The Favourite – Yorgos Lanthimos

Dans ce film en costumes, on voit s’affronter deux femmes à la cour de la reine Anne de Grande-Bretagne, l’une tentant d’évincer l’autre de la proximité et de l’intimité de la reine. La période est peu connue (en France), la situation intéressante, le film est oscarisé, les actrices sont douées, mais je reste très partagé sur le film. J’en ai beaucoup aimé certains aspects, et détesté d’autres.

Ce que j’ai aimé : 

Le traitement d’une époque originale.

Une vraie qualité plastique, une manière de rendre les immenses espaces vides de ce château royal, ses lumières, les costumes. Une vraie capacité à faire ressentir les lieux et les relations.

Les courses de canards (et de homards), les jeux de cour absurdes…

Les dialogues, souvent bien envoyés.

Le personnage de la reine : seule, malade, handicapée, capricieuse (après documentation, ce portrait, issus des souvenirs de Lady Marlborough est plutôt à charge, la véritable souveraine étant dotée de plus de qualités). L’actrice qui l’incarne lui donne une présence étrange, entre le pathétique et l’inquiétant. C’est un très beau personnage de souveraine.

Le personnage de Lady Sarah Marlborough, favorite en titre de la souveraine, à la fois amicale et très dure en affaire, mais capables de revirements du coeur. Un très beau personnage (qui porte des costumes magnifiques).

Ce que je n’ai pas aimé :

L’usage cru de l’homosexualité féminine (et des relations sexuelles en général) qui ressemble à de la provoc pour bourgeois et à une projection maladroite d’un regard contemporain sur une époque. Il est amusant de constater que les points communs du film avec le Portrait de la jeune fille en feu, qui, sur ce point là, est bien meilleur. Dans la Favorite, le sexe est un instrument de pouvoir pour les personnages, et un assaisonnement pour le récit.

Le point ci-dessus me semble être lié à la vision de l’humanité que propose le film : les personnages sont tous très matérialistes, très durs, les seules relations qui existent sont les relations de pouvoir et de violence. Aucun personnage n’est aimable. Cela donne un récit plutôt ironique et trop souvent méchant. Il ne s’agit pas de dire que cette méchanceté, ce matérialisme ou cette violence n’existent pas, juste qu’elles peuvent se mêler à des relations plus sentimentales et plus sincères (seule Lady M. est montrée capable de sentiments vrais). Dans le film, la reine est juste un corps que l’on manipule ; je trouve qu’elle méritait mieux.

Edit : voici un lien vers un petit article paru dans l’Histoire, de février 2019. https://www.lhistoire.fr

Die Welle — Dennis Gansel

On a donc vu die Welle avec les enfants (et ce billet, qui est dans mes brouillons depuis février 21, n’avait jamais été publié).

Dans ce film, un prof anar dans un lycée allemand donne un cours sur l’autocratie lors d’une semaine thématique et crée un mouvement proto-fasciste parmi ses élèves, « la Vague », avec tenue officielle, salut, logo et page Myspace (on est en 2006, remember ?). Bien sûr, ça tourne mal.

Le film est honnêtement fait et pas mal joué, certains personnages sont chouettement dessinés. Nous avons trouvé que la toute fin détonnait avec le reste du récit, mais je ne vais pas en dire plus pour ne pas sploiler.

Deux remarques :

1. le film tient un discours ambigu sur les postures de gauche. Les profs « de gauche » comme Wenger et sa femme et le milieu de l’éducation sont présentés sous un jour peu favorable, les anars sont des abrutis… 

2. le truc le plus intéressant, quand même, c’est la fameuse « histoire vraie » à l’origine de cette histoire. (Spoilers: ce n’est que très partiellement vrai, et c’est ce que nous en avons fait culturellement qui est le plus intéressant. Documentez-vous, c’est étonnant.)

 

Witness for the prosecution — Billy Wilder

Quelle joie de découvrir un Billy Wilder qu’on ne connaissait pas ! Witness for prosecution est un film policier et un film de procès adapté d’une pièce de théâtre d’Agatha Christie. C’est un cinéma assez statique avec peu de décors et de scènes d’extérieur, mais on ne s’ennuie pas une seconde parce que c’est super bien écrit, et toujours amusant, grâce à des dialogues super précis et des acteurs excellents. On a découvert Charles Laughton, dans le rôle de l’avocat insupportable, gros, malade, gamin et pourtant généreux, Tyron Power dans celui du quidam accusé de meurtre et mon actrice préférée de tous les temps, Marlène Dietrich, dans celui de l’épouse au caractère de fer. Sans compter tous les seconds rôles, tous très bien posés et très drôles. L’intrigue est très bien menée et très habile, c’est le genre de film où le moindre détail compte, mais où tout est si habilement exposé qu’on n’a aucun problème à suivre.

On ne le classera pas parmi les meilleurs de Billy Wilder, mais même un Wilder mineur fait déjà un très bon film et une excellente distraction.

De manière amusante, je note que Marlène Dietrich y joue presque le même personnage que dans la scandaleuse de Berlin, un de mes films préférés.

Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma

En 1770, Marianne, jeune femme peintre est appelée sur une île pour peindre le portrait d’Héloïse, une jeune femme destinée à être mariée en Italie. Petit problème, Héloïse n’a pas envie d’être peinte. Marianne va donc passer pour sa dame de compagnie.

