Dunkerque – Christopher Nolan

Chaque été, c’est la même chose : les enfants étant en vacances, les parents se souviennent qu’il existe une distraction de masse qui s’appelle « cinéma », un peu comme de regarder un film à la maison, sauf que ça coûte plus cher, que l’image et le son sont meilleurs et qu’on ne peut pas mettre sur pause.

Donc nous sommes allés voir Dunkerque, un film d’été rafraîchissant vu que ses personnages passent une bonne partie de leur temps à faire du bateau ou bien à nager dans une mer pas trop trop chaude malgré le mois de juin. Ce n’était pas mal.

Les gens intéressés par la narration (déformation personnelle) trouveront dans ce film de quoi réfléchir. Dunkerque, on le saura sans doute déjà en lisant cette chronique, raconte de manière très subjective les moments les plus forts de l’opération dynamo, qui a vu les Anglais tenter de ramener sur leur île une énorme armée coincée sur une bande de terrain le long de la mer du Nord. Le découpage se concentre sur un petit nombre de personnages et sur trois lignes ayant chacune un rythme temporel très différent. La manière dont ces lignes s’entrecroisent et se rejoignent offre une stimulation toute particulière au spectateur curieux. A travers un récit de survie, très simple (le personnage principal qui n’a pas de nom et à peine de dialogues, fait tout ce qu’il peut pour quitter cette maudite plage et rejoindre l’Angleterre), on plonge en immersion (parfois forcée) dans un monde de machines, d’explosions, de foules en attente, de casques, de vagues, de mitraillages. Violent, affreux et curieusement contemplatif, avec une musique obsédante et réussie de Hans Zimmer.

Il y a par ailleurs en moi un petit garçon qui aime regarder voler des Supermarine Spitfire. Il a été servi. Par ce fait, et par les ambiances presque surréalistes qui le traversent, Dunkerque a rejoint par moment l’atmosphère étrange de certains romans de Christopher Priest, dont on connaît les obsessions pour la seconde guerre mondiale et les appareils volants. Tout ça nous a bien plu.

La souris qui rugissait – Jack Arnold

Le grand duché de Fenwick est un tout petit pays de 15 kilomètres carrés, situé entre la Cordillère des Andes et les Alpes autrichiennes, disposant d’une armée de vingtaine d’archers et produisant un pinot gris assez fameux. La grande duchesse y est jouée par Peter Sellers. Le premier ministre, comte de Mountjoy, est joué par Peter Sellers. Le grand connétable, garde-chasse, chef des armées, etc., Tully Bascombe, est aussi joué par Peter Sellers.

 

Quant aux raisons pour lesquelles le Fenwick déclare la guerre aux Etats-Unis… Disons  qu’elles reposent sur l’idée que tout pays vaincu par les Etats-Unis finit par bénéficier d’une sorte de Plan Marshall, et que les finances du Grand Duché ne sont pas très en très bon état.

 

La souris… est une comédie burlesque et absurde de 1959. Le film a une poésie particulière et est habité par son acteur principal (je ne vous redis pas qui). Les péripéties, entre alertes aériennes et bombes atomiques, reposent pas mal sur la situation géopolitique de l’époque, j’ai dû interrompre plusieurs fois le film pour en expliquer les détails aux enfants. C’est particulièrement idiot, bon enfant et rigolo. A noter qu’on y croise la très très belle Jean Seberg, dans un rôle un peu potiche, et que mes filles ont été choquées, à raison, quand elle se fait embrasser de force. 

La scène d’action finale, impliquant une vieille voiture, un général américain débile, une bombe atomique et un renard (notamment) est tout à fait réussie.

Pas un grand film mais un objet bizarre et rigolo que les Rosa et Marguerite ont bien aimé, merci à Gilles pour la découverte !

Rogue One – Gareth Edwards

Dans une galaxie lointaine (très lointaine…), Jyn est une jeune femme douée pour la bagarre, récupérée par les gentils de rébellion pour aider à remonter les traces de son père, scientifique brillant travaillant pour l’Empire à la mise au point de l’Etoile de la mort. Elle va faire la connaissance du capitaine Cassian Endor, officier ambigu au service des rebelles, de son droïde caustique, d’un quasi jedi et de quelques autres casse-cous prêts à tout.

