Isle of dogs – Wes Anderson

On est allés voir Isle of dogs et on a aimé. Ceux qui n’aiment pas le cinéma de Wes Anderson, hyper formel, plein d’astuces, de petites boites et de bricolages, n’aimeront pas. C’est encore plus andersonnien que ses films précédents. C’est un film d’animation, meilleur que Fantastic Mr Fox et pas spécialement pour enfants, malgré les chiens aux yeux doux. Ça se passe dans un Japon réinventé plein de japonaiseries, il y a une scène de préparation de sushis impressionnante, des citations dans tous les sens, des scènes d’action très cool et une ancienne chienne de concours qui fait des trucs (mais il faut imaginer la boule de bowling en équilibre sur ses pattes arrières). Bref.

Una giornata particolare – Ettore Scola

8 mai 1938, à Rome. Le jour où Adolf Hitler est reçu en grande pompe par Benito Mussolini. L’immeuble moderne de la viale del XXI Aprile est déserté par tous ses habitants: la population entière est invitée à assister à cet évènement historique.

Volumes vides de l’immeuble. Cages d’escalier vitrées. Cour déserte. Restent, en tout et pour tout, trois humains dans le grand bâtiment. La concierge affreuse, qui installe sa chaise et sa radio dans la cour (et ainsi le son de la retransmission de l’évènement résonne partout dans le bâtiment). Antoinetta, mère de six enfants et épouse de fonctionnaire, qui a habillé toute sa famille de petits fascistes pour les préparer au Grand Moment. Et Gabriele, le locataire du sixième, ancien speaker à la radio, qui se prépare à se tirer une balle dans la tête.

Après, reste un dispositif minimal : deux humains, leurs corps, leurs visages. Deux appartements. Le temps changeant, dehors, et en arrière son les exclamations lyriques de la radio. Cela pourrait être théâtral et c’est du grand cinéma: les visages, les regards, les plans dessinés, tout le temps, l’espace de l’immeuble comme une coquille vide. Les acteurs sont très beaux, tout le temps. La souffrance affleure, on a peur pour eux, pour les vies suspendues, et on retient notre souffle pour que l’instant de grâce que vivent Antonietta et Gabriele se prolonge.

 

 

Pour mémoire : le strabisme de Mastroianni, les yeux en amande de Sofia Loren. La scène d’ouverture où se révèlent les enfants. La représentations, très juste et cruelle, du travail domestique. L’attention accordée par le film aux petits gestes quotidiens. Les couleurs passées, à la fois douces et tristes. La pluie qui alourdit les drapeaux.

Princesse Mononoke – Miyazaki

En tentant de repousser un démon qui attaquait son village, le prince Ashitaka récolte une malédiction qui le contraint à l’exil. Vers l’ouest, dans les terres où règnent encore d’anciens dieux, il trouvera peut-être une explication à son malheur, sinon la guérison.

Si vous suivez ce blog, vous connaissez sans doute l’histoire, sinon vous êtes d’heureuses gens qui n’avez pas encore vu ce film, mon préféré parmi les grands films de Miyazaki et, dans la foulée, le meilleur film d’heroic fantasy au monde.

Je ne l’avais pas vu depuis plus de dix ans et nous l’avons montré aux enfants lors de notre dernière séance de cinéma familiale. J’ai été pris dedans comme la première fois, j’y ai vu et compris des choses que je n’avais pas vues auparavant, j’ai adoré. Des dieux, des hommes, des femmes, l’écologie, le sexisme, la guerre, la vie, la mort… Les personnages sont tous très bien écrits, je crois que je les aime tous.

Les filles ont été capturées par le récit… et terrifiées. Non pas par les démons, comme nous le craignions, mais par les images de guerre, les cadavres empilés, les bras tranchés durant les combats, la violence humaine terrible qui traverse l’histoire.

Les disparus de Saint-Agil – Christian-Jacque

Après ma relecture de ce roman remarquable (voir chronique) nous avons regardé l’adaptation qui en a été réalisée peu après, en 1938, par Christian-Jacque (le même que pour Fanfan la tulipe), avec des dialogues (non crédités) de Jacques Prévert.

Tout en reprenant la même histoire que le livre, le film est une véritable adaptation, fidèle à certains aspects du roman et en ignorant totalement d’autres. On oublie l’aspect proprement policier du récit (le personnage du policier est oublié), on concentre surveillants et professeurs en une poignée de personnages (joués notamment par Michel Simon et Erich von Stroheim) et on se concentre sur le danger encouru et vécu par les enfants. Les disparus est un film de mystère et d’aventures enfantines, un peu comme le seront après lui certains films de Steven Spielberg par exemple.

Loin de la chronique réaliste, le film a quelque chose d’expressionniste, avec son très beau noir & blanc et ses décors un peu baroques (je n’imaginais pas la pension St Agil si chic). Les enfants jouent très bien, dans un style un peu guindé mais très beau. Le récit est très rythmé, on ne s’ennuie jamais, les bonnes scènes s’enchainent, l’ambiance est électrique. Quant à la fin, un peu folle et anar,  elle ressemble plus à la « fin rêvée » du roman (les lecteurs comprendront) qu’à son issue plutôt réaliste.

Bref, un scénario malin, une réalisation au petit poil, des acteurs formidables, c’est un très bon film. L’auteur de ces lignes a eu l’occasion de tomber au coin d’un écran sur les choristes (lui aussi un film de pensionnat dépeignant le même coin du siècle). La comparaison fait très mal au plus récent des deux films.

Rosa et Marguerite ne l’ont malheureusement pas aimé, rebutées par le son d’époque et la diction très années 30 des acteurs rendant les dialogues parfois difficilement compréhensibles pour elles (notre installation est sans doute un peu en cause également). Nous leur avons conseillé de lire le roman, elles pourront toujours revoir le film plus tard !

