Gabriel – au théâtre du vieux colombier

Gabriel est un « roman dialogué » écrit par George Sand dans les années 1830, et c’est une histoire assez cool. Gabriel est l’héritier du prince de Bramante, éduqué dans un chateau isolé dans tous les arts qu’un jeune homme de la renaissance italienne doit savoir maîtriser : monter à cheval, se battre l’épée, lire l’histoire héroïque des grands hommes. Petit détail, toutefois : sans le savoir, Gabriel est une femme, à qui on a fait croire qu’iel était un homme. Est-iel dupe ? Peut-être, peut-être pas… Et surtout, que se passe-t-il une fois que ce personnage noble, intransigeant, héroïque, entre dans le monde ?

On l’aura compris : c’est un beau sujet pour notre époque. Et un personnage intéressant. Et, ce qui ne gâche rien, une bonne histoire d’intrigues politiques, d’héritage, d’amour et de mort.

A partir de ce roman, la troupe de la Comédie Française a crée une pièce de théâtre (ce que voulait George Sand) en concentrant le récit sur huit personnages et en simplifiant l’intrigue. On a vu tout ça au Vieux Colombier, la salle de la rive gauche, et c’était super bien. Acteurs intenses et toujours excellents, avec une mention spéciale pour Claire de la Rüe du Can, dans le rôle titre, mise en scène énergique, costumes impeccables, scénographie pleine d’idées… On a vibré, on a tremblé, on a adoré.

Le grand cahier — à la comédie de Genève

Nous sommes allés voir ce seul en scène à la Comédie de Genève, l’occasion pour moi de découvrir ce théâtre. Valentin Rossier, metteur en scène et acteur, planté au milieu de la scène avec un micro, joue le texte d’Agota Kristof, que je me rappelais avoir beaucoup aimé. J’en rappelle la teneur : deux enfants, des jumeaux, envoyés à la campagne dans un pays générique d’Europe centrale, durant la seconde guerre mondiale, rapportent leurs expériences terrifiantes sans affects ni subjectivité. 

C’est un texte dur, plein de scènes crues et violentes. Valentin Rossier parvient à lui donner vie, dans un dispositif minimal mais efficace. On se laisse prendre par la voix, la parole, le rythme, on est saisi par les nappes de son, emmenés dans la vie amère de ces personnages. J’en suis ressorti secoué et saisi, par un récit qui m’a rappelé, par sa cruauté, et une certaine drôlerie (si, si), les Saisons de Maurice Pons.

Spectacle à partir de 14 ans, mais si vous y emmenez des jeunes gens sensibles, (re)lisez le roman avant. Certaines scènes peuvent être choquantes.

Le Tartuffe, ou l’hypocrite – A la Comédie Française

Nous avions tellement envie de profiter un peu des célébrations autour des 400 ans de John-B. Poquelin que nous avons organisé un voyage à Paris pour aller voir ce Tartuffe en trois actes, mis en scène par Ivo Van Hove.

Pour la faire simple, le metteur en scène néerlandais a tenté de monter la première version du Tartuffe, reconstituée par « archéologie littéraire » (c’est un concept rigolo) excavée et ciselée dans la matière du texte de la troisième et dernière version (et seule dont on dispose). Et, à partir de cet objet bizarre, il joue à explorer quelques idées, que je résumerai ainsi :

Tartuffe est un type ramassé dans la rue, lové dans la famille d’Orgon, et il ne veut pas partir parce qu’il a tout à perdre (donc il va être prêt à mordre !). Il est jeune, pas vilain, et comme le mariage Orgon-Elmire bat de l’aile (rappelons qu’Orgon « revient de la campagne » au début de la pièce et qu’Elmire se remet d’une maladie), van Hove imagine que la jeune épouse a en fait envie de se taper le visiteur (et réciproquement). Troisième idée : madame Pernelle, Orgon et Tutuffe sont des conservateurs, Damis, Cléante et Dorine sont des libéraux progressistes, et il va y avoir du fight social.

