Fanfan la tulipe – Christian-Jaque

Il était une fois un pays charmant qui s’appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c’est elle en plein xviiie siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Un autre film du dimanche, et un plongeon plus loin dans le passé. Noir et blanc, années 50, Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. 

Fanfan est un jeune homme bien fait de sa personne, qui a peu de fortune, beaucoup d’audace, une forme d’inconscience et un paquet de chance. Pour échapper au mariage avec la fille d’un fermier, il s’engage dans l’armée, bien persuadé qu’il épousera la fille du roi. Bagarres, rencontres, coïncidences folles et combats sur le toit plus tard, il finira par rencontrer Louis XV et changer le cours d’une bataille.

Le film est rigolo, très enjoué, pas mal filmé du tout. Ca galope, ça ferraille, il y a des bons mots tout le temps: j’ai été surpris de découvrir à quel point c’était écrit.

Tu aimes Fanfan, dis-tu ? Remercie-moi donc : mon caprice t’offre l’occasion de lui donner la plus grande des preuves d’amour en trahissant pour le servir la fidélité que tu lui as juré.


Pour le reste, les enfants ont été troublés par le noir et blanc. Le son années 50 et la diction très « comédie française » des acteurs (par ailleurs très bons) rendent les dialogues parfois difficile à saisir. Et si on regarde le film d’un œil moderne, on sera choqué par le personnage féminin. Adeline La Franchise ne sert, par ses appâts, qu’à mouvoir tous les hommes du récit, et n’a par elle-même pas beaucoup d’initiatives…

J’suis pas pressé ! Dès l’instant que mon avenir est assuré, j’aurai la patience d’espérer dans la certitude.



Reste un film très joyeux, énergique et sautillant. Ca se regarde très bien.

La forteresse cachée – Kurosawa

 

Japon, XVIème siècle (ou quelque chose comme ça). Deux pauvres types, Tahei et Matashichi, soldats d’une armée vaincue, tentent de rentrer chez eux. Mais le clan Akizuki a bien été vaincu, et le clan Yamana garde la frontière… Avec d’autant plus d’attention que ni la princesse des Akizuki, ni le trésor du clan (700 kilos d’or !), n’ont été retrouvés.

Et devinez sur qui et sur quoi nos deux zozos vont finir par tomber, cachés dans les montagnes ? 

Sur ce blog, on aime beaucoup le cinéma de Kurosawa. Et la Forteresse cachée fait sans doute partie de ses meilleurs films : une histoire d’aventures pleine de rebondissements où une équipe improbable (une princesse, un samouraï et les deux individus précités) tentent d’aller de A à B recherchés par tous les soldats de l’ennemi. Il y a des scènes de combat de sabre, Toshiro Mifune et son rire énorme, des moments de suspense, de la justice sociale, une princesse de seize ans en short (si, si) avec un caractère terrible, le tout servi par un cinéma de grands espaces et de grande classe et un récit qui passe du plus léger au plus fort. Kurosawa compose des images et des situations d’une incroyable beauté.

 Waow.

 Hito-no ichochi-wa hito moyase.
La vie de l’homme s’embrase dans les flammes

Retour au Grand Budapest Hotel

Nous avions beaucoup aimé voir le Grand Budapest Hotel au cinéma, et nous avons eu l’idée curieuse de le montrer à Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Est-ce un film adapté pour les enfants ? Oui, non, pas vraiment, mais en fait c’est très bien passé tant la fantaisie et l’univers de Wes Anderson peut à la fois faire rire et effrayer. Les turpitudes sexuelles de M. Gustave sont globalement sous-entendues. Zéro est un très beau personnage et on histoire d’amour avec Agatha est enchanteresse. Bien sûr, nous avons pris un petit peu de temps pour expliquer aux jeunes spectatrices le contexte du film : l’Europe d’avant, celle de Stefan Zweig. Mais finalement, pour elles qui vivent en Suisse, le décor n’avait rien de très surprenant…

Seule scène choquante (accrochez-vous à vos fauteuils), le moment où l’horrible Jopling jette le chat de l’avoué Kovacs par la fenêtre. Les spectatrices ont hurlé d’horreur. Pour le reste, les doigts coupés, les massacres à la petite cuillère aiguisée et les nazis, c’est passé sans cauchemars. Et la musique du film a joué dans la maison pendant plusieurs jours après le visionnage.

(et oui, j’aime toujours autant le film. Pour moi, il pourrait durer à l’infini, je ne m’en lasserais pas)

 

Le bossu – André Hunebelle

Un autre film du dimanche soir en famille : le Bossu, d’après Féval, avec Jeannot Marais et Bourvil. Evacuons ce qui fâche : Jean Marais ne joue pas très bien, l’ensemble est un peu raide et peu crédible, les duels font bling bling et les robes sont empesées, ça a vieilli. Par ailleurs (ce détail vient du roman) la pure jeune fille finit par épouser son père adoptif ce qui est un peu incestueux, non ? (C’est au moins un détournement de mineure par adulte ayant autorité…)

Mais il y a de beaux chevaux, des bagarres, ça sautille, ça cavale, le méchant est très perfide (et bien joué), il y a Bourvil qui tutoie le chevalier de Lagardère, et Jean Marais fait ses cascades tout seul, et qui est très bon quand il est déguisé en bossu (ce qui arrive un peu tard) cachant sa belle gueule sous un maquillage grimaçant. C’est moins enlevé, moins bouffon et moins beau que Cartouche, mais l’ensemble a du charme. Rosa et Marguerite ont bien aimé.

