I Daniel Blake – Ken Loach

Nous sommes donc allés voir en salle la palme d’or de cette année. Dans ce récit social naturaliste, on voit un menuisier plus tout jeune, Daniel Blake, tenter d’obtenir ses indemnités d’invalidité suite à l’accident qu’il a connu sur le chantier. Dit comme ça, ce n’est pas follement gai (alors que Ken Loach sait être drôle, voir par exemple l’amusant la part des anges, un film qui fait aimer le whisky).

Loach filme la lutte de Daniel (et de Katie) pour la survie comme une tragédie. Des hommes et des femmes confrontés à des forces immenses, qui les dépassent et les écrasent. Il filme bien, ça ne rend pas heureux pour autant. 

Ceux qui s’intéressent aux mécanismes sociaux d’oppression/sanction des pauvres autour du contrôle des allocations chômage ou ceux qui s’indignent de la bureaucratisation de l’univers retrouveront dans ce film des arguments mis en image, comme une mise en scène iconique des malheurs du monde. 

Le acteurs sont très bien, le scénario très démonstratif. Pour le reste, je ne sais pas trop quoi en penser. Est-ce que les jurés de Cannes ont voulu se donner une bonne conscience sociale ? (Le film, s’il est fait avec talent, ne me paraît pas non plus être une grande œuvre, notamment cinématographique). Est-ce que nous n’aurions pas dû aller voir Docteur Strange, à la place ? (Le choix de films en salle, à Lausanne, est souvent un peu limité)

La ragazza con la valigia – Valerio Zurlini

Dans ce film de 1961, un fils de riche séduit Aida, une très belle jeune femme d’assez petite vertu, lui fait un paquet de promesses puis finit par l’abandonner. Elle retrouve sa maison à force d’acharnement et se fait ouvrir par Lorenzo, 16 ans, jeune frère du séducteur, qui en tombe bien sûr très vite amoureux et va multiplier les coups tordus et les mensonges (envers elle et envers sa famille) pour pouvoir la revoir.

C’est cette vidéo qui nous a donné envie de le voir, et on a eu bien raison. C’est du cinéma italien classe avec un très beau noir et blanc, Jacques Perrin en très jeune homme très naïf et surtout, surtout avec Claudia Cardinale, de ces femmes qui font penser que dans cette antiquité lointaine, au temps où la couleur n’existait pas et où le français se parlait avec ce drôle d’accent nasillard, les actrices étaient des déesses à la beauté inouïe, magnifiques et inaccessibles.

Et cette histoire d’amour impossible, de très jeune homme déchiré par ses sentiments et de femme humiliée par tous les hommes qui la croisent (et agitent sous son nez des billets de banque) a quelque chose de très touchant.

The life aquatic with Steve Zissou – Wes Anderson

Ca doit être le point commun entre les livres de SF et les films de Wes Anderson : il faut commencer par expliquer l’univers avant de pouvoir raconter l’histoire.

Ici, donc, un océanographe mondialement célèbre avec un bonnet rouge, inspiré du commandant Cousteau : Steve Zissou. Il navigue sur les océans de la planète avec son fidèle équipage (tous porteurs de bonnets rouges) sur son navire, le Belafonte, filme les merveilles du monde aquatique, publie un magazine (the life aquatic), entretient un club d’explorateurs nautiques auquel s’inscrivent les enfants et vit une rivalité scientifico-médiatico-amoureuse avec le commandant Hennessy et son « expédition Hennessy ».

C’est un petit monde andersonnien, complètement barré (avec le cameraman hindou à turban, la script girl suédoise aux seins nus, les stagiaires sans nom…) dirigé par un mégalomane à la petite semaine qui ne cesse de se mettre en scène depuis des dizaines d’années.

Mais voilà que, alors que Steve Zissou essaie de lancer sa prochaine campagne, à la poursuite du requin-jaguar, un jeune homme débarque qui dit être son fils…

 Derrière le récit loufoque, enlevé et très drôle, derrière l’univers en boîte avec ses petits personnages vivant des aventures pleines de rebondissements, Life aquatic est un film mélancolique, qui parle de paternité, d’occasions manquées, de choix de vie foireux. Mais aussi de rêve et de poésie (toute la partie aquatique du film est complètement fantaisiste, réalisée en animation image par image, colorée et poétique), de gens créant des mondes pour en faire rêver d’autres…

Enfin, le personnage de Steve Zissou ne se contente pas d’être un imbécile fat et mélancolique. Le récit, parfois cruel, lui donnera l’occasion, malgré l’âge et la pesanteur de la mémoire, d’évoluer et se transformer. Cette partie-là du film est celle qui m’a le plus ému, dans un film riche en séquences magnifiques. 

(mention spéciale à la B.O., pleine de chansons de David Bowie… adaptées.)

Twelve years old… That was my favorite age.

