Some like it hot – Billy Wilder

On ne va pas présenter ici ce super-duper classique du cinéma en noir et blanc. Jack Lemmon et Tony Curtis déguisés en femme, Marilyn Monroe jouant du ukulele, un hôtel en Floride, une plage, un yacht, un milliardaire zinzin qui danse le tango, une scène de fête alcoolisée dans les couchettes d’un train, un orchestre féminin de jazz pas très sage. Bref, personne n’est parfait.

On l’a montré aux enfants (10 et 11 ans) et ça ne passe pas du tout, même si elles ont suivi l’histoire. Les blagues vont trop vite, il faut trop souvent s’arrêter pour expliquer et surtout l’humour repose quasiment tout le temps sur des sous-entendus sexuels de tous azimuts. Pas grave, elles comprendront plus tard.

Et j’avais oublié que le personnage de Marilyn était si touchant (et Marilyn une si grande actrice de comédie).

 

Die Hard – John Mc Tiernan

Après avoir écouté la très chouette émission blockbusters sur France Inter que quelqu’un conseillait sur Twitter (mais je ne sais plus qui), j’ai eu envie de revoir Die Hard.

Donc, Bruce Willis pieds nus et en marcel, avec des cheveux. Une affaire de couple qui tourne mal, un building en construction, des terroristes dirigés par Hans (premier rôle au cinéma d’Alan Rickman. J’adore Alan Rickman.), courses-poursuites, jeu de cache cache mortel, punchlines et humour à deux balles (yeepeekai, motherfucker), en fait ce film est  très bien. Ca fait vingt ans qu’Alex dit que Mc Tiernan est un grand réalisateur, ce n’est que maintenant que je le crois. Die Hard est très bien écrit, bien filmé, inventif et drôle. Un des points forts, souligné dans le podcast, est que l’action est toujours très claire. Le film joue d’une certaine 3D (courses-poursuites dans un immeuble plein d’étages) et on sait toujours où est qui par rapport à qui, quand on a besoin de le savoir. Si un jour je dois montrer un film d’action (bang ! bang !) aux filles, ce sera celui-là. OK, le film ne passe pas le test de Bechdel, mais la femme n’est pas une cruche.

 

Quand je serai grand, je serai méchant de film et je serai Alan Rickman

L’assassin habite au 21 – Henri Georges Clouzot

Je n’avais jamais vu de film de Clouzot, ni de film français de cette époque (tourné en 1942, quand même). Film policier, sorte de whodunnit caustique et humoristique, avec un peu de suspense, l’ensemble est très amusant. Les acteurs ont un bel abattage dans la réplique qui tue ou les yeux qui roulent. J’avoue avoir beaucoup aimé Suzy Delair qui joue la bonne amie du héros dont la sympathie et l’énergie emportent un rôle un peu cruchon.

 

Jaws – Steven Spielberg

Celui-là, nous l’avons regardé à deux avec Marguerite, dix ans et demi. Elle avait beaucoup aimé Jurassic Park et n’avait pas peur de regarder un film qui fait peur.

Alors elle a découvert les plages d’Amity, le chef Brody, le maire qui veut garder les plages ouvertes, la musique qui prévient quand quelque chose de terrible va se passer et le monstre qu’on ne voit réellement qu’au bout d’une heure de film. J’avais oublié combien les acteurs étaient bons, notamment Robert Shaw (dont Marguerite a dé-tes-té le personnage), mais je me rappelais combien c’était bien filmé, par ce jeune réalisateur, là, Steven truc. Ce n’est pas le film préféré de Marguerite, mais elle a bien aimé, même si Jurassic Park fait plus peur.

 

Une remarque en passant, parce que c’est un détail auquel Marguerite est sensible (sans que ça lui gâche le plaisir) : le film ne passe pas le test de Bechdel, mais alors pas du tout. 

