True Detective saison 1

Ce ne sera pas la première fois que je bloggue deux fois sur le même truc. Accordons-nous un droit de nous répéter.

J’ai donc déjà parlé de True Detective, il y a une grosse dizaine d’années, et je ne renie rien de ce que j’ai dit à l’époque, ce qui m’évitera de me répéter. Je l’ai regardée cette fois-ci, d’abord pour voir ce qui avait changé, et dans un esprit de complétude de mes explorations carcoseques. La capture d’écran ci-dessus est peut-être l’évocation picturale la plus directe du roi en jaune dans la série.

Songs that the Hyades shall sing,
Where flap the tatters of the King,
Must die unheard in
Dim Carcosa.

Qu’est-ce qui a changé dans ma lecture ? Peut-être que cette série, parmi ses thèmes majeurs, est une histoire d’hommes, de masculinités plus ou moins pourries (plutôt plus) qui s’efforcent de contrôler, posséder, détruire les femmes et les enfants. Les personnages principaux représentent deux manières, toutes les deux pas géniales, d’être un homme. Pas beaucoup de personnages ni de points de vue féminins, je pense que sur 8 heures de film, aucun dialogue ne permet de passer le test de Bechdel. On aura le droit de trouver ça assez pesant.

J’ai été aussi frappé par la beauté de certains plans. Paysages, maisons, décors malsains, églises brûlées… Le passage à Carcosa (je ne le raconte pas) m’a vraiment plu.

Voilà, j’y suis donc retourné, et ça m’a plu.

J’ai regardé aussi la saison 4 qui était vraiment cool, mais tiens, je n’en ai pas parlé ici ! Peut-être dans dix ans, quand je la reverrai ?

L’agent secret – Kleber Mendonça Filho

L’histoire commence avec un panneau annonçant que ça se passe au Brésil en 1977 et que c’était une époque troublée. Un type au volant d’une petite coccinelle jaune pétante arrive dans une station service au milieu de rien. Le pompiste, un type au gros vente et aux lunettes de travers, sort de la cabane pour le servir. A quelques mètres de la pompe, un cadavre vieux de plusieurs jours à peine recouvert de papier journal (les chiens errants du coin sont intéressés) : le pompiste explique qu’il n’y est pour rien et que les flics ne sont pas encore passés récupérer le corps, parce que c’est carnaval. Puis des flics arrivent quand même, ils voient le cadavre, ce n’est pas leur affaire. Ils inspectent la voiture du mec en détail et cherchent un moyen de lui soutirer quelques sous.

La scène donne le ton du film. Couleurs vives, police inquiétante, situations bizarres, visages et corps de toutes formes et de toutes couleurs. Le conducteur de l’auto et personnage principal fuit quelque chose (on mettra du temps à savoir quoi), des gens veulent le tuer (on saura pourquoi). On croiser des personnages très beaux et touchants : la vieille femme de la résidence (dona Sebastiana), la dentiste qui se planque, le vieux projectionniste et son épouse… D’autres très effrayants : des flics plus ou moins dégénérés, d’anciens militaires aux mauvaises habitudes… Et d’autres tout simplement singuliers, comme le tailleur juif, le tueur à la casquette rouge, les employés du bureau d’identification judiciaire…

Le film crée une ambiance colorée, joyeuse, incertaine et terrifiante que j’ai beaucoup aimée. J’ai eu l’impression de saisir quelque chose du Brésil (où je ne suis jamais allé), celui du passé et celui d’aujourd’hui. C’est un très beau film.