Angry indian goddesses – Pan Nalin

Quand on a regardé la liste des films qui passait au cinéma le plus proche, on a dû penser quelque chose comme « tiens, un film indien, avec un message féministe et de jolies couleurs, ça nous changera. »

Les cinq premières minutes qui présentent les personnages sont pêchues et amusantes, le reste est une immense pub pour (ceux qui vendent des téléphones avec une pomme dessus) : image de clip publicitaire, défense de l’ouverture, liberté individuelle, vie à la coule,  fête joyeuse, bons sentiments. Et ça se termine par une apologie dégueulasse de la vengeance. Le féminisme ne méritait pas ça.

Moonrise Kingdom

Nous avons fait ce week-end une soirée cinéma avec Rosa et Marguerite. Ce genre de moment un peu spécial où on essaie de faire découvrir aux enfants un film que nous aimons vraiment. Ca a donné des ratages… et de grands moments. Dimanche dernier, c’était Moonrise Kingdom, de Wes Anderson.

Et là, je me rends compte que je n’ai jamais parlé de ce film sur le blog. Réparons donc cet oubli fâcheux.

C’est l’histoire de deux enfants qui ne sont pas contents de leur vie et qui décident de s’enfuir ensemble.

(résumé par Marguerite)

1965, une île de Nouvelle Angleterre. La tempête approche, la plus terrible que l’île essuiera jamais. Suzy, douze ans, regarde le monde à travers des jumelles. Sam, douze ans, est orphelin et scout. Ils s’écrivent, tombent amoureux, vont partir ensemble et (…), alors que le monde entier (parents, chef scout, et le policier de l’île) se lance à leur poursuite.

C’est un film de Wes Anderson, une étrange mécanique avec des petites boites et des petits mondes dans des boîtes. A la fois mélancolique, rythmé et très très drôle. Décor de phare, camps scouts, combats dans la forêt, enfants foudroyés, suggestions d’épisode tristes et ou terrifiants, plein de détails dans le décor, et le sujet le plus casse gueule qui soit, le premier grand amour. Tous les personnages sont très bien traités, tous bizarres, décalés et humains.

Nous aimons tout t’univers du film, sa lumière douce, l’attention démente apportée au cadre, aux détails, aux échos visuels et musicaux. On y retournera.

De tous les films de ce réalisateur, Moonrise Kingdom est notre préféré. Par sa délicatesse, sa poésie, sa folie merveilleuse qui donne envie de pleurer.

Rosa et Marguerite ont adoré.


I think when you have a giant crush when you’re in fifth grade, it becomes your whole world. It’s like being underwater; everything is different. (Wes Anderson)

Into the night – John Landis

Ed Okin est ingénieur, travaille dans un cubicle, comme Dilbert, sans ordinateur à côté de lui (on est en 1985). Et il n’arrive pas à dormir. Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas dans sa vie… Par exemple, sa femme le trompe, il s’ennuie dans son boulot absurde…

 

Une nuit, comme souvent, il prend la voiture et roule dans la nuit, pour s’apaiser, et se retrouve à l’aéroport. Et là, par hasard, il assiste quasiment à un meurtre et voit une très belle femme courir vers lui, appelant à l’aide, criant qu’elle est poursuivie. Ed est un brave type, il embarque la femme fatale et le voilà parti pour une aventure bizarre avec elle. Quatre méchants Iraniens sont à ses trousses, elle a des ennuis dont elle ne veut pas parler, un frère sosie d’Elvis et des relations avec des mafieux. Vous la laisseriez peut-être tomber, mais pas Ed Okin. Parce que tout ça est une espèce de dérive mal réveillée dans la nuit de L.A., parce qu’enfin il se passe quelque chose dans sa vie, et peut-être aussi parce que la femme est jouée par Michelle Pfeiffer dont j’avais oublié qu’elle était aussi belle.

 

J’ai adoré ce film, sa course-poursuite semi-indolente, son intrigue bancale dans L.A., ses méchants maladroits… Il dégage une atmosphère de rêve bizarre, avec des meurtres, des grandes villas avec des fontaines, David Bowie en tueur et Roger Vadim en chef mafieux. Il y a de nombreuses promesses sexuelles inaccomplies, des traits d’humour absurde et Jeff Goldblum (je vous ai déjà dit que j’aime beaucoup Jeff Goldblum ?) qui traîne sa grande carcasse dans cette histoire, regardant beaucoup et ne faisant pas grand-chose, sur fond d’illusions, de tournages et d’écrans de télé allumées que personne ne regarde.

Une comédie bizarre, violente et un très beau film.

Merci au Dr Orlof qui m’a donné envie de le voir.

Deathgasm — Jason Lei Howden

Un jeune fan de metal arrive dans une petite ville pourrie de nouvelle Zélande. Il est méprisé par les cons du coin, ne se trouve comme copain que le rôliste, le gros et le délinquant (métalleux lui aussi). Et bien sûr, ils montent un groupe. Le problème est que, par hasard, ils mettent la main sur une partition maléfique, et que, par dépit, ils la jouent, ce qui lâche une horde de zombies-démons sur la terre…

Alors disons-le tout de suite, Deathgasm n’est pas très fin. Voire de mauvais goût. Voire de TRES mauvais goût. C’est un hommage à Braindead, aux albums de Heavy Metal des années 80 avec des barbares en couverture, à tous ces genres musicaux dont le nom peut être composé en collant deux ou trois syllabes extraites de la collection suivante [Grind-Death-Doom-Heavy-Speed-Core]. Et c’est filmé avec soin et amour.