Commençons par ce qui était vraiment bien : c’est le Français, ce sont les 400 ans de leur boss, ils fallait mettre le paquet, ils l’ont mis. Les acteurs sont super bons (je les ai tous aimés et j’ai été touché de revoir Podalydès, vieux, parce que, en fait, il est vieux), ils envoient du bois, c’est formidable. La scénographie est très riche, pleine d’idées, avec musique d’Alexandre Desplat, mouvements de décor qui pètent, éclairage puissants et expressifs… Il y avait des moyens sur scène et ça se voyait. Et, même si je n’aime pas tout des partis pris de I.V.H., j’admets qu’il y a des idées et qu’il les a exprimées avec intensité. Vous n’aimerez peut être pas, mais vous en parlerez.

Comme je l’avais déjà dit la dernière fois que j’ai vu la pièce, il s’agit en vérité d’une pièce flippante et désespérée. Le discours de Cléante m’a rappelé l’angoisse des débats contre les « vérités alternatives » sur les réseaux sociaux. Cléante a raison, il le sait, mais il ne peut pas convaincre. Et Orgon lui dit : « tu causes bien, tu es savant, mais tu sais quoi ? OSEF. » Et toute discussion paraît s’enliser et se perdre, les débats et stratégies des libéraux contre l’ennemi ne mènent à presque rien. Le pire est peut-être le fait que Tartuffe n’est même pas un monstre, mais juste un type qui va se bagarrer pour survivre (ce qui le rend encore plus redoutable) et qu’on le comprend. 

Plusieurs effets de mise en scène sont très puissants : le début, qui ressemble à un générique de série très classe. Les arrivées en scène des combattants (pareil que chez les Artpenteurs, la pièce est une série de combats ritualisés). Les lunettes blanches d’Orgon… J’ai ressenti un grand plaisir à voir la précision du jeu, le soin des détails, ambiances sonores et visuelles, lampes qui descendent, pas rythmés des combattants déboulant sur la galerie…

Marguerite m’a dit « c’est super sombre et oppressant ». Et Rosa : « j’ai préféré Scapin. Il s’y passait plus de choses, on rigolait plus et ils sautaient partout »

Peut-être que c’est là la limite de cette mise en scène. Le texte nous glisse quand même que la pièce est sensée être drôle. Et Tartuffe ?, dit Orgon au récit de Dorine, et on voudrait rire, on rit même un peu, parce que Molière écrit des blagues, mais on ne se sent pas tout à fait légitimes. Plusieurs échanges sont du comique léger qui paraît déplacé dans cette ambiance violente. La scène de séduction ambigue entre Elmire et Tartuffe, qui repose sur du sous-entendu allusif, devient ici très très explicite, presque pornographique.

Le spectacle d’I.V.H est puissant, ténébreux, terrifiant parfois. Il insiste sur le côté sombre et angoissé de la pièce, sur notre impuissance face à l’hypocrisie et au mensonge. Et dans notre époque de doute, on ne rigole plus du tout.

Je conclus en citant la critique parue dans le Temps. Alexandre Demidoff, l’auteur, raconte très bien la scène initiale de la pièce, et j’ai retrouvé mes sensations dans son récit.

https://www.letemps.ch/culture/paris-une-messe-noire-un-tartuffe-present-vitriol

Devant vous, en prélude, la scène dans sa noirceur de cratère primordial. Avec ses ficelles, ses passerelles, sa machinerie. C’est là que Tartuffe naît chez Ivo van Hove, sur un air lancinant de sirène, à la lueur des flambeaux. Il est cet inconnu qui s’arrache à nos ténèbres. Un oiseau de proie orphelin de son ciel. Des mains s’affairent autour de lui. Ce sont des mains aveuglées. Elles le déshabillent. Elles le purifient. Elles plongent dans une bassine cet éphèbe maigre comme un rapace en hiver. Elles le rhabillent. Le cravatent. C’est un diable, au fond, porté sur des fonts baptismaux par ceux-là même qu’il va ruiner, comme s’il était l’émanation d’un milieu pusillanime jusqu’à l’inconscience.

Giselle… — au théâtre Benno Besson

Nous sommes allés voir Giselle… au théâtre Benno Besson. C’est spectacle original de François Gremaud, un auteur romand, et qui a tourné en France (ô consécration, pour les Suisses vivant dans l’ombre du grand voisin culturel). Sur scène, quatre musiciens talentueux (flute, violon, harpe et saxophone) et, au devant, une danseuse-actrice conférencière, Samantha Van Wissen.