L’île au trésor – Byron Haskin

Nous avons choisi ce film pour notre séance familiale du dimanche soir : production Disney des années 50, adaptation d’une histoire que nous apprécions tous (beaucoup). Le résultat est tout à fait réussi. Le film porte la marque de son époque, de son budget (relativement) réduit, mais la narration est à la fois fidèle à celle du roman, inventive, les personnages sont bien caractérisés et le récit construit une relation très forte et intéressante entre l’enfant (Jim Hawkins) et Long John Silver, très bien interprété, avec force roulements d’yeux et gros rires, par Robert Newton. Tout comme dans le roman de Stevenson, l’histoire tourne autour de ce terrible et sympathique truand, sans doute un des meilleurs personnages de pirates jamais inventé. Sans être un chef d’oeuvre, l’île au trésor produit par Disney (la premier film sans animation produit par Walt) est une adaptation fidèle et soigneuse, avec son lot de joies, de surprises et de terreurs.

Le crabe-tambour – Pierre Schoendoerffer

On ne parle pas sur ma passerelle, sauf pour raison de service

Dans la carrée d’un navire de la marine nationale, vers 1975, des hommes échangent des histoires sur un officier qu’ils ont bien connu : Willsdorff, alias le crabe-tambour. Les vagues balaient le pont avant du navire, l’ambiance austère à bord est presque monacale, de grandes gerbes d’écume s’abattent sur les canons et la tourelle de l’escorteur d’escadreen mission d’assistance à la pêche (une pratique remontant à l’ancien régime) et le portrait de Willsdorff se dessine dans les récits et les souvenirs, ponctués des anecdotes bretonnes macabres du chef-mécanicien. On voit apparaître l’histoire récente de la France, les guerres de décolonisation au Vietnam, la guerre d’Algérie, le putsch des généraux… Cette construction de récits emboîtés au fil des souvenirs est menée avec une grande élégance. Film de militaires, film qui parle de la guerre, le crabe-tambour ne comporte pas beaucoup de scènes d’action ou de violence (même si le souvenir des combats est toujours là). On y voit des hommes qui parlent, boivent et surtout travaillent. La mer, les navires et les marins y sonnent vrai. Le comportement des uns et des autres ne s’explique pas entièrement, les gens ont leurs secrets et les explications qu’ils donnent de ce qu’ils ont fait… valent ce qu’elles valent.

Jean Rochefort est très bon dans le rôle du vieux commandant pas drôle du tout, les autres acteurs (Perrin, Rich, Dufilho que je découvrais) sont à la hauteur. Un très beau film.


On achètera une jonque et on rentrera à la voile ; quatre mois de mer. Après ça ira mieux.

Le train sifflera trois fois – Fred Zinnemann

Alors le marshall Kane se marie et s’apprête à quitter la ville, mais il apprend qu’à midi Miller sera de retour. Miller, qu’il a fait condamner et qui vient se venger et que trois copains sont venus attendre en picolant et en jouant de l’harmonica, et qui viendront l’aider à descendre Kane. Kane devrait s’en aller loin, loin, loin des ennuis mais une sorte de sens du devoir le pousse à rester, contre l’avis des habitants de la ville, contre l’avis de sa toute jeune et charmante épouse, contre tout bon sens.

Cecci et moi regardons quelques westerns classiques que nous ne connaissions pas, et celui-ci en faisait partie. C’est un classique pour une bonne raison: c’est super bien. Filmé au millimètre, avec une ambiance étrange, une histoire très simple et très forte (et très noire), et très bien joué par Gary Cooper, avec de beaux et surprenants seconds rôles féminins (une belle femme d’affaire mexicaine qui n’est pas un objet érotique dans un film des années 50… Pas mal).

20000 lieues sous les mers – Richard Fleischer

Il y a des films avec lesquels on a une histoire particulière. Celui-ci, par exemple : j’avais lu à son sujet un reportage dans le Journal de Mickey (ben oui) quand j’étais petit et j’avais décidé qu’il était nul. En effet, je venais de lire le roman de Jules Verne, et il était bien clair pour moi que le Nautilus, merveille d’ingénierie rationnelle, ne ressemblait pas du tout à ce gros poisson plein d’épines qu’on me présentait. Un film ayant trahi aussi violemment l’oeuvre originale ne pouvait être que très nul.

Une trentaine d’années après (il n’est jamais trop tard pour bien faire) je révise mon opinion d’enfant catégorique. Entretemps, j’ai appris que Kirk Douglas était un acteur très cool, que le capitaine Némo était joué par James Mason, et j’ai sauté le pas.

