine — au TKM

Deuxième sortie cette année au TKM et deuxième réussite ! Onéguine est un spectacle expérimental, « d’après » Pouchkine, avec peu de gens sur scène et un casque audio sur les oreilles, plein de choses pour me déplaire (bon, il aurait aussi pu y avoir de la vidéo…), et malgré ces restrictions, j’ai beaucoup aimé.

Le concept du spectacle est en vérité très simple : les quatre acteurs et l’actrice (et pianiste) sur scène vous réciter le roman en vers Eugène Onéguine, de Pouchkine. Faire entendre l’essentiel du texte, tout simplement, sans en faire une pièce de théâtre, sans personnages clairement définis sur scène, sans jeu, avec un habillage sonore, un peu de piano, des bougies, trois accessoires. Comme ils ne lisent (ils connaissent les vers par coeur) ni ne déclament, mais parlent à voix souvent basse, murmurant parfois, on entend leur voix glissée dans nos oreilles grâce au casque audio, avec lequel la mise en scène joue parfois.

Ces deux heures de poésie sont une traversée, acteurs, actrice et public tous ensemble. Eugène quitte Petersbourg, part à la campagne, se lie avec le poète Lensky, rencontre Olga puis Tatiana, se bat en duel… Le texte est celui de la traduction d’André Markowicz, que je découvrais pour l’occasion. Octosyllabes rimés, en français, qui donnent une idée de l’écriture brillante de Pouchkine. 

Nous avons, Cecci et moi, une relation particulière avec Pouchkine, dont nous avons découvert l’oeuvre lors d’une conférence-concert au moulin d’Andé, il y a vingt ans de ça. Nous aimons ses nouvelles, son roman d’aventure, la fille du capitaine, et surtout Eugène Onéguine, un des meilleurs livres au monde, de tous les temps, un de mes textes préférés, un de ceux qui réconforte le coeur, qui donne foi en l’humanité et en l’amour. Si vous ne connaissez pas, je ne saurais pas le résumer parce que le résumé ne dirait rien de ce que c’est vraiment qu’Onéguine. Disons que ça parle d’un jeune noble éduqué, dans les années 1820, qui part à la campagne, et qui se trompe beaucoup. C’est surtout un livre qui a l’ambition de donner à la Russie une littérature, de dire voici qui nous sommes, voici nos vies, voici notre monde, et qui invente une langue pour dire tout cela. C’est un livre léger comme des bulles de champagne, et profond, et qui fait rire et pleurer et qui rend heureux. 

Et comme il n’est pas très long on comprend qu’il puisse venir l’idée à une troupe de l’apprendre par coeur et de le dire, en deux heures. Et là, pam !, deuxième chef d’oeuvre, la traduction d’André Markowicz est extraordinaire, une surprise et un émerveillement, je l’ai adorée.

Je parle à peine du spectacle, dans ces lignes, parce que le spectacle se met tout entier au service du texte, ce qui est sa grande humilité et sa grande réussite. Le poème prend vie et nous entraîne et on part à la campagne avec cet imbécile d’Eugène et on tombe amoureux de Tatiana…

Ci-dessous, un extrait de la traduction, pour vous donner une idée.

IV
Quand des orages de jeunesse
Pour Onéguine vint le temps,
Troubles espoirs, tendres tristesses,
Monsieur fut chassé promptement.
Mon Onéguine est libre, il vole :
Coiffé à la dernière école,
Vêtu comme un dandy, enfin
Il voit le monde, il en a faim.
C’est un français irréprochable
Qu’il employait dans tous les cas,
Dansait fort bien la mazurka
Et s’inclinait d’un air affable —
Chacun le dit, à ses façons,
Intelligent et bon garçon.

V
Nous avons tous acquis nos lettres
A la légère, à bouts fortuits ;
Il ne faut pas être grand prêtre
Chez nous pour avoir l’air instruit.
Evguéni, d’après la censure
De gens sérieux, à la dent dure,
Etait savant et vétilleux.
Il avait ce talent heureux,
Dans l’entretien, avec aisance,
D’avoir pour tout un argument
Mais de se taire gravement
Pour les affaires d’importance
Et les sourires féminins
Naissaient à ses bons-mots soudains.

