Les 400 coups – François Truffaut

 Suite de notre découverte de l’oeuvre de François Truffaut. Son premier film, le plus connu avec Jules et Jim. L’enfance d’un gamin mal aimé, dans le début des années 60, mais qu’on pourrait transposer à d’autres époques. 

Antoine se prend des colles de son maître de classe, se fait engueuler en permanence par sa mère et ne reçoit pas beaucoup de soutien de son père. L’appartement est petit, l’école est ennuyeuse, le seul truc vraiment cool c’est de sécher avec René, de fumer en cachette et de s’enfermer au cinéma.

Le film pourrait être triste et misérabiliste, mais il ne joue par sur ce registre là. Grâce au montage, au jeu très spontané des enfants et à leur énergie, la narration reste pleine de vie, d’un désir d’autre chose, d’ailleurs, on se dit tout le temps que le personnage va s’en sortir, même s’il s’en prend en fait plein la figure. C’est filmé avec énergie et grâce, l’enfance est légère, malgré tout.

Le dernier métro – François Truffaut

Dans ce film, on soit la vie d’un théâtre parisien durant l’occupation, à travers toute une série de personnages touchants et bien campés. Marion Steiner, la patronne, ancienne actrice de cinéma, Bernard, l’acteur doué qui bouscule les habitudes de la maison, Lucas Steiner, l’auteur planqué, Daxiat, le critique collabo, Arlette, la costumière qui aime les femmes, Sabine la petite actrice qui veut percer…

On est loin (à l’autre bout de la carrière de Truffaut) de l’énergie des 400 coups ou de la légèreté de Jules et Jim, c’est du cinéma de grande classe, grands acteurs, beaux éclairages et une histoire très belle, tournant entièrement autour d’un lieu, un théâtre dont le directeur, juif, a disparu, mais est en fait caché dans la cave. Un théâtre qui continue à faire du théâtre.

Ca parle de plein de choses : de l’art, du fait d’être juif, des relations tordues entre metteur en scène et acteurs et actrices, d’amour, de mise en scène. Généralement les grands acteurs français (genre Deneuve ou Depardieu) m’énervent, là ils sont tout simplement très bons.  Le film est très beau, j’ai beaucoup aimé.

Avatar — James Cameron

 Et bien oui, celui-ci aussi on ne l’avait jamais vu. Ca coûtait trop cher de descendre le voir au cinéma quand il est sorti (malgré mon goût pour la SF avec des vaisseaux), et il fallu que Marguerite lise un article à son sujet dans l’excellente revue Topo pour nous convaincre de le mettre au programme de notre ciné-club familial.

Deux choses bien dans ce film : une belle idée SF (se projeter dans un corps artificiel qui ne soit pas la nôtre et qui permette d’explorer des mondes qui nous échappent) et une réalisation efficace, qui emporte l’attention et donne envie de voir la suite.

En exceptant cela, le film est très très bête. Marguerite a trouvé l’histoire cent pour cent prévisible. Les personnages sont écrits à la truelle, la philosophie du récit est bête à mourir et ce que ça raconte du rapport des auteurs à la nature est très très effrayant. Le personnage principal est défini dans le récit comme une vasque vide, et, de fait, il l’est.

J’ai eu également du mal à supporter l’imagerie jeu-vidéo du film, avec ses CGI trop vraies pour être vraies. A titre personnel, j’ai eu une dose satisfaisante d’exosquelettes, de créatures bizarres, d’hélicos cools, de décors insolites et grandioses, mais après visionnage il ne reste plus grand-chose de tout ça, sinon une envie de relire le nom du monde est forêt, d’Ursula Le Guin.

Up – Pete Docter

J’ai découvert ce film dans des circonstances personelles difficiles, les images et les émotions qu’il dégage restent associées à ce moment. J’ai pleuré à la fin de la très belle scène d’introduction, quasiment un court-métrage à elle toute seule, qui concentre tout l’enjeu émotionnel du film. Un vieil homme, à la fin de sa vie. La femme qu’il a aimé, disparue, mais toujours présente.

La suite est une aventure folle à la Pixar, souvent très belle, parfois très idiote, avec dirigeable, chiens qui parle, créatures un peu préhistoriques et collection de badges. C’était super et ça nous a fait du bien à tous.

 

Une petite ville en Allemagne — John Le Carré

 

Bonn, la capitale la plus ennuyeuse du monde, dans les années 60. Un roman d’espions pas tous jeunes avec des costards marron sur fond de relations internationales aujourd’hui oubliées (la RFA, l’entrée du R.U. dans l’Union Européenne, tiens, tiens), ce genre de trucs d’un autre siècle. Le tout avec des Anglais un peu névrosés, guindés, ridicules.

L’intrigue ? Un obscur employé de l’ambassade du Royaume-Uni à Bonn a disparu, volant des dossiers importants. On ne veut pas de scandale. Londres envoie un agent, le meilleur qu’elle peut trouver mais pas le premier choix, pour le retrouver. Il va beaucoup bavarder, boire des coups, déterrer des secrets dans le milieu un peu confiné de l’ambassade.

