The etched city – K J Bishop

J’étais curieux de découvrir ce roman dont j’avais entendu parler par plusieurs sites de référence, qui le mettaient en parallèle avec le livre de Jeff Vandermeer, la cité des saints et des fous (dont j’ai parlé ici). Je l’ai lu en anglais, ce qui ne m’est pas habituel. Pour ceux qui seraient tentés, la langue m’a parue d’un niveau de difficulté tout à fait abordable. (je l’ai trouvé plus facile à lire que Robert Howard, par exemple).
Voilà donc un curieux roman, pas évident à résumer. Il y est question d’un tueur à gages (Gwynn) et d’une femme médecin (Raule), qui se rencontrent dans le pays désertique qu’on appelle « Coppier Country ». Des retrouvailles de vieux complices plutôt que celles d’amants ou d’amis…
Après quelques ennuis, ces deux-là décident de se rendre dans l’étrange cité d’Ashamoil pour y refaire leur vie. Gwynn deviendra garde du corps d’un marchand d’esclaves, Raule mènera une difficile carrière médicale.
Et alors, que raconte ce roman? Difficile à dire. Nous ne sommes pas dans les schémas de la littérature de genre, malgré le début qui paraît en ressortir. Pas d’aventure, pas de quête, pas d’enquête, nous voyons vivre Raule et Gwynn (surtout Gwynn), chacun de son côté. Gwynn va tomber amoureux, être mêlé à des ennuis liés à son métier. Raule va mener quelques recherches médicales. Mais on sent bien que l’important n’est pas là. Il y aura des combats, des drogues, des visions… Mais pas d’histoire claire. Comme si l’auteure avait préféré regarder vivre ses personnages. Et le livre se terminera, de façon ouverte, en apportant de nouvelles questions.
Je me suis demandé à quel imaginaire se rattachait cette histoire. Le monde où vivent les personnages est une sorte de 19ème siècle colonial, nourri d’impressions d’Asie, de Western et d’Europe décadente. Pas tellement de noms reconnaissables. Les personnages eux-mêmes paraissent inspirés de mangas (genre Samourai Champloo), dont ils ont le design stylé, romantique et exagéré (je songe surtout à Gwynn et à ses collègues…). Quant à leurs rencontres et aventures elles relèvent de rêveries adolescentes. Tout cela s’assemble et se tient, curieusement bien, formant une sorte de chimère littéraire.
Par sa structure un peu errante, the Etched City pourrait se rapprocher de la cité des saints et des fous. Mais la ville d’Ashamoil n’est pas le personnage principal du livre. Et la structure reste celle d’un roman. De fait, j’ai l’impression que ce roman stylé n’a pas d’intrigue, ou plutôt que l’intrigue n’est pas l’élément qui compte. A la place, on y trouvera : des odeurs de viande, des atmosphères de mousson, des comportements fin-de-siècle, une chanteuse de cabaret, de la chirurgie, des monstres, des accouchements bizarres, un hôtel perdu dans la jungle, de belles gravures en bichromie, un laboratoire médical délabré, des enfants-tueurs qui se battent au couteau dans les rues, des séances de spiritisme et un cheveu rouge… voilà la matière de the Etched City, tout ce qui fait son charme, curieux, étrange, imparfait.

The coming of Conan the Cimmerian – 2

Suite de mes lectures barbaresques.
J’ai donc fini avec plaisir la lecture du Tome 1 (sur trois) de cette belle édition des aventures du barbare le plus célèbre du monde. Avant d’en venir aux histoires, je signale que, outre quelques drafts et synopsis (intéressants pour qui veut voir la manière dont Bob Howard travaillait), ce livre contient un essai très intéressant de Patrice Louinet sur l’élaboration du monde hyborien (l’âge passé, disparu dans les brumes de l’oubli, où Howard situe les aventures de Conan).
J’en retiens quelques points :

  • Pour Howard, l’âge hyborien permet (explicitement) de traiter le matériau historique qu’il aime tant sans avoir à faire du roman historique. On peut voir là une paresse du romancier de fantasy, j’y vois de mon côté une des justifications de ce type de littérature : une rêverie sur l’Histoire. Une utilisation de schémas tiré de l’histoire, telle qu’on la perçoit, pour y exprimer des idées ou des fantasmes modernes. A la fin du livre se trouve l’essai The hyborian age, dans lequel REH trace à grands traits l’histoire de l’âge hyborien (sans jamais y citer Conan !). Cet essai est intéressant, en cela qu’il est incroyablement révélateur de la manière dont Howard perçoit le monde et son évolution : darwinisme civilisationnel, évolution du singe vers l’homme, de l’homme vers le singe, combat entre la barbarie et la civilisation, constatation lucide de l’anéantissement à venir.
  • Conan et sa Cimmérie (qui n’apparaît jamais que par évocation dans les histoires du héros) sont des ancêtres, des racines mythiques pour Howard, chez qui le thème de la mémoire du sang est très puissant. Je ne prends pas le terme « ancêtre » au sens littéral, mais plutôt dans un sens poétique. La Cimmérie de Conan est une terre imaginaire dans laquelle l’auteur plonge ses racines.
  • Howard étant un professionnel vivant de son écriture, certaines histoires de Conan sont clairement « commerciales » – et ce sont malheureusement les moins bonnes. Patrice Louinet note justement que pour ces dernières, Howard n’avait quasiment pas fait de révisions, se contentant d’utiliser des « ingrédients » qui satisferaient le rédacteur en chef de Weird Tales.
  • Il est amusant de constater comment les lectures de Howard se reflètent dans les aventures de son héros : son intérêt pour l’Assyrie (qu’on retrouve dans « Rogues in the house ») ou pour l’histoire du Texas, qui influence (mal) The Vale of lost women.

Je n’ai extrait ici que quelques points de cet excellent article que je recommande à toute personne intéressée par le travail d’écriture et de création de mondes imaginaires.

