La belle et la bête – Au petit théâtre

Le spectacle de Noël du petit théâtre de Lausanne est leur « grosse production » : généralement la pièce la plus ambitieuse de la saison, souvent une création locale. Nous avons vu lors des saisons précédentes nombre d’excellents spectacles présentés ainsi (l’arche part à huit heures, le dératiseur de Hamelin…)

Cette année, on nous propose une adaptation par Michel Voïta du conte classique de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.

Disons-le tout de suite, c’est du bon boulot: scénographie inventive, acteurs doués (mention spéciale au couple de soeurs méchantes qui forment un très beau duo de comédie grinçante). C’est rare, et digne d’être noté, l’écriture de la pièce est aussi très réussie, gardant par moments des accents du XVIIIème siècle et n’hésitant pas à user d’un beau langage.

La narration est énergique et dynamique, avec ellipses bien posées (certains scènes, cliché et attendues, ne sont tout simplement pas montrées et c’est très bien) et de beaux moments: les tabourets à un pied, le Split-screen sur scène du père entrant dans le palais, les changements de robes de Belle.

On passe un bon moment de théâtre, adultes comme enfants, le spectacle est très recommandable. Sa saison est terminée au Petit théâtre, mais si jamais il tourne et est remonté ailleurs, je vous encourage à aller le voir. 

 

Une remarque plus critique maintenant: Michel Voïta, dans son adaptation, garde l’essence du conte (c’est bien) et en dit quelque chose (c’est bien aussi) : ma théorie est qu’il fait de ce récit le portrait psychologique d’une jeune femme, tous les personnages (bête et méchantes soeurs) représentant des éléments d’un discours intérieur d’Isabelle – Belle. Et tout ça est une bonne idée qui marche plutôt bien, surtout dans la première partie.

Le personnage de Belle, toutefois, n’évolue pas de manière très heureuse: de vertueuse, positive, fantaisiste et simple au début (quand elle se balade avec ses bottes de fermière achetées à la Landi (référence suisse)), elle devient pleurnicharde dans la deuxième partie (pourquoi pas, ça reste dans le ton larmoyant du 18ème siècle) mais surtout très garce dans la fin où elle exerce sa vengeance. Dommage que cette vertu fantaisiste, incarnée par la relation (inventée pour la pièce) avec la fée-marraine ne se maintienne pas jusqu’à la fin.

Je peux comprendre d’un point de vue psychologique ce revirement « garce » de Belle, mais on perd alors la lecture 1er degré du conte, et les enfants ne s’y sont pas trompés. Elles n’ont pas aimé ce que Belle devenait à la fin.

Que ces limites, qui sont plutôt une réflexion sur la narration, ne vous éloignent pas d’un spectacle bien fait et intéressant ! 

 

Extra – au cirque d’hiver

Une expérience intéressante, cette année : aller voir un spectacle de cirque en début de saison. Bouglione fonctionne un peu comme Knie : une troupe permanente réduite (monsieur loyal, les écuyers, les danseuses, l’orchestre live, ouvreuses et garçons de piste), des artistes internationaux de très haut niveau pour un spectacle qui tient ou ne tient pas ensemble. Celui de cette année était réussi, avec une belle unité et ce côté scintillant et plein de lumière (quels éclairages !) qui fait le charme du cirque d’hiver.

Un petit retour rapide sur les numéros:

Au début, un numéro de cavalerie complètement raté de Joseph Bouglione. Début de saison je disais, chevaux un peu en bazar… Curieusement ça a rendu le moment très touchant, montrant une relation tranquille entre dresseur et animaux. Aussi parce que je considère que se louper et réessayer fait partie du cirque : l’exploit n’est pas véritable s’il n’est pas accompagné de quelques échecs.

Un numéro de clowns acrobatiques, les wolf brothers, plein de bonnes idées mais mal calé (encore le début de saison ?). Je serais curieux de le revoir dans six mois.

