Breakfast at Tiffany’s — Blake Edwards

Don’t take me home until I’m drunk – very drunk indeed.



Une très belle jeune femme vit seule dans un appartement au joyeux désordre, en compagnie d’un chat à qui elle n’a jamais pris la peine de donner un nom. Un écrivain entretenu s’installa au-dessus de chez elle, elle le baptisera « Fred », du nom de son frère adoré. Elle s’appelle Holy (pour Holiday) et elle est jouée par Audrey Hepburn, peut-être la plus belle actrice de cinéma de tous les temps.

Breakfast at Tiffany’s est adapté d’une novella de Truman Capote. Ca se passe à New York, c’est plein d’une vie pétillante et superficielle, de mots d’esprits et de douleurs cachées.

Holy est une call girl. Elle est charmante, délicieuse, merveilleuse et complètement paumée. Elle fuit, elle rit, elle construit des illusions dont on voit bien combien elles sont mortifères… Et son histoire est filmée dans technicolor pimpant, le récit des bourré d’humour, de gags burlesques (la scène de la fête est énorme), de situations incongrues et drôles. Le charme opère, on s’amuse, on sourit et on a peur pour cette pauvre Holy jetée dans sa course en avant.

On sent que le scénario de Hollywood a gommé les nombreux sous-entendus homosexuels, que la fin est là pour que nous ne soyons pas trop tristes. Reste que le film a une grâce folle, à l’image de Holy mangeant son petit déjeuner au petit matin devant les vitrines de Tiffany’s, car, comme elle dit : Nothing very bad could happen to you there.




Margin call – J.C. Chandor

Des types qui bossent pour une banque d’affaire, portent de belles cravates, fixent toute la journée de nombreux écrans d’ordinateur, travaillent tard, et gagnent, pour le plus jeune, 250 000 dollars par an. Des buildings new-yorkais, du jargon de la finance, des naïfs pas très naïfs et des requins très requins : c’est la population du film Margin Call.

Ca commence par une scène de licenciement, tranquille et glaçante. Puis un jeune analyste à gros sourcils découvre que la banque d’affaire pour laquelle il bosse détient trop d’actifs toxiques et va exploser si quelqu’un s’en rend compte. A 22h, son chef (enfin, son N+2, le N+1 ayant été licencié ce matin) arrive. A 23h, le chef de son chef, puis ça continue à monter. A 2h du matin, l’hélico du grand patron se pose.

Trente-six heures dans la vie d’une banque, d’un licenciement à une crise mondiale. Les personnages sont bien posés, jamais jugés. Leur monde est évoqué finement, sans grossièretés, sans jugement moral tombé du ciel. J’y trouve même une certaine poésie du corporate, avec les écrans, les ascenseurs propres, les discussions de crise à 4h du matin, comme dans un rêve. Je me suis demandé comment le Groupe aurait géré le problème. De la même façon, sans doute…

Quelques détails : quand on aperçoit pour la première fois Will Emerson (joué par l’excellent Paul Bettany), on trouve que c’est un c###. Puis on monte dans la hiérarchie, et il paraît soudain tout à fait sympathique. Mention spéciale à Jeremy Irons, qui campe un superbe monstre et arrive à me convaincre que oui, certains humains sont des reptiles à sang froid.

Une chose commune relie tous ces hommes (et cette femme) : quand Mammon les appelle, ils répondent tous présent.

A letter to three wives – Joseph L. Mankiewicz

Fin des années 40. Une petite ville bourgeoise près de New York. Trois femmes, trois amies, embarquent pour une excursion avec une foule d’enfants. Juste avant de monter sur le bateau arrive une lettre d’Addie Ross, leur « amie »… qui leur explique qu’elle quitte la ville, avec l’un de leurs maris.

