La Grande Attaque du Train d’Or – Michael Crichton

Le pendu et Cecci ont regardé : La Grande Attaque du Train d’Or, de Michael Crichton

Sean Connery, Lesley-Anne Down dans La grande attaque du train d'or

Ce film était recommandé dans les inspirations du jeu de rôle Castle Falkenstein, que je viens de découvrir. On y trouve : des victoriens avec des chapeaux hauts de forme, une femme qui rit fort, un plan compliqué, un excellent pickpocket, des gros banquiers prétentieux, une scène hilarante dans un bordel, une pendaison impressionnante, une évasion audacieuse. Un casse irréalisable ! Des lingôts d’or ! De l’aventure ! De l’audace ! Sean Connery ! (J’ai un a-priori positif pour tous les films avec Sean Connery, il faut s’y faire.)

Tout cela était bien amusant.

Sean Connery dans La grande attaque du train d'or

Vincere – Marco Bellocchio

Le pendu et Cecci ont vu : Vincere, de Marco Bellocchio

Ce film raconte le destin étonnant d’Ida Dalser, maîtresse puis épouse (enfin, on n’en est pas sûr, et tout est là) d’un séduisant agitateur socialiste et politicien ambitieux, un certain Benito M., qui dirigera la nation italienne pendant une vingtaine d’années. Mais l’homme en épousa une autre et fit enfermer Ida et son fils dans des asiles d’aliénés. On découvre dans Vincere le  fascisme vue par ses petites et grandes méchancetés, et un Mussolini fascinant et exaspérant, par des bravades, ses lâchetés et ses affreux mouvements de menton.

Le film est surtout le portrait d’une femme amoureuse, dont la volonté ne plie jamais, jamais, jamais. L’image de quelqu’un qui ne cède pas sur les principes et qui le paie.

 

L’Empire des sens – Nagisha Oshima

Le pendu et Cecci ont vu : l’Empire des sens, de Nagisha Oshima

Voilà un film que dont j’avais entendu parler depuis bien longtemps, parce que je l’apercevais régulièrement à l’affiche de certains cinémas du quartier latin. Il y est question d’un homme et de sa servante, dans le japon des années 30, pris par une passion violente de l’un pour l’autre. Le film a un rythme étrange, enchaînant scène de sexe sur scène de sexe, lui et elle en kimonos magnifiques dont les couleurs éclatent sur décor de maisons de thé, pendant que les geisha jouent de manière exaspérante de leur petite guitare. Les âmes sensibles seront un peu secouées, les âmes pudibondes un peu ébranlées. C’est un film qui parle de l’amour et de la chair, d’une passion qui réjouit, vrille, tord et détruit. Sur les lèvres de Sada, l’héroïne et amante, flotte un sourire de folie. Sur celles de Kichizo, l’amant, un sourire d’abandon, celui d’un homme qui lâche prise et glisse avec délectation vers la destruction.

Le septième sceau – Ingmar Bergman

Le pendu et Cecci ont vu : Le septième sceau d’Ingmar Bergman

Ce film est un memento mori. L’ombre de la mort plane sur ses personnages : un chevalier, son écuyer, un acteur, sa femme et leur fils, un forgeron idiot, une femme toujours silencieuse… Ils voyagent dans la campagne médiévale alors que la peste rode. Ils jouent de la musique, boivent, spéculent, s’amusent, puis passe une procession de flagellants chantant le Dies Irae et le Lacrimosa et tous de s’agenouiller et de se signer car on ne sait pas ou et quand la peste va frapper… L’écuyer joue son cynique, le chevalier croit qu’il ne croit pas et essaie de tenir la faucheuse à distance en jouant aux échecs avec elle, mais elle triche… C’est un film magnifique, drôle et effrayant à la fois, peuplé d’être humains inquiets et amusants, de femmes à la beauté lumineuse à vous transpercer le coeur, de moments de peur et de grâce. La vie humaine y apparaît telle qu’en elle-même, fragile, inquiète et infiniment plaisante.

Ne soyez pas intimidés par son aura de classique et de film suédois, c’est une oeuvre belle, vraie, évidente.

