Vertigo – Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont vu Vertigo (Sueurs froides en VF), d’un petit réalisateur anglais/américain pas très connu.

Ce film faisait donc partie des ultra-classiques jamais vus. C’est l’histoire d’un homme insatisfait qui tombe amoureux d’une femme qui n’existe pas. Un fantôme, un mystère, fabriqué ou pas (ça n’a pas d’importance) qu’il poursuit jusqu’à l’obsession. Alors oui, il y a une intrigue, une sorte d’enquête policière, mais il s’agit surtout d’une grande rêverie dans San Francisco, d’un passage devant une incroyable collection d’architectures, de la filature d’un fantôme – les longs passages en voiture ayant quelque chose d’une errance dans le labyrinthe. Le renversement du film à ses deux tiers m’a mis mal à l’aise, et je ne peux m’empêcher de penser que dans la scène finale Scottie a poussé Judy. Pour que le rêve puisse continuer.

(OK, c’est génial. Un film avec des acteurs, des images et des plans surprenants, des couleurs bizarres de très belles femmes et des illusions. J’adore.)

L’Apollonide, souvenirs de la maison close — Bertrand Bonello

Sur le conseil de l’excellent Léo H., le pendu et Cecci ont vu L’Apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello.

Dans ce film, on trouve des ambiances langoureuses et sordides, de belles femmes pas très habillées, des hommes aux fantasmes normalement bizarres, la mécanique labyrinthique du souvenir et des songes, des couloirs à la David Lynch, des images très belles évoquant les grands peintres du XIXème siècle (Manet, Ingres, Courbet, Renoir…), des visages qui se mélangent, les impressions lourdes et lentes d’un rêve d’opium monté d’une époque disparue.

New York New York – Martin Scorsese

Le pendu et Cecci ont vu New York New York, de Martin Scorsese

Ne le nions pas, nous aimons bien le travail de Marty, cinéaste baroque, souvent inspiré. Ici, la première scène est époustouflante, avec Jimmy en chemise hawaïenne cherchant par tous les moyens à tirer un coup le jour du V.J day, scène se terminant par une danse onirique, sans musique, éclairée par les passages du métro. Waow. Les scènes musicales sont scintillantes, les cuivres brillent, les décors de comédie musicale sont à la fois kitsch et chaleureux et les chansons sont très bien interprétées. Les dialogues fusent, je n’ai pas reconnu tout de suite Robert de Niro et il y a une vraie émotion dans la scène finale.

Dommage juste que le/les scénaristes aient oublié de raconter une histoire intéressante, plutôt qu’une success story sans grands enjeux ni suspense.

The whisperer in Darkness – HPLHS

J’aime beaucoup ce que fait la HP Lovecraft Historical Society. Chants de Noël, feuilletons radiophoniques, films… Il y a dans leurs productions un petit grain de folie délirante et sympathique.

Après le très remarquable Appel de Cthulhu, voici l’adaptation de la fameuse nouvelle The Whisperer in Darkness, façon long métrage (Cthulhu était un moyen-métrage).

La nouvelle d’origine, excellente, raconte le voyage dans le Vermont d’Albert Wilmarth un professeur de folklore de la très fameuse Miskatonic University. Là, le professeur Wilmarth va s’entretenir avec Henry Akeley, un fermier isolé, qui a vu dans les montagnes d’étranges choses…

La HPLHS a choisi, tout comme dans leur premier film, d’adapter Lovecraft comme s’il avait été tourné à l’époque. Effets spéciaux simples, noir et blanc, acteurs au jeu assez expressionniste. Ici la référence me semble être les premiers films d’horreur, façon Dracula ou Frankenstein. L’ensemble dégage un parfum d’amateurisme sympathique.

