Le Mahabharata de Peter Brook

Le pendu et Cecci ont vu le Mahabharata, film de 3 heures adapté de la série télé de 6 heures adaptée de la pièce de théâtre de 9 heures adaptée des 250 000 vers de cette classique épopée indienne.

Dans ce spectacle étrange, on trouvera peu de décors, de nombreux (et très bons acteurs, globalement pas du tout indiens), des personnages aux noms pires que dans une saga de fantasy en 28 tomes (on me souffle qu’ils seraient indiens. Admettons) et des histoires et des situations excellentes. La mise en scène, théâtrale, a de très bons moments, notamment les rites magiques, la scène du jeu, la mort de Bishma sur son lit de flèches… C’est très intense, très épique, les femmes sont très belles et le passage d’entretien entre Krishna et Arjuna est un moment de suspension extraordinaire (là aussi, on me dit qu’un petit traité spirituel de bonne tenue en aurait été tiré). Accessoirement, la musique est très bien.

Bref, un excellent film, dans un registre très singulier.

Drive – Nicolas Winding Refn

Le pendu et Cecci avaient vu Valhalla Rising, le film bizarro-hype de ces dix dernières années (ou bien des suivantes?), aux dialogues presque vides et aux images plananes. Ils s’étaient dits qu’il fallait boire avant, et pas qu’un peu, pour en profiter pleinement.

Du même réalisateur, voici Drive.

Le héros parle à peine plus que celui de VR. Il est blond, beau, creux. Il conduit, très bien.

La scène d’exposition est totalement bluffante : L.A, la nuit, un casse, une poursuite tranquille en voiture. Ensuite, l’histoire est plutôt mal menée, un peu sentimentale, un peu noire. La réalisation, quant à elle, est brillante, plastique, visuelle, hyper esthétisante. Le héros sans nom, pure façade, devient une étrange créature du cinéma. Mais Cecci a dit qu’elle n’en avait pas grand-chose à faire des histoires de voitures.

Le Dr Orlof parle de ce film bien mieux que moi.

Aniki, mon frère – Takeshi Kitano

Encore du cinéma japonais, contemporain maintenant.

Aniki est un yakuza à l’ancienne, un tueur. Forcé de fuir le Japon pour échapper aux tueurs à ses trousses, il se retrouve à Los Angeles où vit son frère Ken, petit dealer minable. Là, pour aider Ken, il va lancer plus ou moins malgré lui une guerre de gangs.

Ca pourrait être le scénario d’un truc minable avec Chuck Norris. Mais il y a la présence de Kitano, ses drôles de regards et ses silences. Le choc culturel Japon/USA, présenté du point de vue japonais. Des tueries atroce sur une musique délicate de Joe Hisashi (l’équivalent dans le film des pétales de fleurs de cerisier, peu présents à Los Angeles ?). Une success story foireuse, des voitures qui explosent, des têtes coupées. Et, au milieu de tout le sang versé, une certaine idée de la fraternité. Nous en avons retiré une impression très douce.

Chien enragé – Akira kurosawa

Retour à la maison et suite de notre cycle cinéma japonais pour les nuls.

De Kurosawa on avait vu le superbe Barberousse. Chien enragé a été tourné quinze ans auparavant, avec le même Mifune.

Murakami est un jeune inspecteur de police. Il se fait pick-pocketer son pistolet, dans le bus… De peur de se faire virer, il va partir à la recherche du voleur, dans une quête absurde, au coeur de l’été, ce qui lui donnera l’occasion de parcourir toute la société japonaise. Chômeurs, bars louches, quartiers bourgeois, arrières-cours de dancings, maisons de thé, matches de baseball… 

On est loin de la perfection formelle de Barberousse, mais ça n’empêche pas le film d’être excellent. Portrait du japon de 1949, personnages excellents, attention aux détails, aux petites gens, suspense, poursuites à pied et en bus, interrogations sur la ligne fine qui sépare le policier du chien du titre… Montée de tension comme on attend l’orage qui a chaque instant menace d’exploser. Mise en scène énergique et rythmée, toujours intelligente. Bref, un film excellent.


La malchance forme ou écrase, cela dépend

Elena, de Andrei Zviaguintsev

Le pendu et Cecci ont fait mentir les statistiques et sont retournés au cinéma.

