Summer wars

Je parle de temps en temps de films d’animation par ici. Je suis un grand amateur de l’oeuvre de Myiazaki, mais aussi de celle de Satoshi Kon, malheureusement décédé voici quelques semaines (snif !). Pour découvrir un nouveau réalisateur, sur le conseil de Parrain Cédric, nous avons décidé avec Cecci d’aborder l’oeuvre de Mamoru Hosoda.

Summer wars est un film dont le pitch n’avait pas grand chose pour m’intéresser : il y est question d’un lycéen plus fort en maths qu’en filles, invité par la plus jolie fille du lycée à une partie de campagne – on devine là le catalogue des poncifs de l’univers imaginaire japonais. On y trouve aussi un monde virtuel, Oz, sorte de croisement entre un méga-facebook et Second Life, ou des millions d’avatars font ce que nous faisons tous les jours sur internet : acheter des bouquins, bavarder, déclarer nos impôts, jouer…

Et en fait, summer wars est un film formidable. C’est un film incroyablement énergique, gentil, positif. L’histoire est très maligne, à la fois fraiche, touchante et totalement contemporaine. Le scénario trace le portrait de l’étonnante famille Jinnouchi, l’équivalent japonais d’une famille de vieille noblesse d’épée française, avec son vieux chateau à la campagne et ses fêtes de famille. L’histoire est drôle, palpitante, émouvante, se permettant même de beaux moments contemplatifs (je pense notamment à la scène du petit matin où…)

Graphiquement, l’ensemble est splendide : qu’il s’agisse des décors du chateau, du monde virtuel d’Oz, des scènes de combat dans cet univers… Le film donne à voir, il incarne de grands fantasmes d’informaticien. Il suffit de voir l’inventivité des interfaces que manipule Love machine, la manière dont les avatars interagissent… Là où facebook reste un site internet relativement laid, Oz incarne ce que pourrait être un réseau social pleinement développé.

Bref, c’est beau, c’est intelligent, c’est marrant, c’est poétique, c’est grand public et c’est surtout très positif. Malgré son drôle de titre, il faut voir summer wars.

La délicate rencontre de Kenji avec la grand-mère de Natsuki…

King Kazma, un mon avatar préféré

Le clan Jinnouchi

Et, ce qui m’a vraiment ému, le film est placé sous la protection de John et Yoko

Inception – de Christopher Nolan

Après l’exposition Hopper, nous avons cédé à la mode du moment.

J’ai été séduit par le propose de ce méta-film-d’action : jouons à construire des labyrinthes, des labyrinthes dans les labyrinthes. Ralentissons le temps, suspendons les corps, et que les chutes durent des éternités, le tout jusqu’au vertige. A défaut de personnages sévèrement construits, on a des acteurs sympathiques et aimables à suivre dans tout ce kaléidoscope bruyant.

Cecci a eu du mal à accrocher, rebutée par la lourdeur du mélange, de la musique et de la psychologie des personnages. La présentation des relations père-fils dans le cinéma hollywoodien est pleine de clichés affligeants.

Le tout est filmé avec une certaine élégance et se laisse bien regarder par un bel après-midi d’été.

P.S. : j’avoue avoir été amusé par le rapprochement entre ce film et cet article de Rafik Djoumi, lu sur le site de l’excellent @rret sur images (abonnez-vous!).

Let the right one in

Un grand merci à Hugin & Munin de chez Smith d’en face pour ce conseil.

Je ne dirai pas grand chose, leur billet est très bien. Je suis d’accord avec eux, c’est sans doute un des meilleurs films de vampire qui soient, qui arrive à retrouver ce qu’il y a de plus fort dans ce sujet.

Certes, il y a une banlieue un peu moche, des gros Suédois qui boivent de la bière et des histoires familiales pas marrantes, mais il y a aussi le beau rêve d’un gosse qui se fait une amie extraordinaire.

L’histoire est très délicate, pleine de non-dits et de belles situations. Et une forme de grâce, si, si.

L’appel de Cthlhu – le film

Une brève pour dire que nous avons enfin eu l’occasion de regarder le moyen métrage basé sur la nouvelle l’Appel de Cthulhu.