On a donc là un film de guerre (de résistance, pour être précis) avec séquences mélodramatiques, pseudo-mysticisme et plein de défauts : je ne parle pas de la crédibilité générale de l’univers de Star Wars et de ses conventions, celui-là on le prend ou on le laisse, mais particulièrement des personnages qui, au delà des deux ou trois acteurs principaux, ne sont que des silhouettes (je trouve le bonhomme-à-la-bonbonne-sur-le-dos particulièrement significatif – et insignifiant, tant le personnage est sous-développé. Il n’enlève pas son lance flammes quand il dort ? Ou bien faut-il le déclipser ?). Mais ce n’est pas un film comme un autre, car il s’insère dans une méta-oeuvre singulière qu’est l’univers de Star Wars, qui fait tellement partie de la culture de notre temps que des gamins de cinq ans dans les cours de récréation dès l’âge de cinq ans en connaissent les éléments sans avoir jamais vu le moindre film.

Au-delà des défauts, Marguerite (8 ans) et moi avons eu du plaisir à retrouver ces éléments caractéristiques (silhouettes de personnages et de vaisseaux, décors insolites et grandioses, visions de planètes et de lunes, droïdes, boucliers spatiaux, toute une très belle imagerie SF oldies, une sorte de féerie du futur) agencés de façon originale et nouvelle. On a accroché à cette héroïne teigneuse, à cette histoire de résistance à l’oppression par des rebelles plus ambigus qu’à l’accoutumée, à ces visions de destructions dantesques causées par la terrible arme des rebelles. Notre cœur a frémi quand la grande silhouette noire est apparue au son de la marche impériale, ou quand deux droïdes connus bavardaient au pied des X-Wing. On a pleuré à la fin.

Parmi les points qui m’ont plus particulièrement intéressé : les échos avec la seconde guerre mondiale et les actes de résistance, ou bien avec des situations de terrorisme (l’attaque du tank à Jedha dans une sorte de ville orientale est très évocatrice) ; le personnage de Cassian, qui porte une ambivalence intéressante, dommage qu’elle ne soit pas tenue tout du long. Et surtout l’étonnante construction de la fin du film, conçue pour enchaîner sur le début de l’épisode IV, A New Hope, filmé 40 ans plus tôt. La manière dont le récit fait apparaître des éléments scénaristiques et plastiques (silhouettes de soldats, du vaisseau, jusqu’à la silhouette en blanc qu’on aperçoit d’abord de dos…) pour brancher un film de 2016 sur un film de 1977 est tout à fait fascinante. Ce genre de construction artistique étonnante n’était possible que dans le contexte singulier de cet univers singulier. Rien que pour ça, le film, déjà très agréable, vaut le coup d’être regardé et ce, dès les premières images, quand une navette impériale glisse au-dessus d’un paysage verdoyant…

 

Topkapi – Jules Dassin

Soient les années 60, couleurs acidulées, ambiance de fête foraine criarde. Soit un voyage à Istanbul, la dague du sultan ornée d’émeraudes magnifiques  gardée dans le palais/musée de Topkapi. Soit enfin une bande de voleurs très improbable. Les bijoux étincellent, les automates grincent, la police secrète turque (lunettes noires, fines moustaches) est sur le dents.

Topkapi est un film de casse, avec équipe bizarre (très foraine), rebondissements tordus et humour décalé. L’ambiance de cette histoire est unique, avec des acteurs bizarres (Melina Mercouri, Peter Ustinov…), pas du tout formatés – la variété des corps, des trognes, des faces dans ce film est stupéfiante. Le film est plastiquement étonnant, lumières et photos sont très réussies, on a beaucoup aimé l’ambiance particulière des lieux, entre la Grèce et Istanbul (dans mon souvenir, la Turquie y est bien mieux filmée que dans bons baisers de Russie, par exemple).

(oui, c’est Joe Dassin. Non, il ne chante pas.)

Le film se tient entre le bizarre, l’ironique et le wow. Et le casse tient toutes ses promesses.

(merci encore à David C !)

Network – Sydney Lumet

De temps en temps, on tombe sur un film  ancien vraiment génial dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. Network en fait partie (merci David C. pour le conseil !).

On est donc dans les années 70, dans les locaux exécutifs d’une chaîne de télé aux audiences en berne, et le présentateur historique de la chaîne (brushing de cheveux blancs, voix posée) vient de se faire virer, et il le prend mal, au point de parler de se suicider sur le plateau. Il ne le fera pas, mais la nouvelle est tellement surprenante qu’elle attire les téléspectateurs et hop, l’audience remonte ! De quoi donner des idées aux hommes nouveaux et très dépourvus de scrupules qui veulent que la bête crache plus d’argent, d’autant que parmi ces hommes se trouve une femme, Diana Christensen (joué par Faye Dunaway, actrice que j’adore) qui est vraiment très, très… vous verrez en voyant le film.