Steve et Ryan, des clowns burlesques ambiance film burlesque: plutôt crétin, mais on a ri de bon cœur.

Ty Tojo, un jeune jongleur japonais qui jongle avec sept balles dans son dos (Ooooh !).

Le duo Golden dreams, qui représente tout ce que le cirque peut avoir de plus kitsch : un grand costaux musculeux, une grande costaude musculeuse en string cotte de mailles (si !), les deux avec la peau couverte d’or… dans une mise en scène péplumissime d’un numéro de tissu aérien au ralenti : c’était magnifique ! C’était très incongru et très beau.

Trapèze aérien les Flying Mendoças : belle exécution technique, belles filles et beaux gars, j’ai trouvé toutefois que la machinerie déployée gâchait un peu le rythme du numéro.

Duo Frénésie, au mât chinois : beau numéro d’un point de vue esthétique et technique (et j’adore cette discipline), mais il m’a manqué un petit quelque chose pour être pleinement convaincu.

Chloé Gardiol aux cerveaux aériens, encore une très belle discipline et un beau numéro, sobre et réussi.

Régina Bouglione dans un numéro de colombes : ce n’est pas ma tasse de thé, mais les beaux oiseaux blancs rendaient bien dans la lumière et il y avait de belles images. Les enfants ont adoré l’intervention du petit chien touffu tout blanc.

Andrey Romanovsky, dans un numéro de contorsions ambiance tuyau de poêle : magnifique, dans les images et l’ambiance belle époque. 

Liviu Tudor offre un numéro d’assiettes en équilibre avec petit chien débile que j’ai adoré, mêlant le suspense des objets suspendus à l’imprévu de l’interaction avec la bestiole. Incroyable.

En conclusion, à la grande joie de Rosa et Marguerite, un numéro d’éléphants, animé par… les éléphants de Knie ! (puisqu’ils ne peuvent plus se produire en Suisse)

Je trouve toujours ces numéros très étranges, qui ajoutent au côté artificiel et lamé or du cirque la grosse peau, les poils et les formes grotesques des pachydermes. Le numéro cette fois m’a frappé par une image, celle de la bête arrêtée en position de marche suspendue au-dessus des trois jolies filles allongées sur le sol.

Une très bonne année chez Bouglione, nous étions émus en quittant la salle. Si vous voulez du scintillant et de l’épatant, allez-y !

Merci au cirque Bouglione pour la sélection de photos illustrant cet article.

Lucrèce Borgia – à la comédie française

Nous vivons dans une époque où les gens
accomplissent tant d’actions horribles qu’on ne parle
plus de celle-là, mais certes il n’y eut jamais
événement plus sinistre et plus mystérieux.

Nous sommes retournés à la Comédie Française pour la première fois depuis longtemps (si on en croit ce blog en 2010, et ce ne fut pas une réussite). Retour pour un spectacle de patrimoine, Lucrèce Borgia, de Victor H., mis en scène par Denis Podalydès.

Alors, oui, c’est dark.

L’intrigue en quelques mots : Italie, renaissance, noms italiens à gogo, papes corrompus, spadassins, assassins, politiques vils, poisons. Lucrèce Borgia est une femme criminelle, très très mauvaise, qui avec son âme damnée Gubetta a fait emprisonner, étrangler et surtout empoisonner tout un paquet d’ennemis de sa famille. Mais, de ses amours incestueuses, elle a eu un fils qui ignore tout d’elle, vaillant capitaine de soldats au coeur pur sur lequel elle veille en secret, un amour immense et pur dans un océan de noirceur. 


Ah ! C’est qu’une bonne action est bien plus difficile
à faire qu’une mauvaise. -hélas ! Pauvre
Gubetta que je suis ! à présent que vous vous
imaginez de devenir miséricordieuse, qu’est-ce que je
vais devenir, moi ?

Cecci et moi avons beaucoup aimé, même si pour des raisons un peu différentes.

