Les dépossédés – Ursula Le Guin

J’avais lu ce roman quand j’étais ado. Je me souvenais de deux mondes antagonistes, la très riche Urras et l’anarchiste Anarres, et d’un savant partant de l’austère Anarres pour aller travailler sur Urras. Je me souvenais que le roman était intellectuel et un peu pesant. Je l’ai relu suite à la mort de madame Le Guin et à un conseil avisé de l’ami Léo. Tout ce dont je me souvenais était vrai, sauf que le roman n’est jamais pesant, jamais intellectualisant, juste intelligent.

Je n’ai pas tellement envie d’en parler plus, tant ma relecture m’a bouleversé. Les dépossédés est un chef d’œuvre de roman, un livre d’une force émotionnelle et politique et visionnaire incroyable, aussi actuel maintenant qu’il le fut lors de sa parution. Jamais bavard, toujours au fait, construit avec ce sens du plein et du vide que j’imagine être celui des mobiles que Takver suspend dans le chambre de son domicile et qu’elle appelle les Occupations de l’Espace Inhabité. Ils sont rares, les livres comme celui-ci.

Moralité : relisez les bons livres que vous croyez avoir lus. Il arrive que vous soyez passé à côté. Merci Léo.

Escadrille 80 – Roald Dahl

J’ai dit dans ces pages tout le bien que je pensais de Moi, Boy. Escadrille 80 est la suite des souvenirs autobiographiques de Roald Dahl, couvrant la brève période où il a travaillé pour la Shell en Afrique orientale et surtout ses quelques mois comme pilote de Hurricane pendant la seconde guerre mondiale.

J’ai trouvé ce recueil moins bon que le précédent, sans pouvoir clairement dire pourquoi. Peut-être parce que Dahl ne s’y adresse plus aussi clairement aux enfants, peut-être parce que le livre n’est pas centré sur la colère (contre les punitions corporelles) et l’amour maternel comme pouvait l’être Moi, Boy.

Ceci dit, ça reste un livre de Roald Dahl, un homme qui peut vous raconter toutes sortes d’horreurs (attaques de lion, morsures de serpent, séances de chirurgie à l’hôpital après un crash, lutte pour la vie dans le ciel au-dessus d’Athènes) avec ce mélange d’humour, de suspense et de dérision qu’on trouve dans ses fictions.

On comprend que c’est par une incroyable série de coïncidences et de coup de chance que ce grand fils de Norvégien de 1 mètre 95, que personne n’aurait jamais du avoir l’idée de coincer dans un minuscule cockpit de Hurricane, est parvenu vivant et à peu près entier jusqu’à nous. Sur les seize pilotes de sa promotion, treize sont morts, et lui-même ne s’est sorti que par miracle du cauchemar de la campagne de Grèce. La mort est tout le temps présente dans Escadrille 80, et avec elle la pure joie d’être vivant.

Issa Elohim

Le livre a paru depuis quelques mois mais je n’en avais pas encore parlé ici. Issa Elohim est une novella (un roman court – ça se lit vite) publiée par le Belial dans leur belle collection une heure-lumière. Il est question de réfugiés (sujet plutôt fréquent dans la littérature de nos jours) et d’extraterrestres. Ce récit se rattache au même futur que Vostok ou l’Anamnèse de Lady Star, même s’il n’est pas du tout nécessaire d’avoir lu ces récits pour comprendre Issa.

On y trouvera une journaliste résolue (de gauche), des instances politiques suisses, une station de ski valaisanne, un politicien très à droite mais pas que, une psy originale, de la neige et une poignée d’Irakiens fatigués d’avoir tant marché.

Les amateurs d’histoires où tout s’explique à la fin seront déçus.

Merci à Olivier Girard, le directeur de collection, d’y avoir cru, et au toujours excellent Aurélien Police d’avoir donné à ce texte une couverture si juste.

Le tour du monde en 72 jours – Nellie Bly

En 1889, dix-sept ans après Phileas Fogg, une jeune journaliste de 25 ans propose à son rédacteur en chef de faire le tour du monde en moins de temps que le héros de Verne. La direction du journal commence par refuser: une femme, seule, se lancer dans une telle aventure ! Puis l’opération publicitaire et commerciale leur paraît bonne. Et voici la jeune Nellie Bly, munie d’une seule robe (faite exprès) et d’un sac de voyage lancée pour un tour du monde en moins de 75 jours, payé par le New York World, le journal de Joseph Pulitzer.

