Si seulement je pouvais avoir peur, à l’échandole

Petite chronique d’un très bon spectacle pour enfant, vu au petit théâtre de l’échandole à Yvderdon, salle à la programmation éclectique de qualité.

Si seulement je pouvais avoir peur est une adaptation pour marionnettes d’un conte de Grimm, l’histoire d’un gamin qui recherche la peur, par la compagnie Pied de biche dont nous avions déjà apprécié le travail avec les Artpenteurs. Tentures rouges, visages blancs, grimaces inquiétantes, l’histoires est narrée dans une esthétique gothique, proche de celle de Tim Burton. Ben, le héros, est une créature pâlotte, sympathique et laide… On verra des fantômes, une momie, un lit monstrueux, une mystérieuse créature forestière, un paysan à la très longue et austère barbe noire, un roi sous sa tente aux crises de frayeur grimaçantes. Tout cela avec grandes orgues façon Hammer, voix inquiétantes… Et les plus petites regardant l’histoire à travers leurs doigts collés sur les yeux. La mise en scène est habile et énergique, mêlant humains et marionnettes (remarquablement animées, le meilleur travail que j’ai jamais vu en ce genre). 

Jouant sans cesse sur le recul, la dérision et l’incapacité de Ben à avoir peur de quoi que ce soit, le spectacle apprivoise la peur et fait rire plus souvent qu’à son tour, sauf peut-être quand la mort elle-même entre en scène…

Bref, c’est drôle, inquiétant, pour les enfants comme pour les parents. On recommande chaudement !

Dates de tournée ici sur le site de la compagnie.

Le suicidé – à Vidy

L’idée du suicide embellissait ma vie…


Après une bonne pièce de Thomas Bernhard, le naufragé, qui traitait du même sujet, Cecci et moi avons continué notre saison « la vie est belle » à Vidy, en allant voir le suicidé, de Nikolaï Erdman.

Le pitch de la pièce est génial : Semione se réveille en pleine nuit, il est au chômage, il se dispute avec sa femme et lance que, quitte à mener une vie comme ça, autant mourir. Puis il sort. A partir de ce moment, elle est persuadée qu’il veut se tuer et va rameuter tout le monde pour l’en empêcher. L’idée, qui n’était pas présente dans la tête de Semia, fait son chemin, d’autant que le futur suicidé devient très courtisé pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons… L’histoire se déroule dans la Russie post-révolutionnaire des années 20, pleine de paumés, de chômeurs, d’intellectuels réprimés. Derrière une comédie énorme, des gags en rafale, l’escalade de l’absurde, on voit s’agiter tout un peuple effrayé, replié sur lui-même. Et partout, tout le temps, au-dessus de tous ces gens plane l’ombre de la mort.

Malgré la célébrité d’Erdman, malgré les plus hautes recommandations, la pièce datant de 1928 n’a jamais pu être montée avant 1990 en Russie. Tout dictateur bien éduqué aurait immédiatement envoyé en exil en Sibérie un satiriste pareil. Staline ne s’en est pas privé.

La mise en scène de Patrick Pineau est énergique et dynamique gardant bien présents les différents tons de la pièce de la grosse rigolade à la peur grinçante. C’est un théâtre du corps et des postures, à la façon de la Comédie Française, comme j’adore. Les différents acteurs se donnent à fond, notamment Patrick Pineau lui-même dans le rôle de Semione Semionovich Podsékalnikov, mais aussi Anne Alvaro dans le rôle de la belle-mère, Sylvie Orcier dans celui de Maria et l’extraordinaire coursier Iégorouchka, interprété par Manuel Le Lièvre.

Sous le socialisme,

il n’y aura plus de femmes (oooh),

plus d’hommes (oooh),

seulement…

des masses.

 

Photos : (c) Théâtre de Vidy / Philippe Delacroix

Urhu – Norn

Plus de deux ans après la première représentation, nous avons revu le dernier (et très bon) spectacle de Norn.

Voici ce que j’en disais alors…

Le revoir m’a permis d’affiner les impressions. Les Norn étaient  très présentes, très belles. Urhu est le plus drôle de leurs spectacles. S’il m’avait semblé un peu difficile d’accès la première fois, ce n’était plus du tout le cas. Nous en avons profiter pour acheter le disque, qui est très bon, autant que les deux précédents.

Quelques extraits en écoute ici

Pour les amateurs de SFFF francophone, on reconnaîtra pour l’illustration des pochettes le talentueux Eikazia / Marc Lopes.

Montons maintenant jusqu’à la source.

L’eau, la glace, la pierre dure, le cliquetis des aiguilles de bronze d’une immense horloge.

Écoute !

Voici un écho de la vibration primordiale.

Norn chante les échos de la création de monde, si le monde fût jamais créé. 

Archives

Les Norn – dans les glaces nordiques

Au rythme de l’eau.

