Moonrise Kingdom

Nous avons fait ce week-end une soirée cinéma avec Rosa et Marguerite. Ce genre de moment un peu spécial où on essaie de faire découvrir aux enfants un film que nous aimons vraiment. Ca a donné des ratages… et de grands moments. Dimanche dernier, c’était Moonrise Kingdom, de Wes Anderson.

Et là, je me rends compte que je n’ai jamais parlé de ce film sur le blog. Réparons donc cet oubli fâcheux.

C’est l’histoire de deux enfants qui ne sont pas contents de leur vie et qui décident de s’enfuir ensemble.

(résumé par Marguerite)

1965, une île de Nouvelle Angleterre. La tempête approche, la plus terrible que l’île essuiera jamais. Suzy, douze ans, regarde le monde à travers des jumelles. Sam, douze ans, est orphelin et scout. Ils s’écrivent, tombent amoureux, vont partir ensemble et (…), alors que le monde entier (parents, chef scout, et le policier de l’île) se lance à leur poursuite.

C’est un film de Wes Anderson, une étrange mécanique avec des petites boites et des petits mondes dans des boîtes. A la fois mélancolique, rythmé et très très drôle. Décor de phare, camps scouts, combats dans la forêt, enfants foudroyés, suggestions d’épisode tristes et ou terrifiants, plein de détails dans le décor, et le sujet le plus casse gueule qui soit, le premier grand amour. Tous les personnages sont très bien traités, tous bizarres, décalés et humains.

Nous aimons tout t’univers du film, sa lumière douce, l’attention démente apportée au cadre, aux détails, aux échos visuels et musicaux. On y retournera.

De tous les films de ce réalisateur, Moonrise Kingdom est notre préféré. Par sa délicatesse, sa poésie, sa folie merveilleuse qui donne envie de pleurer.

Rosa et Marguerite ont adoré.


I think when you have a giant crush when you’re in fifth grade, it becomes your whole world. It’s like being underwater; everything is different. (Wes Anderson)

Into the night – John Landis

Ed Okin est ingénieur, travaille dans un cubicle, comme Dilbert, sans ordinateur à côté de lui (on est en 1985). Et il n’arrive pas à dormir. Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas dans sa vie… Par exemple, sa femme le trompe, il s’ennuie dans son boulot absurde…

 

Une nuit, comme souvent, il prend la voiture et roule dans la nuit, pour s’apaiser, et se retrouve à l’aéroport. Et là, par hasard, il assiste quasiment à un meurtre et voit une très belle femme courir vers lui, appelant à l’aide, criant qu’elle est poursuivie. Ed est un brave type, il embarque la femme fatale et le voilà parti pour une aventure bizarre avec elle. Quatre méchants Iraniens sont à ses trousses, elle a des ennuis dont elle ne veut pas parler, un frère sosie d’Elvis et des relations avec des mafieux. Vous la laisseriez peut-être tomber, mais pas Ed Okin. Parce que tout ça est une espèce de dérive mal réveillée dans la nuit de L.A., parce qu’enfin il se passe quelque chose dans sa vie, et peut-être aussi parce que la femme est jouée par Michelle Pfeiffer dont j’avais oublié qu’elle était aussi belle.

 

J’ai adoré ce film, sa course-poursuite semi-indolente, son intrigue bancale dans L.A., ses méchants maladroits… Il dégage une atmosphère de rêve bizarre, avec des meurtres, des grandes villas avec des fontaines, David Bowie en tueur et Roger Vadim en chef mafieux. Il y a de nombreuses promesses sexuelles inaccomplies, des traits d’humour absurde et Jeff Goldblum (je vous ai déjà dit que j’aime beaucoup Jeff Goldblum ?) qui traîne sa grande carcasse dans cette histoire, regardant beaucoup et ne faisant pas grand-chose, sur fond d’illusions, de tournages et d’écrans de télé allumées que personne ne regarde.

Une comédie bizarre, violente et un très beau film.

Merci au Dr Orlof qui m’a donné envie de le voir.

