Willy Wonka & the chocolate factory

Marguerite a vu ce film des années 70 à l’école dans le cadre de ses cours d’anglais, et comme elle l’adore, elle tenait absolument à nous le faire voir. Je pense l’avoir déjà dit sur ce blog : j’aime beaucoup les œuvres de Roald Dahl, avec un goût particulier pour Charlie et la chocolaterie, un de ses chefs d’oeuvre. Je ne vais pas résumé le propos ici, d’autant que le film est une adaptation assez fidèle du livre. Les gamins monstrueux sont… monstrueux (avec un petit bonus pour Veruca Salt, que je trouve particulièrement nuisible), Charlie est un gentil petit gars blond avec une tête un peu étrange, et Gene Wilder campe un Willy Wonka tout en retenue et sourires en coin. 

 

 

Bien sûr, je n’ai pu m’empêcher de comparer cette adaptation de 1971 avec celle de Tim Burton avec Johnny Depp, plus de trente ans plus tard.

Une première chose : le film de 71 n’a rien de honteux. Il est réalisé avec soin, par des gens qui faisaient attention à leur travail et cherchaient à en donner au spectateur pour leur argent. Toutefois, tenter de rendre crédible à l’écran les folies de l’histoire de Roald Dahl, sans fabriquer complètement les images comme le fait Tim Burton, est une sacré gageure. Le film a été tourné en Bavière (jolies rues médiévales, toits pointus, architecture industrielle du XIXème siècle), ce qui lui donne une curieuse ambiance. L’usine de chocolats a quelque chose d’un parc d’attractions, animé par une bande de nains couverts de fond de train orange. La volonté de montrer est lourde et explicite et le réalisateur peine à suggérer, sauf peut-être dans l’inquiétante scène psychédélique du bateau, où Willy Wonka devient réellement inquiétant — ce qu’il est. Les personnages de Roald Dahl ne sont jamais dépourvus de cruauté.

La comparaison avec les images de Tim Burton m’a fait m’interroger, à mon échelle,

sur l’impact des effets spéciaux au cinéma sur notre imaginaire, sur la plastique des mondes dont nous sommes maintenant capables de rêver. A la fois plus beaux, plus grands, plus colorés, mais aussi complètement détachés du monde. 

 

Birdman – Alejandro González Iñárritu

Dans ce film, on trouve : des plans séquences de dix kilomètres de long, des acteurs capricieux, Michael Keaton en ex-ex-ex Batman, des New-Yorkais qui parlent vite vite vite, des répétitions théâtrales calamiteuses, un acteur qui ne bande que face au public, des vanités froissées sur Broadway, des chocs de vanités, des vannes percutantes, 25 000 vues sur Twitter de Michael Keaton en slip, Edward Norton en slip (j’adore cet acteur), de la télékinésie.

L’ensemble est assez bien vu et souvent drôle.

On aurait aimé que l’ambiguïté sur la relations du monde intérieur du héros avec le monde extérieur qui fait mal fût maintenue jusqu’au bout. Ce n’est pas grave.

Ave Cesar – Joel & Ethan Coen

Nous avons vu ce film il y a un mois au moins, je vais juste jeter quelques mots ici à son sujet pour ne pas oublier.

Ave César se passe dans le Hollywood des années 50. Eddie Manix bosse pour le studio Capitole, et son boulot est de résoudre les problèmes. Acteurs bourrés, absents, réalisateurs capricieux, coucheries, cancans…

Toute l’histoire se déroule sur 24 heures, où l’on verra : le kidnapping d’un acteur célèbre, une adoption légale, une scène aquatique, des communistes, des numéros de lasso, une tentative de débauchage, une sortie au restaurant promotionnelle…

Le téléphone n’arrête pas de sonner, les ennuis s’accumulent et les sketchs s’enchaînent. Car oui, en vérité, Ave César est surtout un film à sketchs, ce qui fait sa grande qualité et sa limite. Avec un regard très sincère, les Coen brothers passent en revue tout ce qu’ils aiment dans le cinéma de studio de l’époque, imitant les peplums kitch avec le Christ filmé de dos, les films d’espionnage, les trucs sophistiqués en noir et blanc avec un réalisateur européen sophistiqué, les comédies musicales… et les westerns.

C’est un film mineur, mais drôle et touchant, car l’ensemble est traité sans moquerie, avec beaucoup d’amour, montrant le devant et l’envers de la fabrication des images. Les personnages, tous imaginaires, sont aussi tous très amusants, avec une mention spéciale pour Hobie Doyle le cow-boy roi du lasso et fidèle des studios. On s’attache à Manix, sans trop le plaindre : ce sac de nœuds, il l’a choisi. Et après tout, ce n’est que cinéma.

(et ces acteurs ultra-célèbres, George Clooney, Scarlett Johansson, Chaning Tatum est tête, sont très bons dans des rôles de comédie)

La glace et le ciel — Luc Jacquet

La glace et le ciel est un documentaire biographique retraçant l’incroyable carrière de Claude Lorius, glaciologue français spécialisé dans l’histoire du climat. Ses travaux ont contribué à la publications d’articles retentissants dans Nature en 1987 (voici le premier d’entre eux) établissant de manière très forte le lien entre taux de CO2 et température.