Leur agenda…

Kafka sur le rivage, au théâtre Benno Besson

[edit] ce billet a déjà été brièvement publié, puis shooté par le gros bug de blogger. Je le ressors donc.

J’avoue que je n’étais pas très chaud. Cecci avait choisi d’aller voir une tentative d’adaptation d’un roman de Murakami (que je n’ai pas lu), montée dans un théâtre régional suisse (où nous n’étions allés qu’une fois pour une voir un spectacle pas très convainquant…), un spectacle où des Européens joueraient des Japonais, bref, j’ai failli dire « on n’y va pas, on reste à la maison ».

J’aurais eu bien tort.

Ce spectacle est ma première expérience de théâtre narratif : il s’agit d’une adaptation de roman [1], ça se sent, qui mêle plusieurs points de vue, plusieurs niveaux d’action, montés un peu comme au cinéma, avec des simultanéités et des alternances. J’ai tout de suite senti sur scène l’univers de Murakami, où l’imagination infuse le monde (ou l’inverse?), où des personnages sympathiques, paumés, étranges, hybrides, se rencontrent et se transforment.

L’histoire ? Kafka Tamura, un ado, fuit son père et une mystérieuse prédication oedipienne, pour aller s’enfermer dans une petite bibliothèque historique, quelque part sur Shikoku. Pourquoi perd-il parfois conscience ? Pourquoi a-t-il du sang sur sa chemise ? Parviendra-t-il à coucher avec l’une des jolies femmes qu’il croisera ? Qu’est-ce qu’essaie de lui dire Oshima-San, le mystérieux bibliothécaire qui cite Aristote à tout bout de champ ? Par ailleurs Nagata, un vieux bizarre et illettré, capable de parler aux chats, rencontre Johnny Walker (celui de la bouteille de whisky, si, si, la scène est énorme), sauve Sésame la chatte en fuite et se lance dans un voyage vers le sud, vers la même petite ville que celle où Kafka s’est réfugiée, en compagnie d’un routier sympathique. Mais quel rapport entre Tanaka et les enfants endormis, en 1944, sur la colline du bol de riz ? Et qu’est-ce que cette maudite pierre de l’entrée ?

On trouvera dans cette histoire de puissantes images, des résonances, le sang des règles et le sang des meurtres, des chats qui parlent illuminés comme des lanternes japonaises, des moments d’inquiétude et des moments de fraternité. Des images pop s’incarnent, une chanson d’amour mystérieuse résonne dans la bibliothèque, des somnambules sont des fantômes et les fantômes ne peuvent pas dormir, des hommes sont des femmes qui sont des hommes, les choses s’hybrident et se mêlent, et la coiffeuse ne fait rien de sexuel, non, non (et cesse de t’excuser à tout bout de champ).

J’ai senti une partie des spectateurs paumés par ces mélanges de réalité et d’imagination. Moi, je me sentais chez moi, tant tout ceci sonnait juste et vrai. La vie est ainsi et la responsabilité commence dans les rêves (« même si personne ne pourra t’inculper pour responsabilité onirique ! »).

Et le spectacle ? Il a laissé jaillir cet univers, avec un décor simple et des dispositifs visuels astucieux, avec ses chats illuminés et ses acteurs changeant de peau. J’ai vu les cars, les stations d’autoroute, les petits restaurants, la bibliothèque/monument historique, les fantômes, les fantasmes, les têtes de chats coupées dans le frigidaire (j’ai juste loupé la fille à 15000 yens). Et si les acteurs ne l’étaient pas, les personnages étaient indubitablement japonais, grâce à un remarquable travail sur la gestuelle, les attitudes corporelles, les distances et les proximités. Bref, c’était du théâtre. J’aurais juste aimé pouvoir revoir cette histoire et la montrer à mes amis, un soir d’été.

Si jamais elle passe près de chez vous, ne la manquez pas.

[1] faite par Frank Galati, un auteur dramatique Etats-Unien

Kafka sur le rivage, par la compagnie l’outil de la ressemblance.

Photos (c) l’outil de la ressemblance

Sur la route – au théâtre de Vidy

Un homme effondré au bord d’une route. Après une longue attente il veut se mettre en marche. Ses jambes ne lui obéissent pas. Sa marche est une chute permanente.

Une femme, en robe de toile. Elle se déplace sur un fil, mais on se dit qu’en elle quelque chose ne va pas.

Un dispositif étrange, triangle de funambule, tringles et passages, comme un polyèdre à trois fois sept côtés,

et des nappes de sons, de vibrations, qui accompagnent l’errance de roi abattu et de la danseuse,

et des lumières crues ou dorées qui écrasent ou caressent les corps dans l’effort.