 

Le sujet ? Giselle (sans les trois petits points), le ballet classique créé en 1841 sur un livret de Théophile Gautier. Le spectacle Giselle… est une conférence dansée sur le ballet Giselle (vous suivez ?)

La talentueuse Samantha Van Wissen va donc nous parler de la naissance du ballet classique, faire des digressions sur le romantisme, puis évoquer en détail le déroulé du ballet, ses décors, ses personnages, quelques interprètes fameux et fameuses. Par moment, elle danse, nous faisant ressentir, percevoir ce que peut être l’exécution de ce ballet.

Disclosure : j’ai déjà vu Giselle sur scène d’un grand opéra européen, il y a vingt ans. Je m’étais prodigieusement ennuyé, surtout parce que je ne connaissais rien au ballet classique. J’ai plutôt envie de le revoir maintenant, et c’est le point positif que je retire de ce spectacle.

Pour le reste, comme m’a soufflé Cecci à l’oreille au bout de cinq minutes, « ça va parler pendant deux heures », et c’est ce qui s’est passé. Pendant deux heures nous n’avons eu que des mots, des mots et encore des mots, pour paraphraser une autre œuvre. Ce spectacle est une gentille imposture, une œuvre d’art qui ne fait que vampiriser une autre œuvre d’art pour construire son petit discours. Oui, les musiciens jouaient très bien (mais pas assez souvent, et une partition un peu moyenne, mais bon), oui j’ai attrapé quelques infos intéressantes (le rôle de la pantomime ou les passages coupés de l’œuvre) et oui Samantha VW a une très belle présence scénique. Mais pour le reste, c’est de la culture bourgeoise, uniquement référentielle. Une création dont la beauté repose uniquement sur celle d’une autre création qu’on renvoie en miroir. Théophile G. et ses copains amateurs de fines jeunes femmes en robes sylphides (bof, les mecs, on a compris que vous étiez un peu glauques) devraient intenter des procès en plagiat à l’auteur de ces trois petits points.

PS: quant au twist final, abyme, jeu avec le texte, scène sur la scène, il ne marche pas. 

Mais quelle comédie ! — A la comédie française


Mais quelle comédie ! est une pièce dansée et chantée montée par la troupe de la comédie française pour célébrer ses retrouvailles avec le public après les très longs mois de confinement. Et, à en juger par l’accueil très chaleureux de la salle, c’est tout à fait réussi. La troupe a monté un spectacle à numéros inspirés par les grands moments de la comédie musicale à l’américaine, le music-hall, l’opérette, la chanson de variété (de Brel à Barbra Streisand)…

Les musiciens sont présents sur scène (et très bons), les actrices et acteurs du français savent jouer, chantent fort honnêtement, dansent plutôt bien. Le programme annonce que la pièce est née d’un travail de réflexion et de partage sur leur métier d’acteurs, la joie de faire partie de cette troupe extraordinaire, les peines particulières liées à ce travail. Un numéro très touchant montre Elsa Lepoivre (que nous avions admirée dans Lucrèce Borgia) montant trois fois sur scène la même journée pour trois pièces différentes tout en attendant un message d’une personne chère dont on ne saura rien. Ce passage est de loin le plus émouvant de la soirée (et par les dieux de l’Olympe, quelle actrice ! Même quand elle joue une bribe de bribe du rôle, on l’entend, elle sonne et résonne…)

Quelques autres (brefs) moments rendent compte de cette vie du théâtre et sont touchants. Pour le reste, ils se cachent et font les guignols pour faire rire. J’ai trouvé les numéros de music-hall poussiéreux, certains moments (le bègue, la voyante) carrément embarrassants. Il y avait de jolie choses dans le reste (Serge Bagdassarian chantant la quête, certains passages dansés) mais je n’ai presque jamais adhéré à ce pot-pourri concocté par des gens talentueux. Le public, lui, a aimé et les acteurs paraissaient heureux. Moi, je n’étais pas avec eux.

Les scènes du chapiteau 2021

Les mégafeux, la pandémie, les talibans… Comme beaucoup j’ai vécu cet été dans l’angoisse du monde et le sentiment de ne pas pouvoir faire grand-chose depuis notre petit coin de campagne pays riche.

Je vais parler ici d’une de mes sources de joie, de vraie joie, celle que donnent l’art, la beauté et le sentiment d’être tous ensemble, de faire ensemble quelque chose de juste.