Summer wars

Je parle de temps en temps de films d’animation par ici. Je suis un grand amateur de l’oeuvre de Myiazaki, mais aussi de celle de Satoshi Kon, malheureusement décédé voici quelques semaines (snif !). Pour découvrir un nouveau réalisateur, sur le conseil de Parrain Cédric, nous avons décidé avec Cecci d’aborder l’oeuvre de Mamoru Hosoda.

Summer wars est un film dont le pitch n’avait pas grand chose pour m’intéresser : il y est question d’un lycéen plus fort en maths qu’en filles, invité par la plus jolie fille du lycée à une partie de campagne – on devine là le catalogue des poncifs de l’univers imaginaire japonais. On y trouve aussi un monde virtuel, Oz, sorte de croisement entre un méga-facebook et Second Life, ou des millions d’avatars font ce que nous faisons tous les jours sur internet : acheter des bouquins, bavarder, déclarer nos impôts, jouer…

Et en fait, summer wars est un film formidable. C’est un film incroyablement énergique, gentil, positif. L’histoire est très maligne, à la fois fraiche, touchante et totalement contemporaine. Le scénario trace le portrait de l’étonnante famille Jinnouchi, l’équivalent japonais d’une famille de vieille noblesse d’épée française, avec son vieux chateau à la campagne et ses fêtes de famille. L’histoire est drôle, palpitante, émouvante, se permettant même de beaux moments contemplatifs (je pense notamment à la scène du petit matin où…)

Graphiquement, l’ensemble est splendide : qu’il s’agisse des décors du chateau, du monde virtuel d’Oz, des scènes de combat dans cet univers… Le film donne à voir, il incarne de grands fantasmes d’informaticien. Il suffit de voir l’inventivité des interfaces que manipule Love machine, la manière dont les avatars interagissent… Là où facebook reste un site internet relativement laid, Oz incarne ce que pourrait être un réseau social pleinement développé.

Bref, c’est beau, c’est intelligent, c’est marrant, c’est poétique, c’est grand public et c’est surtout très positif. Malgré son drôle de titre, il faut voir summer wars.

La délicate rencontre sincère de Kenji avec la grand-mère de Natsuki…

King Kazma, un mon avatar préféré

Le clan Jinnouchi

Et, ce qui m’a vraiment ému, le film est placé sous la protection de John et Yoko

Inception – de Christopher Nolan

Après l’exposition Hopper, nous avons cédé à la mode du moment.

J’ai été séduit par le propose de ce méta-film-d’action : jouons à construire des labyrinthes, des labyrinthes dans les labyrinthes. Ralentissons le temps, suspendons les corps, et que les chutes durent des éternités, le tout jusqu’au vertige. A défaut de personnages sévèrement construits, on a des acteurs sympathiques et aimables à suivre dans tout ce kaléidoscope bruyant.

Cecci a eu du mal à accrocher, rebutée par la lourdeur du mélange, de la musique et de la psychologie des personnages. La présentation des relations père-fils dans le cinéma hollywoodien est pleine de clichés affligeants.

Le tout est filmé avec une certaine élégance et se laisse bien regarder par un bel après-midi d’été.

P.S. : j’avoue avoir été amusé par le rapprochement entre ce film et cet article de Rafik Djoumi, lu sur le site de l’excellent @rret sur images (abonnez-vous!).

Let the right one in

Un grand merci à Hugin & Munin de chez Smith d’en face pour ce conseil.

Je ne dirai pas grand chose, leur billet est très bien. Je suis d’accord avec eux, c’est sans doute un des meilleurs films de vampire qui soient, qui arrive à retrouver ce qu’il y a de plus fort dans ce sujet.

Certes, il y a une banlieue un peu moche, des gros Suédois qui boivent de la bière et des histoires familiales pas marrantes, mais il y a aussi le beau rêve d’un gosse qui se fait une amie extraordinaire.

L’histoire est très délicate, pleine de non-dits et de belles situations. Et une forme de grâce, si, si.

L’appel de Cthlhu – le film

Une brève pour dire que nous avons enfin eu l’occasion de regarder le moyen métrage basé sur la nouvelle l’Appel de Cthulhu.

J’avais le texte de la nouvelle relativement présent à l’esprit puisque je l’ai relue il n’y a pas longtemps. Le film en est une adaptation fidèle, suivant les récits gigognes qu’elle contient et essayant de reproduire le sentiment de découverte progressive de l’horreur.