Deathgasm — Jason Lei Howden

Un jeune fan de metal arrive dans une petite ville pourrie de nouvelle Zélande. Il est méprisé par les cons du coin, ne se trouve comme copain que le rôliste, le gros et le délinquant (métalleux lui aussi). Et bien sûr, ils montent un groupe. Le problème est que, par hasard, ils mettent la main sur une partition maléfique, et que, par dépit, ils la jouent, ce qui lâche une horde de zombies-démons sur la terre…

Alors disons-le tout de suite, Deathgasm n’est pas très fin. Voire de mauvais goût. Voire de TRES mauvais goût. C’est un hommage à Braindead, aux albums de Heavy Metal des années 80 avec des barbares en couverture, à tous ces genres musicaux dont le nom peut être composé en collant deux ou trois syllabes extraites de la collection suivante [Grind-Death-Doom-Heavy-Speed-Core]. Et c’est filmé avec soin et amour.

Ca donne un film très très rigolo, une comédie d’horreur avec de gros amplis et des zombies explosés avec des armes artisanales. A recommander aux amateurs de solos de guitare et de découpage de démons à la tronçonneuse.

Merci à F.C. pour la découverte !

Double Indemnity — Billy Wilder

Neff est agent d’assurances, un bon, le meilleur élève de Keyes, l’expert de la compagnie (joué par l’extraordinaire Edward G. Robinson). Mais un jour il se point chez Phyllis, une blonde étrange, qui lui glisse une petite idée méchante dans la tête. Et si… le mari (détesté) de Phyllis souscrivait une assurance vie ? Et s’il avait un accident dans le mois ? Et si, et si, et si…

Neff n’est pas un gars de ce genre, il envoie bouler Phyllis et rentre chez lui. Mais Phyllis est jouée par Barbara Stanwyck, étrange petite créature aux yeux de renarde et au parfum capiteux, alors Neff reconsidère sa position, tant et si bien que…

Double Indemnity est un film noir à l’ancienne, filmé par l’immense Billy Wilder. Peu de personnages, des tensions terribles, un suspense douloureux, parce qu’on sait dès le début que le plan sera mené jusqu’au bout et que ça finira mal pour tout le monde. Si vous aimez les films en noir et blanc argenté, superbement dialogués, filmés par un réalisateur de génie, où les femmes sont fatales et les hommes portent des chapeaux de feutre, celui-ci est fait pour vous. En tous cas, il était fait pour moi.

(nous avons regardé ce film sur suggestion du Dr Orlof)

Willy Wonka & the chocolate factory

Marguerite a vu ce film des années 70 à l’école dans le cadre de ses cours d’anglais, et comme elle l’adore, elle tenait absolument à nous le faire voir. Je pense l’avoir déjà dit sur ce blog : j’aime beaucoup les œuvres de Roald Dahl, avec un goût particulier pour Charlie et la chocolaterie, un de ses chefs d’oeuvre. Je ne vais pas résumé le propos ici, d’autant que le film est une adaptation assez fidèle du livre. Les gamins monstrueux sont… monstrueux (avec un petit bonus pour Veruca Salt, que je trouve particulièrement nuisible), Charlie est un gentil petit gars blond avec une tête un peu étrange, et Gene Wilder campe un Willy Wonka tout en retenue et sourires en coin. 

 

 

Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de comparer cette adaptation de 1971 avec celle de Tim Burton avec Johnny Depp, plus de trente ans plus tard.

Une première chose : le film de 71 n’a rien de honteux. Il est réalisé avec soin, par des gens qui faisaient attention à leur travail et cherchaient à en donner au spectateur pour leur argent. Toutefois, tenter de rendre crédible à l’écran les folies de l’histoire de Roald Dahl, sans fabriquer complètement les images comme le fait Tim Burton, est une sacré gageure. Le film a été tourné en Bavière (jolies rues médiévales, toits pointus, architecture industrielle du XIXème siècle), ce qui lui donne une curieuse ambiance. L’usine de chocolats a quelque chose d’un parc d’attractions, animé par une bande de nains couverts de fond de train orange. La volonté de montrer est lourde et explicite et le réalisateur peine à suggérer, sauf peut-être dans l’inquiétante scène psychédélique du bateau, où Willy Wonka devient réellement inquiétant — ce qu’il est. Les personnages de Roald Dahl ne sont jamais dépourvus de cruauté.