Avec un dispositif étrange de funambulisme, avec son atmosphère épaisse de sons, de flashs et de lumières, ce spectacle extraordinaire reconstruit et donne à admirer des choses évidentes : marcher, bouger, danser. Dans une construction esthétique sophistiquée, il donne à voir les corps, les efforts, la lutte et le jeu avec la pesanteur, il donne à voir et à ressentir une expérience universelle de l’être : l’homme debout.

Photos (c) les colporteurs

Le spectacle se joue à Vidy, Lausanne, jusqu’au 17 avril.

Balchimère – le cirque Starlight

Nous sommes allés hier voir le nouveau spectacle du cirque Starlight. Je n’en ai jamais parlé ici, mais ce cirque est une de nos belles découvertes dans la région. Un petit ensemble moderne, sous chapiteau, sans animaux, composant des spectacles toujours unis par une thématique et une poésie particulière, mais sans la prétention bavarde et arty de certaines choses  vues à Paris où on baille d’ennui au nom de la liberté des artistes d’improviser n’importe quoi.

Balchimère est un spectacle de rêve, avec brumes et lumières bleues où évoluent de drôles de créatures de baraques de foire. Une princesse sans jambes, un ange sur roue, un magicien, un dresseur sans fauves, une visiteuse perdue, une femme aux cheveux infinis. Pas d’histoire, mais des scènes, des situations qui donnent une belle profondeur aux prouesses de force et d’adresse qu’on verra accomplir. Les enfants ouvrent de grands yeux, les adultes aussi, parce que ces gens créent un monde, avec sa poésie, ses peurs sourdes, son érotisme. Les moments se répètent en variant d’un détail, les flash éclatent, dehors l’orage couve et bombarde le chapiteau. On en sort en clignant des yeux, et tout a déjà disparu, le chapiteau se replie derrière nous, rien de tout cela n’a jamais existé, et pourtant…

Photos (c) Nicolas de Nève

Le cirque Starlight est en tournée en Suisse romande. Ne le manquez pas !

L’usage du monde à Vidy

Le pendu et Cecci ont vu à Vidy une pièce adaptée du livre de Nicolas Bouvier, l’usage du monde.

Avec Dorian Rossel, le texte devient rhapsodie. MARIO DEL CURTO

Ecrit dans les années 50, le livre relate le voyage (en voiture) de plusieurs mois vers l’orient du jeune Nicolas, qui fuit le vide et l’étouffement de la vie dans sa Suisse natale. Voyage aller (qui connaîtra un retour) plein de rencontres dans les Balkans, en Anatolie ou en Perse, jusqu’à l’Afghanistan. Le livre est une méditation rêveuse et poétique sur le voyage, sur la façon dont il fait les hommes. Il parle surtout de la recherche du bonheur, de ces instants uniques qui forment l’échine d’une existence.

La seule chose positive que je puisse dire du spectacle est qu’il m’a donné à entendre le texte, merci pour ça. Six comédiens, pas manchots pourtant, se sont passés la parole comme on se passe la balle, pour relater les rencontres et les voyages de Bouvier. Le décor était composé d’un assemblage bizarre de tables, de caisses, de machins, de tissus. Je n’ai rien compris à la logique de la mise en scène, aux différentes incarnations du narrateur, aux jeux de ceci ou de cela. Malheureusement, ce spectacle était plus agréable à voir en fermant les yeux, pour ne pas gâcher les images de Bouvier par les clowneries bizarres des acteurs. Tout me paraissait mis à distance, maltraité, désossé plutôt qu’évoqué. On se serait volontiers endormi dans son fauteuil.

Une remarque perfide : le succès de ce (mauvais) spectacle s’expliquerait-il à cause de l’aspect helvetico-suisse de son sujet ?

Andromaque à la Comédie Française

Puisque Cecci et moi avons passé un peu de temps à Paris, nous en avons profité pour faire une petite cure culturelle. Retour à la Comédie Française, donc. La dernière fois, ça devait être pour Figaro divorce, il y a deux ans…

Cette fois-ci, Andromaque, de Racine. La guerre de Troie a passé, Pyrrhus, fils d’Achille, détient chez lui la femme d’Hector dont il a fini par s’éprendre (sentiments qui ne lui sont pas rendus). Oreste arrive, envoyé par les Grecs, qui voudrait qu’on lui livre le fils d’Andromaque… Pas facile, vu que Pyrrhus est amoureux. Mais Hermione, délaissée par Pyrrhus et objet de l’adoration d’Oreste va mettre son grain de sel dans l’affaire…

Ce qu’il y a d’admirable, chez Racine, outre sa langue de grand style, c’est la mécanique du dilemme. A chaque acte son problème, et à peine un problème évacué (que faire d’Andromaque et surtout de son fils ? Faut-il écouter/épouser Hermione ?…), un nouveau problème se pose, comme un mécanisme bizarre qui ne pourrait aller que jusqu’à la catastrophe.