La fin de l’été, à Romainmôtier, ce sont les scènes du chapiteau, notre petit festival d’arts vivants sur son bout de terrain, entre la rivière, la forêt, le champ de maïs et le cimetière.

On y bénévolise, on travaille ensemble à la construction, à la billetterie, au service, au nettoyage, à l’entretien du terrain, à l’accueil des artistes.

 

Ça dure une poignée de jours. On y trouve les voisins, les amis, leurs enfants, on y fait toujours des rencontres. Des gosses glissent sur la tyrolienne devant le groupe de pop acidulée venue de Fribourg, on admire le danseur et la danseuse de flamenco depuis le bord de scène, un pianiste joue dans un nuage de lumière, une violoncelliste et une harpiste accompagnent un conte persan dans la roulotte-wagon. 

 

On est ensemble, près du feu

c’est la fin de l’été

le vent souffle dans les arbres

est-ce qu’il va pleuvoir ?

Je voudrais que ça dure toujours.

A l’année prochaine,

on se retrouvera !


Merci à tous les artistes qui m’ont fait l’honneur de les laisser les présenter cette année.

 

Sébastien Pittet et Michel Faragalli

Rio Glacier

Stéphane Blok

Donso Matrix

 

Baron.e

 

Adriano Koch

 

La compagnie Contacorde

 

Blossom Monroe

 

 

Les Hang Brothers

 

 

Lümé

Bienvenue

Nucléaire

Air guitar

Tartelette

Lettonie

Nid d’oiseau

Occasion

Onduler

Léviter

Télépathe

Patatras

Travesti

Tituber

Bécassine

Sinécure

Urticant

Enfantin

Incessant

Sans répit

Épicentre

Entrechat…


Charlatan

Temporaire

Herbe à chat…

Chapiteau!

Messieurs mesdames, bienvenue aux scènes du chapiteau !

 

Les fourberies de Scapin – par la Comédie Française

Nous avons emmené Rosa et Marguerite à la salle Richelieu pour la première fois cet hiver, pour voir du Molière monté par Denis Podalydès, autant dire que nous étions certains du genre de spectacle que nous allions voir : du théâtre à la manière du Français, avec un texte bien dit, des acteurs en place, le jeu des corps et des mouvements, les entrées et les sorties impeccables. Et c’est ce que nous avons vu, la salle riait, les enfants riaient et nous riions aussi. La pièce tournait à fond, énergique du début à la fin, de la scène d’exposition à la scène de la galère (et des cent écus) en passant par la scène du sac. 

La mise en scène de Denis Podalydès est riche et chatoyante. Elle place l’histoire sur une scène en travaux (une cale sèche de navires, sur le port de Naples), colore le récit d’Italie, ouvre des pistes d’interprétations originales. Les deux jeunes premiers (Léandre et Octave) sont l’un, bravache stupide, l’autre pleutre. Les deux pères bafoués retiennent une part de dignité et de tristesse. Les deux jeunes femmes paraissent bien légères et on se dit que de Léandre ou de Scapin, Zerbinette la gitane ne choisit Léandre que pour son argent et que s’il n’était question que de s’amuser… 

Scapin, enfin, apparaît nu, sortant d’un enfer éclairé de jaune. Il bondit partout, armé de sa souplesse physique et de son habileté verbale. On se demande pourquoi il ne tente pas de faucher plus d’argent aux deux vieux, pourquoi il aide ces jeunes imbéciles. Et à la fin, le fameux coup de marteau sur la tête, est-ce vraiment une ruse pour se faire pardonner où la toute dernière insolence d’un maître en machinations ? 

Quant à l’écriture… Au premier abord Jean-Baptiste P. se moque du spectateur tout comme de la vraisemblance. On a sur scène deux vieillards avares, deux jeunes inconséquents, deux jeunes filles de naissance mystérieuse, deux valets, et deux fois la même intrigue : le jeune idiot s’est épris/a épousé la jeune fille contre l’avis de son père. Après on se cache, on ruse, on ment, on vole, on se déguise (et le spectateur rigole bien d’autant que tout ça n’est pas très long). 