Passons aux récits eux-mêmes. Let me tell you of the days of high adventure !

La dernière fois, dans ma précipitation, j’avais oublié de parler d’une des meilleures histoires de Conan, voire LA meilleure, the Tower of the elephant.
pitch : Conan, jeune voleur dans la cité de Zamora, est un con qui ose tout. Par exemple, tenter d’entrer dans la tour mystérieuse qui se dresse au coeur de la cité, où un prêtre-mage terrifiant garde un fabuleux joyau…
Un excellent récit d’aventures, rythmé, avec de très bons personnages et une chute très puissante (où intervient l’étrange éléphant du titre). Cette histoire atteint pour moi une sorte de perfection dans le genre : elle est dense, l’ambiance est excellente, il y a de l’action, du suspense, de bons personnages (en plus de Conan) et une ouverture « cosmique » vertigineuse.

Black Colossus
pitch : un voleur tente de s’introduire dans un tombeau très ancien et inviolé, et il réveille quelqu’un qui dormait et qu’on aurait mieux fait de laisser assoupi… Alors une rumeur monte dans le désert, un prophète voilé soulève les tribus, les villes flambent… Et la jeune princesse Yasmela cherche desépérément quelqu’un pour sauver son royaume…
La scène d’ouverture, qui fait penser au long pré-générique d’un film, est fabuleuse. Derrière, Howard décrit avec talent la rumeur du désert, l’angoisse créée par cette armée qui balaie tout devant elle. De même, la scène de bataille finale est très bien menée… Mais… l’histoire est un peu trop courte pour l’ambition du sujet. Et Howard introduit pour la première fois un personnage de belle jeune femme dénudée qui va se jeter dans les bras du puissant barbare de passage (un dénommé C****). Or, si certaines scènes érotiques sont plutôt réussies (les visions nocturnes de Yasmela, l’ultime scène finale), la crucherie du personnage féminin est franchement agaçante. Rendez-nous Bélit !
On voit bien dans l’essai de Patrice Louinet que Howard a introduit ce type de jeune femme éplorée (et ayant une tendance rapide à se retrouver nue) pour mieux vendre ses récits. Désormais, on ne va plus y échapper, il y en aura une par récit (enfin, presque). Ce qui n’empêchera pas certaines histoires de sortir du lot…

Iron shadows in the moon
pitch : Conan, ultime survivant d’une bataille, sauve une jeune captive d’un prince hyrkanien (une sorte d’oriental sauvage). Il règle ses comptes avec le dit prince, puis s’enfuit avec la jeune femme. Ils abordent une île pleine de constructions très anciennes…
On rentre dans le cycle des histoires « commerciales » de Conan. Malgré une scène d’introduction excellente, la suite du récit est très conventionnelle et sans grandes idées.


Xuthal of the dusk
pitch : Perdus dans le désert, Conan et Natala (la jeune fille de service ce jour là) arrivent dans une étrange cité dont les habitants sont tous drogués… et dévorés un à un par une ombre mystérieuse.
Jeune femme dénudée, cité perdue, utilisation mal dosée du surnaturel… On est en territoire connu et l’histoire n’est pas excellente. Pourtant, certaines scènes et idées attirent l’attention. La cité endormie m’a évoquée Imrryr, l’idée de Thog (l’ombre dévorante) est assez forte et pour la première fois, on voit une scène de lesbianisme-SM entre la jeune première et une mystérieuse stygienne rencontrée dans la cité. Et, dans cette aventure, Conan se comporte en vrai macho, ce qui lui va bien et est assez amusant.

The pool of the black one
pitch : Conan est recueilli en pleine mer sur un bateau pirate (il vient de s’échapper d’une situation apparemment difficile). Le capitaine du bateau, un homme fort et arrogant, fait l’erreur de l’accepter dans son équipage. Or, Conan se verrait bien capitaine du navire…
Une nouvelle fois, on commence par une excellente scène d’introduction. Howard crée une vraie tension entre Conan et le capitaine, qui est un bon personnage. En quelques pages, on est plongé dans une sorte de version hyborienne de l’île au trésor. Puis on arrive sur l’île, et là on trouve un mystérieux bâtiment très ancien, etc, etc. A nouveau, quelques idées amusantes (les minuscules statues…) mais le tout manque un peu de bonnes situations…

Rogues in the house
pitch : Murillo, un noble de Corinthia, décide dans un acte désespéré d’engager un tueur pour exécuter Nabodinus, le prêtre rouge, qui règne sur la cité. Le tueur sera ce fameux barbare, qui vient de se faire emprisonner…
Un huis-clos, avec une histoire intéressante où personne n’est vraiment celui qu’il semble être. Il y a un lot d’action, de pièges maléfiques et de retournement de situations, avec Conan en barbare pensif observant les manigances des civilisés… Une aventure « urbaines » intéressante, qui répond bien à The God in the bowl. (pas de jeune fille dénudée)

The vale of lost women
pitch : Livia, une Blanche, est captive dans un village de Noirs sauvages, enfermée dans une hutte à côté du cadavre dépecé de son frère. Or, voici qu’une autre tribu noire arrive pour négocier, dirigée par un barbare nordique…
Même si le racisme de cette histoire est moins choquant que ce que le résumé ci-dessus pourrait laisser penser, il est quand même un peu pesant (il est intéressant de voir que c’est un épisode de l’histoire étasunienne qui a inspiré cette histoire à REH, avec les Noirs jouant le rôle des Indiens). Malgré ça, la situation créée est intéressante et l’aventure comprend de bons moments. Quant à la vallée du titre, malgré une bestiole surnaturelle peu convaincante, la présence de ces femmes aux yeux vides embrassant Livia est assez frappante… (excellente illustration de Marck Schultz, dans l’édition WS/Del Rey)

The devil in Iron
pitch : dans des ruines, perdues, un marin malchanceux entre dans un tombeau où il n’aurait pas dû mettre les pieds… et réveille celui qui aurait dû continuer à dormir. Pendant ce temps, des civilisés aimeraient bien se débarrasser de la bande de kozaks dirigés par ce barbare charismatique… Pour ça, pourquoi ne pas lui tendre un pièce, l’attirer sur une île isolée…
Malgré des éléments de routine (tombeau où personne n’aurait du mettre les pieds, belle jeune femme dénudée, ruine) cette histoire comprend nombre d’idées intéressantes, notamment la cité « rêvée » dont les habitants endormis se souviennent du massacre dont ils ont été victimes, l’élément extra-terrestre, etc. Et les côtés aventure et action de l’histoire sont bien menés, avec un suspense jusqu’au bout.