Network est une satire violente qui ne nous paraît pas si satirique, vue depuis notre époque, juste sinistrement prophétique. C’est drôle, flippant, grinçant, très très bien écrit, très bien joué, du cinéma américain de grande classe, avec plein de scènes de bureaux, d’immeubles de verre, de réunions d’actionnaires, mais aussi des terroristes communistes, un prophète de l’apocalypse, du mysticisme corporate (ça ne vous rappelle rien?) et une étrange forme de démon aux yeux vides, entièrement façonné par la télévision.

I’m mad as Hell ! I can’t stand it anymore !

Ghost in the Shell – Mamoru Oshii

A entendre parler du film avec Scarlett Johansson, Juliette Binoche et Takeshi Kitano (dont les images m’ont l’air bien jolies, et les personnages bien white-washés), j’ai eu envie de revoir le film d’origine, vu à sa sortie et pas vraiment revu depuis. J’en gardais un souvenir fort : des dialogues pontifiants et philosophiques, un scénario confus, des scènes d’action très marquantes et des moments planants sur la superbe musique de Kenji Kawai. 

Et bien mes souvenirs étaient plutôt justes. En fait, les scènes d’action sont si puissantes que même avec vingt ans d’écart, je les avais encore en tête. Les dialogues lourds sont là aussi, mais pas si importants, et le scénario n’est pas si compliqué, on sent juste que des scénaristes ont voulu faire entrer dans un film ce qui collait mieux sur un format plus long. J’ai surtout été émerveillé par les vues de la ville, les trips visuels techno-informatiques, les hélicoptères sous la pluie, les visions par l’intermédiaire de caméras, les gens qui se branchent des fils dans la nuque, les vitres qui explosent… Ce film déploie une poésie du futur (comme Blade runner et d’autres) dont je me rends compte qu’elle m’a habité depuis lors. Et, malgré ses défauts, Ghost in the shell est un grand film.

Lors du re-visionnage, j’ai été frappé par le traitement du corps du major Kusanagi. Elle apparaît souvent nue (dans très belle séquence du générique ou quand elle porte sa sorte de double-peau qui la rend invisible) et elle n’est pas attirante au sens conventionnel. Elle dégage autre chose, une forme de perfection physique et de puissance froide, comme si, malgré la couverture de chair artificielle, on parvenait à distinguer le cyborg. Et la scène où le robot se déchire et se détruit lors du combat contre le tank m’a pris aux tripes.

Silence – Martin Scorsese

Le cadre de cette histoire est intéressant. En 1640, deux Jésuites sont envoyés au Japon pour retrouver leur mentor, dont on raconte qu’il a apostasié suite aux persécutions. On a donc deux jeunes hommes, armés de leur foi et de leur ordination, jetés sur les côtes d’un pays inconnu dont ils ne comprennent pas la langue, à la recherche de chrétiens « cachés », qui se retrouvent confrontés à la culture japonaise, et notamment aux ordonnances d’état visant à interdire le christianisme. 

 

Rodrigues et Kichijiro. Scène de la confession, première.

 

Cet aspect de rencontre avec l’inconnu est joliment rendu dans le film. Les paysages japonais sont très beaux, ceux d’une autre planète, et le film saisit très bien la fraicheur et la surprise du regard du héros au moment où celui-ci pose les yeux pour la première fois sur un décor urbain. Certains personnages sont aussi très bien, notamment « l’inquisiteur » Inoue, l’interprète un peu sadique, et surtout Kichijiro, dont l’ambiguïté, les retournements et l’adhésion presque comique au christianisme donnent sa seule touche d’humour à un film sinon plutôt pesant. 

 

Sinon, on a des scènes de martyre (pas trop complaisantes, c’est supportable), du blabla, du martyr, du blabla… Comme c’est beau, bien filmé et joué par de bons acteurs, l’affaire passe plutôt bien, je ne me suis pas ennuyé, mais je ne veux pas non plus qu’on croie que c’est une affaire très funky.

Ce qui est plus ennuyeux: historiquement, l’affaire me paraît bancale. L’histoire de l’implantation du christianisme au Japon est un épisode très intéressant. Les jésuites sont arrivés vers 1540, il y a eu une très forte implantation locale de l’église avec, notamment, de nombreuses communautés animées par des Japonais, avant un retournement complet des autorités au début du 17ème siècle qui ont banni le christianisme car elles y voyaient, outre un danger pour la cohésion sociale, un pied dans la porte des Espagnols et autres Européens et donc un danger pour le pays – elles n’avaient sans doute pas tort. 

 

Je ne sais pas comment s’appelle cet acteur, mais il est vraiment cool.

