Avatar — James Cameron

 Et bien oui, celui-ci aussi on ne l’avait jamais vu. Ca coûtait trop cher de descendre le voir au cinéma quand il est sorti (malgré mon goût pour la SF avec des vaisseaux), et il fallu que Marguerite lise un article à son sujet dans l’excellente revue Topo pour nous convaincre de le mettre au programme de notre ciné-club familial.

Deux choses bien dans ce film : une belle idée SF (se projeter dans un corps artificiel qui ne soit pas la nôtre et qui permette d’explorer des mondes qui nous échappent) et une réalisation efficace, qui emporte l’attention et donne envie de voir la suite.

En exceptant cela, le film est très très bête. Marguerite a trouvé l’histoire cent pour cent prévisible. Les personnages sont écrits à la truelle, la philosophie du récit est bête à mourir et ce que ça raconte du rapport des auteurs à la nature est très très effrayant. Le personnage principal est défini dans le récit comme une vasque vide, et, de fait, il l’est.

J’ai eu également du mal à supporter l’imagerie jeu-vidéo du film, avec ses CGI trop vraies pour être vraies. A titre personnel, j’ai eu une dose satisfaisante d’exosquelettes, de créatures bizarres, d’hélicos cools, de décors insolites et grandioses, mais après visionnage il ne reste plus grand-chose de tout ça, sinon une envie de relire le nom du monde est forêt, d’Ursula Le Guin.

Up – Pete Docter

J’ai découvert ce film dans des circonstances personelles difficiles, les images et les émotions qu’il dégage restent associées à ce moment. J’ai pleuré à la fin de la très belle scène d’introduction, quasiment un court-métrage à elle toute seule, qui concentre tout l’enjeu émotionnel du film. Un vieil homme, à la fin de sa vie. La femme qu’il a aimé, disparue, mais toujours présente.

La suite est une aventure folle à la Pixar, souvent très belle, parfois très idiote, avec dirigeable, chiens qui parle, créatures un peu préhistoriques et collection de badges. C’était super et ça nous a fait du bien à tous.

 

Jules et Jim – François Truffaut

Nous avons découvert ce classique de François Truffant dans un des lieux mêmes où il fut tourné, au moulin d’Andé cher à notre coeur.

Dans ce film, on trouve deux amis qui s’expriment d’une manière châtiée ce qui n’empêche pas les sentiments profonds, une femme séduisante mais insupportable, une voix off très littéraire au moins aussi importante que les plans filmés, un montage vif, joyeux et inventif, des acteurs formidables et une joie permanente du cinéma.

Les sept samouraï – Akira Kurosawa

Avec Cecci et les enfants nous avons vu les Sept samouraï. Les adultes l’avaient déjà vu, Marguerite l’avait découvert en cours de vidéo et n’avait pu en voir la fin.

Dans ce film, on trouve : un village plus vrai que nature, des paysans toujours inquiets, des samouraï aux motivations variées, des distances de classe, un unique personnage féminin, des sabres, des scènes de bagarres épiques mais pas que, une attention aux paysages, aux sons de la nature, des leçons de ruse et de stratégie, Toshiro Mifune qui fait des grimaces. C’est un très grand film, très long et très rythmé.

 

Le chagrin et la pitié – Marcel Ophüls

Alors que je me documentais sur les années quarante et l’occupation (pour une campagne de jeu de rôle dont je parlerai peut-être ici), j’étais complètement passé à côté de ce film, dont je connaissais l’existence mais pas le sujet (en fait, je dois avouer que je connaissais le titre à cause de Woody Allen faisant la queue dans cinéma pour aller le voir avec Annie Hall https://youtu.be/XyOt0jQMO5Q?t=137).