J’avais le texte de la nouvelle relativement présent à l’esprit puisque je l’ai relue il n’y a pas longtemps. Le film en est une adaptation fidèle, suivant les récits gigognes qu’elle contient et essayant de reproduire le sentiment de découverte progressive de l’horreur.

Le plus intéressant dans cette adaptation, c’est d’avoir tenté de faire une version « années 20 » : le film est muet, dans un joli noir et blanc. Les acteurs, sur-maquillés, joue de façon expressionniste et les décors de R’lyeh sont faits dans le style torturé des expressionnistes allemands. La musique symphonique accompagnant le film est tout à fait réussie, le montage du récit aussi et les astuces de la narration masquent la (relative) faiblesse des moyens engagés. J’ai par exemple beaucoup aimé l’animation image par image de la créature, à la façon de King Kong, ou bien la disparition des pauvres marins dans des angles non-euclidiens… Bref, on a là 45 minutes de film tout à fait distrayantes et intéressantes surtout pour ceux qui, comme moi, sont des admirateurs de la formidable nouvelle de Lovecraft [1].

N’est pas mort qui à jamais dort et qui au long des ères peut mourir même la mort

Voir ici : http://www.cthulhulives.org/cocmovie/

[1] lire la nouvelle en tant qu’auteur m’a beaucoup apporté. La narration distanciée, à travers toute une série de documents, est remarquablement menée et très habile. L’écriture est excellente, et l’effet d’ensemble tout à fait saisissant. J’adore.

Inglourious Basterds – Quentin Tarentino

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Notre deuxième sortie cinéma de l’année (quelle folie !) a été un succès elle aussi. Inglourious Basterds est un film vraiment cool, un des meilleurs de Tarentino, et des tas de gens vous expliqueront cela mieux que moi. (par exemple, ici).

Ce qui me fascine, dans ce film, c’est sa capacité à raconter une histoire forte, au premier degré – histoire de vengeance et aventures en France occupée de ces fameux Basterds, avec des personnages très bien campés, tout en étant un collage et un jeu permanent de références (jusqu’au générique qui emprunte trois lettrages différents !).

Le film multiplie les registres, suspense, horreur, humour…, joue sur tous les degrés tout en croyant profondément à son récit.

Tarentino aime le cinéma, il aime en voir, il aime en faire, et il nous le fait aimer.

(et la scène d’ouverture du chapitre V prouve encore une fois QT est le roi pour poser des images sur une musique…)

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Le voleur de bicyclette – Vittorio De Sica

Pour changer un peu de la fantasy française pré-90…

Ce troisième film de nos séances ciné-club faisait partie de ces classiques qu’on aimerait bien avoir vus mais qu’on se dit toujours qu’on regardera plus tard : une histoire italienne, néo-réaliste, en noir et blanc, d’un ouvrier au chômage qui s’est fait voler son vélo, on trouve parfois plus motivant, comme sujet… Nous avions entendu parler du film par les allusions nombreuses et très drôles qui y sont faites dans le très beau film d’Ettore Scola, C’eravamo tanto amati, dans lequel le voleur de bicyclette fait partie des références du personnage du professeur communiste cinéphile.

Après visionnage, on comprend pourquoi le film est un classique : une histoire simple, limite une fable, une forme parfaite : beau noir et blanc, acteurs sobres et justes, narration impeccable. Peu d’effets, beaucoup de suggestions, beaucoup de talent. Certes, ce n’est pas très rigolo… Mais le film offre un beau portrait de la ville de Rome en 1948. La quête de l’ouvrier Ricci à la poursuite de son vélo nous fera passer par les marchés aux puces du petit matin (où les voleurs refourguent leurs marchandises), les ateliers municipaux, les banlieues, restaurants, églises, petites rues populaires, stades de foot… On y voir toute la sociabilité de l’époque, les combines, les flics sévères et incompétents, les communistes, les dames de paroisse. Le film a été tourné dans les rues de Rome, avec des acteurs non-professionnels.