 

Les deux héros du film sont cohérents dans le récit du film, mais leur ignorance complète de la situation politique et de la culture japonaises ne sont pas très crédibles: il y avait des japanisants parmi les jésuites et de bons connaisseurs du pays (j’ai chez moi le poilant petit traité de Luís Fróis écrit à l’époque qui recense les différences culturelles entre le Japon et l’Europe). 

Le film projette sur ce contexte une religiosité très contemporaine et un peu bêbête et un discours lourd sur le silence de Dieu, et manque le coche de présenter en miroir deux étrangetés profondes:  le monde japonais et le christianisme. 

 

source : wikipedia. Un netsuke représentant le Christ.

 

Ma vie de courgette – Claude Barras

Du Ken Loach pour enfants. Voilà à quoi m’a fait penser ce film d’animation.

« Courgette » est le surnom d’un garçon qui perd sa maman dans des circonstances tragico-absurdes et qui se retrouve envoyé dans un foyer, où il sera bizuté avant de se faire des amis de ses compagnons d’infortune. Malgré les marionnettes et les couleurs acidulées, ma vie de Courgette joue dans un registre réaliste, que ce soit dans les dialogues crus, les interactions parfois cruelles des enfants entre eux, les réactions des adultes (ni des monstres, ni des anges, des gens désespérément faillibles), les situations sociales difficiles de chacun des héros. Le film est souvent drôle, parfois grinçant, parfois tendre. Je ne sais pas trop quoi en penser. Il fallait être culotté pour écrire et proposer ça pour des enfants. Les miennes ont détesté, peut-être ce monde est-il trop loin d’elles, il est sûr elles n’aimaient pas ces personnages aux grands yeux tristes. J’ai trouvé pour ma part le film un peu bancal, hésitant entre la description d’un milieu et d’un petit monde, le foyer (très réussi) et la nécessité de raconter une histoire, au risque de perdre les jeunes spectateurs.

Et à la fin, Sophie Hunger chante Le vent l’emportera, ce qui résume bien toute l’ambivalence de mes sentiments envers le film.

 

Quoi que je pense de l’histoire, l’animation à base de marionnettes est formidable et le film est plastiquement très intéressant. Rien que pour cela, et pour ses choix culottés, il mérite une véritable attention.

Cartouche – Philippe de Broca

Nous avons donc voulu montrer un film de cape et d’épées à Rosa et à Marguerite. N’étant pas connaisseurs du genre, nous avons choisi celui-ci notamment parce qu’il y avait Claudia Cardinale.

Donc, Cartouche. Un bandit au grand cœur défie les puissants. Il y a Belmondo, le jarret énergique, charmeur quand il faut, tragique à la fin.

Il y a Claudia Cardinale, qui ne joue pas très bien mais qui est tellement belle… Il y a de l’humour frenchy des années 60, des combats réglés par Claude Carliez (déjà !) et
plutôt cools comparés à ceux de notre époque chorégraphiée par des
maîtres du kung-fu.

Il y a des décors historiques français classieux, des bagarres façon Astérix (pif, paf, pouf, bong !), des méchants très méchants, des filles plutôt potiches, une scène finale très très belle. Et surtout, dans un second rôle quasi inutile mais qui crève l’écran, il y Jean Rochefort (soulignez trois fois), mordious, Jean Rochefort !

Conclusion ? Cartouche a plutôt bien vieilli, on peut le regarder avec des enfants (malgré les scènes de tortures), c’est rigolo, tragique, français (prononcer le mot avec voix d’André Malraux) et surtout, ça a du panache !

The Hanging Tree – Delmer Daves

Après ma lecture éblouie de la novella la colline des potences, j’appréhendais un peu de voir le film qui en a été tiré en 1959, avec Gary Cooper et Maria Schell. J’avais tort, c’est formidable ! 

Le film est très proche du récit de Dorothy Johnson. Les paysages sont magnifiques, la reconstitution du camp de chercheurs d’or très crédible. Gary Cooper incarne un très beau docteur Frail, plus costaud que celui que j’imaginais dans le récit, mais très réussi psychologiquement, aussi bien dans la bonté que dans la cruauté. Les seconds rôles sont splendides (Karl Malden fait un très beau Frenchy Plante) et le personnage de la femme perdue est très fort. Les scènes finales avec les flammes et l’étrange danse païenne de destruction sont mémorables. 

Bref, vous avez envie de voir un western « classique », très bien écrit, bien joué, bien filmé, avec de beaux paysages et des acteurs qui envoient ? Ce Hanging tree vous rendra heureux.

(et je n’avais jamais vu de films avec Gary Cooper !)