La soirée — le quatuor bocal, au Casino d’Orbe

L’écho du Bout-de-fa est le chœur d’hommes du village (fictif) de Bottoflens, dans le canton de Vaud (en Suisse, précision pour mes lecteurs et lectrices d’au-delà du Jura). C’est aujourd’hui la soirée célébrant le centième anniversaire de cette importante association locale, mais… drame.. entre les membres du chœur qui ont démissionné et ceux qui n’ont pas pu venir, ils ne sont plus que quatre à devoir animer la soirée.

La soirée est un spectacle musical qui se joue dans des grandes salles de village de la campagne vaudoise, exactement l’endroit où le centième anniversaire de l’écho, animé par le Quatuor Bocal : quatre chanteurs, qui se font pour l’occasion comédiens, danseurs, clowns… 

Le public, local, était mort de rire en découvrant la mise en scène de cette société locale, entre assemblées générales formelles et répétitions du mardi soir, relation de ces quatre types avec leurs épouses, sponsoring des entreprises du village, récit des concours de chant mythiques auxquels le chœur a participé au long de son histoire… J’avais moi même assez de références pour trouver tout cela super poilant.

D’autant que le spectacle, mêlant récit, scènes jouées, scènes burlesques et, bien sûr, chansons, a une écriture fine et ambitieuse. Les quatre zozos du quatuor bocal, sans donner l’air d’y toucher, montent un spectacle de salle polyvalente qui tient du théâtre et de la comédie musicale en plus du tour de chant. Ils incarnent tous les quatre des personnages émouvants, bien tenus, auxquels on s’attache au fur du déroulement désastreux de la soirée. La soirée fourmille d’astuces de mise en scène, de petites idées bien vues et de gags bien envoyés. L’exploit n’est pas mince, car sous ses dehors gaguesques, le récit mis en scène est en réalité une histoire triste et mélancolique : celle d’une sociabilité qui s’enfuit, de copains qui se disputent… C’est traité sans méchanceté ni nostalgie, en posant un regard moqueur tendre sur ces quatre types de la campagne vaudoise. La scène finale, montrant les quatre tenter de monter un chant « de la fête des vignerons » bien trop prétentieux, et trop compliqué pour eux, tout en s’engueulant, est un très beau moment mêlant comique et pathétique.

J’ai quelques (petites) réserves : je trouve le spectacle un peu trop long, les medley des chansons des années 70 et 80, même si souvent rigolos, cassent un peu le rythme. Et les gens riaient parfois tellement qu’on manquait des répliques (mais est-ce vraiment mauvais signe ?). Et j’ai chantonné toute la journée du lendemain leur reprise énorme de « I want to be in America » (de West Side Story).

Si vous voyez ce spectacle passer près de chez vous, ne le manquez pas !

Le conte d’hiver — au TKM

Le Conte d’hiver est une pièce de Shakespeare, tardive, qui m’a fait penser au Scapin de Molière en cela qu’elle mêle des thèmes familiers de l’auteur sans plus grand souci de réalisme d’intrigue (ni même de cohérence) mais qu’elle créé un pur objet de théâtre. 

Dans le premier acte, Leontes, roi de Bohème*, soupçonne sa femme de coucher avec son meilleur ami, le roi de Sicile. Il se monte toute une imagination d’insultes et de crimes contre lui, essaie de faire empoisonner son pote, fait enfermer sa femme. Tout le monde, même l’oracle d’Appolon, lui dit qu’il a tort, mais il s’obstine et fait toutes sortes d’horreurs. 

Et après ce début très sombre, on passe à une ambiance beaucoup plus comédie, avec le bébé abandonné de la reine recueillie par un paysan qui élève la jolie princesse, dont le prince de Sicile tombe amoureux. Déguisements, quiproquos, pastorale, danses, chansons, clowns, et à la fin tout le monde se retrouve et s’embrasse.

La mise en scène de l’agence de voyages imaginaires est d’après Shakespeare, ça veut dire qu’ils ont trituré le texte et l’objet de la pièce, ce qui peut présager du pire comme du meilleur. Là, on était du côté du meilleur.

La compagnie monte cette pièce depuis vingt ans (!!!). C’est drôle, chatoyant, musical, bourré d’idées. Les acteurs sont excellents, jouant chacun une poignée de rôles, passant de l’un à l’autre avec une perruque, une paire de lunettes… L’histoire et sa métahistoire sont présentes, on les voit se déguiser, se maquiller, bouger les décors, tout en restant dans le récit. On s’inquiète pour la reine Hermione, on rit de voir le fripon berner le berger, on a peur de la folie du roi…

J’ai aimé les costumes flashy, les grandes couronnes des rois, la musique sur scène jouée par les acteurs, le prince et la princesse déguisés à la fois ridicules et touchants, les chansons en italien de l’escroc, les personnages transformés en marionnettes à la fin quand on n’a plus trop le temps de raconter les retrouvailles, les maquettes de bateau, la mise en scène de l’ours.