Loin d’être le pamphlet communiste univoque que j’imaginais, le film de De Sica offre plusieurs niveaux de lecture, grâce notamment à l’interprétation de Lamberto Maggiorani qui fait de ce chômeur ma lheureux un héros de bronze à l’antique, le protagoniste d’une tragédie morale.
Et je sais pourquoi le petit garçon pleure à la fin.


la scène du concours, dans C’eravamo tanto amati. La question à laquelle doit répondre Nicolà (le barbu) est : « pourquoi le petit garçon pleure-t-il, dans le le voleur de bicyclette? »

Freaks – Tod Browning


Un peu à reculons, incité par Cecci, j’ai projeté la semaine dernière ce classique des années 30. J’avoue que j’appréhendais un peu de regarder ce film très célèbre, tourné avec toutes sortes de monstres de cirque authentiques : nains, siamoises, microcéphales, homme-tronc, femme à barbe… Les déformations et mutilations font partie de mes cauchemars personnels et il y a toujours un cirque de monstre qui rode dans mes bas-fonds les plus ténébreux. Je n’avais pas tellement envie d’y être confronté directement.
L’histoire est très simple : mépris et et trahison : une belle blonde sans scrupule, après avoir tenté d’arnaquer méchamment un nain élégant, finira cernée sous la pluie par une bande de mafieux minuscules armés de couteaux… Non sans être passée par le plus horrible des repas de noces. (horrible pour qui, c’est à voir…)

Le film montre surtout une suite de saynettes de la vie du cirque, différentes situations comiques ou absurdes liées aux difformités de protagonistes – les siamoises épousant toutes deux des hommes différents, l’homme tronc allumant une cigarette…

Malgré tout ce que l’idée de ce film peut avoir d’effrayant et de racoleur, Freaks est un beau moment. L’image est magnifique et les monstres sont filmés avec une grande tendresse. j’ai eu l’impression que le film posait un regard très intéressant sur les corps : corps des freaks, corps des artistes de cirque, hercule, clown, acrobate… Même le corps des « normaux » m’a paru soudain étrange et singulier, attirant et repoussant, donnant un sentiment très fort de fraternité entre tous ces humains, tous bizarres à leur façon.

Freaks nous offre à voir le monde en vérité, beau et bizarre. Ce n’est pas rien.

Labyrinthe – Jim Henson

Nous avons inauguré hier soir les séances ciné-club LK2@Home en projetant Labyrinthe, de Jim Henson.
Je n’avais jamais vu ce film, sorti en 1986, mais je savais qu’il s’agissait d’un des rares classiques du cinéma de fantasy anté Seigneur des Anneaux (après, ça les mondes imaginaires se sont répandus comme la peste sur le petit écran…).
L’histoire : une jeune fille, lasse de garder son petit frère tous les week-ends, en vient à souhaiter que les gobelins (curieusement traduits par « lutins ») en viennent à emmener le bébé. Malheureusement, le roi des gobelins l’entend et répond à son souhait. Comme c’est une baby sitter avec un peu de conscience professionnelle, elle entend le récupérer et part dans le monde des gobelins, devant traverser le labyrinthe qui mène jusqu’au château avant que le roi ne transforme le bout de chou en gobelin à son tour…

Le film a beaucoup vieilli, les musiques au synthé, les chansons, la coiffure de David Bowie (= le roi) sont assez éprouvants pour le bon goût. Mais les effets spéciaux « à l’ancienne », les marionnettes de Jim Henson, les images de Brian Froud, les décors peints, les ambiances sont très jolies. Le film a quelques beaux moments poétiques, notamment la chute de Sarah dans le puits des mains ou des centaines de mains lui parlent en formant des visages….
Derrière un propos pas dissimulé (le film est une métaphore du passage à l’âge adulte – ça nous a fait penser à l’ami Alex), le scénario n’est pas idiot. Les personnages, notamment, sont tous ambivalents. Jareth, bien évidemment, à la fois hostile, attirant et généreux. Hoggle, couard, solitaire et amical. Juno, le très beau monstre,malgré ses protestations de sympathie a quand même quelque chose de flippant, etc, etc. Il n’y a ni méchant, ni gentil et la grande question que Sarah affronte est celle de la confiance : elle apprend à aimer ses compagnons même s’ils la déçoivent et la trahissent. De ce point de vue là, toutes les créatures sont réussies : elles ont chacune leur personnalité et leur charme (et c’est un homme totalement insensible à toutes les fééries qui vous dit cela…)
J’imagine toutefois que ce film a d’autant plus de charme qu’on l’a vu étant jeune. Après, la suspension of disbelief a plus de mal à passer.