Je pensais que les fourberies dataient des débuts de la troupe de Molière, quand, avant de plaire au roi, il fallait plaire ou peuple. Pas de peinture de caractère élaborée mais des ruses et des baffes et un personnage de rusé entourloupeur qui arnaque les bourgeois. Mais Molière l’a écrite deux ans avant sa mort, alors qu’il était Valet du roi et un des artistes les plus en vue de son temps. Comme pour se détendre, s’amuser, fuir la bienséance, la vraisemblance, retourner aux sources

De son temps, la pièce a été un échec, la troupe l’a jouée une petite vingtaine de fois. Molière tenait le rôle de Scapin, il avait 49 ans et Denis Podalydès se demande s’il avait encore l’énergie de faire marcher ce personnage et cette pièce qui sont du théâtre pur. L’histoire tient à peine debout, à moins qu’on la pousse à toutes forces, pour en faire un moment de présence pure, de théâtre pur. C’est ce que fait la troupe de la Comédie Française, qui jouait cette pièce pour la 1167ème fois en un peu plus de 300 ans.

Les pièces de Molière me paraissent maintenant comme des œuvres faillibles, bancales, pas si évidentes à faire tourner et à faire vivre. Cela les rend d’autant plus attachantes. 

Photos © Christophe Raynaud de Lage (merci à la Comédie Française de me les avoir transmises)

Défi – au cirque d’hiver Bouglione

Bouglione partage avec Knie le fait d’offrir du cirque traditionnel, à grand spectacle, avec des artistes internationaux, des animaux et des jolies danseuses (qui proviennent d’ailleurs de la même troupe, les Ukrainiens et Ukrainiennes de Bingo). Le spectacle de cette année, Défi, fonctionne très bien et nous a beaucoup plu, malgré des numéros qui n’étaient pas tous d’un immense interêt. Si le spectacle tient, dans ce cas, c’est grâce à la troupe de clowns des Without socks, un trio de clowns muets russes, ambiance cinéma burlesque 1900. Ces trois là ont rythmé l’ensemble du spectacle avec deux numéros principaux (la photo du chasseur et la scène magique qui fait danser) et une poignée de gags qui ont donné une teinte gaie et mélancolique à la représentation. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu de clowns aussi bons (Knie peine à en trouver et ceux de Bouglione de l’an passé, s’ils étaient amusants, ne fonctionnaient pas aussi bien que ces Without socks). 

 

 

 

Le cirque d’hiver profite aussi de sa salle exceptionnelle, à l’atmosphère unique, de son orchestre énergique et son monsieur loyal on ne peut plus classique, qui nous convainc à chaque fois que nous nous trouvons dans un lieu et à un moment exceptionnel.

 

Faisons un petit retour, numéro par numéro.

Après une intro énergique et dansée des artistes de Bingo (que j’admire beaucoup, et dont semblent faire partie les trois femmes du trip cappuccino et Artur Dudov), on commence par un numéro de chameaux de Régina Bouglione, à l’intérêt très limité (je me souviens en avoir eu un bien plus beau chez Knie voici quelques années). Les bêtes tournent paresseusement et amusent par leur balancement. 

 

 

Victoria Bouglione présente ensuite un numéro de cerceaux, avec quelques très beaux passages: cerceau « immobile » en l’air, ou bien Hula-hop avec des dizaines de cerceaux) et quelques beaux effets de clignotements numériques sur des cerceaux illuminés par des leds. Je suis moins convaincu par le côté sexy du numéro. 

 

 

Nuit blanche offrait un très beau spectacle ambiance pierrots de la butte Montmartre avec un couple au monocycle jonglant avec les sphères blanches des réverbères. De beaux gestes et une grande poésie. 

 

 

Je pense que nous avions déjà vu le numéro d’avion radiocommandé de Daniel Golla (mes archives disent que oui, en 2014). Je ne suis pas trop amateur de ces numéros « de drones » mais celui-ci ne manque pas de charme.

Le trio féminin cappuccino (une blonde, une rousse, une noire) présentait un numéro de portés et de main à main techniquement très réussi, mêlant souplesses et mouvements en force, au côté sexy très assumé, avec déhanchements suggestifs, fesses et seins mis en avant dans un vrai défi au bon goût. C’était à la fois intéressant (je crois que je voyais pour la première fois ces numéros « de force » exécutés par des femmes) et embarrassant.

