La fille de d’Artagnan — Bertrand Tavernier

Philippe Noiret en d’Artagnan, Sophie Marceau, film français en costumes… Quand Cecci a proposé qu’on regarde ce film avec les filles, je n’ai pas été très enthousiaste. Je l’avais déjà vu et n’en gardais pas un grand souvenir.

Ce qui est bien la preuve de ma mémoire défectueuse.

Oui, Sophie Marceau fait la pimbêche (ce qui va très bien dans ce film). Mais ça a du rythme, un humour permanent, des vieux mousquetaires incohérents avec Dumas mais dans l’exact esprit des personnages (entre héroïsme fatigué et dérision), un cardinal Mazarin qui voit des complots partout et en invente quand il ne les voit plus (à raison). Claude Rich en méchant très méchant et presque attendrissant. Les combats à l’épée « à la française » sont très bien, les chevaux aussi, les décors très bien choisis. Et le jeune Louis XIV en garçon au visage rond, sérieux, porté sur les femmes, est vraiment formid.

Bref, un très bon film. Bien meilleur par exemple que certains des classiques avec Jean Marais (plus féministe, moins raide et ennuyeux) ou que les reprises américaines des mêmes thèmes.

Ha, l’édit de Nantes. Ne jamais le révoquer. J’ai oublié de le lui dire. Bah, tant pis.

Scarface — Brian de Palma

Celui-là, c’est un énorme classique.

Dans ce film, on trouve : une esthétique 80s flashy au possible (chemises à grands rabats et Cadillac aux sièges léopard), Al Pacino dans son meilleur rôle, des montagnes de coke, un type qui se fait découper à tronçonneuse, Michelle Pfeiffer qui me fait penser à une étrange créature insectoïde, des truands malins et des truands pas malins, des mitraillages, de la violence, et un personnage de gangster tellement horrible et réussi, Tony Montana, qu’il est devenu une référence pour les gangsters eux-mêmes.

Matrimonio all’italiana – Vittorio De Sica

Ce film est la version cinématographique de la pièce de théâtre Filumena Marturano, que vous avions vue du temps que ce blog était jeune.

Don Domenico est une bourgeois napolitain (et il est joué par Marcello Mastroianni), Filumena (Sophia Loren !) est une ancienne prostituée que Don Domi établit comme sa maîtresse sans jamais l’épouser (les convenances…). Comment, après vingt ans de ce régime, Filumena va s’arranger pour se faire épouser, c’est le sujet de l’histoire.

Ce film est une comédie avec des moments tristes, ou un drame social parfois très rigolo. On traverse vingt ans d’histoire de Naples. Les personnages braillent et crient et s’engueulent à qui mieux mieux. Mastroianni parle avec les mains, Sophia Loren jette des regards terribles sont ses longs cils. Elle est belle à se damner, don Domi est macho et stupide (mais on l’aime quand même et on comprend qu’elle l’aime). Et l’ensemble du film est formidable.

On note que c’est le même couple d’acteurs que dans une journée particulière. Les voir dans deux registres si différents, sans que jamais un film en rappelle l’autre, montre l’étendue de leur talent.

 

Les mille et une nuits – John Rawlins

Je ne sais pas ce que nous imaginions voir en empruntant ce film. Sans doute une sorte de Jason et les Argonautes avec des effets spéciaux de Harryhausen. Et bien ce n’est pas le cas.

Les mille et une nuits est un péplum oriental, sans magie ni rien, tourné dans les année 40 pour distraire les soldats. Il y a une danseuse « sexy », un calife en exil viril et un jeune acrobate indien pour la couleur locale. C’est du carton pâte tout le temps, la musique est très mauvaise et l’histoire tellement irrégulière qu’elle en devient drôle, malgré quelques idées amusantes. Ce film nous a permis d’expliquer aux enfants ce que c’était que le cinéma de distraction hollywoodien. On a ri, on s’est amusés en famille, mais vous pouvez ne pas le regarder, ça n’en vaut pas la peine, même si le technicolor en envoie plein les yeux.

 

Avril et le monde truqué – Franck Ekinci et Christian Desmares

Dans une uchronie bizarroïde, le monde fonctionne au charbon de bois (et les forêts sont rasées), Napoléon III est toujours empereur (à moins que ce ne soit son fils, j’ai oublié) et les parents d’Avril, une jeune fille débrouillarde dotée d’un chat qui parle – pour une bonne raison, ont disparu.

Ce film d’animation français est très réussi. Design par Tardi, côté Adèle Blanc Sec plutôt que 1ère guerre mondiale, une histoire foldingue bien écrite et un chat qui parle sans donner envie de le flinguer.  C’est foufou, c’est drôle, le récit s’étend de 1870 à 1969, il y a des hommes-lézards et une maison qui marche qui fait clairement référence au méta-bunker de l’Incal, que demande le peuple ?

Celui-là aussi, les enfants l’ont aimé. On n’est pas chez Miyazaki ni chez Ghibli, mais ça reste de la bonne came.

Captain Fantastic – Matt Ross

Un papa élève ses six enfants dans la forêt, leur donnant une éducation physique et intellectuelle de premier ordre. Mais voilà que le décès de la maman les force à retourner dans le monde des hommes.