Voilà tout (ouf). Cette lecture m’a bien motivé pour l’achat des T2 et T3 des aventures du Cimmérien. Je continue à penser que l’approche chronologique (par ordre d’écriture) donnée par l’éditeur est très pertinente et intéressante.

The coming of Conan the Cimmerian

On pourrait croire que ça tourne pour moi à l’obsession pour les gros barbares musclés. Il y a un peu de ça, peut-être?
Je commente ici rapidement un livre que je n’ai pas fini de lire : le T1 (sur trois) de l’intégrale des aventures de Conan, dans l’édition Del Rey, elle-même une reprise de l’édition Wandering Star.
Tout d’abord, c’est pour moi la première occasion de lire Howard en VO. Jusqu’ici, je n’avais approché l’auteur que par les traductions, notamment celles de François Truchaud. Je dois beaucoup à ce dernier qui a su, par ses préfaces enflammées, faire partager sa passion et sa fascination pour Robert Howard. Mais, relecture faite récemment de quelques textes, j’avais tendance à trouver le style des histoires howardiennes un peu pâteux, du moins en français. Impression confirmée: en VO, Howard a un style tout a fait fluide, riche et incisif. Son sens du récit est exceptionnel et il est difficile, une fois une histoire commencée, de l’abandonner pour aller faire autre chose. La narration est efficace (on apprend uniquement ce qu’on a besoin de savoir), poétique et baroque quand il le faut (les scènes de bataille, notamment), prenant parfois les accents de la légende. Un vrai bonheur.
Cette édition présente les textes originaux (avant retouches par De Camp & Co), présentés dans l’ordre de rédaction, accompagnés de quelques brouillons, synopsis et articles critiques. Ce qui permet de voir mise en oeuvre la création, au fur des nouvelles, du monde hyborien et du personnage de Conan. Et cet aspect-là des choses est fascinant !
Pour le monde, on voit l’enrichissement progressif d’un décor, où Howard injecte de plus en plus de ses fantasmes historiques. Le monde hyborien a bien été créé pour cela : permettre à Howard de mettre en scène librement les rêves que lui inspiraient ses lectures historiques. En cela, le monde hyborien est un étonnant reflet (volontaire) de la perception du monde de l’auteur…
Quand au personnage : le Conan rêvé par Howard est un personnage profondément mélancolique. Les premières nouvelles nous présentent un personnage profondément conscient de l’absurdité du monde, toujours à deux doigts de noyer sa tristesse existentielle dans le vin et la bataille. Les textes ultérieurs tiennent cet aspect pour acquis, même si le lecteur attentif le ressent toujours. Je crois que c’est cette profondeur qui m’a toujours séduit, dans Conan. Au fond, dans toute sa puissance, Conan porte toujours le malaise de Robert Howard.
Parlons (un peu) des histoires, maintenant. Comme toujours chez Howard, on y retrouve un mélange d’images brillantes et d’idées conventionnelles, liés au genre de récit. Pour aimer Conan, il faut accepter ce cadre pulp de ses aventures.

The Phénix on the sword
pitch : Conan, roi d’Aquilonie, fait face à un complot visant à l’assassiner, impliquant dagues et monstrueuses invocations surnaturelles. La nuit sera longue.
Tout est centré autour d’un terrible combat nocturne. Le lion se défend, écrasé par ses assaillants. Un texte très puissant, malgré quelques longueurs pour la mise en place. Pour moi, la nouvelle Janua Vera (de JP Jaworsky) rend hommage à cette histoire.

The god in the bowl
pitch : Conan est encore un jeune homme, un voleur, dans une cité d’orient. Alors qu’il cambriole un palais, il se retrouve mêlé à une sombre affaire de meurtre politique.
Peu d’action, nombreux dialogues, l’occasion de mettre en avant la nature du personnage de Conan, face à différents portraits d’hommes « civilisés ». La scène finale est exceptionnelle, de violence et de fantastique (Ah, ce masque qui se balance au-dessus du paravent…)

The Frost Giant’s daughterpitch : le jeune barbare, blessé, est l’unique survivant d’une embuscade, dans un décor enneigé. Une femme apparait, surnaturelle…
Un texte superbe, mythologique. La neige, le sang, la course… Feu du désir, froideur du givre… Sans doute ma nouvelle préférée de toutes les aventures du Cimmérien. Une splendeur.

The Scarlet Citadelpitch : Le roi Conan est vaincu par ses ennemis et emmené en captivité, jeté dans des geôles profondes…
Une excellente histoire d’aventures. Là où d’autres auraient pondu un roman, REH écrit une novella hyper-rythmée, pleine de scènes géniales. Souterrains terrifiants peuplés de monstres lovecraftiens, rivalités de sorciers, batailles, intrigues politiques. Et Conan, jetant l’usurpateur du haut d’une tour, riant de ses ennemis, du peuple versatile, de lui-même…

Queen of the black Coastpitch : Conan, mercenaire devenu marin par hasard (par erreur?) est séduit par Bélit, la reine de la côte noire, femme pirate ardente…
Encore une histoire riche, pleine d’aventures, laissant entrevoir nombre d’histoires jamais contées (combien de temps, en vérité, Conan reste-t-il auprès de Bélit?). L’histoire d’amour marche très bien, le texte comprend nombre de scènes puissantes (le rêve du lotus noir, Conan attendant les ennemis sur la pyramide…)

J’ai l’impression, avec ces premières histoires, d’avoir lu les meilleurs textes de la série (d’après mes souvenirs des textes français). La suite des mes lectures infirmera ou confirmera.
Avec ces lectures et mes relectures récentes, je commence à être persuadé que, au fond, Conan est ce que Howard a écrit de mieux. J’essaierai d’argumenter ça.