Qui était Nellie Bly ? Une journaliste audacieuse, surtout connue jusque là pour ses reportages sur les conditions de vie des femmes et des ouvriers, et pour ses dix jours d’infiltrations dans un asile psychiatrique. De nos jours on dirait: une journaliste d’infiltration et une féministe résolue. Elle accomplit son voyage pour le plaisir, pour l’aventure, pour pouvoir écrire plein de papiers excitants et pour la cause des femmes, toujours présente à son esprit.

Le livre en lui-même n’est pas très intéressant: traversant les pays et les océans à toute allure, Nellie Bly ne voit que des cabines de bateaux et des wagons de chemin de fer. Le voyage se passe globalement bien, aucune attaque de pirate, aucune explosion de chaudière, tout juste quelques tempêtes et retards dus à des questions d’horaire. A sa façon, le récit est aussi ennuyeux que les péripéties de celui de Verne, préfigurant notre époque de voyages accélérés et de contemplations pittoresques. Ca se lit tout même très bien, car c’est court et que mademoiselle Bly a un style joyeux et enjoué (le genre l’impose). Elle pose sur ce qui l’entoure un regard frais, un peu impertinent et très patriotique: elle est Américaine et fière de l’être.

Parmi les anecdotes savoureuses du voyage, on retiendra bien sûr sa visite éclair, au début de son voyage, à Jules Verne himself, séduit par cette jeune personne entreprenante.

Le livre devient plus intéressant dans ses creux et ses non-dits : les sous-entendus liés à la situation d’une femme seule et indépendante (qui, en voyage, en rencontre un paquet d’autres); le regard entre compassion et bon vieux racisme posé sur les non européens (« il y a autant de tempéraments chez les coolies que chez les chevaux »), le fait pour lecteur de Verne de retrouver les mêmes lieux que ceux par où est passé Phileas Fogg, décrits par quelqu’un qui les a vraiment vus. 

Le livre est au final plus intéressant par ce qu’il nous dit de l’époque qui la produit que par ce qu’il raconte effectivement. Et on ne peut s’empêcher de trouver sympathique la jeune journaliste qui l’a produit.

Sans Atout et le cheval fantôme – Boileau Narcejac

Après les disparus de Saint-Agil, autre relecture d’enfance, moins marquante (et d’un moindre niveau) celle-là. Sans Atout est le surnom de François Robion, fils d’un fameux avocat pénaliste et lycéen (surdoué ?) à Paris. Son père possède un château en ruine en Bretagne et, partant là-bas pour les vacances de Pâques, Sans Atout découvre que le château est hanté par un cheval invisible…

On est dans un récit de jeune détective et un mystère façon club des cinq que le lecteur attentif élucidera rapidement. Boileau & Narcejac sont des pros, l’ensemble est bien ficelé et sent bon ses années 60. Au-delà d’un récit policier bourgeois (et pas très féministe), le portrait du jeune homme (et les implicites qui l’entourent : est-il surdoué ? malade ?) est réussi. Et un des chapitres, celui de l’infiltration dans le repaire du « méchant », par un jeune garçon très imaginatif est loin au-dessus du lot du reste du récit, touchant à un suspense angoissé tout à fait délicieux.

Faire de ce roman un classique est un peu trop lui accorder ; c’est un gentil livre, convenable et daté. Il est par exemple beaucoup moins puissant et riche que les oeuvres plus modernes de Norma Huidobro.

Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins

Ray et Luz vivent dans une maison de luxe au-dessus d’un canyon. Elle est un ancien mannequin et lui un ancien militaire, mais on n’est pas dans un roman de Marc Lévy : ça ne va pas bien se passer, ni pour eux, ni pour le reste du monde. On est en Californie dans un futur probable. Suite à sa gestion de l’eau catastrophique (et bien documentée de nos jours), l’ouest des États-Unis est devenu un désert. Les anciens habitants de la Californie ont fui pour la plupart (on les surnommes les Mojaves) et sont parqués dans des camps dans le reste du pays. Ray et Luz ont décidé de rester, jusqu’à leur rencontre avec Ig, l’enfant bizarre, qui va les pousser à quitter leur refuge et entreprendre une traversée du désert jusqu’à rencontrer la communauté étrange de Levi Zabrinskie.