Soyons clair, le film n’est pas excellent, mais pas à cause cet cet amateurisme, qu’on peut pardonner. Certes, le jeu des acteurs n’est pas toujours très bon (même si les premiers rôles s’en sortent bien), la réalisation et le montage pourraient être meilleurs, mais tout ça n’est pas très grave, on leur pardonne, parce qu’on sent que ce film a été fait avec amour et bouts de ficelle. Ce qui nous a plus gêné est que l’esprit de Lovecraft n’a pas été complètement respecté dans le scénario, qui étend un peu le propos de la nouvelle.

On peut le découper en trois grosses parties. 

– Un premier moment à l’université Miskatonic, où on voit Wilmarth entouré de ses confrères professeurs. Ce passage provoquera des pincements de nostalgie aux vieux joueurs de l’Adc, et, ma fois, est assez réussi. Personnages bien posés, jolies idées (je ne sais plus si les lunettes stéréoscopiques sont dans la nouvelle…), bonne introduction de l’intrigue et de ses enjeux.

– ensuite, le voyage dans le Vermont et la discussion avec Akeley. Là, on est vraiment proche de la nouvelle. Même si la narration filmique aurait gagné a suggérer un peu plus et montrer un peu moins, le rire bizarre d’Akeley vaut le détour… Rien à dire toutefois. J’aime les jeux d’ombres sur les créatures, notamment.

– la troisième partie, par contre, part dans le grand n’importe quoi pulp-style. Rituel, avion, bagarres… On entre dans un esprit mauvais scénario de jeu de rôle, certes rigolo, mais loin de HPL. Notamment parce qu’en rebouclant sur des clichés éculés (grand-prètre et rituel expliqué dans un vieux livre…) on perd l’ouverture à l’imagination laissée par la partie précédente du récit et par la nouvelle en général. 

Ne boudez toutefois pas votre plaisir et soutenez les initiatives de la HPLHS. Si j’ai des réserves sur le film, ce dernier contient quand même de jolies réussites que je vous encourage à découvrir. Le projet est chouette et j’espère qu’ils continueront à produire des bizarreries de ce genre. Moi, j’achète !

[edit] pour se procurer les produits de la HPLHS, allez sur leur site ! Même leurs factures sont Cthulhu designed.

Le ciel peut attendre – Lubitsch

Le pendu et Cecci ont vu Le ciel peut attendre, d’Ernst Lubitsch

Dans ce film sympathique, on trouve : un riche New Yorkais tentant de convaincre le diable qu’il a mené une vie de dépravation. Le temps qui passe. Du technicolor en technicolor. Une histoire qui se déroule sur 70 ans. Des dialogues très bien écrits. Une histoire d’Amour.

Malgré un joli sujet, de bons acteurs et une réalisation impeccable, énergique et drôle, le Ciel peut attendre est une comédie gentillette qui fait gentiment bailler. Les personnages sont de bons bourgeois riches, et si certains d’entre eux sont particulièrement réussis (le père du héros et ses beaux-parents) on aurait aimé plus de subversion et de mauvais esprit. Le diable a dû bien s’ennuyer et c’est sans doute par moquerie qu’il a envoyé monsieur vers le Ciel…

Barberousse – Akira Kurosawa

Le pendu et Cecci ont vu Barberousse, d’Akira Kurosawa

Malgré le titre et la présence de Toshiro Mifune, ce film n’est pas un film de samouraï (j’avais cru, en regardant vite-fait l’affiche). Il y est question de Fusamoto, un jeune médecin ambitieux, à Tokyo au début du 19ème siècle, qui se retrouve affecté dans un hospice pour très pauvres sous les ordres de l’irascible Barberousse. Film très long, aux nombreux personnages, Barberousse est aussi une oeuvre exceptionnelle. Par la construction tramée de son récit, qui mêle à un thème principal (un égoïste élargit sa vision du monde) de nombreuses histoires secondaires, comme dans un roman à tiroirs, histoires de pauvres gens, de suicides tragiques, d’amour et d’apprivoisement.

On ne s’attendra pas à des twists compliqués, la force du film réside dans la simplicité des récits, portés par une mise en scène à la fois claire et puissante, passant du réalisme à une forme d’onirisme poétique (les jeux d’ombres, notamment). La beauté plastique et formelle du film est sidérante, les lumières, les cadres sont splendides. J’ai été très ému par la manière de Kurosawa de filmer Otoyo, l’enfant maltraitée, en caressant son visage d’ombres et de lumières.