Suite des chroniques quand j’aurai lu un peu plus loin, si ça intéresse des gens…

Bleu, histoire d’une couleur – Michel Pastoureau

Une notule sur un texte passionnant : l’essai sur le bleu, par l’historien Michel Pastoureau. Extraordinaire travail d’histoire transversale, qui donne le vertige. D’où vient le bleu? Les grecs et les romains voyaient-ils cette couleur? Comment la fabriquait-on? Comment est-on passé du système noir/blanc/rouge au jeu contemporain rouge/jaune/bleu? Quelles ont été les acceptations de cette couleur? Quel rapport entre les blue-jeans et la Réforme luthérienne? D’où vient le manteau bleu de la Vierge? Les armoiries bleues des rois de France? La fleur bleue? Pourquoi est-ce qu’il ne faut pas laver en machine un pantalon teint avec de l’indigo? Et pourquoi ces fichus généraux avaient-ils donner des pantalons rouge garance aux soldats français de 1914, ce qui en a fait des cibles splendides pour les tireurs ennemis?
Toutes sortes de choses que j’ai apprises en parcourant cet essai court et dense, très bien écrit, par un homme passionné parce que ce que la couleur nous apprend sur les hommes.

PS : une qualité supplémentaire de cet excellent livre : on peut le lire en tenant un bébé sur le bras. Ceux qui savent comprendront.

Le passager de la nuit – Maurice Pons

Reparlons un peu de Maurice Pons. Je viens de lire le passager de la nuit, court roman (cent pages) à la destinée singulière. Très concerné par la guerre d’Algérie, Maurice Pons a été un des signataires du manifeste des 121. Mais voulant marquer son engagement contre la guerre dans ces travaux d’écriture, il a écrit ce passager de la nuit, en l' »honneur » des porteurs de valises, ces hommes et ces femmes transportant des fonds pour le compte du FLN.
Je savais que ce roman avait été lu alors dans les milieux progressiste, dans les prisons, et même à Moscou, où les soviétiques ont eu l’idée de l’adapter en film (Maurice Pons raconte d’ailleurs dans la préface quelques anecdotes savoureuses à ce sujet…). Le petit format du texte permettait sans doute de le passer facilement en douce…
Passons maintenant du côté de la littérature…
Le Passager… raconte un voyage en voiture, de Paris vers la Suisse, à la fin des années 50. Un jeune homme, de l’âge de l’auteur, embarque un inconnu dans son voyage, pour rendre service à une amie. L’inconnu est élégant, silencieux, et porte un mystérieux sac… Comment ils vont faire connaissance et comment ils vont vivre ensemble cette traversée de la France, c’est ce que nous apprendrons.
Peu de militantisme lourd dans ces pages, peu d’idéologie. Juste deux hommes. Et une voiture. On sent bien que Maurice Pons voulait écrire en l’honneur de certaines personnes, mais sans en faire des saints. L’Algérie est en toile de fond, le narrateur ne juge rien, il est à la fois naïf et ignorant, il ressent ce malaise que beaucoup devaient ressentir alors face aux « évènements »… Et, à vrai dire, la beauté de ce roman n’est pas là, pas dans son sujet prétendu.
Le Passager est un roman sur la voiture, les routes de France et le plaisir de rouler très vite, la nuit, sans la peur des radars ! Même moi qui ne suis pas conducteur, j’ai été charmé par ces phrases qui évoquent si bien la route, le carburateur, le plaisir sensuel de glisser dans la nuit. Là, les pages sont magnifiques, poétiques, et on se laisse emporter par le plaisir de traverser la France endormie, en compagnie d’un inconnu.

Trois pépins du fruit des morts – Mélanie Fazi

Ce roman ayant été abondamment commenté sur le net (voir par exemple : ici) je n’entreprendrai pas d’en résumer la trame. Je l’ai lu avec une vraie curiosité, ayant en tête le souvenir des délicates nouvelles de la même auteure dont j’ai parlé dans un billet plus ancien.
On retrouve dans trois pépins… la même écriture délicate, la même attention soutenue aux évolutions du corps, de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’enfantement. Mélanie Fazi insère avec beaucoup de talent ses obsessions mythologiques dans une chronique de l’enfance et des premiers temps de l’adolescence. Toute la crédibilité de ce roman tient dans son écriture, très vraie, très proche des personnages, souvent touchante. Comme dans les nouvelles de Serpentine, on trouve assez peu d’action dans cette histoire, plutôt une situation, qui glisse et évolue. Les personnages pensent, sentent, rêvent, parlent et agissent assez peu, se laissant porter par les évènements. Au lecteur de se laisser porter aussi…
Au chapitre des petits défauts, j’ai trouvé certains détours du récit dans les petits détails de l’enfance un peu superflus, la narration aurait pu être plus condensée et plus forte, la montée de l’angoisse en aurait été plus prenante. Et l’absence de réaction de Maria (mais que fait la police?), le cercle très restreint de ses relations, m’a donné l’impression d’une femme vivant dans une sorte de rêve ouaté, à l’image de sa serre…

Les clous rouges – une aventure de Conan le barbare

J’ai eu l’occasion ces derniers jours de relire les clous rouges (the red nails), une des aventures de Conan qui se trouve dans le recueil Conan le Guerrier, traduite par François Truchaud.
En voici un bref compte-rendu de lecture, au ras des pâquerettes, abondamment fourni en spoilers.