Cecci a aimé les acteurs, très bien posés, intenses, dans tous les domaines. Elsa Lepoivre tenait le rôle très difficile de Lucrèce avec talent, entre pathétique, cruauté et humour. Thierry Hancisse (un de nos acteurs préférés) faisait un très beau Gubetta, méchant et drôle. Gaël Kamilindi était très beau en Gennaro, jeune premier valeureux et noble, là aussi un rôle difficile à tenir sans ridicule. Enfin, Eric Ruf jouait un Don Alphonso magnifique de rouerie et de sentiment. Les rôles secondaires, solides, tenaient tous la route. Les acteurs ajoutaient leur finesse et leurs sentiments aux rôles tranchés à la serpe écrits par le grand Vic.

Cecci a aussi aimé la mise en scène, très lisible, bien rythmée (deux heures vingt sans entracte), avec de très belles images: la gondole au petit matin avec les filles et les hommes en vrac tout autour, Lucrèce avançant sur des planches d’aqua alta, le palais Borgia avec ses lettres énormes et l’horrible et malsaine danse finale de Gubetta avec les amis de Gennaro, tous empoisonnés, jusqu’à l’image finale morbide avec les corps abandonnés contre les poteaux. Waow !

Masques grotesques et insultes. Quels visages sont les plus vrais ?
Le plus beau duo de la pièce, les deux cruels qui s’affrontent et se déchirent.
L’innocent (ici, à droite) paie le prix des machinations des monstres

En plus de tout ça, Le pendu a aimé la pièce, son esthétique noire et sanglante traversée d’humour, de traits d’esprit, de recul sur son propre propos. Hugo fait du Shakespeare à la tronçonneuse, gore, sexuel et réellement drôle même dans les moments les plus tragiques. Le travail de la troupe, en inscrivant cela dans une esthétique un peu gritty-fantasy (je trouve qu’il n’y a pas si loin d’eux à Games of thrones), rendait bien hommage au texte et à ce récit foutraque, bancal et romantique, auquel ne survivent que les pires méchants.

à la bonne heure, voilà parler. Vos fantaisies
de miséricorde vous ont quittée, dieu soit loué ! Je
suis bien plus à mon aise avec votre altesse quand
elle est naturelle comme la voilà. Je m’y retrouve
au moins. Voyez-vous, ma dame, un lac, c’est le
contraire d’une île ; une tour, c’est le contraire
d’un puits ; un aqueduc, c’est le contraire d’un
pont ; et moi, j’ai l’honneur d’être le contraire
d’un personnage vertueux. 

 

J’ai été ému enfin par ce personnage de femme qui se débat entre l’amour dévorant, la culpabilité, la cruauté. Qui se fait cracher à la figure, battre, humilier et qui se défend toutes griffes et lames dehors. Hurlements, murmures et suppliques. Elsa Lepoivre a donné chair et humanité au monstre écrit par Hugo.

J’avais dit que c’était dark. Et super classe.

Knie 2018

Petite année chez Knie en 2018, malgré le titre ronflant du spectacle (Formidable). La recette est toujours la même : numéros familiaux avec chevaux, jolies danseuses (et danseurs) énergiques et numéros internationaux de grande classe.

Voyons les points positifs : on a vu un contorsionniste dément (et terrifiant) : Alexandr Batuev, qui fait des trucs avec ses jambes, ses bras, son corps, tout en étant vêtu en veste et pantalon droit, qui lui donne l’air plus raide. 

Les Fratelli Errani ont recommencé à faire du trampoline (avec les acrobates du Spicy Circus): le résultat dépote tout autant que le numéro de l’an dernier. Trampolines sur la longueur, sauts hallucinants, là aussi la grande classe.

Le couple canadien 2-zen-O a monté un numéro de force en aérien avec un double cerceau, qui rendait très bien mais que je n’aurais pas mis en conclusion.