Le plus intéressant dans cette adaptation, c’est d’avoir tenté de faire une version « années 20 » : le film est muet, dans un joli noir et blanc. Les acteurs, sur-maquillés, joue de façon expressionniste et les décors de R’lyeh sont faits dans le style torturé des expressionnistes allemands. La musique symphonique accompagnant le film est tout à fait réussie, le montage du récit aussi et les astuces de la narration masquent la (relative) faiblesse des moyens engagés. J’ai par exemple beaucoup aimé l’animation image par image de la créature, à la façon de King Kong, ou bien la disparition des pauvres marins dans des angles non-euclidiens… Bref, on a là 45 minutes de film tout à fait distrayantes et intéressantes surtout pour ceux qui, comme moi, sont des admirateurs de la formidable nouvelle de Lovecraft [1].

N’est pas mort qui à jamais dort et qui au long des ères peut mourir même la mort

Voir ici : http://www.cthulhulives.org/cocmovie/

[1] lire la nouvelle en tant qu’auteur m’a beaucoup apporté. La narration distanciée, à travers toute une série de documents, est remarquablement menée et très habile. L’écriture est excellente, et l’effet d’ensemble tout à fait saisissant. J’adore.

Inglourious Basterds – Quentin Tarentino

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Notre deuxième sortie cinéma de l’année (quelle folie !) a été un succès elle aussi. Inglourious Basterds est un film vraiment cool, un des meilleurs de Tarentino, et des tas de gens vous expliqueront cela mieux que moi. (par exemple, ici).

Ce qui me fascine, dans ce film, c’est sa capacité à raconter une histoire forte, au premier degré – histoire de vengeance et aventures en France occupée de ces fameux Basterds, avec des personnages très bien campés, tout en étant un collage et un jeu permanent de références (jusqu’au générique qui emprunte trois lettrages différents !).

Le film multiplie les registres, suspense, horreur, humour…, joue sur tous les degrés tout en croyant profondément à son récit.

Tarentino aime le cinéma, il aime en voir, il aime en faire, et il nous le fait aimer.

(et la scène d’ouverture du chapitre V prouve encore une fois QT est le roi pour poser des images sur une musique…)

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Le voleur de bicyclette – Vittorio De Sica

Pour changer un peu de la fantasy française pré-90…

Ce troisième film de nos séances ciné-club faisait partie de ces classiques qu’on aimerait bien avoir vus mais qu’on se dit toujours qu’on regardera plus tard : une histoire italienne, néo-réaliste, en noir et blanc, d’un ouvrier au chômage qui s’est fait voler son vélo, on trouve parfois plus motivant, comme sujet… Nous avions entendu parler du film par les allusions nombreuses et très drôles qui y sont faites dans le très beau film d’Ettore Scola, C’eravamo tanto amati, dans lequel le voleur de bicyclette fait partie des références du personnage du professeur communiste cinéphile.

Après visionnage, on comprend pourquoi le film est un classique : une histoire simple, limite une fable, une forme parfaite : beau noir et blanc, acteurs sobres et justes, narration impeccable. Peu d’effets, beaucoup de suggestions, beaucoup de talent. Certes, ce n’est pas très rigolo… Mais le film offre un beau portrait de la ville de Rome en 1948. La quête de l’ouvrier Ricci à la poursuite de son vélo nous fera passer par les marchés aux puces du petit matin (où les voleurs refourguent leurs marchandises), les ateliers municipaux, les banlieues, restaurants, églises, petites rues populaires, stades de foot… On y voir toute la sociabilité de l’époque, les combines, les flics sévères et incompétents, les communistes, les dames de paroisse. Le film a été tourné dans les rues de Rome, avec des acteurs non-professionnels.


Loin d’être le pamphlet communiste univoque que j’imaginais, le film de De Sica offre plusieurs niveaux de lecture, grâce notamment à l’interprétation de Lamberto Maggiorani qui fait de ce chômeur ma lheureux un héros de bronze à l’antique, le protagoniste d’une tragédie morale.
Et je sais pourquoi le petit garçon pleure à la fin.


la scène du concours, dans C’eravamo tanto amati. La question à laquelle doit répondre Nicolà (le barbu) est : « pourquoi le petit garçon pleure-t-il, dans le le voleur de bicyclette? »