Résumé : en pleine jungle, Conan rattrape Valeria, flibustière de la Fraternité, blonde et redoutable épéiste qui ne doit rien à personne. On comprend plus ou moins que le vaillant barbare s’est épris de la belle… Ensemble, ils combattent un terrible dragon (en fait, une sorte de dinosaure) puis se réfugient dans une cité abandonnée… Du moins le croient-ils. Car à l’intérieur des murs deux clans s’affrontent dans une lutte à mort et Conan et Valeria vont se retrouver pris dans leurs intrigues…

On retrouve dans cette histoire un certain nombre des conventions du récit d’aventure : la grosse bêbete que l’on ne peut vaincre que par la ruse, la cité abandonnée fondée par les fuyards d’une civilisation antique… Ainsi que quelques conventions des aventures de Conan : dans les sous-sols de la cité rodent de sombres créatures (serpents, morts vivants) à dresser les cheveux sur la tête.
Disons-le tout de suite, cette histoire est assez kitsch. Elle accumule les rebondissements ahurissants et les situations improbables. La cité, notamment, est particulièrement absurde, malgré de touchantes tentatives de l’auteur de la rentre crédible (l’histoire de la cité, le mystérieux fruit qui ne se nourrit que de l’air…). Les idées fusent dans tous les sens (le comportement du monstre et sa vraie nature, le crâne flamboyant, la machine de torture…) et sont souvent exploitées de travers ou bien négligées. Tout est subordonné au rythme du récit, très nerveux.
L’écriture est assez faible, un peu lourde, sauf par moments (voir plus bas). Ayant lu en français, je ne sais pas quel est le rôle de la traduction dans mon appréciation…

Conan et Valeria en pleine bagarre…

Un aspect étonnant de cette histoire est la relation Conan/Valéria. Valéria est présentée comme une femme libre et indépendante, qui ne laisse personne lui en remonter. Seul Conan, par sa puissance virile et barbare arrive à lui en imposer… Valéria ressemble à une tentative touchante de créer un vrai personnage féminin de la part d’un homme assez macho. Ok, elle a le droit de faire joujou avec une épée et de démolir quelques ennemis, mais elle apprend dans l’histoire que le vrai mec, c’est Conan.
Valéria passe son temps à rencontrer des adversaires trop forts pour elle (le dragon, Olmec…), laisse échapper la servante qui voulait l’empoisonner alors qu’elle la tenait entre ses mains et se fait stupidement capturer dans la scène finale. Objectivement, c’est une cruche.
Mais c’est un échec d’avoir voulu raconter les aventures de Conan & Valéria. Le couple qu’ils forment est un peu ridicule. On sent bien que Conan, au fond, rêve de prendre son épée à Valéria et de lui dire de rester dans son coin à compter les points tandis qu’il démolit tous les méchants en vadrouille. On le comprend.

Je n’ai donc pas été très convaincu par toute cette affaire. Pourtant, le récit possède aussi ses qualités. Tout d’abord, le rythme. Le décor est idiot, les personnages font des trucs absurdes et on marche quand même, on se laisse porter, on cavale derrière Conan et Valéria, on espère qu’ils vont mettre une raclée à tous ces Egypto-Aztèques décadents et qu’ils vont s’en sortir un sac de pierres précieuses sur l’épaule.
Ensuite, le récit a une charge érotique étonnante, notamment à travers les relations quasi lesbiennes de Tascecla (la belle et capiteuse reine immortelle, vêtue uniquement d’un pagne et de quelques pierreries) et de Valéria. Il existe une vraie tension entre ces deux personnages. Puis le récit comprend une incroyable scène où Valéria torture une jeune femme à coups de fouet (pour lui faire dire un truc qu’elle aurait sans doute pu deviner toute seule…).
Enfin, j’ai aimé tous les passages consacrés à Conan. Là, l’écriture de Howard trouve une vraie puissance. Le personnage transcende le décor. Conan est une force, primitive et instinctive, un superbe rêve de vie, de régénération et de destruction. Il a une humilité face à la mort, des valeurs saines, et se montre même capable d’une forme d’autodérision (quand il fait la liste des métiers qu’il a exercés…).
Rien que pour Conan, cette histoire vaut le détour.

PS: au fait, quel rôle jouent exactement ces fameux clous qui donnent leur titre à l’histoire? Ont-ils un rapport avec les ongles de Valeria?
PPS: j’apprends en parcourant le web que cette histoire seraient adaptée en film d’animation. Why not?

La cité des saints et des fous – Jeff VanderMeer

Quand je raconte ce livre, je me rends compte que son contenu paraît complètement absurde. Il y est question d’une ville imaginaire nommée Ambregris (bon, jusque là, ça va), pratiquant tout un folklore sanglant autour du calmar d’eau douce (ah…) et habitée tout autant par des hommes que par de curieuses créatures, les champigniens, dits aussi « chapeaux gris ». Il est temps de se caresser le menton et de dire « hum ». Certes. Et c’est bien?
En fait, oui.
Pourtant, je n’aime pas les imaginaires débiles, les absurdités juste pour faire rire et les mondes imaginaires créés juste pour « créer un monde » (expression de rôliste). Quel ennui de passer son temps à réinventer des coutumes, des peuples, des noms… Quelle barbe pour le lecteur de devoir apprendre tout ça. Mais, en vérité je vous le dis, il y a des fois où ça marche, où l’imaginaire « prend », où ce monde bizarre fait passer des émotions encore plus bizarres. Le monde imaginaire est parfois nécessaire pour faire passer une vérité qui ne passerait pas autrement (Christopher Priest justifie très bien cela dans la fontaine pétrifiante). Et dans le cas de l’Ambregris de Jeff VanderMeer, ça marche. Pour moi, ce livre (qui n’est pas un roman), gagne son pari grâce à sa forme. La cité des saints et des fous est la compilation d’une série de petits livres : un recueil de nouvelles, une brochure historique pour touristes, une monographie, un compte-rendu d’interrogatoire, un lexique, une bibliographie, des dessins, des codes secrets… Et tout se bazar s’entrecroise, les pièces renvoient les unes aux autres, donnant une impression de vertige, construisant une cage dont le lecteur devient lui-même une partie. Et jamais on ne se lasse d’avancer dans ce dédale, dans ces histoires toutes différentes, dans ces styles tous différents.
Le livre exsude des ambiances variées, parfois drôles, parfois terrifiantes, souvent angoissées. On y entend le bruit des machines Manzikert, les vociférations des Rouges et des Verts et quelques notes d’une symphonie de Voss Bender. On y sent aussi des odeurs étranges, douceâtres, un peu sucrées. Des odeurs de… champignons?