Je dois bien reconnaître, le texte est bon et la pièce, excellente.

Quant à la mise en scène…

Muriel Mayette, la metteuse en scène (et directrice du théâtre, ceci explique sans doute cela) a dû se souvenir que la Comédie Française devait garder le patrimoine. Alors elle a monté une Andromaque belle comme de l’antique : avec des colonnes, des acteurs habillés de vagues trucs antiques (ressemblant un peu à des serpillères), un peu zombies, un peu statues. C’est lent, compassé, à mourir d’ennui. Les acteurs se défendaient comme ils pouvaient (j’aimais beaucoup Hermione et Oreste, notamment – pas trop Andromaque, trop matrone) mais ils paraissaient englués dans la poussière.

A tout le moins, on a entendu le texte…

Pierre Etaix à Vidy

Il existe de jeunes artistes talentueux mais aussi de vieux artistes talentueux. Pierre Etaix en fait partie.

Je n’avais jamais entendu parler de monsieur Pierre Etaix avant de lire ce post sur le blog du Docteur Orlof. Etaix est un comique multi-casquettes : auteur dramatique, gagman (j’adore ce nom de métier), clown, magicien, cinéaste… Le spectacle Miousik Papillon tient quant à lui du music-hall : collage de numéros liés par un fil surréaliste (mais mettez vous à ma place ! – D’accord !) avec un pianiste virtuose  pas si virtuose, mime, chansons de jazz, clowns, vieux magicien chinois avec les dents en avant, excès de vitesse en jouant Chopin et angoisses surréalistes de Triboulet, diseur, qui fait des rêves angoissés en apercevant son double dans la salle.

Ce spectacle fait partie de ceux qui émerveillent parce qu’ils sont habités la grâce. La légèreté du jeu des artistes fait oublier les milliers d’heures de travail qu’on imagine nécessaires pour mettre en place une telle fluidité, une telle élégance. Tout coule, tombe en place, les gags, les situations, les personnages. C’est simple et merveilleux. Merci, M. Etaix.

(spectacle malheureusement complet à Vidy mais s’il tourne, ne le manquez pas !)

PHOTOS AND COPYRIGHT

MARIO DEL CURTO

Delcurtomario@gmail.com

Muselaar et Spinetta

J’aimerais écrire un texte où je puisse placer ces deux mots, muselaar et spinetta, pour le simple bonheur de leur sonorité. Le muselaar, comme la spinetta, sont des instruments de musique de la famille du virginal, ancêtres du clavecin, utilisés notamment au XVIème siècle. Ils sont le témoignage de cette époque encore nomade : bien qu’assez volumineux, ils sont dépourvus de pied et se jouent donc posés sur une table. Leur caisse est toute décorée, peinte, la rosace est sculptée avec délicatesse, l’intérieur du rabat offre une scène mythologique : les regarder est un enchantement, les entendre en est un autre.

un muselaar

une spinetta

C’est la chance que nous avons eue, avec Cecci, en assistant il y a une semaine au récital Danse Macabre de Patrick Montan, à Romainmôtier. Malgré son titre, ce récital n’avait rien de triste : il s’agissait d’une suite de morceaux de danse, pavanes, gaillardes et courantes, composées à l’occasion du décès de personnages importants de l’Angleterre élizabethaine. La Danse Macabre a son protocole : venait en premier le Roi, puis la Reine, puis l’archevêque de Canterbury, puis les nobles messieurs et dames, en ordre d’importance décroissante, le tout se concluant par un memento mori.

Ce répertoire, peu connu je crois, est un régal à entendre. Les morceaux exécutés, de John Bull, William Byrd, Giles Farnaby, Orlando Gibbons, Jan Pieterszoon Sweelinck et Thomas Tomkins, étaient des petits bijoux de complexité, d’inventivité rythmique et mélodique. Le muselaar et la spinetta, utilisés alternativement, leurs gammes étant un peu différentes, ont un son étonnamment puissant, dont on imagine qu’il pouvait accompagner les danses de ces messieurs et dames de la cour anglaise de la Renaissance. Les morceaux eux-même ne cessent de surprendre, partant là où on ne les attend pas, stimulant avec joie l’attention de l’auditeur. Même un auditeur ignare et épuisé par une dure semaine comme je l’étais peut profiter de cette musique qui, tout en étant savante, reste tout à a fait accessible.

Je serais injuste en oubliant le talent de l’interprète, dont le toucher énergique et précis donnait à cette musique toute la vigueur qu’elle méritait.

Ce concert a été l’occasion de beaux rêves éveillés sur une de nos périodes historiques préférées, la seconde moitié du 16ème siècle, avec quelques souvenirs de notre longue campagne de Te Deum…

Ce récital sera exécuté de nouveau en Suisse, selon mes informations, peut-être à Bâle à la Totentanz Kirche. A bon entendeur !