Le documentaire de Marcel Ophüls, tourné à la fin des années 60, parle de l’occupation à travers une collection de témoignages et de bandes d’actualité. Même s’il n’a plus la même force révélatrice qu’à l’époque (la période de Vichy est mieux connue maintenant), le film reste passionnant parce qu’il dévoile des visages, des paroles, des personnes, filmées de manière très proche. Certains ont été des résistants, d’autres des hommes politiques, d’autres enfin ont collaboré d’une façon ou d’une autre. Et le film, s’il montre clairement que beaucoup n’ont pas été héroïques, n’est pas un réquisitoire type « tous pourris ». Il montre que chacun avait ses raisons, que les gens ont fait face, plus ou moins bien, aux circonstances, avec leurs idées, ce qu’ils avaient, ce qu’ils étaient.

Je note la quasi absence des femmes, sauf dans la toute dernière partie avec le témoignage de la coiffeuse. Là, le film souffre d’un vrai manque.

Le film est centré autour de la ville de Clermont Ferrand ; la plupart des témoins y sont reliés d’une façon ou d’une autre. Le montage est remarquable (les témoignages se mettent en lumière les uns les autres). Les gens sont regardés, écoutés sans accusation, et laissent passer quelque chose de l’époque, même si plus de vingt ans ont passé.

Parmi les témoins, pour faire envie à mes lecteurs.

Un capitaine de l’armée allemande, stationné à Clermont pendant la guerre.

Sir Anthony Eden, Earl of Avon, ministère des affaires étrangères de Churchill

Pierre Mendès-France, embarqué sur le Massilia et jugé à Clermont (et évadé !)

Un groupe de paysans résistants

Un colonel de résistants gaulliste devenu vendeur de télévisions

Un pharmacien bourgeois de Clermont

L’interprète français de Hitler (!)

Le gendre de Pierre Laval, qui prend la défense de son parent

L’avocat de Mendès et de certaines victimes de l’épuration

Un vendeur de chaussures clermontois

Un général anglais qui n’aimait pas tant que ça les Français

Un ancien Waffen SS de la division Charlemagne (son témoignage, très honnête et fin, m’a beaucoup touché et aide beaucoup à comprendre l’époque)

Un allemand fait prisonnier à Clermont

Une femme victime de l’épuration…

et beaucoup plus (le film dure 4h30, vous le sentirez pas passer)

J’ai trouvé la fin particulièrement atroce. Durant la dernière heure sont évoquées la situation des juifs et, sans creuser assez, les spécificités bien dégueulasses de l’antisémitisme à la française, et surtout l’épuration et les tortures de la fin de la guerre, en particulier sur les femmes.

Pour reboucler avec l’extrait vidéo plus haut, je conclurai avec l’introduction de l’article du NY Times paru à la sortie du film, qui en parle très bien et dit bien ce qu’est ce film.


TOWARD the middle of the second half of “The Sorrow and The Pity” (Le Chagrin et La Pitié), Marcel Ophuls’ 4½‐hour documentary now at the Beekman Theater, the director interviews Madame Solange, a beautician in Clermont‐Ferrand, a woman who may or may not be younger than she looks, which is the drab but neat 60 of someone who pays no attention whatsoever to chic. During the Nazi occupation, she had minded her own business and had been a Pétainist, but not because she was Catholic or especially political. She was simply fond of the old marshal, the hero of Verdun who, at France’s fall in 1940, had made his country the gift of his person as the Nazi puppet premier.

Shortly after the liberation, Mme. Solange was arrested and tortured, charged with having attempted to betray a Resistance officer by means of an anonymous letter, which had been intercepted before it reached the Nazi authorities. As Mme. Solange talks, the camera studies her in close‐up, but neither her eyes nor her hands, which fold, unfold, then fold again a handkerchief, tell us what we want to know. There are moments when she sounds like Lee Harvey Oswald’s mother talking to Jean Staf ford, hinting of evidence ignored and of conspiracies too complicated ever to ex plain coherently. At other moments, she is the accident al victim of history. It was, Mme. Solange recalls without emotion, a time of letters of denunciation, as if letters of denunciation were a fad or a style, like Empress Eugénie hats, that would (and did) pass away.

Mme. Solange was tried, convicted and sentenced to 15 years at hard labor.