Évacuons tout de suite les gros défauts de la bobine : il y a de bien belles images contemporaines sur une musique ploum ploum ploum, qui ne servent globalement à rien. On voit Claude Lorius en gros plan, c’est un beau vieux monsieur, mais on dirait que Luc Jacquet l’a juste posé là dans les décors comme une potiche, c’est assez gênant. D’autant que la voix off, censée être la sienne, n’est pas la sienne. Le texte, enfin, dit beaucoup « je », ce qui se justifie quand il s’agit d’opinions ou d’informations sur la situation personnelle du scientifique, et moins quand il s’agit de recherche scientifique où le « nous » est quand même beaucoup plus juste. 

Ça n’enlève rien à la carrière scientifique de Claude Lorius. L’essentiel du film se base sur des images d’archives, moins léchées mais au combien plus passionnantes que les belles photos de livres d’images vues précédemment. Ces vieux films habilement montés nous racontent les expéditions antarctiques de Lorius dans les années 50 à 80. Les images tournées alors ont été curieusement sonorisées (à l’époque on n’enregistrait pas les sons), ça m’a choqué au début puis on s’y fait, d’autant qu’on n’entend pas les voix, juste des échos. On y voit l’hivernage à la base Charcot de 1957, des images de traversées polaires, l’établissement du premier camp au dôme C (site de la future station Concordia), les C-130 décollant de la glace à coups de fusées, les systèmes de forage, tout cela est magnifique. Et, en point culminant, d’extraordinaires images de la base Vostok qui m’ont mis la larme à l’œil. L’aspect scientifique du discours n’est pas évacué, ni les difficultés et souffrances des recherches et la relation d’amour violent qui lie l’homme au continent blanc. 

J’ai été aussi touché par le passage du temps sur le visage d’un homme traversant le siècle.

J’aurai vingt-trois ans pour toujours.

PS : les personnes intéressées parle sujet pourront lire:

Vostok, le dernier secret de l’Antarctique aux éditions Paulsen, de J.R. Petit, collaborateur de Claude Lorius, qui relate avec précisions et chaleur les recherches scientifiques conduites à Vostok et éclaire la trajectoire de Lorius.

Enterrés volonaires au coeur de l’Antarctique, documentaire de Djamel Tahi qui présente les images de l’hivernage à Charcot de 1957 (sans les bruits) commentées par Claude Lorius et Roland Schlich en 2008.

Youth — Paolo Sorrentino

Deux vieux messieurs de 80 ans, Fred Ballinger le fameux compositeur et chef d’orchestre, et Mick Boyle, le célèbre réalisateur, passent quelques semaines de vacances dans un hôtel de luxe un peu vieillot des Alpes suisses, font des blagues caustiques, prononcent des aphorismes bien sentencieux, parlent de leurs soucis de santé, discutent avec certains autres résidents, se confrontent à des petits problèmes de famille et regardent venir la mort.

Il ne se passe pas grand-chose d’autre dans Youth et c’est pourtant un film superbe, un lent chemin d’images et de musique, une composition presque symphonique pour cinq ou six personnages, tous pris à un tournant de leur vie. Sorrentino les aime tous, se moque d’eux et de leurs travers avec tendresse et leur offre à chacun une voie vers la beauté.

J’ai été particulièrement sensible à la plastique du film, à son jeu avec les corps et les visages, jeunes ou vieux, magnifiés par le regard du cinéaste. Et par dessus tout ça, le plaisir jamais déçu d’entendre la voix et l’accent merveilleux de Sir Michael Caine.

Europa report – Sebastián Cordero

J’ai vu ce chouette film sur recommandation de GD avec la note suivante: « tu verras, ils parlent du lac Vostok » (de fait).

On a là le récit de la toute première expédition humaine vers Europa, grosse lune glacée de Jupiter, abritant sous sa couche de glace un océan liquide. 

Le grand plaisir de ce film est qu’il traite de façon réaliste un voyage spatial. Le profil des personnages est crédible, leurs réactions compréhensibles et les machines sont lourdes, compliquées et tombent en panne au mauvais moment, comme dans la vraie vie. Le résultat est tout à fait crédible et crée un suspense technique qui marche très bien.

L’autre bon parti pris du film est qu’il s’agit d’un « lost footage movie », les images provenant de l’enregistrement par les caméras du bord. Le réalisateur en tire quelques effets formels réussis, qui ajoutent à la véracité du propos. Bref, une bonne surprise !

Europa report a fait vibrer mon petit cœur d’exporateur spatial. Si le décollage d’une fusée vous émeut plus que la photo d’un bébé chat, ce film pourrait vous plaire.

Ronin – John Frankenheimer

Parfois, on se surprend à regarder des films qui à la base ne nous disaient rien. Tenez, celui-ci par exemple. Un vrai film d’action à la papa, sorti en 98 mais qui aurait pu être fait dans les années 70.