Autre point : on a lu que la scène d’intro de Quint (le pêcheur de requins déplaisant) aurait dû être dans un cinéma, en train de regarder le Moby Dick de John Huston, en rigolant (selon une version du scénario). Qu’une autre scène d’intro, filmée mais coupée, montre Quint en train de casser les pieds d’un gamin dans un magasin de musique. Et que finalement il apparaît, dans la salle de classe, faisant crisser un tableau noir. D’un point de vue scénaristique, ça montre l’importance de la manière dont on amène un personnage nouveau dans une histoire, et l’attention que Spielberg a porté à cet élément.

The Wild Bunch – Sam Peckinpah

Ce film a été vu dans le cadre d’un cycle domestique informel « faisons-nous une culture western ».

Ca commence par une bande de braves soldats qui arrivent en ville. Ils sont virils et bien rasés. La ville est calme et tranquille. Des sales types les attendent sur le toit, en embuscade.

Puis les soldats entrent dans la banque et… ces braves types sont en fait des bandits ! Et les sales types des chasseurs de primes ! Et après ça, ça défourraile à tout-va pendant quinze minutes, on ne sait pas qui sont les gentils ni les méchants, des innocents meurent, le combat est super sale et même un gentil spectateur blasé comme moi commence à se sentir un peu mal devant tant de sang et de violence. 

Suit un film étonnant, une course-poursuite entre des bandits durs en affaire et des chasseurs de primes pas meilleurs qu’eux. L’écoeurement passe, on en vient à s’attacher à ces humains pas recommandables, aux paysages qui traversent, aux enfants et aux femmes qui les observent. Peckinpah film les visages, les silences, les suspensions, entre deux explosions de violence. Ça se terminera mal, certains essaieront de bien faire et mourront, d’autres se planqueront et s’en tireront. Les scènes d’action sont longues et produisent parfois de très belles images, d’un spectaculaire parfois dantesque. 

Un films d’Hommes (avec des grosses voix, des dents gâtées et des odeurs de slips sales) mais qui s’attarde à montrer les femmes et les enfants voyant défiler (et devenant victime de) toutes ces violences. Les acteurs sont formidables (et pas glamour), les personnages excellents.

Un drôle d’alcool à boire. Une fois les premiers goûts passés, j’ai aimé.

Ici, une intéressante chronique de Roger Ebert qui a vu le film à sa sortie.

Vaiana, la légende du bout du monde – Ron Clements, John Musker

Nous avons regardé en famille ce « classique Disney » et avons passé un plutôt bon moment. C’est du travail de pro, lisse et bien fait, rien à dire. J’en ressors toutefois avec le sentiment d’avoir vu un film marquant la fin d’un monde.

Certes, certains détails sont bien de notre époque : l’héroïne est une femme forte, la nature est omniprésente et le discours « écologique », le personnage masculin n’a pas une silhouette stéréotypée (il est gros, et fort, et cool) et tout ça n’est pas désagréable. 

J’ai eu toutefois en le voyant l’impression d’être plongé dans une millième déclinaison du monomythe et, pire encore, que les auteurs en étaient conscients et faisaient des clins d’oeil au spectateur conscient. Le schéma de l’histoire est réduit au plus simple (départ/refus du départ, épreuves – le dieu sur la plage, le crabe géant, le monstre de feu, confrontation, retour à la maison), sans quasiment aucune justification narrative : par exemple l’héroïne part n’importe où sur l’océan et tombe sur Maui.

Et pour bien marquer qu’on n’est pas dupe, la suite est une série de dialogues blagués avec plein de vannes entre notre jeune fille sérieuse et Mr Joker (Maui) qui lit l’histoire au second degré, commente le concept de la « princesse avec animal de compagnie débile », prévient quand les chansons vont arriver ou quand elle va lui tenir le discours poignant qui va le faire changer d’avis. (Et oui, il change d’avis. Et oui, il y a des chansons, qui sont carrément bof)

A ce point de méta, j’ai eu le sentiment que le monomythe/broadway que Disney sert depuis La Belle et la Bête était en état de mort clinique.