Enfin, une troupe d’acrobates féminines russes, la troupe Shokov, a montré qu’on pouvait faire des sauts périlleux en jupe longue dans un numéro de balancelles très joliment mis en scène. A les regarder, j’ai ressenti ce sentiment de grande étrangeté surnaturelle qui ne me touche que sur certains numéros est qui est la drogue la plus forte que le cirque me procure. Rien que pour les numéros sus-nommés, cela vaut le coup d’aller voir le spectacle.

J’ajoute à la liste le clown Coperlin, dans un registre de faux numéro de magicien de Las Vegas, dont les tours vraiment très bêtes m’ont bien fait rire.

Les numéros de chevaux et d’animaux, spécialités de la famille Knie, étaient cette année propres et bien montés, agréables à voir mais pas mémorables, à l’exception d’un drôle de tour de corde à sauter à cheval, avec un très beau grand cheval noir.

Du côté des ratés, le numéro cerceau-aérien-piscine de Laura Miller était vraiment du too much n’importe quoi. Ca ne ressemblait à rien. On voyait la tentative, l’idée, mais c’est une idée qui aurait dû être abandonnée.

La seule belle image de ce numéro. On dirait que numéro a été monté uniquement pour la photo.

Côté: ça aurait pu marcher, mais… le numéro en hommage aux éléphants interdits de représentation, sur fond de Dream On, d’Aerosmith, avec les dresseurs en numéro suspendu minimal entouré d’une nuée de drones à led. Alors oui, c’était joli et techniquement impec, mais les robots ne me procurent aucune émotion, sinon un sentiment de peur. L’impression de voir sous le chapiteau des mouvements modélisés d’abord en image de synthèse me paraît tout le contraire de ce que j’attends d’un spectacle de cirque. Et le discours était trop flou (« vous nous avez interdit les éléphants, vous aurez des robots » ?)

Enfin, quelle idée de structurer le spectacle autour de Marie-Thérèse Porchet. Je n’accroche pas du tout à ce personnage vulgaire, criard et ringard, qui fut peut être drôle il y a dix ans mais que j’ai trouvé là très pénible. Résultat de tout ça, si les numéros individuels (à quelques exceptions près) restent de très haute tenue, le spectacle en lui-même ne prend pas. Pas d’univers, pas de lien, pas d’émotion teintant l’ensemble de la représentation. J’ai quand même envie d’aller voir le spectacle l’année prochaine !

Photos (c) presse Knie, merci à eux

Beethoven à l’OCL

J’ai déjà essayé de chroniquer de la musique classique et ce n’est pas facile, parce que je ne suis pas musicien et que parler de la musique avec nos simples mots n’est pas évident. Essayons toutefois car j’ai envie de me souvenir.

Retour à un concert de l’OCL pour écouter le double concerto pour cordes, piano et timbales de Bohuslav Martinu (oui, je sais, on dirait presque un nom inventé de pièce classique chiante) et surtout la symphonie n°9 de Beethoven.

Programmer quelque chose en première partie de la neuvième était assez casse-gueule. Le choix de Martinu se défend bien: cette pièce courte écrite par un Tchèque exilé en Suisse en 1938 est un morceau expressionniste, plein de surprises et d’angoisses, parfois terrifiant, avec une instrumentation surprenante: un double ensemble de cordes, des timbales très présentes et un grand piano utilisé presque seulement comme instrument percussif (ça veut dire qu’on tape dessus pour faire des grands blang pour marquer des temps de la musique).

La neuvième symphonie de Beethoven est une des pièces classiques les plus connues au monde et aussi ma préférée. Je l’ai écoutée enfant au walkman sur une cassette audio avec du souffle dans mon lit avant de dormir (interprétation de Karajan). Ca a été ensuite mon tout premier CD (Harnoncourt, que j’aime beaucoup). Je la connais très bien, cette musique a toujours été là pour moi. Je ne l’avais pas réécoutée depuis plusieurs années.