C’est du théâtre comme j’adore : n’oubliant jamais qu’il est du théâtre, un moment de jeu et de joie, où on croit aux histoires sans oublier que ce sont des histoires. Où la magie est présente. Merci à l’agence de voyages imaginaires pour cette belle création et cette grâce !

Une petite vidéo de bande annonce, qui donne une idée de la mise en scène, mais juste une idée.

* Après m’être documenté sur la pièce, je me rends compte que la compagnie a inversé les deux royaumes.

ACT IV

SCENE I:

Enter Time, the Chorus

Time

I, that please some, try all, both joy and terror
Of good and bad, that makes and unfolds error,
Now take upon me, in the name of Time,
To use my wings. Impute it not a crime
To me or my swift passage, that I slide
O’er sixteen years and leave the growth untried
Of that wide gap, since it is in my power
To o’erthrow law and in one self-born hour
To plant and o’erwhelm custom. Let me pass
The same I am, ere ancient’st order was
Or what is now received

Festival de marionnettes de Neuchâtel

Un tout petit billet pour rappeler deux spectacles que nous avons vus au festival de marionnettes de Neuchâtel.

Le premier : Sans arrêt, par Pierre Meunier et Marguerite Bordat.

Le rapport avec les marionnettes est un peu lointain. Disons que c’est un spectacle autour d’un objet : une tête, celle de Pierre Meunier, sculptée par Marguerite Bordat. Un homme âgé et beau parleur, qui fait des bons mots. Une femme, qui sculpte sa tête et cherche la vérité de l’autre. Ca pourrait être narcissique et bavard et pas du tout.

Je pense que chaque représentation est différente, suivant l’état de la tête. Que les dialogues sont improvisés. Et c’est complètement fascinant : je n’avais jamais vu ça. Une sculptrice à l’oeuvre, la tête et le modèle en même temps, la matière, plastique sous les mains… Ce spectacle ne ressemble à rien de connu. Nous avons beaucoup aimé.

La vidéo ci-dessous en donne une vague idée:

Le second : Babylon, du stuffed puppet theater.

Un groupe de réfugiés, sur une plage, voulant passer en Europe. Dieu, Jésus, le diable, l’ange Uriel et un mouton nommé Pimky. Et un chien.

L’histoire est d’un total mauvais goût (si si), le décor est moche, l’animateur est visible sur scène, avec son pantalon de treillis et ses lunettes noires. Et il a un talent dément pour faire vivre les créatures, au point que je me suis dit plusieurs fois : « tiens, c’est drôle, ses lèvres bougent quand les personnages parlent ! » 

Un spectacle dérangeant qui m’a beaucoup plu aussi.

Boudoir – Stephen Cohen, à Vidy

Un.e artiste à la figure étrange, avec un intrigant maquillage et une tenue super queer, pose et bouge lentement dans des décors insolite. Vous pouvez vous faire une idée en regardant la bande-annonce du show, ici :

https://vidy.ch/boudoir-0

On est allé le voir suite à un article très flatteur du Temps.

https://www.letemps.ch/culture/steven-cohen-lausanne-theatre-fabuleux-dun-mage

Comment ça se passe ?

Vous arrivez à Vidy, le beau théâtre au bord du lac. Vous devez laisser vos vestes et sacs dans le vestiaire car vous allez pénétrer dans un « lieu d’art, plein d’objets fragiles ». Vous vous installez ensuite dans une salle de projection ou vous regardez quatre courts-métrages montrant la créature dans un atelier de taxidermiste (deux fois), au holocaust memorial et Johannesburg et au camp du Struthof. Puis vous pénétrez enfin dans le boudoir, la pièce pleine d’objets d’art fragiles (girafe empaillée, kitscheries religieuses, livres qui s’enflamment tous seuls) où l’artiste déambule dans des lumières étranges et un air pénétré.

Il ne se passe rien de plus que dans la bande-annonce. 

C’est narcissique on ne voit que luel, iel est le centre de tous les regards. C’est plein d’ holocaust-porn. C’est parfois esthétique, tout le temps ennuyeux.