L’histoire se construit alors sur une série de trois flashbacks, présentant la vie conjugale de chacune des trois amies. La fille de paysan devenue infirmière pendant la guerre, ayant épousé un officier mais complexant sur son origine sociale. Celle qui vient d’un bon milieu et a épousé un professeur de lettres, et qui gagne la vie de la famille en écrivant des romances radio. Enfin, la belle immigrée qui épouse le grand chef d’entreprise local…

A letter to three wives est une comédie de mariage, douce-amère, à la mécanique scénaristique impeccable, aux dialogues superbes, reposant, à travers le personnage d’Addie Ross, sur une mise en abyme amusante. Les personnages sont tous justes, bien campés, très bien joués, avec une attention particulière portée aux seconds rôles, tous très justes.

Mais le film ne serait qu’une distraction de plus sans le regard d’une incroyable délicatesse posé par Mankiewicz sur ces personnages, ces actrices, ces femmes, toutes trois portant leurs forces et leurs fêlures, et forcées de se révéler à elles-mêmes.

Jimmy’s hall — Ken Loach

Ken Loach est un vieux marxos idéaliste et ça se voit. Si ce détail vous dérange, n’allez pas voir ce film et cessez de lire ce compte-rendu. 

Bien, c’est admis.

Nous avons donc Jimmy Gralton, qui rentre en Irlande dans les années 30 après une dizaine d’années d’exil. Il rentre voir sa vieille mère, qui habite dans un coin de la vieille Irlande où il y a des masures de pierre, des collines, des nuages gris, de la pluie, de la tourbe. La vraie Irlande, quoi, celle des types pauvres et rugueux qui triment dur dans un monde difficile.

De son exil New-Yorkais, Jimmy ramène des disques de jazz, une robe pour son ex-fiancée qui s’est mariée avec un autre, et un paquet de souvenirs.

Ce film raconte comment Gralton rouvre son dancing (le hall du titre), où l’on s’amuse, on joue de la musique, on prend des cours de dessin, on lit de la poésie… Une maison de bois, collective, où l’on prend du bon temps. Ce qui ne plaît ni aux grands propriétaires terriens, ni au curé, le père Sheridan, qui entend bien maintenir sa paroisse dans le droit chemin.

Le film est attachant, opposant face à l’autorité et à l’oppression un type qui aimerait que ses contemporains soient libres, généreux et heureux. Tout le monde accuse Gralton d’être un coco, et il l’est, mais jamais on ne le voit sortir de prechi-precha marxiste. La libération du peuple, il la cherche par le plaisir et le bonheur. 

Le récit est plutôt bien mené, Jimmy est élégamment campé par un acteur qui a du style, le père Sheridan, dans son outrance, est réussi, et il y a de belles scènes où l’on voit comment le conformisme social peut tomber comme une enclume sur la tête des familles (la lecture des noms à l’église, waow…). Maintenant, il est assez drôle de voir un récit mettant l’Eglise dans un rôle d’opposant, nous servir une hagiographie. Jimmy n’a aucun défaut: il ne boit pas, ne se met pas en colère, ne commet pas l’adultère. Heureusement pour lui, le supplice est remplacé par une course en vélo…

The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Nous sommes donc allés voir notre premier film de Wes Anderson.

C’était très bien. Imaginatif, aigrelet, rythmé, barré, construit à étages comme une pâtisserie de chez Mendl mise en abyme. La classe, quoi.

J’ai toujours aimé Ralph Fiennes (qui jouait déjà dans un de mes films pas trop connus préférés) je l’ai trouvé très beau en M. Gustave, avec son improbable acolyte à moustache tracée au crayon. 

Air de panache ? Ils n’avaient que la demie-once.

Le vent se lève – Hayao Miyazaki

C’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait fabriquer de beaux avions. Ni plus, ni moins. On est au Japon, entre les deux guerres. Les gens sont pauvres, la terre tremble, la guerre gronde, le vent se lève. Le chapeau de Jiro s’envole, une jeune fille le rattrape, sourit, et dit, en français : le vent se lève, il est temps de vivre. Tout le film est là, dans la citation de Paul Valéry.