Publié dans une collection de littérature américaine, les sables est aussi clairement un roman de SF, tendance climatic-fiction. Cet aspect là est fait avec soin. Si elle n’est pas incroyablement originale, l’anticipation est bien documentée, réaliste et menée sans expositions absurdes ni info-dumps mal placés. L’écriture donne l’impression de lire un roman contemporain se déroulant dans un pays distant et pas très agréable. Pour les personnages tout est normal, ils ont creusé leur vie branlante dans cet espace-temps, ils galèrent pour se procurer de l’eau (le ravitaillement d’état et la croix rouge), ils extraient des maisons abandonnées des trucs et des machins, ils défendent à leur manière certains idéaux.

Le roman devient encore meilleur quand il approche la communauté de Zabriskie et l’énorme et mythique dune de l’Amargosa auprès de laquelle elle s’abrite. On entre alors dans un monde étrange et halluciné, construit et peuplé de mots, de croyances, d’espoirs et d’illusions. Je me suis demandé si ce procédé d’une extrapolation crédible sautant jusqu’à un objet littéraire étrange et démesuré n’était pas une des marques de la bonne science-fiction.

J’ai aimé l’ensemble, sans adhérer totalement. Luz, héroïne assez casse-pieds, mériterait de sortir de l’orbite autour de son nombril. Même en post-apo, les Californiens stressés restent des Californiens stressés. L’écriture manque parfois de simplicité, la construction de clarté, on saute certains passages introspectifs sans regret, on en découvre d’autres, très inventifs, avec joie. Page 261, sous prétexte d’un rêve de Luz, on découvre une nouvelle étrange mettant en scène des hommes-taupes et la réserve de déchets nucléaires de Yucca Valley, qui aurait sa place dans un des livres de Yirminadingrad. Le collage est raté, le texte inséré très réussi. Bref, les sables est un roman bancal, souvent intéressant et marquant.

Les disparus de Saint-Agil – Pierre Very

Dans le pensionnat de Saint-Agil, à Meaux, au début du siècle (l’autre, le XXème) : trois jeunes garçons rêvent ensemble d’Amérique. Ils ont fondé une société secrète, les Chiche-Capon. Nuitamment, ils se rendent dans la salle de sciences naturelles, mettent une bougie dans le crâne du squelette Martin et partagent sur un cahier leurs pensées, leurs projets… Mais une nuit, lors d’une de ces expéditions pleine de suspense hors du du dortoir (il faut éviter le terrible M. Planet qui marche en silence dans les couloirs et ne dort jamais), Matthieu Sorgue voit quelque chose qui le remplit d’angoisse. Et le lendemain, après s’être fait virer de la salle d’étude pour cause de distraction, il disparaît. Envolé. Plus tard, quelqu’un dira l’avoir vu dans un train pour Paris… Mais pourquoi Sorgue, élève doux et rêveur, par ailleurs romancier amateur, aurait-il quitté la pension ? Et pourquoi d’autres enfants disparaissent-ils à leur tour ?

Les disparus de Saint-Agil fait partie des lectures marquantes de mon enfance. Il m’avait marqué si fort que, quelques temps après l’avoir lu, j’avais fondé une société secrète avec mon meilleur ami et j’avais commencé à rédiger un roman (mon premier !) la mettant en scène, tout comme Sorgue agit avec les Chiche-Capon. Puis avec le temps j’ai oublié ce récit, ne me souvenant que du pensionnant, la nuit, et de Martin le squelette, une bougie installée dans son crâne.

La relecture de ce texte nous a soufflés. D’une, il est très bien écrit, beau style français sans être ampoulé, voix multiples, jeux littéraires discrets,  récit épousant le rythme à la fois monotone et doux de la vie scolaire. Derrière le récit à mystère, finement mené, on trouve une belle et émouvante chronique d’enfance, un travail sur le souvenir, une plongée dans les années de l’adolescence dont on ne distingue pas quand elles s’écoulent combien elles peuvent être importantes pour la vie à venir. Le roman multiplie les mises en abyme, les jeux de miroirs, joue sur les rêves et la littérature, et tout prend vie pour le lecteur, la crécelle, les promenades d’été au bord du canal, les devoirs qu’on buche à l’étude, les bavardages de collégiens et lycéens rêvant de cousines ou de filles de cabaret, le catalogue des Armes et Cycles de Saint-Etienne, les surveillants un peu cinglés et ceux à la patience douce et bienveillante, les conversations des profs au café au sujet de la guerre qui vient…