Le grand thème du film est la guérison, qui, pour le héros, est tout autant physique, que morale et spirituelle, et cela malgré le malheur et la pauvreté, malgré le flot du mal et de la souffrance.

Toshiro Mifume donne au personnage de Barberousse une énergie ombrageuse, qui porte l’ensemble de l’histoire. Barberousse fait partie de ces films qui sont beaux tout le temps. On le recommande chaudement !

Source code – Duncan Jones

Le pendu et Cecci ont vu Source code, de Duncan Jones

Dans ce film, on trouve : un type qui se réveille amnésique dans un train. Une militaire qui lui parle par écran interposé. Une capsule/prison glacée. Une délicieuse incertitude SF dans les premières minutes. Des grosses idées marrantes avec un petit nombre de lieux (un train, une base militaire, un parking). Quelques twists plus ou moins cohérents à la fin.

On trouve aussi, malheureusement, des personnages écrits à la truelle à clichés, du sens du devoir, des adieux à son papa, des dialogues vraiment faibles. Bref, c’est marrant mais ça ne casse pas trois pattes à un canard.

La boussole d’or – Chris Weitz

Le pendu et Cecci ont vu : la boussole d’or

Dans ce film adapté d’une saga de fantasy pour la jeunesse, on trouve : une école anglaise stricte, une jeune fille audacieuse, des gitans des mers, un dirigeable, Nicole Kidman dans des robes étonnantes, des ours polaires en armure en 3D (malheureusement), des animaux qui parlent (ouh la la la, bien trop), des méchants ecclésiastiques, des combats où le gentil commence par perdre mais en fait il gagne à la fin, un thruth-o-meter, des Concepts avec des Majuscules.

Cecci a dit : on dirait un monde créé par un organisateur de GN qui voulait faire plaisir à tout le monde. On peut dire que ça ne nous a pas trop intéressés.

Paprika – Satoshi Kon

Revu hier cet excellent film vu il y a cinq ans au cinéma. Aperçu beaucoup de citations manquées lors du premier visionnage (notamment la scène de Bons baisers de Russie). C’est toujours aussi intelligent, toujours aussi bien. Ce que j’avais dit dans mon billet de l’époque reste valable.

La modernité urbaine, la poésie dans les détails, les rêves dont on ne parvient pas à se sortir, les réseaux connectés à la psyché, une légèreté pop, les fantasmes qui nous habitent, la grâce, la joie, la mort. Mon monde.

Relisez aussi l’ancienne chronique d’Olivier Paquet. Cette histoire a quelque chose d’énergique et joyeux. Je pleure la mort de Satoshi Kon.

A serious man – Joël et Ethan Coen

Le pendu et Cecci ont vu : a serious man, de Joël et Ethan Coen

Dans ce film étrange et remarquable, on trouve : l’american way of life dans le Minnesota des années 60. Les joies et les peines de la vie dans une communauté juive ashkénaze. Larry, un homme gentil qui voit sa vie s’écrouler. Des gens qui meurent bêtement. Le mentaculus qui établit les règles de probabilité du monde. Une salle de bain toujours occupée. Des rabbins qui : disent des bétises, répondent à des questions par des questions, ne disent rien. Des moments drôles, mais en fait pas si drôles.

J’ai adoré ce film qui offre une relecture étrange du livre de Job et pose, dans la vie quotidienne d’un professeur de physique, la question du mal, créant un écho avec le remarquable No country for old men. La construction narrative et graphique est d’une grande complexité, tout paraît répondre à tout, les mathématiques, le Zohar, le principe d’incertitude d’Heisenberg, les histoires dont on se sert pour décrire la réalité ou bien parler de Dieu. J’ai beaucoup ri alors que c’est un film très noir. Et à la fin, le vent souffle très très fort. Wow.