 C’est un film sans artifices, sans émotions calculées, sans ruses de scénario, dans la forme d’art la plus artificielle et la plus fabriquée qui soit, le dessin animé, là où il faut reconstituer complètement le monde. Il n’y a pas de personnages, seulement des personnes, avec leur histoire, leurs désirs, leurs maladresses, leur bonté, leurs relations, toutes justes. Tout est vrai, le laid comme le beau, la tristesse comme la grâce. Le vent se lève, le récit est traversé par une inquiétude de fin du monde, éclairée de moments de beauté. Jiro, enfant, dort, vit, rêve, agit, et sa vie entière, de train en bateau, de voyage en Allemagne en voyage onirique, sa vie est un long rêve éveillé. Jiro arrive à l’hôtel, portant un costume clair, il marche lentement, pensif, et on comprend peu à peu que cet homme est épuisé, presque brisé, et que par la chance d’une rencontre et d’un été, au pied de la montagne magique, il trouvera le bonheur.

Le vent se lève est une merveille. J’ai beaucoup pleuré.



Saisissant…

Dredd – de Pete Travis

Un trafic de drogues dans un HLM. Les flics arrivent. La bande de trafiquants s’en prend à eux. Voilà le contenu de ce film…

Petits détails : la terre est irradiée, la ville s’appelle Mega City One et a plusieurs centaines de millions d’habitants. La tout HLM a 200 étages et accueille des milliers de personnes. Les flics sont aussi juges, jurys, bourreaux et emmener les coupables ne les intéresse pas. Il font respecter la loi et vont coller une balle dans la tête à toutes ces crapules. Un des juges est un psychopathe et la jeune recrue a des pouvoirs psy. Et la drogue est du Slow-mo(-tion) qui ralentit les perceptions et donne à voir de bien belles choses…

Je ne suis pas familier du personnage du juge de Mega City One. J’ai dû lire une fois un comics, des amis m’en ont parlé, il fait partie d’une sorte de common knowledge SF. Il avait même été adapté en film en 95 avec Stallone et je l’avais vu (et, hérésie, Sylvestre enlevait son casque ! Et puis quoi ? La loi a-t-elle un visage ?)

   

OK, ce film-là n’est pas très fin. OK, les acteurs jouent… heu… moyennement ? (mais finalement, vu que ce Dredd garde son casque et fait la gueule tout le temps, peut-on lui reprocher d’être monolithique ?). Mais le propose est pleinement assumé, sans chichis. Le décor est bien planté. L’univers est à peine décalé du nôtre, juste plus grand, plus crade, plus âpre. Et il y a plein de passages réussis et de chouettes trouvailles (les yeux du hacker, l’utilisation des pouvoirs psy, le mode « war » de la tour), dans un esprit satirique et acide du meilleur aloi, assorti d’un humour pince sans rire. Le film a une vraie identité graphique, dans le genre criard, assez intéressante, surtout que les ralentis et autres bullet-time sont justifiés par l’utilisation du Slow-mo… Et le scénario a l’audace de ne proposer qu’une mission parmi d’autre du juge, business as usual, il ne sauve même pas le monde. 

The private life of Sherlock Holmes

Le pendu et Cecci ont re-re-vu la vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder.

Comme beaucoup de gens, j’aime Holmes, le mythe holmésien, les créations diverses qu’il a engendrées. Depuis les monographies des Moutons électriques, en passant par les séries TV (notamment l’incroyable Sherlock de la BBC), jusqu’aux diverses reconstitutions de l’appartement du grand détective (rien qu’en Suisse, près de chez moi, il y en a deux !) et les imitateurs : j’ai grandi avec Harry Dickson. 

Mais mon récit holmésien préféré est peut-être cette adaptation faite par l’immense Billy Wilder. D’abord parce que Holmes n’y est pas vraiment le super-héros que j’imaginais enfant (une première vision du film, il y a longtemps, m’avait immensément déçu : aucun génie, des trivialités amoureuses, pouah !) mais plutôt un être humain réel, malin, anglais, spirituel sur-vendu par un Watson pas très fin.

Le film démarre par les symboles du mythe, trouvés dans une caisse poussiéreuse. Il continue sur un ton de pure comédie, frisant le délire, où Billy Wilder se montre immense, puis il devient aventureux, dans les atmosphères fantastiques d’Ecosse, avant de terminer sur une note tragique. Le Sherlock Holmes qu’on y voit, remarquablement incarné, y est un homme touchant, pas insensible aux femmes, pudique et délicat.