Le 20 000 lieues sous les mers produit par Disney en 1954 est donc un film formidable. Certes, son Nautilus est moins vernien que l’original, mais il est incroyablement plus graphique et plus beau ! Le film a une qualité de couleurs et d’images tout à fait épatante, les décors sont incroyables (le salon baroque du Nautilus !), les effets spéciaux sont superbes (la scène du calamar, bien sûr, mais aussi les attaques de navires, les scènes avec les scaphandriers qui en deviennent presque un peuple de la mer…). L’histoire est vive, alternant moments de suspense un peu angoissants (la découverte du sous-marin… les instants de folie du capitaine Nemo) et moments d’humour (la relation entre Ned Land et l’otarie, seul personnage féminin du film, au passage. Elle joue très bien). 

James Mason fait un très beau Nemo, sombre et angoissé (Marguerite a beaucoup aimé le personnage). Arronax et Conseil sont très bien aussi : le film, très bien écrit, n’oublie pas ses personnages ni leur évolution psychologique et multiplie les morceaux de bravoure, sans oublier des allusions plus contemporaines, notamment à l’énergie nucléaire. C’est un grand spectacle, réalisé avec soin et amour. Un très beau film.

Dunkerque – Christopher Nolan

Chaque été, c’est la même chose : les enfants étant en vacances, les parents se souviennent qu’il existe une distraction de masse qui s’appelle « cinéma », un peu comme de regarder un film à la maison, sauf que ça coûte plus cher, que l’image et le son sont meilleurs et qu’on ne peut pas mettre sur pause.

Donc nous sommes allés voir Dunkerque, un film d’été rafraîchissant vu que ses personnages passent une bonne partie de leur temps à faire du bateau ou bien à nager dans une mer pas trop trop chaude malgré le mois de juin. Ce n’était pas mal.

Les gens intéressés par la narration (déformation personnelle) trouveront dans ce film de quoi réfléchir. Dunkerque, on le saura sans doute déjà en lisant cette chronique, raconte de manière très subjective les moments les plus forts de l’opération dynamo, qui a vu les Anglais tenter de ramener sur leur île une énorme armée coincée sur une bande de terrain le long de la mer du Nord. Le découpage se concentre sur un petit nombre de personnages et sur trois lignes ayant chacune un rythme temporel très différent. La manière dont ces lignes s’entrecroisent et se rejoignent offre une stimulation toute particulière au spectateur curieux. A travers un récit de survie, très simple (le personnage principal qui n’a pas de nom et à peine de dialogues, fait tout ce qu’il peut pour quitter cette maudite plage et rejoindre l’Angleterre), on plonge en immersion (parfois forcée) dans un monde de machines, d’explosions, de foules en attente, de casques, de vagues, de mitraillages. Violent, affreux et curieusement contemplatif, avec une musique obsédante et réussie de Hans Zimmer.

Il y a par ailleurs en moi un petit garçon qui aime regarder voler des Supermarine Spitfire. Il a été servi. Par ce fait, et par les ambiances presque surréalistes qui le traversent, Dunkerque a rejoint par moment l’atmosphère étrange de certains romans de Christopher Priest, dont on connaît les obsessions pour la seconde guerre mondiale et les appareils volants. Tout ça nous a bien plu.

La souris qui rugissait – Jack Arnold

Le grand duché de Fenwick est un tout petit pays de 15 kilomètres carrés, situé entre la Cordillère des Andes et les Alpes autrichiennes, disposant d’une armée de vingtaine d’archers et produisant un pinot gris assez fameux. La grande duchesse y est jouée par Peter Sellers. Le premier ministre, comte de Mountjoy, est joué par Peter Sellers. Le grand connétable, garde-chasse, chef des armées, etc., Tully Bascombe, est aussi joué par Peter Sellers.

 

Quant aux raisons pour lesquelles le Fenwick déclare la guerre aux Etats-Unis… Disons  qu’elles reposent sur l’idée que tout pays vaincu par les Etats-Unis finit par bénéficier d’une sorte de Plan Marshall, et que les finances du Grand Duché ne sont pas très en très bon état.

 

La souris… est une comédie burlesque et absurde de 1959. Le film a une poésie particulière et est habité par son acteur principal (je ne vous redis pas qui). Les péripéties, entre alertes aériennes et bombes atomiques, reposent pas mal sur la situation géopolitique de l’époque, j’ai dû interrompre plusieurs fois le film pour en expliquer les détails aux enfants. C’est particulièrement idiot, bon enfant et rigolo. A noter qu’on y croise la très très belle Jean Seberg, dans un rôle un peu potiche, et que mes filles ont été choquées, à raison, quand elle se fait embrasser de force. 

La scène d’action finale, impliquant une vieille voiture, un général américain débile, une bombe atomique et un renard (notamment) est tout à fait réussie.

Pas un grand film mais un objet bizarre et rigolo que les Rosa et Marguerite ont bien aimé, merci à Gilles pour la découverte !