La comparaison avec les images de Tim Burton m’a fait m’interroger, à mon échelle,

sur l’impact des effets spéciaux au cinéma sur notre imaginaire, sur la plastique des mondes dont nous sommes maintenant capables de rêver. A la fois plus beaux, plus grands, plus colorés, mais aussi complètement détachés du monde. 

 

Birdman – Alejandro González Iñárritu

Dans ce film, on trouve : des plans séquences de dix kilomètres de long, des acteurs capricieux, Michael Keaton en ex-ex-ex Batman, des New-Yorkais qui parlent vite vite vite, des répétitions théâtrales calamiteuses, un acteur qui ne bande que face au public, des vanités froissées sur Broadway, des chocs de vanités, des vannes percutantes, 25 000 vues sur Twitter de Michael Keaton en slip, Edward Norton en slip (j’adore cet acteur), de la télékinésie.

L’ensemble est assez bien vu et souvent drôle.

On aurait aimé que l’ambiguïté sur la relations du monde intérieur du héros avec le monde extérieur qui fait mal fût maintenue jusqu’au bout. Ce n’est pas grave.

Ave Cesar – Joel & Ethan Coen

Nous avons vu ce film il y a un mois au moins, je vais juste jeter quelques mots ici à son sujet pour ne pas oublier.

Ave César se passe dans le Hollywood des années 50. Eddie Manix bosse pour le studio Capitole, et son boulot est de résoudre les problèmes. Acteurs bourrés, absents, réalisateurs capricieux, coucheries, cancans…

Toute l’histoire se déroule sur 24 heures, où l’on verra : le kidnapping d’un acteur célèbre, une adoption légale, une scène aquatique, des communistes, des numéros de lasso, une tentative de débauchage, une sortie au restaurant promotionnelle…

Le téléphone n’arrête pas de sonner, les ennuis s’accumulent et les sketchs s’enchaînent. Car oui, en vérité, Ave César est surtout un film à sketchs, ce qui fait sa grande qualité et sa limite. Avec un regard très sincère, les Coen brothers passent en revue tout ce qu’ils aiment dans le cinéma de studio de l’époque, imitant les peplums kitch avec le Christ filmé de dos, les films d’espionnage, les trucs sophistiqués en noir et blanc avec un réalisateur européen sophistiqué, les comédies musicales… et les westerns.

C’est un film mineur, mais drôle et touchant, car l’ensemble est traité sans moquerie, avec beaucoup d’amour, montrant le devant et l’envers de la fabrication des images. Les personnages, tous imaginaires, sont aussi tous très amusants, avec une mention spéciale pour Hobie Doyle le cow-boy roi du lasso et fidèle des studios. On s’attache à Manix, sans trop le plaindre : ce sac de nœuds, il l’a choisi. Et après tout, ce n’est que cinéma.

(et ces acteurs ultra-célèbres, George Clooney, Scarlett Johansson, Chaning Tatum est tête, sont très bons dans des rôles de comédie)

La glace et le ciel — Luc Jacquet

La glace et le ciel est un documentaire biographique retraçant l’incroyable carrière de Claude Lorius, glaciologue français spécialisé dans l’histoire du climat. Ses travaux ont contribué à la publications d’articles retentissants dans Nature en 1987 (voici le premier d’entre eux) établissant de manière très forte le lien entre taux de CO2 et température.

Évacuons tout de suite les gros défauts de la bobine : il y a de bien belles images contemporaines sur une musique ploum ploum ploum, qui ne servent globalement à rien. On voit Claude Lorius en gros plan, c’est un beau vieux monsieur, mais on dirait que Luc Jacquet l’a juste posé là dans les décors comme une potiche, c’est assez gênant. D’autant que la voix off, censée être la sienne, n’est pas la sienne. Le texte, enfin, dit beaucoup « je », ce qui se justifie quand il s’agit d’opinions ou d’informations sur la situation personnelle du scientifique, et moins quand il s’agit de recherche scientifique où le « nous » est quand même beaucoup plus juste. 