J’expédie toute de suite les détails du concert: Joshua Weilerstein était très bon, l’OCL précis et en place, comme toujours, le ténor qui lance le O Freunde absolument parfait, le chœur pas tout à fait au niveau mais tenant sa place. Bref, c’était bien.

J’appréhende toujours un peu les concerts de musique classique: on paye cher pour de la musique compliquée qui fait parfois un peu bailler. J’ai tort presque tout le temps. Ici, pour la première fois, je suis entré complètement dans l’oeuvre. J’en ai entendu les surprises et les détails, les merveilles et les tristesses. La neuvième est une réalisation immense, très riche, l’accomplissement d’un artiste au sommet de son art, ce moment où on rassemble tout son savoir, tous les trucs du métier, toute l’inspiration, tout ce qu’on a encore jamais su dire. Elle commence « classique », dans cet équilibre que j’aime chez Beethoven entre la rigueur de la musique d’aristocrates de la fin du XVIIIème et l’expression puissante des sentiments. J’adore les deux premiers mouvements, je pensais ne pas aimer le troisième (qui en fait est très bon, élégiaque) et dans le quatrième le compositeur lâche tout, ose tout, sur la base de l’air le plus simple du monde. L’introduction du thème à la contrebasse dans le silence suspendu de la salle m’a bouleversé. Puis ce sont des crescendos, hymnes de joie, retours au silence, musiques enfantines presque régressive, sautillements, feux de violons, jeux vocaux, jusqu’à la fin.

Une chose que j’ai comprise ce soir: on ne peut pas mettre d’images sur cette musique, je ne peux pas imaginer d’histoire, d’ambiance, de personnages. Ce n’est pas la musique d’une histoire, ce n’est même pas la musique de quelque chose. Elle ne se justifie que par elle-même. Même les mots pour la nommer sont faux. La neuvième, juste un numéro, pour pouvoir en parler.

J’ai lu que Beethoven aimait l’ode à la joie de Schiller depuis son adolescence, qu’il avait déjà tenté plusieurs fois dans sa carrière d’en faire quelque chose avec la musique, jusqu’à ce qu’il arrive à l’intégrer dans ce travail immense auquel l’OCL a bien rendu honneur. La neuvième exprime les mouvements du cœur, depuis l’âge mûr jusqu’à l’enfance, de l’angoisse, la fureur, l’amour, jusqu’à l’espoir et la joie. Elle est une partie de moi.

Et ainsi les artistes se nourrissent de leur propre vie.

Exploit – Bouglione

On pourrait croire à la lecture de ce blog que nos sorties circassiennes se limitent à Knie et à Starlight, mais nous sommes également des amateurs des spectacles du cirque Bouglione, à Paris. Bouglione joue (en hiver, du moins) dans la magnifique salle « en dur » du cirque d’hiver, sorte de meringue 1850 pleine de fauteuils rouges et de lumières scintillantes. Leur programmation est dans un registre de cirque traditionnel international. Clowns, animaux, acrobates, avec des artistes invités venus du monde entier. Tout comme pour Knie, la qualité du spectacle dépend autant des artistes que de la capacité à tout faire tenir ensemble, ce qui tient à des règles subtiles que je ne saurais pas expliciter. Alors, à ce registre que vaut Exploit, leur spectacle 2017 ?

Il est excellent.

Des danseuses, des fauves, un jongleur, des clowns, monsieur Loyal et monsieur Caroli, un orchestre très en forme, des numéros qui font faire oooooh ! et waow !, un bon rythme et une fin un peu mélancolique, tout ce qui fait un grand spectacle de cirque !