Lancé par les Without socks, le clown allemand Konstantin nous raconte l’histoire d’un petit gros buveur de bière, salaryman années cinquante, qui veut perdre du ventre et termine enfermé dans une variante de la roue cyr. Superbe. 

 

 Puis, avant l’entracte, le numéro le plus WTF de la soirée, en concurrence serrée avec son petit frère du deuxième acte, Evgeny Komisarenko avec ses chiens blancs. On dépasse là le n’importe quoi usuel des numéros de petits animaux mignons pour atteindre une forme de monde parallèle absurde où sept chiens de taille décroissante se dandinent à la queue-leu-leu sur deux pattes. 

 

 

Au deuxième acte, Artur Dudov fait une jolie démonstration de mât chinois, une de mes disciplines préférées. 

 

 

Puis Asel Saralaeva (une belle Kirghize) tente de nous convaincre qu’on peut faire des numéros de cirque avec des chats. Echec, selon moi. Les chiens ridicules semblent au moins capable de se concentrer plus de quinze secondes. Le chats, eux, entrent en scène, font un petit tour et ressortent, ping, pour être remplacés par le suivant qui voudra bien montrer des trucs qu’à peu près n’importe quel chat domestique démontrera un jour où il ne se sentira pas trop feignant. Deuxième moment WTF de la soirée. 

 

 

Natalia et Sampion montent ensuite un numéro original de ruban aériens avec piano. C’est de l’amour romantique de cirque, à la fin les amants s’envolent et s’enlacent dans les airs, avec quelques très belles images magiques. 

 

 

En avant-dernier, le duo AA, portés et main à main de deux super costauds épais comme je suis large. Impressionnant et très bien fait, mais sans réussir à dégager la poésie du numéro du même style que nous avions vu chez Knie. 

 

 

Enfin, en conclusion, un superbe numéro de roue de la mort du Duo Shock, qui fait très très peur.

Je suis frappé en relisant cet article de voir que ce spectacle m’a paru bon alors que le niveau et l’intérêt des numéros était très inégal. Construire un spectacle de cirque qui forme un tout, capture le spectateur pour ne plus le lâcher est un art difficile, et un défi réussi cette année au cirque d’hiver. On essaiera d’aller voir le spectacle l’an prochain ! 

 

 

Campana – Cirque Trottola à Vidy

On ne va plus tellement à Vidy pour plein de raisons, entre leur programmation bofbof (nos deux dernières sorties y étaient très moyennes, l’une d’elles chroniquée ici fut un franc désastre) et notre rythme de vie.

Campana, c’est un spectacle de cirque, avec deux artistes sur scène pendant deux heures. C’est du nouveau cirque, narratif, qui casse un peu les oreilles et griffe parfois les yeux. J’ai eu un peu de mal au début quand la musique déglingue a commencé et que les personnages sont arrivés en braillant, puis, peu à peu on accroche, on se prend aux jeux multiples montés par ces deux artistes, le grand Bonaventure et la petite Titoune. Jeux de lancers, jeux de portés, acrobaties sur une échelle, trapèze volant juste au-dessus des spectateurs en costume de chat… Jeux de clowns cruels, jusqu’à la compréhension progressive de ce qui se joue dans le spectacle, de l’endroit d’où sortent les personnages, de ce qu’ils fabriquent

Contrairement à Knie, on verra un éléphant, un géant barbu poursuivant le temps, un clodo qui s’en prend à un plus petit que lui (tout petit Rififi)… 

Ce Campana est tout le contraire de ce que je disais dans mon billet sur Knie il y a quelques semaines. Pas de corps scintillants, pas de voyeurisme, pas non plus le frisson et la peur du danger (même si les exploits sont là). Campana montre un cirque plus prolétaire, dont les personnages travaillent, manient le balais, les outils et même les grandes forges.

Les images produites sont magnifiques, encore amplifiées par le petit chapiteau. Je n’en ai pas trouvées beaucoup sur le réseau, car une partie de la grâce du spectacle repose sur la surprise et l’émerveillement.

Si ce très beau spectacle passe par chez vous, foncez le voir !