Ça n’enlève rien à la carrière scientifique de Claude Lorius. L’essentiel du film se base sur des images d’archives, moins léchées mais au combien plus passionnantes que les belles photos de livres d’images vues précédemment. Ces vieux films habilement montés nous racontent les expéditions antarctiques de Lorius dans les années 50 à 80. Les images tournées alors ont été curieusement sonorisées (à l’époque on n’enregistrait pas les sons), ça m’a choqué au début puis on s’y fait, d’autant qu’on n’entend pas les voix, juste des échos. On y voit l’hivernage à la base Charcot de 1957, des images de traversées polaires, l’établissement du premier camp au dôme C (site de la future station Concordia), les C-130 décollant de la glace à coups de fusées, les systèmes de forage, tout cela est magnifique. Et, en point culminant, d’extraordinaires images de la base Vostok qui m’ont mis la larme à l’œil. L’aspect scientifique du discours n’est pas évacué, ni les difficultés et souffrances des recherches et la relation d’amour violent qui lie l’homme au continent blanc. 

J’ai été aussi touché par le passage du temps sur le visage d’un homme traversant le siècle.

J’aurai vingt-trois ans pour toujours.

PS : les personnes intéressées parle sujet pourront lire:

Vostok, le dernier secret de l’Antarctique aux éditions Paulsen, de J.R. Petit, collaborateur de Claude Lorius, qui relate avec précisions et chaleur les recherches scientifiques conduites à Vostok et éclaire la trajectoire de Lorius.

Enterrés volonaires au coeur de l’Antarctique, documentaire de Djamel Tahi qui présente les images de l’hivernage à Charcot de 1957 (sans les bruits) commentées par Claude Lorius et Roland Schlich en 2008.

Youth — Paolo Sorrentino

Deux vieux messieurs de 80 ans, Fred Ballinger le fameux compositeur et chef d’orchestre, et Mick Boyle, le célèbre réalisateur, passent quelques semaines de vacances dans un hôtel de luxe un peu vieillot des Alpes suisses, font des blagues caustiques, prononcent des aphorismes bien sentencieux, parlent de leurs soucis de santé, discutent avec certains autres résidents, se confrontent à des petits problèmes de famille et regardent venir la mort.

Il ne se passe pas grand-chose d’autre dans Youth et c’est pourtant un film superbe, un lent chemin d’images et de musique, une composition presque symphonique pour cinq ou six personnages, tous pris à un tournant de leur vie. Sorrentino les aime tous, se moque d’eux et de leurs travers avec tendresse et leur offre à chacun une voie vers la beauté.

J’ai été particulièrement sensible à la plastique du film, à son jeu avec les corps et les visages, jeunes ou vieux, magnifiés par le regard du cinéaste. Et par dessus tout ça, le plaisir jamais déçu d’entendre la voix et l’accent merveilleux de Sir Michael Caine.

Europa report – Sebastián Cordero

J’ai vu ce chouette film sur recommandation de GD avec la note suivante: « tu verras, ils parlent du lac Vostok » (de fait).

On a là le récit de la toute première expédition humaine vers Europa, grosse lune glacée de Jupiter, abritant sous sa couche de glace un océan liquide. 

Le grand plaisir de ce film est qu’il traite de façon réaliste un voyage spatial. Le profil des personnages est crédible, leurs réactions compréhensibles et les machines sont lourdes, compliquées et tombent en panne au mauvais moment, comme dans la vraie vie. Le résultat est tout à fait crédible et crée un suspense technique qui marche très bien.

L’autre bon parti pris du film est qu’il s’agit d’un « lost footage movie », les images provenant de l’enregistrement par les caméras du bord. Le réalisateur en tire quelques effets formels réussis, qui ajoutent à la véracité du propos. Bref, une bonne surprise !

Europa report a fait vibrer mon petit cœur d’exporateur spatial. Si le décollage d’une fusée vous émeut plus que la photo d’un bébé chat, ce film pourrait vous plaire.