Ca donne un film très très rigolo, une comédie d’horreur avec de gros amplis et des zombies explosés avec des armes artisanales. A recommander aux amateurs de solos de guitare et de découpage de démons à la tronçonneuse.

Merci à F.C. pour la découverte !

Double Indemnity — Billy Wilder

Neff est agent d’assurances, un bon, le meilleur élève de Keyes, l’expert de la compagnie (joué par l’extraordinaire Edward G. Robinson). Mais un jour il se point chez Phyllis, une blonde étrange, qui lui glisse une petite idée méchante dans la tête. Et si… le mari (détesté) de Phyllis souscrivait une assurance vie ? Et s’il avait un accident dans le mois ? Et si, et si, et si…

Neff n’est pas un gars de ce genre, il envoie bouler Phyllis et rentre chez lui. Mais Phyllis est jouée par Barbara Stanwyck, étrange petite créature aux yeux de renarde et au parfum capiteux, alors Neff reconsidère sa position, tant et si bien que…

Double Indemnity est un film noir à l’ancienne, filmé par l’immense Billy Wilder. Peu de personnages, des tensions terribles, un suspense douloureux, parce qu’on sait dès le début que le plan sera mené jusqu’au bout et que ça finira mal pour tout le monde. Si vous aimez les films en noir et blanc argenté, superbement dialogués, filmés par un réalisateur de génie, où les femmes sont fatales et les hommes portent des chapeaux de feutre, celui-ci est fait pour vous. En tous cas, il était fait pour moi.

(nous avons regardé ce film sur suggestion du Dr Orlof)

Willy Wonka & the chocolate factory

Marguerite a vu ce film des années 70 à l’école dans le cadre de ses cours d’anglais, et comme elle l’adore, elle tenait absolument à nous le faire voir. Je pense l’avoir déjà dit sur ce blog : j’aime beaucoup les œuvres de Roald Dahl, avec un goût particulier pour Charlie et la chocolaterie, un de ses chefs d’oeuvre. Je ne vais pas résumé le propos ici, d’autant que le film est une adaptation assez fidèle du livre. Les gamins monstrueux sont… monstrueux (avec un petit bonus pour Veruca Salt, que je trouve particulièrement nuisible), Charlie est un gentil petit gars blond avec une tête un peu étrange, et Gene Wilder campe un Willy Wonka tout en retenue et sourires en coin. 

 

 

Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de comparer cette adaptation de 1971 avec celle de Tim Burton avec Johnny Depp, plus de trente ans plus tard.

Une première chose : le film de 71 n’a rien de honteux. Il est réalisé avec soin, par des gens qui faisaient attention à leur travail et cherchaient à en donner au spectateur pour leur argent. Toutefois, tenter de rendre crédible à l’écran les folies de l’histoire de Roald Dahl, sans fabriquer complètement les images comme le fait Tim Burton, est une sacré gageure. Le film a été tourné en Bavière (jolies rues médiévales, toits pointus, architecture industrielle du XIXème siècle), ce qui lui donne une curieuse ambiance. L’usine de chocolats a quelque chose d’un parc d’attractions, animé par une bande de nains couverts de fond de train orange. La volonté de montrer est lourde et explicite et le réalisateur peine à suggérer, sauf peut-être dans l’inquiétante scène psychédélique du bateau, où Willy Wonka devient réellement inquiétant — ce qu’il est. Les personnages de Roald Dahl ne sont jamais dépourvus de cruauté.

La comparaison avec les images de Tim Burton m’a fait m’interroger, à mon échelle,

sur l’impact des effets spéciaux au cinéma sur notre imaginaire, sur la plastique des mondes dont nous sommes maintenant capables de rêver. A la fois plus beaux, plus grands, plus colorés, mais aussi complètement détachés du monde. 

 

Birdman – Alejandro González Iñárritu

Dans ce film, on trouve : des plans séquences de dix kilomètres de long, des acteurs capricieux, Michael Keaton en ex-ex-ex Batman, des New-Yorkais qui parlent vite vite vite, des répétitions théâtrales calamiteuses, un acteur qui ne bande que face au public, des vanités froissées sur Broadway, des chocs de vanités, des vannes percutantes, 25 000 vues sur Twitter de Michael Keaton en slip, Edward Norton en slip (j’adore cet acteur), de la télékinésie.

L’ensemble est assez bien vu et souvent drôle.

On aurait aimé que l’ambiguïté sur la relations du monde intérieur du héros avec le monde extérieur qui fait mal fût maintenue jusqu’au bout. Ce n’est pas grave.