Au-dessus de l’entrée du boudoir, un panneau indique « réservé aux Blancs » (panneau venu de l’Afrique du sud originelle de Cohen). Il est assez juste, il n’y a que des Blancs dans la pièce.

Cecci s’est indignée de voir le spectateur enfermé sur un petit circuit balisé, comme en sortie scolaire ou bien dans une attraction Disney.  Elle a détesté ce solipsisme esthétisant, l’instrumentalisation aussi ego- qu’anthropo-centrée du vivant naturel, réduit à des éléments de parure. Et surtout, absence totale d’émotion face à cet artifice qui ne raconte rien d’autre que ce qu’on déteste, la construction de la figure de l’artiste comme esthète solitaire…

Seul moment touchant, sur une heure de show : le moment où le film laisse voir la main noire du taxidermiste en train de bosser.

C’est l’archétype de la programmation actuelle de Vidy : prétentieux et creux. Ou alors nous ne sommes vraiment pas les gens visés par ce genre de performance.

La meilleure idée du spectacle ? Les billets à prix choisi vendus en ligne.

Les océanographes – à la grange de Dorigny

La grange de Dorigny est le théâtre de l’université de Lausanne. Un beau lieu, avec une salle très agréable, où nous avons déjà vu deux spectacles plutôt intéressants, mais pas chroniqués ici. Ce troisième spectacle s’appelle Les océanographes. Dans un décor de piles de papier, évoquant tout aussi bien les fonds marins que le bureau d’une universitaire, le spectacle met en scène tout d’abord Anita Conti, première femme océanographe, présentée comme un personnage plein de verve et d’esprit, un peu cabotin, observatrice très fine du travail des hommes en mer. Elle a voyagé plusieurs mois à bord d’un terre-neuva, le Bois rose, munie d’une caméra 16mm couleurs, et elle a rapporté des pages et des images d’observations fascinantes, poissons, tripes de poissons et marins.

« Le capitaine est debout 18 heures par jour. Il regarde les hommes. Un homme qui n’est pas regardé est perdu. Pire, il est mort. » (citation de mémoire)

Suivent des projections d’images incroyables tournées par Conti.

La seconde partie du spectacle restitue les propose de deux autres scientifiques, plus modernes, toutes deux aussi utilisant des images venues du fond des océans.

Si, théâtralement, le spectacle était un peu figé, malgré un décor magnifique, il permet une grande plongée dans ce sujet des fonds marins, et, de manière plus générale, dans ce que c’est que le travail scientifique, comment on le fait, comment il nous prend et nous obsède, femmes comme hommes. En cela, et par ses explications sur le rôle de l’image dans le travail scientifique, Océanographes est une pièce tout à fait passionnante.

Petite note intéressante : ce spectacle, mettant en scène des femmes scientifiques, a une équipe créative (presque ?) entièrement féminine.

La vie de Galilée – à la comédie française

Les lectreurs.rices de ces billets l’auront compris, ici, on aime bien le théâtre et en particulier la comédie française. L’auteur de ces lignes a un principe : quand on va voir du spectacle vivant, on aimera environ une fois sur deux. Nous sommes allés deux soirs de suite au théâtre, la première fois pour voir Gabriel, et c’était bien. La deuxième fois pour voir La vie de Galilée, de Berthold Brecht. Et bien c’était l’autre fois sur deux.

La vie de Galilée, notre première pièce de Brecht au théâtre, parle donc, spoiler alert, de la vie de Galilée, présenté comme un type plein d’idées, aimant la science, les mathématiques, sa famille, manger et dormir. Le sujet est quand même assez intéressant.

La mise en scène d’Eric Ruf, le boss de la Comédie, est pleine de pognon. 23 acteurs sur scène, décors énormes et compliqués, costumes de Christian Lacroix.

Nous avons tenu 1h30 et sommes partis à l’entracte. C’était pompeux, didactique, ennuyeux, pesant, sans intérêt.  Plein de blablabla et de trucs ridicules et embarrassants pour les acteurs et actrices sur scène.

Il y a un paquet d’années, on avait vu le Tartuffe, mis en scène par l’administratrice de l’époque de la CF. C’était plein de décors et d’acteurs et c’était nul. Il doit y avoir une malédiction liée aux mises en scène du chef…

La critique est toutefois flatteuse. Moi, j’ai l’impression d’avoir vu une pièce pour bourgeois. Pas mon truc.