On y trouve: des poursuites interminables en voiture, un Mac Guffin tout à fait assumé, des flingues, des scènes qui se passent en France insistant bien sur le pittoresque (mais tournées sur place), sans qu’on aperçoive aucun ordinateur ni aucun téléphone portable (ou à peine). L’histoire aurait lieu dans les années 60/70, ça aurait été pareil, j’ai cru en voyant le film que De Gaulle était encore au pouvoir. La quantité de Citroën qui se font bousiller sans effets spéciaux aucuna dû suffire pour soutenir la production automobile en France pour l’année du tournage.

On y trouve surtout : des Hommes, avec un gros H. Des tatoués, des burnés, à l’ancienne. Pas des petits minets, pas des frimeurs musculeux, mais des costauds, qui ont l’expérience et le cynisme désabusé de ceux qui font ce qu’on leur dit, mais à qui on ne la fait pas.

Au fond, la seule fausse note, c’est d’avoir donné le rôle du héros à Robert de Niro. C’était un personnage pour Lino Ventura.

Zodiac – David Fincher

A la fin des années 60, un tueur en série assassine des jeunes gens isolés. Il envoie des lettres chiffrées, mystérieuses, au San Francisco Chronicle et aux autres journaux. Un journaliste passionné, un flic acharné et un gentil dessinateur de presse suivent l’affaire et tentent, chacun de leur côté, de comprendre qui est Zodiac.

 

Bref, on dirait un film de serial killer américain. Sauf que. Le temps passe, les meurtres cessent, les témoignages s’estompent, les incohérences surgissent, le flic se lasse, le journaliste est viré (il boit trop)  et le dessinateur se retrouve avec une obsession qui lui bouffe la vie. Ce qu’on croyait certain ne l’est plus tant que ça, les histoires qu’on se construit remplacent les preuves, et Hollywood produit un film évoquant le tueur (ce sera le premier Dirty Harry). Le dossier devient touffu, des centaines de pages, des milliers de noms, des trucs qui se recoupent soudain et d’autres qui ne collent pas. Des suspect évidents sont innocentés par des experts dont on découvre qu’ils sont alcooliques. Une domestique se rappelle six ans trop tard d’un coup de fil du tueur qui… Tout se mélange, les gens se perdent, la fiction se délite. Voilà Zodiac, non pas un film d’enquête mais un film sur les histoires qu’on se fait, sur l’importance qu’on leur accorde, sur la manière dont elles envahissent nos vies. En vérité, c’est fascinant.

Taxi Téhéran – Jafar Panahi

Pauvre film. Qui a fait parler de lui parce que son réalisateur, interdit de tourner en Iran, son pays de résidence, essaie de contourner la censure qu’on lui impose en montant des plans tordus. Ici, devenir taxi et filmer ses passagers, et à travers eux parler d’eux, de lui, de sa situation, de son pays… Un dispositif de pauvre pour un pauvre film. A vrai dire, j’étais curieux de savoir si l’intérêt que suscitait le film était lié à ses qualités propres ou à la situation très pénible (ce n’est rien de le dire…) de son auteur / réalisateur / chauffeur / interprète.

Au delà des limites imposées par par la situation du cinéaste, Taxi Téhéran est un bel exercice d’oeuvre sous contrainte. Unité de lieu (tout est filmé depuis l’intérieur du taxi), unité de temps (une journée), unité de sujet. Le film est très écrit, très habilement monté, tout en finesse. S’il s’agit bien d’une petite chose que ce film, c’est une petite chose très pensée et très calculée et j’ai été très ému de me rendre compte que ce film croise la route de tout un tas de films, dont on aperçoit des moments, que Panahi aurait sans doute voulu faire à la place de celui-ci. Comme si on voyait le moment où, dans ces autres histoires, les personnages sautent dans le taxi du réalisateur, et laissent voir au spectateur étonné l’histoire qu’il pourrait raconter.

Ce Taxi Téhéran est un film pauvre, mais un vrai film de cinéma.

It’s a wonderful life – Franck Capra

Cecci et moi avons regardé pour les fêtes un vrai film de Noël : notre premier Capra.

It’s a wonderful life est un mélo, c’est bourré de sentiments positifs et de valeurs chrétiennes, ça pourrait être insupportable et c’est génial. Nous adorons ce sens de la voix off et du dialogue des films américains de l’âge classique. La qualité de tous les seconds rôles, cet art de planter des personnages de cinéma. James Stewart fait du James Stewart à fond : le grand type naïf et généreux qu’on a envie d’aimer.

De plus, derrière le sourire est les bons sentiments hollywoodiens, le scénario est bien plus fin qu’il n’y paraît, évoquant la crise économique, la place de l’argent dans la vie, une forme d’engagement… L’étonnant what if servant de pivot (tardif) au récit permettant de regarder chaque personnage sous un angle différent et tout aussi vrai.

Un classique et un chef d’oeuvre.