Ce qui est assez rare, je suis capable de citer presque tous les numéros de mémoire : du dressage de fauves avec un tigre qui fait des bonds impressionnants. Un numéro de main à mains de deux acrobates espagnoles. Du mât chinois aérien (étrange, oui), très technique et fluide. Un incroyable numéro de clown acrobate de Max Weldy, à base de plongeoir et de trampoline. Une femme-canon (au sens propre). De la voltige équestre hongroise, des petizanimaux mignons pour les petizenfants, un peu de haute école, du jonglage au diabolo très bien mis en scène avec effets de lumières incroyable, un numéro d’équilibre sur les mains hallucinant d’Encho Keryazov, dont la silhouette d’hercule est fascinante, et, en finale, les Navas, un duo pratiquant la roue de la mort. Nous connaissions déjà la plupart des numéros de clown de Rob Torres, mais il était très agréable de voir comment il réutilisait et remixait certains éléments, et nous avons eu du plaisir à le revoir.

A l’exception du travail de Max Weldy (exceptionnel), nous avions déjà vu ce genre de numéros ici ou là, mais le niveau général, la qualité de mise en scène et d’exécution emportait tout. On vient au cirque voir des corps (humains, animaux) accomplir des exploits avec le sourire. Nous avons été gâtés.

Puppet trap – à la Tournelle

Soit Jano, un marionnettiste chilien en tournée au Chili. Soit un flic zélé qui découvre 2 grammes d’herbe dans son sac. Voici Jano en prison, accusé de narcotrafic, au milieu des vrais tueurs. Le voici même jeté dans une cellule du quartier de haute sécurité où tous les types enfermés sont convaincus qu’il est une balance envoyé par la direction pour les espionner.

 

C’est le début de l’histoire (vécue) racontée par Puppet trap, un spectacle pour un marionnettiste (qui anime les marionnettes, sans surprise) et un comédien (qui joue tous les personnages, y compris parfois le marionnettiste). Au delà d’un récit très fort sur l’incarcération et l’intérêt et la difficulté de rester artiste dans les circonstances les plus difficiles (toi ! fais-nous un spectacle !), le dispositif très réduit de la pièce est remarquable. Le jeu de transformations du marionnettiste en marionnettes, la plasticité du jeu d’acteur de Blaise Froidevaux, le montage serré et puissant du récit donnent un excellent spectacle. C’est à la fois horrible et vraiment drôle, comme seules les choses les plus vraies peuvent être drôles.

Amahl et les visiteurs du soir – à l’opéra de Lausanne

Notre heureuse expérience de l’an dernier nous a donné envie de retenter le coup: aller voir un autre opéra pour enfants à l’opéra de Lausanne.

Amahl et les visiteurs du soir est un mystère de Noël de Gian Carlo Menotti, compositeur italo-américain du milieu du XXème siècle. Amahl est un jeune berger boiteux vivant dans le dénuement avec sa mère. Une nuit où l’enfant, rêveur, a vu passer une étoile dans le ciel, toquent à sa porte trois visiteurs venus d’Orient…

Le thème catéchétique pouvait laisser craindre, mais le livret est joliment tourné. A partir de cette adoration des mages, l’histoire parle surtout des relations d’un enfant pauvre et de sa mère, avec douceur et humour. On est loin de la causticité des zoocrates, mais les parents de tous âge pourront suivre le récit avec plaisir et curiosité. La partition a de beaux moments (le choeur des mages, la description de l’enfant) et la mise en scène met en valeur les moments comiques (les mages à la porte de la maison, très bilbo-esques) et les moments merveilleux.

Le plus grand plaisir de ce spectacle vient des voix : le très beau trio de basses des mages, la voix claire de Marie Mury dans le rôle d’Amahl et la très belle présence de Marina Viotti dans celui de la mère. Car au-delà du sujet biblique, c’est l’amour maternel avec ses douleurs et ses déchirements qui est au coeur de cette pièce.