Dans ce film, on trouvera des scènes de peinture, de portrait et de fabrication de la peinture très réussie. Une ambiance d’île bretonne isolée (mais où personne ne parle breton).  Très peu de lignes de dialogues masculines (c’est quasiment un film en non mixité, et ça marche plutôt bien). Un jeu très beau sur le regard, le souvenir, le sens d’une histoire d’amour (vaut-il mieux la vivre maintenant ou bien s’en rappeler ?) avec un écho intéressant du conte d’Orphée. Cinq jours de grâce en pleine égalité entre la demoiselle noble, l’artiste et la servante. Une scène d’avortement (la première que je vois au cinéma). Quelques dialogues trop sérieux. Quelques images surprenantes et parfois comiques. Une image et des lumières très belles.

C’est un beau film qui reste dans la tête, dont les perspectives tournent et se retournent, qui fait qu’on essaie, encore après, de comprendre les gestes des personnages.

Les 400 coups – François Truffaut

 Suite de notre découverte de l’oeuvre de François Truffaut. Son premier film, le plus connu avec Jules et Jim. L’enfance d’un gamin mal aimé, dans le début des années 60, mais qu’on pourrait transposer à d’autres époques. 

Antoine se prend des colles de son maître de classe, se fait engueuler en permanence par sa mère et ne reçoit pas beaucoup de soutien de son père. L’appartement est petit, l’école est ennuyeuse, le seul truc vraiment cool c’est de sécher avec René, de fumer en cachette et de s’enfermer au cinéma.

Le film pourrait être triste et misérabiliste, mais il ne joue par sur ce registre là. Grâce au montage, au jeu très spontané des enfants et à leur énergie, la narration reste pleine de vie, d’un désir d’autre chose, d’ailleurs, on se dit tout le temps que le personnage va s’en sortir, même s’il s’en prend en fait plein la figure. C’est filmé avec énergie et grâce, l’enfance est légère, malgré tout.

Le dernier métro – François Truffaut

Dans ce film, on soit la vie d’un théâtre parisien durant l’occupation, à travers toute une série de personnages touchants et bien campés. Marion Steiner, la patronne, ancienne actrice de cinéma, Bernard, l’acteur doué qui bouscule les habitudes de la maison, Lucas Steiner, l’auteur planqué, Daxiat, le critique collabo, Arlette, la costumière qui aime les femmes, Sabine la petite actrice qui veut percer…

On est loin (à l’autre bout de la carrière de Truffaut) de l’énergie des 400 coups ou de la légèreté de Jules et Jim, c’est du cinéma de grande classe, grands acteurs, beaux éclairages et une histoire très belle, tournant entièrement autour d’un lieu, un théâtre dont le directeur, juif, a disparu, mais est en fait caché dans la cave. Un théâtre qui continue à faire du théâtre.

Ca parle de plein de choses : de l’art, du fait d’être juif, des relations tordues entre metteur en scène et acteurs et actrices, d’amour, de mise en scène. Généralement les grands acteurs français (genre Deneuve ou Depardieu) m’énervent, là ils sont tout simplement très bons.  Le film est très beau, j’ai beaucoup aimé.

Avatar — James Cameron

 Et bien oui, celui-ci aussi on ne l’avait jamais vu. Ca coûtait trop cher de descendre le voir au cinéma quand il est sorti (malgré mon goût pour la SF avec des vaisseaux), et il fallu que Marguerite lise un article à son sujet dans l’excellente revue Topo pour nous convaincre de le mettre au programme de notre ciné-club familial.

Deux choses bien dans ce film : une belle idée SF (se projeter dans un corps artificiel qui ne soit pas la nôtre et qui permette d’explorer des mondes qui nous échappent) et une réalisation efficace, qui emporte l’attention et donne envie de voir la suite.

En exceptant cela, le film est très très bête. Marguerite a trouvé l’histoire cent pour cent prévisible. Les personnages sont écrits à la truelle, la philosophie du récit est bête à mourir et ce que ça raconte du rapport des auteurs à la nature est très très effrayant. Le personnage principal est défini dans le récit comme une vasque vide, et, de fait, il l’est.

J’ai eu également du mal à supporter l’imagerie jeu-vidéo du film, avec ses CGI trop vraies pour être vraies. A titre personnel, j’ai eu une dose satisfaisante d’exosquelettes, de créatures bizarres, d’hélicos cools, de décors insolites et grandioses, mais après visionnage il ne reste plus grand-chose de tout ça, sinon une envie de relire le nom du monde est forêt, d’Ursula Le Guin.

Up – Pete Docter

J’ai découvert ce film dans des circonstances personelles difficiles, les images et les émotions qu’il dégage restent associées à ce moment. J’ai pleuré à la fin de la très belle scène d’introduction, quasiment un court-métrage à elle toute seule, qui concentre tout l’enjeu émotionnel du film. Un vieil homme, à la fin de sa vie. La femme qu’il a aimé, disparue, mais toujours présente.

La suite est une aventure folle à la Pixar, souvent très belle, parfois très idiote, avec dirigeable, chiens qui parle, créatures un peu préhistoriques et collection de badges. C’était super et ça nous a fait du bien à tous.