(leur tournée, ici)

Photos Cirque Trottola Campana 2018 (c) Philippe Laurençon

Scènes du chapiteau 2019

Même si je n’en parle pas chaque année, le festival a toujours lieu, le dernier week-end des vacances scolaires (en Suisse). Trois jours de fête magique dans ce creux de verdure, avec les lampions, les constructions en bois, les enfants qui courent partout jusqu’à ce que la nuit devienne très noire, et les concerts et les spectacles. Les Scènes du chapiteau c’est notre festival, par ce qu’on y retrouve tous les copains du village, et des gens qui viennent de loin (amis, amis d’amis venus donner un coup de main pour assembler les structures temporaires) et d’encore plus loin (migrants en demande d’asile venus avec leur énergie et leur bonne humeur). C’est un moment tellement beau que si je voulais inventer une fête magique dans une histoire, je ne saurais que refléter ces mémoires là, c’est tellement beau que rien qu’à évoquer ce souvenir (c’était hier ! seulement hier !), j’ai envie de pleurer d’émotion.

Comme les enfants grandissent, on y reste plus longtemps. Du jeudi soir au dimanche, à la toute fin, pour les dernier applaudissements dans un très beau crépuscule d’été – troisième vague de chaleur sur l’Europe de l’année selon la NASA.

Un tout petit festival écolo, où l’on mange bien, où on boit local, où les musiciens viennent de tout près comme de plus loin. Cette année, j’ai pu écouter plus de concerts, voir plus de spectacles que d’habitude, et je vais tenter d’en dire ici quelques mots, pour un peu plus de souvenirs.

Jeudi soir, nous avons écouté Alfabeto Runico, formation italienne violon/voix plus deux contrebasses. Les chansons des Pouilles étaient réussies (avec de belles orchestrations), le reste marchait moins bien.

Vendredi après midi, un groupe sans nom nous a joué un répertoire sympathique à la Nick Cave. Dommage que le violon ait eu si peu de son.

Vendredi soir, Lada Obradovic Project, un ensemble jazz moderne autour de la batteuse serbe Lada Obradovic. Un moment exceptionnel ! Une musique de chocs, de ruptures, un écho de notre temps.

Samedi j’ai eu un aperçu d’à peu près tous les concerts, même si je n’ai pas pu les écouter tous en entier. Un des plaisirs de faire les présentation est de pouvoir échanger quelques mots avec tous les artistes.

On a commencé avec le Bric à brac orchestra : chansons à jeux de mots dans l’esprit de Boby Lapointe et instruments bricolés. De beaux moments de jeu et de poésie.

Puis j’ai eu quelques aperçus du spectacle Bivouac de la compagnie Matita, dans la forêt.

Nous avons ensuite enchaîné avec un très beau concert de l’ensemble Quatro Vozes autour des compositions d’Edgberto Gismonti, une musique sophistiquée, entre classique et jazz, construite autour de la guitare à six comme à dix cordes. Les musiciens avaient un jeu exceptionnel de précision.

J’ai aperçu des moments du spectacle Itinérances de la compagnie Muances, mêlant danse, violoncelle, jeu théâtral.

Du concert d’Alexandre Castillon et les bookmakers (accompagné à la viole de gambe) je n’ai entendu que la belle reprise de Brassens du rappel.

Au crépuscule, sur la petite scène bleue, a joué un très énergique trio blues venu de Montpellier, My Joséphine, autour de la chanteuse Bett Betty. Ca envoyait du bois !

Puis mon moment préféré du week-end, le concert de No mad ? Cabaret fantastique, interprétant leur spectacle Idomeni. Une magnifique présence scénique, de beaux textes, un univers puissant… Nous avons adoré.

Enfin, dans la nuit tombée, le bateau s’est élancé sur les musiques atmosphériques d’André Losa pour un moment de magie pure.

Avant que la nuit se conclue sur un énergique concert du Barcelona Gipsy BalKan orchestra.

Le dimanche est toujours une journée un peu étrange. L’été, les vacances, le festival se terminent. 

Nous avons eu la chance de re-voir les Colporteurs de rêves, un duo-trio entre cirque et chanson qui déploient une énergie de folie pour un spectacle très drôle, social et réflexif qui s’adresse à tous les âges.

Le festival s’est terminé avec un concert des Zézettes Swing (devenus Bleu Amarante), du néo-Swing 30s-50s plus vrai que vrai avec des compositions au discours écolo sur un ton léger, entre revival Django, triplettes de Belleville et petites touches de Louis Armstrong. Une belle conclusion pour un grande édition.

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