Photos (c) Alan Humerose 

 

Knie 2017

Voici mon billet marronnier : le froid arrive sur la Suisse romande, c’est le temps de la foire aux livres et des 24 heures de lecture à Romainmôtier et celui des premières soupes à la courge, et le moment où le cirque Knie passe dans la région. Chapiteau géant, affiches partout, caravane de dizaines de camions, transportant des centaines de personnes et d’animaux, Knie est comme une vague de paillettes et de spots colorés traversant la Suisse sur un trajet comme un manège, durant toute l’année et passant près de chez vous toujours vers la même période, une sorte de phénomène naturel, inévitable.

Nous sommes allés voir le spectacle, Waow, Rosa, Marguerite et moi et avons passé un très bon moment, avec les belles danseuses-acrobates de la troupe Bingo, le clown Housh-ma-Housh, le comique Cesar Dias avec son joli personnage de séducteur gominé et une scène de chanson déglinguée très marrante. Comme c’était Knie, il y avait de très beaux chevaux, une petite fille en scène avec un poney tellement mignon, un numéro d’enfants avec des chèvres que les filles ont adoré (je ne suis pas trop preneur de ces fantaisies fermières), une mise en scène de leurs chameaux de Gobi, mais aussi un tout jeune homme dans un très beau numéro de poste hongroise, avec deux chevaux noirs et dix chevaux blancs, qui a été un des clous du spectacle. Pour le reste, c’était du très bon niveau, mais du classique : Michael Ferreri sur un numéro virtuose de jonglage avec de petites balles blanches  , un duo sur patins à roulettes tournoyant sur une plate-forme à trois mètres du sol (flippant…), deux numéros d’aériens assez kitsch : Jason Brügger en néo-Icare tout de blanc vêtu, et, dans une mise en scène bateau de très belles figures de sangles aérienne en couple par Valeriy Sychev et Ekaterina Stepanova. Jusque là on est dans du cirque international très classique, très technique, bien exécuté (waow !) mais sans aspérités particulières, ni dans le mauvais goût, ni dans l’émotion.

Deux numéros sont selon moi vraiment sortis du lot : celui de trampoline des frères Errani, par son énergie, sa musique, son rythme et la capacité de ces artistes de se renouveler tout le temps (ils font partie des permanents de Knie). Ce numéro de frimeurs ritals souriants et bondissants était très classique, mais réalisé avec joie et amour, et le trampoline est un agrès qui permet des effets circassiens très étranges de suspension aérienne (j’ai une hypothèse intérieure, mal formulée, qui dit que la beauté du cirque tient à des immobilités étranges dans des formes sans cesse en mouvement – comme les balles du jongleurs qui paraissent suspendues dans la lumière des spots quand le mouvement devient régulier).

Le plus grand waow du spectacle, c’est la troupe Xinjiang, dans un numéro de pyramides humaines ahurissant, et surtout, dans une improbable composition graphique et physique à base de lassos, un très grand moment de cirque.

24 heures de lecture

Un thème un peu absurde (c’est quoi, la question ?) pour un acte un peu absurde également: traverser 24 heures en faisant des lectures à voix haute dans un petit village. Un acte gratuit, inutile, pour la beauté du geste.

On a lu Fatou Diome, Julien Gracq, des contes animaliers, une histoire de poule volante, Douglas Adams…

Il y a eu du slam au caveau. Des bruits du métro. Puis La Boétie. Et des extraits de Stevenson, des chroniques polynésiennes… puis des récits obscurs et douloureux lus dans l’obscurité de La Chapelle Saint Michel. Et le golem, et Christian Bobin (en musique, à la

bougie, dans la tout de l’horloge !), et Céline, et les poèmes de Vinceannet, et Laszlo Krasznahorkai, Nick Hornby, Hélène Merlin-Kajman, et B. Traven et Francis Ponge tout au bout de la nuit. Au petit matin, après un petit déjeuner au coin du feu, on a lu encore : Dostoievski, et Olivier Sillig. Puis Jean-Paul Didierlaurent avant de terminer sur la horde du Contrevent et des contes pour enfants. Il pleuvait ces jours là, mais on était bien.  

 

À l’année prochaine ! 

http://24heures.romainmotier.ch