Que tout l’ennui de cette grisaille ne vous fasse pas peur, ce roman est excellent. Tout y est fort et juste, les caractères, la description sociale, et le récit lui-même, qui part d’un type tout petit d’une administration sclérosée pour s’ouvrir vers des éléments effrayants. Un autre très bon livre de Le Carré.

Bienvenue à Sturkeyville – Bob Leman

 

Dans le monde de l’édition, il y a les grosses maisons et les petites. Les éditions Scylla sont de ce dernier côté du spectre. Et dans les petites maisons d’éditions, il y a les amateurs enthousiastes et les professionnels. Les éditions Scylla sont aussi de ce dernier côté du spectre.

Leurs livres sont beaux, tiennent bien en main et, mieux que tout, ils contiennent des textes intéressants. Bienvenue à Sturkeyville ne fait pas exception à la règle.

Il s’agit d’un recueil de six nouvelles d’un auteur peu prolifique, Bob Leman, prenant toutes places dans la même petite ville bizarre, quelque part de ce côté du 20ème siècle. Des gens, des familles consanguines et des monstres.

Chacune de ces histoires fait peur. Pas de l’angoisse cosmique, pas du grand-guignol, mais une catégorie spéciale de peur qui se niche là entre le malaise, le rire jaune et une forme de répulsion psychologique et physiologique. Je n’ai pas envie de les déflorer là, elles sont toutes bonnes et certaines sont excellentes (notamment la toute première, la Saison du ver). 

Lire bienvenue à Sturkeyville ressemble un peu à l’expérience de boire un bon whisky aux caractères affirmés. Ca brûle un peu, au début, mais les saveurs sont riches et à la fin, on en redemande.

Les années – Annie Ernaux

J’ai découvert ce texte autobiographique à travers son adaptation radiophonique (merci à Titiou Lecoq de l’avoir recommandée). A partir de photographies, l’autrice raconte sa vie d’une manière impersonnelle, éclairant à travers elle même le temps qu’elle a traversé, de 1940, année de sa naissance, aux années 2000. Ce livre donne à voir et à sentir le temps, les changements d’époques, l’évolution des modes de pensée, de la vie matérielle, des discours que la famille porte sur eux. Il y est question d’une femme (toujours traitée en « elle », jamais en « je »), fille d’épiciers en Normandie, excellente élève, de ses rêves, de sa sexualité, de son mariage, de ses enfants, de son sentiment d’être une transfuge de classe, de son vieillissement. Annie Ernaux prête attention aux lieux, aux objets, aux sujets dont on parle durant les repas de famille, à la manière dont on évoque le passé, dont par exemple disparaît l’évocation de la seconde guerre mondiale et de ses privations. Elle construit un discours complexe sur la mémoire, le souvenir de soi, la prise de conscience du souvenir de soi…

Cela donne une image forte de ce que ça a été d’être une femme née pendant la guerre (la génération de mes parents) et de ce qu’a pu être une certaine France de la seconde moitié du 20ème siècle. C’est intelligent, conscient, écrit avec une grande précision et avec cette dose de narcissisme (même si dépersonnalisé) qui fait « littérature française ».

Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher ce court livre de l’énorme roman l’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante, qui est aussi le récit de femmes transfuges de classe et la chronique d’un pays des années 50 à nos jours. Là où le roman de Ferrante offre une matière romanesque riche et une puissante implication émotionnelle, le livre d’Annie Ernaux ressemble à une froide dissection du temps et du souvenir.

Ils partiront dans l’ivresse – Lucie Aubrac

Regardez là où ça nous emmène, le jeu de rôle. On fait jouer des histoires qui se passent dans les années 40 et on se retrouve à regarder des films avec De Funès, un documentaire long de quatre heures, et à lire toutes sortes de bouquins, dont les classiques « mémoires de résistants », ce qui doit être devenu un genre en soi.

Ils partiront dans l’ivresse
fait partie de cette dernière catégorie. Non pas un journal, mais un
bouquin paru en 1984, et qui, loin de couvrir toute la guerre, se
concentre sur la période vécue par l’autrice entre le 14 mai 1943 et la
mi-février 1944, avec comme unité narrative sa seconde grossesse. Mais
alors quelle grossesse ! Lucie Aubrac, c’est une PJ. Audacieuse,
inventive, soutenant les coups les plus tordus, tirant à la
mitraillette, montant des plans tordus, faisant face (dans un coup de
bluff) au grand méchant Klaus Barbie (tout ça en neuf mois), le tout
sans forfanterie ni sans la ramener. Et en même temps, maman d’un petit
garçon, professeure agrégée d’histoire continuant à donner ses cours,
femme amoureuse, ménagère à l’occasion (mais pas trop souvent, merci).

Le tout, bien raconté, suivant une forme de journal avec quelques flashbacks bien choisis, des notations sur la vie quotidienne, la vie de famille et la région de Lyon, qui donnent envie de s’y promener. Un peu comme une version aussi aventureuse mais beaucoup moins macho de l’armée des ombres. Je vais offrir ce livre à mes filles, il y a pire que Lucie Aubrac comme role model….