Il y a quelques années, on avait vu le retour. Film très dur, très russe, d’une incroyable beauté plastique. Le réalisateur a récidivé avec Elena.

Elena, c’est un ange, une figure de la vierge Marie. Une babouchka avec un foulard autour de la tête, travailleuse et courageuse.

Elle a épousé sur le tard un type dur plein de pognon. Avec sa petite retraite d’infirmière, elle vient en aide à son fils, un prolo branleur qui vit dans une de ces cités affreuses de la lointaine lointaine banlieue de Moscou, près de la centrale nucléaire. Le fils a une femme un peu sérieuse, et deux enfants dont le grand doit entrer à l’université, sous peine de partir à l’armée. Mais pour l’université, il faut un gros paquet de fric que le type dur que Elena a épousé sur le tard refuse de donner, parce que ce crétin n’est pas son fils.

Là, ce sont les rails posés au début du film. Puis l’histoire va en sortir… Sans éclats, sans grands effets, sans sang versé (à peine). Tout ira bien, pour la plupart des personnages mais pas pour le spectateur qui assistera à la rupture horrible et douloureuse d’un beau paquet de barrières morales. J’en suis ressorti glacé.

Twixt – F.F. Coppola

 Le pendu et Cecci, libres, sans entraves et sans enfants, sont allés au cinéma, ooooh. Ca arrive une fois l’an.

Ce film faisait la une du Temps, quotidien francophone des bobos avec investissements bancaires. J’en suis encore tout surpris.

Disons-le clairement, Twixt n’est pas un film pour vous. Il y a un Stephen King au rabais (joué par Val Kilmer, qui a bien grossi depuis The doors) qui écrit des livres sur les sorcières. Une petite ville bizarre. Un vieux shérif débile. Le souvenir d’un meurtre, et celui d’un accident. Le fantôme d’Edgar Poe. Des vampires. L’éclairage du film est bizarre, les lumières sont bizarres, les enchaînements pas vraiment cohérents. Ca fait collage, bricolage, truc pas très bien ajusté par des doigts d’enfants. C’est mal foutu, c’est un peu du foutage de g*, vous allez vraiment payé 10 euros pour voir ça ? L’histoire tient debout, mais uniquement par moments (le reste du temps, elle se tord sur le sol comme un cadavre mal refroidi)

Donc non, ce n’est pas un film pour vous. C’est un film pour moi. Un récit libre, flottant, suivant la logique du rêve, glissant hors des rails vers un ailleurs doux-amer. J’ai adoré.

Remember, Hall ! 

No fog on the lake !

Vertigo – Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont vu Vertigo (Sueurs froides en VF), d’un petit réalisateur anglais/américain pas très connu.

Ce film faisait donc partie des ultra-classiques jamais vus. C’est l’histoire d’un homme insatisfait qui tombe amoureux d’une femme qui n’existe pas. Un fantôme, un mystère, fabriqué ou pas (ça n’a pas d’importance) qu’il poursuit jusqu’à l’obsession. Alors oui, il y a une intrigue, une sorte d’enquête policière, mais il s’agit surtout d’une grande rêverie dans San Francisco, d’un passage devant une incroyable collection d’architectures, de la filature d’un fantôme – les longs passages en voiture ayant quelque chose d’une errance dans le labyrinthe. Le renversement du film à ses deux tiers m’a mis mal à l’aise, et je ne peux m’empêcher de penser que dans la scène finale Scottie a poussé Judy. Pour que le rêve puisse continuer.

(OK, c’est génial. Un film avec des acteurs, des images et des plans surprenants, des couleurs bizarres de très belles femmes et des illusions. J’adore.)

L’Apollonide, souvenirs de la maison close — Bertrand Bonello

Sur le conseil de l’excellent Léo H., le pendu et Cecci ont vu L’Apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello.

Dans ce film, on trouve des ambiances langoureuses et sordides, de belles femmes pas très habillées, des hommes aux fantasmes normalement bizarres, la mécanique labyrinthique du souvenir et des songes, des couloirs à la David Lynch, des images très belles évoquant les grands peintres du XIXème siècle (Manet, Ingres, Courbet, Renoir…), des visages qui se mélangent, les impressions lourdes et lentes d’un rêve d’opium monté d’une époque disparue.