Le film pour enfants à grand spectacle produit maintenant d’autre choses, soit graphiquement (Kubo et les deux ficelles ou les Indestructibles 2, vu l’été dernier et que j’ai oublié de chroniquer et qui maniait le discours méta bien plus habilement, quittant le monomythe pour le remplacer par la comédie d’action familiale), sans parler des chefs d’oeuvres japonais. 

D’ailleurs, ce propos, le discours écologique montrant la nature/la mort de la nature/la renaissance par le pouvoir de la déesse de la fertilité est d’une incroyable lourdeur quand on le compare à la figure du Grand Cerf dans Princess Mononoké. Le scénario de Vaiana ne fait que transposer le schéma Bien/Mal sur Nature/Pollution, là où Miyazaki est bien plus subtil. Le film est incapable d’assumer le fait que la déesse de la fertilité reste porteuse de mort.

Blow out – Brian de Palma

Dans ce thriller de Brian De Palma, un preneur de son pour film d’horreur venu faire une collection de bruits d’ambiance en pleine nuit est témoin d’un meurtre. C’est évidemment une référence explicite au Blow up d’Antonioni. Le personnage de Travolta est très bien et tout ce qui relève du jeu sur le son (le moment où le héros, jouant avec micro de mémoire, reconstitue les évènements, la reconstitution de ses gestes professionnels) et sur le cinéma (la séquence filmée à partir de photos de paparazzi) est très cool. Le film est excitant et vertigineux pendant environ les trois quarts de sa durée, puis il se perd dans une scène finale filandreuse et d’un mauvais goût époustouflant. Pas grave en soi, il suffit de la couper mentalement, mais ça fait retomber le film au rang d’une série B. réussie.

Shaun the sheep movie – Mark Burton et Richard Starzack

Animation en pâte à modeler, moutons rigolo et débiles, fermier aux lunettes pas très claires, bonjour vous êtes dans l’univers de Shaun le mouton. Problème: Shaun ce sont des histoires de cinq minutes, avec des moutons, des cochons, un chien et des guest stars (coq, chèvre, extra-terrestre…). Le film reprend les même et les balance à la ville. Et c’est super bien. Poétique, drôle, plein d’aventures et de plans tordus, drôle, tendrement satirique, et j’ai dit que c’était super drôle ? Shaun rules !

(vu en VO sans sous-titres, j’ai tout compris)

En bonus : un petit article sur le design des personnages.

Les Goonies – Richard Donner

Je n’avais jamais vu ce classique de la spielebergerie des années 80. On l’a regardé avec les enfants, qui ont plutôt aimé, mais pas autant que leurs parents. Une bande de gamin se refait l’île au trésor version club des cinq, affrontant des bandits italiens idiots (mais à la maman inquiétande) et vivant toutes sortes d’aventures trépidantes pour pouvoir payer les dettes du papa, sinon la maison sera vendue. Bien sûr, ce n’est crédible pour deux francs, parce qu’on s’en moque: on est dans une aventures de gosse racontée par des gosses, il y a plein d’humour, des épreuves absurdes et à la fin les gentils gagnent, et c’est exactement ce qu’on voulait.

Une remarque: les personnages de femmes sont vraiment bofs. En fait, c’est un film qui parle de petits garçons qui ne veulent pas cesser d’être des petits garçons. Il y a tout un discours amusant sur la masculinité, le sexe (implicitement refusé), les grosses voitures, le fait de devenir adulte… On a aimé, dans la suite des Indiana Jones ou des Retour vers le futur.

La ballade de Buster Scruggs – Joel et Ethan Cohen

On a eu un temps un abonnement Netflix, ça nous a permis de regarder ce recueil de nouvelles de l’Ouest des frères Cohen. Six histoires de cow boys incroyables, méchantes, cruelles. Des tall tales, qui repassent les figures classiques du Western: la gâchette rapide, le braquage de banques, le chercheur d’or, la caravane de pionniers, les saltimbanques shakespeariens et la diligence. Je ne sais pas si c’est un grand film, mais les histoires sont toutes bien et le film très beau. En plus c’est méchant et marrant.