PS : la chronique qui m’avait donné envie de lire ce livre est ici.
PPS : félicitations aux éditions Calmar Lévy pour la splendide présentation de l’ouvrage. Couverture, dessins, frontispices, photos, polices de caractère aux arômes acidulés. Et chapeau au traducteur, il n’a pas volé son salaire (je pense aux passages cryptographiques…).
edit : PPPS : à l’attention de Gilles Goullet : oui, le traducteur ne reçoit pas un salaire, mais des droits d’auteur. Nous comprendrons donc le terme salaire suivant le sens générique du terme (« car le travailleur mérite son salaire », Luc X,7). Et si Gilles a fait un remarquable boulot sur la traduction, j’ai fini par apprendre que c’était Sebastien Guillot qui s’était embêté à encoder la partie cryptographique. Ah, éditeur, quel beau métier !

Evolution, de Stephen Baxter – Une saga familiale

On connaît les sagas familiales, les livres qui racontent la destinée d’une famille sur quelques générations (le meilleur, dans le genre : cent ans de solitude, de Garcia Marquez). Baxter, cherchant sans doute le succès commercial attaché à ce genre de littérature, a pondu une saga de famille à son tour. Mais c’est un auteur de SF : il a donc choisi de raconter la saga de l’humanité, depuis Purgatorius (une sorte de rat, notre plus lointain ancêtre direct identifié) jusqu’à la fin de la terre et la disparition de notre dernier descendant. Rien que ça.

Et alors, comme s’en sort-il? Plutôt bien, en vérité.

Baxter fait fonctionner son livre sous forme de gros chapitres, chacun situé à une époque donnée, chapitres égrainés dans le temps. Dans chacun de ces chapitres, on découvre un héros (plus ou moins intelligent, généralement moins que plus) et sa lutte pour la vie. Les enjeux narratifs sont d’ailleurs très similaires d’un chapitre à l’autre : 1) le héros ne veut pas mourir mangé par une grosse sale bête. 2) le héros veut trouver quelque chose à se mettre dans son ventre de petit primate stupide. Mais l’intérêt n’est pas là : Baxter a mis tout son talent à l’oeuvre pour nous tracer le portrait de ces ancêtres et de leur environnement. Et chacune des époques, chacune des terres que nous visitons, paraît être un autre monde, une de ces planètes étrangères que la SF adore. Préparez-vous donc à un voyage dépaysant !

Au cours de digressions un peu verniennes, l’auteur explique le pourquoi et le comment des paysages et des formes de vie observées, appelant à la rescousse aussi les mécanismes de l’évolution que la climatologie ou la dérive des continents. Mais attention, ce livre (même s’il est riche d’informations et m’a appris beaucoup de choses) ne prétend pas être un essai scientifique. Au contraire, en s’appuyant sur les connaissances scientifiques contemporaines, Baxter tente de donner une vision vivante et pleine d’émotions de toute cette lignée de primates venus et à venir dont nous faisons partie. Et là où la connaissance scientifique manque, l’auteur n’hésite pas, en bon romancier, à faire appel à son imagination…

Alors certes le livre est long, certains passages étaient peut-être superflus (pas tant que ça, à mon goût) mais l’ampleur du propos est extraordinaire, le traitement souvent habile et les échelles temporelles sur lesquelles se déroule l’action donnent le vertige, un peu d’ailleurs comme dans la machine à voyager dans le temps, de Wells (auquel Evolution rend hommage).

Un livre impressionnant. Waow.

Pour plus de détails sur ce roman, voir par exemple ces critiques, au risque de lire quelques spoilers…

http://www.yozone.fr/article.php3?id_article=1459

http://www.noosfere.com/Icarus/Livres/niourf.asp?numlivre=2146560906

Lectures 2006

Comme l’an dernier, je reviens rapidement sur mes lectures de 2006. En voici la liste non exhaustives, suivie de quelques impressions personnelles.

[JdR] Te Deum pour un massacre, J.P. Jaworski

Comme nous jouons encore assez régulièrement, je lis un petit peu de la production rôlistique. Te Deum pour un massacre est un Jdr historique qui propose de jouer durant les guerres de religion. Le jeu est si habilement présenté et tellement bien fait qu’il m’a donné envie, à la lecture, de commencer une campagne d’aventures dans la France de Charles IX et de Henri III. C’est sans doute là le principal signe d’une bonne écriture pour le jeu de rôle: donner envie de jouer en facilitant la vie du MJ. Ce jeu contient notamment une excellente synthèse historique, riche et point trop obscure, et un très intéressant opuscule sur la vie quotidienne au 16ème siècle, des classes sociales aux divertissements, en passant par les questions d’habillement, de logement, les noms des danses… Un peu comme le travail présenté ici, en plus riche et plus détaillé.