New York New York – Martin Scorsese

Le pendu et Cecci ont vu New York New York, de Martin Scorsese

Ne le nions pas, nous aimons bien le travail de Marty, cinéaste baroque, souvent inspiré. Ici, la première scène est époustouflante, avec Jimmy en chemise hawaïenne cherchant par tous les moyens à tirer un coup le jour du V.J day, scène se terminant par une danse onirique, sans musique, éclairée par les passages du métro. Waow. Les scènes musicales sont scintillantes, les cuivres brillent, les décors de comédie musicale sont à la fois kitsch et chaleureux et les chansons sont très bien interprétées. Les dialogues fusent, je n’ai pas reconnu tout de suite Robert de Niro et il y a une vraie émotion dans la scène finale.

Dommage juste que le/les scénaristes aient oublié de raconter une histoire intéressante, plutôt qu’une success story sans grands enjeux ni suspense.

The whisperer in Darkness – HPLHS

J’aime beaucoup ce que fait la HP Lovecraft Historical Society. Chants de Noël, feuilletons radiophoniques, films… Il y a dans leurs productions un petit grain de folie délirante et sympathique.

Après le très remarquable Appel de Cthulhu, voici l’adaptation de la fameuse nouvelle The Whisperer in Darkness, façon long métrage (Cthulhu était un moyen-métrage).

La nouvelle d’origine, excellente, raconte le voyage dans le Vermont d’Albert Wilmarth un professeur de folklore de la très fameuse Miskatonic University. Là, le professeur Wilmarth va s’entretenir avec Henry Akeley, un fermier isolé, qui a vu dans les montagnes d’étranges choses…

La HPLHS a choisi, tout comme dans leur premier film, d’adapter Lovecraft comme s’il avait été tourné à l’époque. Effets spéciaux simples, noir et blanc, acteurs au jeu assez expressionniste. Ici la référence me semble être les premiers films d’horreur, façon Dracula ou Frankenstein. L’ensemble dégage un parfum d’amateurisme sympathique.

Soyons clair, le film n’est pas excellent, mais pas à cause cet cet amateurisme, qu’on peut pardonner. Certes, le jeu des acteurs n’est pas toujours très bon (même si les premiers rôles s’en sortent bien), la réalisation et le montage pourraient être meilleurs, mais tout ça n’est pas très grave, on leur pardonne, parce qu’on sent que ce film a été fait avec amour et bouts de ficelle. Ce qui nous a plus gêné est que l’esprit de Lovecraft n’a pas été complètement respecté dans le scénario, qui étend un peu le propos de la nouvelle.

On peut le découper en trois grosses parties. 

– Un premier moment à l’université Miskatonic, où on voit Wilmarth entouré de ses confrères professeurs. Ce passage provoquera des pincements de nostalgie aux vieux joueurs de l’Adc, et, ma fois, est assez réussi. Personnages bien posés, jolies idées (je ne sais plus si les lunettes stéréoscopiques sont dans la nouvelle…), bonne introduction de l’intrigue et de ses enjeux.

– ensuite, le voyage dans le Vermont et la discussion avec Akeley. Là, on est vraiment proche de la nouvelle. Même si la narration filmique aurait gagné a suggérer un peu plus et montrer un peu moins, le rire bizarre d’Akeley vaut le détour… Rien à dire toutefois. J’aime les jeux d’ombres sur les créatures, notamment.

– la troisième partie, par contre, part dans le grand n’importe quoi pulp-style. Rituel, avion, bagarres… On entre dans un esprit mauvais scénario de jeu de rôle, certes rigolo, mais loin de HPL. Notamment parce qu’en rebouclant sur des clichés éculés (grand-prètre et rituel expliqué dans un vieux livre…) on perd l’ouverture à l’imagination laissée par la partie précédente du récit et par la nouvelle en général. 

Ne boudez toutefois pas votre plaisir et soutenez les initiatives de la HPLHS. Si j’ai des réserves sur le film, ce dernier contient quand même de jolies réussites que je vous encourage à découvrir. Le projet est chouette et j’espère qu’ils continueront à produire des bizarreries de ce genre. Moi, j’achète !

[edit] pour se procurer les produits de la HPLHS, allez sur leur site ! Même leurs factures sont Cthulhu designed.