Les disparus n’est pas seulement un bon roman pour enfants, c’est un merveilleux roman tout court et, cela m’a beaucoup ému de m’en rendre compte à la relecture, un des romans les plus importants de ma vie.
(lecture commencée en 2017)

Toxoplasma – David Calvo

Montréal, à quelques pas de l’effondrement (crises majeures en Europe, en Amérique du Nord, missiles, guerres, lutte pour l’eau et les ressources, etc.), un monde pré-apo plutôt que post-apo. La ville s’est soulevée et est devenue la Commune de Montréal, libertaire, déjantée, innovante, et les armées des Fédéraux sont massées au-delà des ponts, prêtes à intervenir.

Nikki travaille dans un vidéo-club qui loue des VHS (une sorte de retour en grâce !) et sort avec Kim qui fait des runs sur la Grille. Car si Internet s’est effondré, il en reste quand même quelque chose, la Grille, nœud de réseaux encore utilisé par les grandes corpos comme la Vectracom.

Tout ceci sent le cyberpunk ? Et un parfum prolongé des années 80 ? Exact. Toxoplasma est infusé de l’esprit de ce temps. Non pas par retour nostalgique et tentative de taper dans l’émotion et le portefeuille de nos enfances (je vous parle à vous, qui avez grandi en même temps que moi. Si vous êtes plus jeunes, ce n’est pas grave, je ne vous en veux pas), mais parce que cette matière culturelle – cyber, Grille, séries Z en VHS, jeu de rôle… est le substrat sur lequel Calvo bâtit et explore depuis ses premiers livres, non pas un but en soi, mais une matière à partir de laquelle construire un monde littéraire.

Nikki enquête sur la mort d’un raton-laveur décapité (based on a true story). Elle enquête pour donner un sens à sa vie, tenter d’agir dans un monde qui part grave en sucette, essayer de sortir de ses délires, de son expertise culturelle inutile. Toucher le sang, les traces, la vie… et remonter aux sources des visions qui la traversent : la forêt, l’homme à tête de ruche. Pendant ce temps, sa copine Kim prépare le run de sa vie… En-dessous de tout ça, comme presque toujours chez Calvo, les mythes grecs, l’antiquité grecque, devenue ici une sorte de substrat sémantique commun des runners de la Grille.

Toxoplasma est un roman un peu branque, un peu mal foutu… On ne comprend pas toujours tout, on se perd ici ou là, on se demande pourquoi ça et on n’aura peut-être pas la réponse. Mais on s’en moque, l’important n’est pas là, car Toxo nous emporte, sur son énergie, sa joie, son enthousiasme, son envie de partager ses angoisses, ses surprises, l’envie qu’il donne de créer nos propres vie. Sa langue elle-même est originale et excitante, pleine d’argots et de traits québecois.

Si vous ne connaissez pas le travail de Calvo, Toxo est un bon point d’entrée. Il est facile d’accès, marrant, énergique et les idées exposées sont souvent épatantes. Si vous connaissez le travail de Calvo, ce roman-ci est la suite d’une construction ininterrompue qui court depuis Delius, Wonderful, traverse les recueils de nouvelles et les délires mallarméens d’Elliott et le très bon Colline. Pour moi, c’est avec Wonderful que Toxoplasma a plus de parenté. Répétition à vingt ans de distance du même schéma : fin du monde et course pour donner du sens à une existence, avec la même poésie, la même force, et une bien plus grande maturité littéraire et politique. La grande classe.

Or noir – Dominique Manotti

1973 : Théodore Daquin, un jeune commissaire fraîchement diplômé débarque à Marseille et se retrouve mêlé à une affaire d’assassinat en pleine rue, que les autorités locales ont très envie de faire passer pour un règlement de compte. Mais la victime, M. Pieri, était un armateur assez en vue et avait commencé à s’intéresser au pétrole. D’ailleurs, où naviguent exactement ses deux petits tankers ? Daquin se fait refiler le bébé, et une équipe toute neuve (petite mais sympathique) et entreprend de comprendre ce qui se cache sous ces crapuleries.