J’aime tout dans ce film, les dialogues, les moines dans le train, la femme amnésique tirée des flots, les mystérieuses traces dans la poussière, la promenade en barque sur le loch Ness, le vin servi par Mycroft au Diogenes Club, j’aime tout, c’est du cinéma merveilleux de finesse et de délicatesse. Un chef d’oeuvre.

Encore un mot, peut-être ma réplique préférée, quand Watson voulant éviter tout soupçon pouvant entacher sa réputation et celle de son ami, tente de savoir s’il y a eu des femmes dans la vie de Holmes :

Watson : « Am I being presumptuous? There have been women, haven’t there? »

Holmes : « The answer is yes… »

Puis, avec un temps de retard : « …you are being presumptuous. »

PS : je dois à David C. la découverte de la très belle B.O du film, le concerto pour violon et orchestre Opus 24 de Milos Rosza.

Ernest et Célestine

Le pendu et Cecci et deux satellites sont allés voir Ernest
et Célestine
au cinéma.

Alors oui, on adore les albums de Gabrielle Vincent. Et il y
a dans ce film un joli travail graphique, dessins et aquarelles, et de belles petites choses
et la chanson de Thomas Fersen sur l’Ernest affamé est rigolote. Mais je ne
sais pas ce que les critiques du Masque et la plume (pour ne parler que d’eux)
ont fumé avant de parler de ce film.

Ca me paraissait impossible d’adapter la poésie décalée des
albums, qui font partie des rares histoires pour enfant présentant une réalité
sociale : Ernest l’ours est un saltimbanque, marginal, et pauvre (et
roumain, je crois). On croise dans les livres, des SDF, des propriétaires pas sympas, des
braves gens plus ou moins sympathiques. Les histoires jouent sur des sentiments
très ténus et précieux de l’existence.

Adapter tout ça était difficile, et le film y a échoué.
Le scénariste (Daniel Pennac) a choisi de prendre les choses sous l’angle de la
fable et du conte, et il a bien fait, mais le résultat n’est que très
moyennement convaincant, avec gags, scènes d’actions et suspense un peu
artificiel. On a un scénario bien lisse, sur le respect-de-la-différence et
le vivre-ensemble-dans-la-société. J’espère que les producteurs ont eu quelques financements
publics avec autant de bons sentiments. Le film se laisse regarder, rien de honteux, mais on
est loin de la merveille annoncée par les affiches.

 (au passage, la plus grosse erreur du film : Célestine est
sensée être une enfant. Pourquoi lui avoir donné cette voix de gorge et ces
dialogues d’adulte ?)

Vous voulez de l’animation française de très grande
qualité ? Regardez plutôt les triplettes
de Belleville
ou l’Illusionniste.

Les plaisirs de la chair – Nagisha Oshima

 Le pendu et Cecci ont vu les
plaisirs de la chair
de Nagisha Oshima.

On avait aimé l’empire des sens et aussi tabou (mais c’était
il y a longtemps). Dans les plaisirs…
on a un puceau coincé, amoureux d’un fantasme (jeune fille pure à grands yeux
mais dotée d’appétits charnels) qui se retrouve en possession d’un gros paquet
de sous et qui va tout dépenser en un an pour explorer toutes les relations
possibles avec les femmes.

Voici en gros le plan des sections du film : d’abord
une fille à yakuzas, puis une femme japonaise dévouée en kimono, une femme moderne
sortie d’un film de Marguerite Duras et une prostituée muette.

Rien de tout cela n’est très satisfaisant, ni pour lui, ni
pour le spectateur. La photo est assez moche, le héros veule, ça parle autant
que dans un film français, et les années 70, même au Japon, c’était vraiment
pas ça. Il y a juste un moment rigolo où trois yakuzas débarquent dans
l’appartement du héros. J’aurais aimé que Kitano soit parmi eux et qu’il lui
casse les genoux. Bang.