Bref, en jeu de rôle, cette année aura été l’année Te Deum. Ma campagne a commencé en 1559 et nous sommes maintenant en 1565, beaucoup de guerres et d’aventures ont déjà eu lieu. Mes lectures « Renaissance » donneront une idée des endroits vers lesquels ma campagne s’orientera…

Le siège de Sancerre, Jean de Léry

Un livre de 1573, lu sur version imprimée, téléchargée sur Gallica. Témoignage étonnant sur le siège de Sancerre, ville protestante, par les troupes du roi Charles IX. Le livre est écrit avec une certaine objectivité par un pasteur coincé à l’intérieur de la ville et son ton très vivant, très reportage, en fait un témoignage exceptionnel. Il observe comment le siège est préparé, les effets des bombardements, de la faim (le siège durera 8 mois, les gens iront jusqu’à manger le parchemin recuit des livres…). Raconte des scènes d’horreur, les moments de louange et des passages absurdes, voire franchement comiques… Tout le contraire du fantasme hollywoodien et de l’heroic fantasy. Les deux armées font des erreurs tout le temps, le combat lui-même n’est qu’un immense malentendu, les plans soigneusement échafaudés foirent les uns après les autres… Une lecture fascinante. Et bien sûr une fabuleuse aide de jeu pour Te Deum.

Moby Dick, Herman Melville

Après plus d’un an de lecture (à haute voix) nous avons fini ce monument. Un livre énorme, fascinant, étonnant, tout comme son sujet. Melville a écrit le roman total sur la baleine, rien d’autre ne pourra être écrit derrière qui n’y fera pas référence. Ce livre extraordinaire emprunte tous les tons, tous les styles (roman, théâtre, encyclopédie, sermon religieux, histoire fantastique…). L’anecdote en est très simple (Achab, qui est fou, pourchasse la baleine blanche sur toutes les mers du globe), l’action avance lentement, les scènes splendides sont nombreuses, les longs délires le sont aussi. Une lecture extraordinaire.

[BD] Journal d’un Album, Dupuy & Berberian

Un album anecdotique, narcissique et sans intérêt, mauvais cru de la BD qui se regarde le nombril.

Sixième colonne, R.A.Heinlein

Cadeau de Sébastien Guillot, un roman « pour la jeunesse », assez amusant, dont le principal intérêt est de préfigurer presque entièrement l’intrigue du secret de l’espadon, commentaires racistes y compris. Les premières pages sont un excellentes (leçon remarquable sur la façon de mettre en place une intrigue), la suite est prévisible

Le grand cahier, Agota Kristof

Etonnant petit roman (par la taille) et grand par l’ambition littéraire. L’histoire de deux étranges jumeaux dans un pays (générique) d’Europe Centrale pendant la seconde guerre mondiale. Un récit cruel, une tentative littéraire fascinante (tenter de n’écrire que les faits, bannir l’émotion et la subjectivité). Le récit est bref, tendu et intense. Les deux livres qui lui font suite sont nettement moins intéressants.

[BD] Blacksad T3 – Aube rouge

Un bon tome 3 qui suit un excellent tome 2. Blacksad est une bonne série « grand public ». Le dessin est magnifique, les scénarios tiennent bien la route, il n’y a pas (encore?) de facilités commerciales.

Les domaines hantés, Truman Capote

Ma découverte de cet auteur, suite au film qui lui a été consacré. Récit d’enfance dans une vieille maison du vieux sud, peuplée de gens un peu atteints et de fantômes. L’écriture rend parfaitement cette atmosphère capiteuse et délétère. Les roman est peuplé d’images et de situations étranges qui restent longtemps en mémoire… Ma seule autre référence d’écriture « sudiste » reste Poppy Z Brite, et je trouve rétrospectivement qu’elle est en quelques points une héritière de Capote.

[BD] Le photographe T3, Guibert, Lefevre, Lemercier

Une bonne série qui se termine. Ce T3, moins reportage et plus « aventure personnelle », m’a moins convaincu que les autres. Mais c’était un beau projet.

L’évangile selon Marc, Saint Marc

Lecture de l’évangile selon Marc, Benoît Standaert

Cette année, j’ai décidé d’étudier l’évangile de Marc et d’en faire une analyse personnelle, appuyée sur quelques lectures et sur les cours suivis l’an dernier. Mon but était de pouvoir donner une réponse personnelle (et argumentée) à la question: « que veut nous dire l’auteur, avec ce texte ? ». J’ai noté le résultat de mes réflexions dans un petit document à usage personnel (partageable si affinités). Les textes sacrés sont d’accès difficiles, parce qu’ils sont très datés (2000 ans pour celui-ci…) et qu’on les lit en ayant sur les yeux de nombreux filtres de lecture (rapport personnel à la religion, culture générale sur le sujet…). J’avais donc pensé que relire attentivement le texte, un crayon à la main, en notant mes propres réflexions et questions et en me forçant à rédiger une fiche de lecture pouvait être enrichissant. Je ne regrette pas les quelques heures de travail passées là-dessus et je peux maintenant dire que j’ai vraiment lu ce texte.

La règle de Saint Benoît, Saint Benoît

Ce document est une pépite. Règle de vie en communauté rédigée il y a 1500 ans, contenant toute sortes de prescriptions, de recommandations et d’interdits, il s’agit surtout d’un témoignage incroyablement touchant, montrant une connaissance profonde et fraternelle du coeur humain, de ses forces et de ses faiblesses.

Pattern recognition, William Gibson

J’ai déjà dit ici ce que je pensais du dernier Gibson, dont je ne garde pas un souvenir impérissable.

[BD] 20th centry Boys, Urosawa Naoki

J’ai lu cette année tous les tombes parus en français de cette bonne série de SF. Son seul défaut est d’être justement une série et de ne pas savoir s’arrêter. Les 10 premiers tomes sont exceptionnels, mettant en scène d’excellents personnages et jouant avec habileté des allers et retours dans le temps. Ensuite, la série reste de bon niveau, mais l’histoire s’essouffle, l’intérêt faiblit. Comme souvent dans les histoires à mystères, le mystère lui-même m’intéresse plus que son explication…

Au guet, Terry Pratchett

J’ai abandonné ce livre au bout de 50 pages. Je n’avais pas lu de Pratchett depuis longtemps et ça ne m’a pas donné envie d’en relire. L’histoire m’a parue cousue de fil et blanc et l’humour me faisait à peine sourire. Bon, tant pis.