At this point, 31 years after France’s collapse, it is impossible to believe in either Mme. Solange’s innocence or guilt—and this is, for me, the most agonizing effect of Mr. Ophuls’ extraordinary film, which is less concerned with provable guilt or innocence than with the awesome possibilities of human behavior, with the mysterious processes that can as easily produce a hero as a traitor, or some one who would prefer not to become involved at all.

Autant en emporte le vent — George Cukor et Victor Fleming

Tiens, puisqu’on en parle en ce moment. On a regardé ce classique pendant le confinement. Donc, Tara, la terre ne ment pas, Rhett Butler vous êtes une vile crapule, Tara, je retournerai à Tara (Atlanta brûle, des femmes en crinoline donnent des gifles).

Je gardais un bon souvenir de cet très très long film et si l’aspect épique du début m’a de nouveau plu, le spectacle de ces bourgeois nouveaux riches vivant dans un luxe obscène de la fin m’a donné la nausée. Oui, la présentation des noirs est raciste et oui, Scarlett est totalement insupportable (d’ailleurs, ni Cecci ni les enfants ne l’ont supportée).

Il y a une forme d’exploit dans ce film, que j’ai apprécié à sa juste mesure, c’est de garder à l’écran pendant trois heures un personnage féminin ambitieux, capricieux, obstiné dans son erreur jusqu’à le payer au prix le plus fort. Ce simple choix scénaristique, de tenir tout ce temps une histoire d’amour en erreur, est suffisamment audacieux pour garder de l’intérêt à ce grand spectacle.

Le grand bleu – Luc Besson



Encore un film français connu que je n’avais jamais vu. Deux heures trente de rivalité amicale de deux plongeurs en apnée, Jacques et Enzo. Je vais commencer par dire tout ce qui m’a gavé : le rôle de potiche des femmes, les scènes de sexe filmées dans le goût des années 80, les clichés très limite sur les Américains, les Italiens ou les Japonais, des trucs qui font partie malheureusement de la signature Besson et qui n’iront pas en s’arrangeant avec l’âge.

Parce que malgré ça, j’ai quand même aimé le film, et en particulier sa première partie. Il créée un univers étrange, presque onirique, autour de ce monde de la plongée. Jean-Marc Barr pose un bonhomme vraiment étrange, presque extra-terrestre (un peu comme le personnage de Christophe Lambert dans Subway, si mes souvenirs sont justes). Le personnage d’Enzo aurait tout pour être un méchant connard et il est bien plus fin que ça, la rivalité amicale des deux est à la fois effrayante et douce. Besson se sert de ce monde (villes de méditerranée, delphinariums, spots de plongée…) pour créer un univers plastique original et fort et de belles images de cinéma. En fait, c’est un vrai film : des images, de la musique, une histoire.

Les enfants ont aimé.

Le cinquième élément — Luc Besson

C’était un devoir de classe des enfants (ne me demandez pas plus de détails) : regarder le cinquième élément, en étudier le rythme, la présentation des personnages…

On a passé un bon moment en famille, on a souvent rigolé, et après qu’en reste-t-il ?

J’ai aimé les créations plastiques du film, les Mondo-Shawan, les décors, les armes, les trucs et les machins qui font du bruit et de la lumière. Par moments, le film a l’insolence foutraque et violente des histoires de l’Incal et laisse sentir un univers foufou sans morale.

Mais, même sentiment qu’à la sortie : les montagnes russes sont distrayantes, mais l’histoire ne prend pas, on n’a pas le temps de croire à l’univers, aux personnages, pas envie de s’y attacher. C’est trop frénétique boum boum. Passée la scène d’intro, vraiment bien posée, tout se met à aller de plus en plus vite et ça saoule.

Je trouve que Bruce Willis jouant un soldat buriné n’est pas le bon héros de ce récit, que Leeloo est complètement sous-exploitée, unique personnage féminin d’un récit pas franchement progressiste. A la fin, il ne nous reste rien pour rêver.