Or noir est un roman qui décrit en parallèle certaines des manœuvres crapuleuses et les détails de l’enquête de police, de manière très réaliste. Daquin n’est pas un super-héros, juste un flic intègre, consciencieux et assez malin.  L’enquête est intéressante, mais encore plus intéressant est le portrait du lieu et de l’époque : Marseille juste après les scandales de la french connection, le souvenir de la guerre, le développement industriel de la ville, les liens entre le pouvoir et les bandits, l’héroïne française de qualité, et le pétrole, le pétrole noir et sale qui change tout, au lendemain des grandes manœuvres de l’OPEP et de la fin de la convertibilité du dollar. La leçon est très bien menée, on apprend plein de choses passionnantes, comme dans un bon livre d’histoire éco, enquête policière et suspense (bien mené) en plus.

Pour le reste, l’écriture est comme le personnage de Daquin : très froide, clinique, précise. Stimulante mais ne portant pas beaucoup d’émotion. Le traitement de la sexualité du commissaire m’a semblé aussi faux que la description de l’économie marseillaise était juste, mais heureusement ce n’est pas le sujet du roman. Bref, je lirai d’autres livres de Manotti.

Un conseil du lecteur. Merci à lui !

Mener des parties de jeu de rôle – collectif, sous la direction de Coralie David et Jérôme Larré

Reprise d’une chronique parue dans le Bifrost n°83.

Le
jeu de rôle « sur table » est une pratique vieille d’une quarantaine
d’années, si on la fait débuter avec la publication de Donjons & Dragons, en 1974. Dans la forme la plus classique de
cette activité, un petit groupe d’amis se rassemble dans un endroit tranquille.
L’un d’eux, le meneur de jeux, prépare la structure (ouverte) d’un récit, dont
les autres joueurs vont incarner les personnages, construisant l’histoire à
travers un dialogue à la forme assez libre. Si la réflexion sur le jeu de rôle a
atteint le monde universitaire, peu de livres existent qui s’adressent au grand
public des joueurs et traitent non pas d’un jeu en particulier, mais du jeu de
rôle en général.

Mener des parties de jeu de rôle est un
recueil d’articles abordant un grand nombre de sujets du savoir-faire
rôlistique, à savoir comment, en tant que meneur de jeu, animer des parties
agréables, intéressantes et mémorables. Le livre ne se vend pas explicitement comme
tel (et c’est un tort), mais sa lecture est tout à fait recommandable pour les
meneurs débutants. On y trouve nombre d’évidences (Organiser des parties, enseigner un jeu, commencer…) que j’ai
rarement vues abordées ailleurs. Les articles sont longs, fouillés, et
explorent une belle gamme de sujets. Les plus « classiques » (improviser, décrire, incarner des PNJs,
jouer en musique) n’apprendront que
peu de choses aux meneurs expérimentés, mais même ceux-ci trouveront leur
bonheur dans les articles les plus théoriques : rassembler et diviser, dompter la linéarité, animer les scènes
spéciales
… J’ai aussi été intéressé par les articles sur le jeu procédural
(avec génération de donjon semi-aléatoire), le jeu à distance, ou les
techniques de narration partagée.

Le
livre est sérieux, touffu, bien dirigé, avec une approche quasi-universitaire.
Tout meneur de jeu trouvera des idées et des techniques à y piocher, amenées
sans dogmatisme avec la volonté affichée de théoriser un peu notre pratique
pour enrichir l’expérience de tous.

Je
regrette toutefois que le livre ne se soit pas encore plus tourné vers les
débutants. La mise en page est austère, les exemples rares, les illustrations
absentes. Sérieux, mais pas très attirant, donc pas évident à recommander. De
même, le livre est basé sur la conception « classique » du jeu (un
meneur prépare une partie en avance pour un petit groupe de joueurs). Même s’il
permet des incursions vers des façons plus modernes et expérimentales de jouer
(jeu à distance, Old school renaissance…), il ne va pas au fond de cette
pratique classique. Voici quelques titres d’articles que j’aurais aimé y
lire : Que faites-vous ? :
passer et reprendre la parole
, relations
de personnages et relations de joueurs,
utiliser
et dépasser le cliché : la construction d’un imaginaire commun
. Mener pour des enfants, faire croire à son univers, mener une histoire en temps contraint…

Bref,
mener des parties de jeu de rôle est une lecture passionnante, mais il reste de
la matière à traiter ! A quand un tome 2 ?