PS : Les jeunes parents que nous sommes auront constaté que Sarah est une baby sitter qui s’énerve un peu vite, que le bout de chou a l’air plus heureux chez les gobs qu’à la maison et que pas une fois en treize heures de quête, Jareth (qui en a la garde) ne change ses langes. C’est la fantasy qui veut ça…

Tokyo Godfathers – Satoshi Kon

Alors certes, il y a Miyazaki. Mais au Japon, il y a aussi Satoshi Kon. Qui n’est pas manchot non plus.

On avait aimé Perfect Blue, Paprika… Sur le conseil du parrain d’Alma, nous avons regardé (en DVD) Tokyo Godfathers.

Sous ce titre anglais pas terrible se trouve un drôle de film, à la fois chronique réaliste, mélo, comédie outrancière… qui fait référence, je le dis sans en être sûr, à un certain cinéma américain.

Trois clochards (un poivrot, une drag-queen et une ado fugueuse) trouvent un bébé dans une poubelle… On peut imaginer ce qu’une comédie à la française en aurait fait (au secours!). C’est l’occasion pour ce film de raconter une histoire un peu déjantée, avec engeulades, coïncidences impossibles, commérages, courses poursuites, mafieux, soupes populaires… et le portrait, très réaliste, d’un japon qu’on voit peu. Derrière le sujet, un peu glauque, derrière la comédie, on verra de très belles images urbaines, des lumières extraordinaires. Un peu comme Kaurismaki Satoshi Kon sait enchanter la ville et ses paumés, et, sur ce point, le film est de toute beauté. (aucune des images que j’ai trouvées sur le net ne lui rend d’ailleurs vraiment hommage sur ce point)

Ponyo sur la falaise – Miyazaki

Je n’avais pas aimé la bande annonce : dessin naïf, sujet vraiment enfantin et déjà exploré par Disney… Mais j’avais tort. Au fond, c’est le billet d’Eolas qui m’a convaincu de faire quelque chose, tout mon possible, pour voir celui-ci sur grand écran.

Pour notre sortie cinéma annuelle (voir la précédente ici), nous n’avons donc pas pris de risques. C’est une chose triviale à dire, mais M. Miyazaki fait des films merveilleux, celui-ci comme les autres. Voici en vrac ce qu’on y trouvera :

  • un petit garçon et sa maman qui est une vraie maman (qui fait peur parfois)
  • un magicien dandy, cousin fatigué de celui du château ambulant
  • une magnifique scène wagnérienne
  • des messages échangés en morse
  • des poissons préhistoriques
  • une maison de retraite
  • un bateau jouet
  • une apocalypse
  • plein d’autre choses…
  • et une véritable petite fille, qui court sur les vagues

Voilà, j’ai été enchanté, c’est très beau, fait à la main, avec des dessins tout ronds et des grosses vagues avec des yeux. On le montrera à Alma quand elle aura l’âge de Sosuké (cinq ans).

P.S. : Le cinéma de Lausanne où nous étions avait projeté les bande annonces de tous les films d’animation à venir sur nos écrans (Fly me to the moon, Up, Coraline) et si certains peuvent paraître intéressants, la comparaison avec le film de Miyazaki est cruelle.

P.P. S : attention, petits spoilers…

Le film tient un ton très curieux, l’histoire est vue par les yeux d’un enfants mais effleure des sujets très graves, on y voit des grouillements de créatures un peu effrayantes, des tempêtes et des catastrophes naturelles… Mais les bateaux de réfugiés forment une parade colorée et les adultes sont tous responsables… 

Et, concernant la fin, personne ne met en doute l’amour de Sosuké, dieux et adultes font confiance au petit garçon pour tenir ses promesses.

Le film repose ainsi sur un équilibre très fin, très délicat, qui ajoute encore à son charme.