Je ne sais pas si Captain Fantastic est un très bon film, mais si vous avez des enfants il vous posera des questions sur ce qu’on leur apprend et comment et pourquoi. Les acteurs sont très bien (Viggo Mortensen avec cette barbe !), le regard posé par ces étrangers au monde sur l’Amérique est très cruel et certaines scènes sont très drôles (notamment celle où le flic croit faire face à des fondamentalistes chrétiens). Le garçon en moi qui écoutait Guns and Roses à 17 ans a aimé la scène finale et la reprise de Sweet Child o’Mine.

Nous l’avons regardé avec les enfants qui ont bien aimé. 

 

Some like it hot – Billy Wilder

On ne va pas présenter ici ce super-duper classique du cinéma en noir et blanc. Jack Lemmon et Tony Curtis déguisés en femme, Marilyn Monroe jouant du ukulele, un hôtel en Floride, une plage, un yacht, un milliardaire zinzin qui danse le tango, une scène de fête alcoolisée dans les couchettes d’un train, un orchestre féminin de jazz pas très sage. Bref, personne n’est parfait.

On l’a montré aux enfants (10 et 11 ans) et ça ne passe pas du tout, même si elles ont suivi l’histoire. Les blagues vont trop vite, il faut trop souvent s’arrêter pour expliquer et surtout l’humour repose quasiment tout le temps sur des sous-entendus sexuels de tous azimuts. Pas grave, elles comprendront plus tard.

Et j’avais oublié que le personnage de Marilyn était si touchant (et Marilyn une si grande actrice de comédie).

 

Die Hard – John Mc Tiernan

Après avoir écouté la très chouette émission blockbusters sur France Inter que quelqu’un conseillait sur Twitter (mais je ne sais plus qui), j’ai eu envie de revoir Die Hard.

Donc, Bruce Willis pieds nus et en marcel, avec des cheveux. Une affaire de couple qui tourne mal, un building en construction, des terroristes dirigés par Hans (premier rôle au cinéma d’Alan Rickman. J’adore Alan Rickman.), courses-poursuites, jeu de cache cache mortel, punchlines et humour à deux balles (yeepeekai, motherfucker), en fait ce film est  très bien. Ca fait vingt ans qu’Alex dit que Mc Tiernan est un grand réalisateur, ce n’est que maintenant que je le crois. Die Hard est très bien écrit, bien filmé, inventif et drôle. Un des points forts, souligné dans le podcast, est que l’action est toujours très claire. Le film joue d’une certaine 3D (courses-poursuites dans un immeuble plein d’étages) et on sait toujours où est qui par rapport à qui, quand on a besoin de le savoir. Si un jour je dois montrer un film d’action (bang ! bang !) aux filles, ce sera celui-là. OK, le film ne passe pas le test de Bechdel, mais la femme n’est pas une cruche.

 

Quand je serai grand, je serai méchant de film et je serai Alan Rickman

L’assassin habite au 21 – Henri Georges Clouzot

Je n’avais jamais vu de film de Clouzot, ni de film français de cette époque (tourné en 1942, quand même). Film policier, sorte de whodunnit caustique et humoristique, avec un peu de suspense, l’ensemble est très amusant. Les acteurs ont un bel abattage dans la réplique qui tue ou les yeux qui roulent. J’avoue avoir beaucoup aimé Suzy Delair qui joue la bonne amie du héros dont la sympathie et l’énergie emportent un rôle un peu cruchon.

 

Jaws – Steven Spielberg

Celui-là, nous l’avons regardé à deux avec Marguerite, dix ans et demi. Elle avait beaucoup aimé Jurassic Park et n’avait pas peur de regarder un film qui fait peur.

Alors elle a découvert les plages d’Amity, le chef Brody, le maire qui veut garder les plages ouvertes, la musique qui prévient quand quelque chose de terrible va se passer et le monstre qu’on ne voit réellement qu’au bout d’une heure de film. J’avais oublié combien les acteurs étaient bons, notamment Robert Shaw (dont Marguerite a dé-tes-té le personnage), mais je me rappelais combien c’était bien filmé, par ce jeune réalisateur, là, Steven truc. Ce n’est pas le film préféré de Marguerite, mais elle a bien aimé, même si Jurassic Park fait plus peur.

 

Une remarque en passant, parce que c’est un détail auquel Marguerite est sensible (sans que ça lui gâche le plaisir) : le film ne passe pas le test de Bechdel, mais alors pas du tout. 

Autre point : on a lu que la scène d’intro de Quint (le pêcheur de requins déplaisant) aurait dû être dans un cinéma, en train de regarder le Moby Dick de John Huston, en rigolant (selon une version du scénario). Qu’une autre scène d’intro, filmée mais coupée, montre Quint en train de casser les pieds d’un gamin dans un magasin de musique. Et que finalement il apparaît, dans la salle de classe, faisant crisser un tableau noir. D’un point de vue scénaristique, ça montre l’importance de la manière dont on amène un personnage nouveau dans une histoire, et l’attention que Spielberg a porté à cet élément.