Kipling, le livre de la jungle

Une lecture du soir, pour s’endormir. Kipling est un conteur merveilleux et le livre de la jungle est une histoire très touchante, souvent brutale et violente. Mowgli, loin d’être une créature Disney gentille et niaise, est un excellent personnage, écartelé entre deux mondes, violent et contradictoire. Un récit qui n’a pas de véritable happy end

Le dictionnaire des guerres de religion (collectif)

Très bon ouvrage de référence sur le sujet, comprenant un intéressant who’s who de l’époque et de bons articles sur l’histoire des différents pays d’Europe durant la même époque.

Congo Pantin, Philippe Curval

J’ai dit ici tout le bien que je pensais ce roman de SF français.

Le goût de l’immortalité, Catherine Dufour

J’ai dit tout le bien que je pensais de cet autre roman de SF français.

Minuscules flocons de neige depuis dix minutes, David Calvo

Je n’ai encore dit nulle part tout le bien que je pensais de ce troisième roman de SF français. J’avais adoré Acide Organique et je trouve que David a continué à suivre pour ce livre une voie très prometteuse pour son écriture. C’est un bouquin déjanté, touchant, personnel. Parfois, le lecteur perd pied et se noie, mais on reprend toujours pied un plus loin… Et je trouve que personne au monde ne parle de Disney comme David Calvo sait en parler. Il faut continuer à écrire, bonhomme !

La machine à explorer le temps, HG Wells

Relecture d’un classique qui m’avait fortement impressionné étant enfant. Si quelques images sont très fortes (la description du voyage, les Eloïs et les Morlocks) je trouve le livre très mal écrit et le discours socialiste de Wells vraiment pesant (et son personnage principal est d’une fadeur qui confine à l’insignifiant). Un roman philosophique un peu lourd plutôt qu’un roman d’aventures sciences fictives.

Serpentine, Mélanie Fazi

J’ai acheté un exemplaire collector de ce livre après avoir rencontré Mélanie à la librairie Scylla. Et j’ai dit ici le bien que j’en pensais.

[JdR] Les deux reines, le boutefeu illustré

Deux suppléments intéressants pour Te Deum, mais tout à fait dispensables, à moins qu’on envisage de faire jouer en Ecosse. Pour info, à l’époque, l’Ecosse est un pays barbare plein de grands ploucs en kilt avec de grosses épées. A côté, les Français (qui ne sont pas des tendres) paraissent être des modèles de civilisation délicate.

Shutter Island, Denis Lehane

Un petit thriller, lu par distraction. Pas trop mal écrit. La situation de base du roman est excellente et fait un très bon pitch de film. La justification psychiatrico-psychanalysante est par contre bien lourde.

[BD] le secret de l’étrangleur, Siniac, Tardi

J’avais très envie de le lire, j’ai trouvé ça pas mal, mais ça m’a surtout envie de retourner à mes bons vieux Nestor Burma.

Utopiae 2006, divers

J’en ai dit un mot ici, au milieu d’autres choses. La moitié des textes sont très bons, voire exceptionnels, l’autre moitié est mauvaise, voire oubliable. Bref, un bon recueil ! Vous n’aimerez peut-être pas les même textes que moi. Merci aux organisateurs du festival de m’avoir fait cadeau du livre !

Rouge Brésil, JC Runfin

J’ai dit ici ce que je pensais de ce prix Goncourt, qui ferait une sympathique petite campagne pour Te Deum.

Delirium Tremens, Ken Bruen

Roman noir découvert grâce à l’émission Mauvais Genres. En Irlande, de nos jours, les enquêtes cahotantes d’un ancien flic camé et alcoolique. Si « écriture nerveuse » veut dire quelque chose alors l’expression a été inventée pour Ken Bruen. Le personnage est attachant, l’intrigue anecdotique et la narration très intéressante, très condensée, dense et brutale.

La fontaine pétrifiante, C.Priest

Très bon roman sur l’imaginaire. J’en ai parlé ici. Encore un conseil de Sébastien Guillot.

Aztechs, Lucius Shepard

Un bon recueil de nouvelles de SF, déjantées et brutales. J’en ai parlé ici.

HPL, Roland C Wagner

Une nouvelle-hommage très touchante, au grand auteur fantastique. Heu, pardon, au grand auteur de SF…

Le rebelle, REH

L’autobiographie de Robert Howard. Un bouquin mal fichu et passionnant, pour peu qu’on veuille se plonger dans les débuts d’écrivain de l’auteur de Conan. Je l’avais lu il y a quelques années (en diagonale). Je l’ai redécouvert avec plaisir. Howard est bien le seul à pouvoir commencer une bio de la même façon qu’une histoire de Conan : par une scène de baston !

Le tertre maudit, REH

Quelques histoires fantastiques de REH, intéressantes à relire. Le monsieur avait du métier…

Ouest, F Vallejo

Ma concession à la rentrée littéraire, un roman recommandé par la presse, et une bonne lecture. Bonne histoire, très bien écrite (j’admire beaucoup le point de vue choisi pour la raconter, très habile et très touchant). Relations violentes entre un baron un peu frappé et son garde-chasse dans l’Ouest français des années 1840-1860, sachant que le garde-chasse aime les gros chiens et le baron aime poursuivre les filles nues armé d’un rasoir. Une très bonne lecture, très recommandable.

One who walks alone, N. Price

Intéressant témoignage sur les dernières années de Robert Howard, par la femme avec qui il vécut peut-être son histoire d’amour la plus sérieuse. Le bouquin est bavard, souvent rasoir, mais il comprend des passages très touchants pour qui voudrait connaitre le « vrai » REH, son entourage et son temps.

Pas mal de lecture remarquables, cette année. J’en recommande beaucoup : Moby Dick, le grand cahier, le goût de l’immortalité, minuscules flocons de neige, la fontaine pétrifiante, Ouest… Faites votre choix parmi les autres !