 

Ghost in the shell – Rupert Sanders

Dans la foulée de mon visionnage de l’animé, j’ai regardé le remake récent. J’avais envie de voir de belles images de science-fiction, des cyborgs, une ville surréelle, tout ça. Et bien sûr de voir comment l’histoire avait été traitée.

Globalement, ça ne m’a pas plu. Trop de bizarreries, trop de visions simplistes (policiers honnêtes contre méchante corpo, tous également violents), trop de choses incohérentes (les souvenirs qui se manifestent comme des glitches graphiques…), l’emploi bizarre de Takeshi Kitano… Le world building, tentant de faire coller des idées issues du film original (du manga ?) et des idées plus contemporaines ne marche pas du tout. Et je ne parle pas du whitewashing global de l’affaire…

J’ai aussi un problème avec le fait que dans ce monde surpeuplé, l’histoire se limite à un conte de fées impliquant un tout petit nombre de personnages archétypaux (et globalement mal écrits). Et le happy end débile. Les scènes d’actions auraient pu être bien si elles n’étaient pas quasi toutes pompées sur l’animé original, sans amener grand chose sinon une démonstration de prouesse technique, mais pour quoi faire ?

Reste Scarlett Johansson, drôle de créature à la fois sexy et asexuée, le seul personnage que j’ai trouvé crédible dans toute cette affaire. En la voyant, j’ai cru voir un cyborg au corps lourd, puissant et amplifié. En cela, elle parvient à faire revivre une des réussites du film d’origine (voir ma chronique de celui-ci où je dis exactement la même chose du major Kusanagi). Et ce détail éclaire l’ensemble du film d’une étrange lumière, incarnation de la uncanny valley.

L’arnaque – George Roy Hill

Dans ce film, on a deux sympathiques escrocs dans le Chicago de la grande dépression qui tentent de dépouiller un gros bonnet très méchant (et superbement joué par Robert Shaw). Il y a aussi Robert Redford et Paul Newman avec ses yeux bleus qui rient et son sourire en coin qui tue. C’est bien fait, bien joué, avec de beaux décors, de bons acteurs, un scénario au millimètre et une histoire de cinéma, comme le crime de l’orient express : des acteurs qui jouent des types qui jouent des types. Curieusement, toutefois, je n’ai eu peur à aucun moment pour les héros.

Marguerite n’a pas aimé – le récit, un peu trop compliqué, l’argot de bandits. Rosa s’est accrochée pour comprendre l’histoire et l’arnaque et en a été très contente.

Le crime de l’Orient express – Sydney Lumet

Dans ce film on trouve un train de luxe, un agaçant détective belge excentrique, douze suspects, un joli mystère, une brochette de stars (Sean Connery, Lauren Bacall, Ingrid Bergman…) C’est filmé d’une manière très classique, mais réalisé avec tant de soin et si bien joué (notamment Finney en Poirot) que c’est excellent. Un film luxueux comme un voyage dans l’Orient Express, avec un méta propos de cinéma très réussi : les acteurs jouent des gens qui mentent tous et prétendent tous être quelqu’un de plus ou moins différent de ce qu’ils sont. On peut aussi ajouter le morceau de bravoure, la scène de l’explication finale, un exercice très difficile réussi haut la main.

Vu avec les Rosa et Marguerite, qui ont adoré l’ambiance, les costumes, les personnages, et essayé de déchiffrer le mystère en compagnie d’Hercule Poirot.

Indiana Jones et la dernière croisade – Steven Spielberg

Dans ce film, on trouve: un professeur d’archéologie à temps partiel, le Saint Graal, des relations père-fils difficiles mais rigolotes, des nazis (je déteste ces types), des coups de poing, de feu, des incendies, des courses-poursuites à cheval, en moto, en motoscaffo, en dirigeable, en tank, en chameau, en avion, en voiture, en train (et j’en oublie sans doute).

Nous l’avons revu avec Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Elles n’ont pas eu trop peur et ont surtout trouvé tout ça absolument formidable. L’humour emporte tout : le machisme, la violence et les joies sautillantes du scénario.

César et Rosalie – Claude Sautet

Je le dis tout de suite : César et Rosalie, c’est un film français réaliste des années 70, pas l’époque la plus folichonne du monde. Pas de vaisseaux spatiaux, pas d’effets spéciaux, d’authentiques voitures de l’époque, une fête de mariage chez les bourgeois, un restaurant à Sète et une maison en Charente, et une jolie femme (Rosalie) qui hésite entre deux bonshommes (César, un parvenu, et David, un artiste). Pas une matière qui me fait sauter de joie. 

 

Et en fait, c’est très bien. La peinture de l’époque est étonnante, que ce soient les ferrailleurs avec qui travaille César, ou, plus surprenant, l’atelier de BD où bosse David qui ressemble furieusement à une annexe de la rédaction de Pilote. Les femmes sont à la cuisine et servent à boire pendant que les hommes fument et jouent au poker et on sent Rosalie hésiter entre son statut de petite chose jolie au service des hommes qui la protègent et son envie de vivre indépendamment. C’est très bien filmé, très bien écrit (à la fois léger, gai et dramatique), avec une belle image (si on exclut l’horrible générique) et enfin, c’est très très bien joué. Romy Schneider est magnifique, Sami Frey fait un artiste beau gosse mal grandi, et Yves Montand crée un superbe César, tout en virilité macho, générosité et sensibilité.

Bref, c’est très bien. 

Perfect blue – Satoshi Kon

Mima est une pop-idol. Vêtue de tenues sexy-mignonnes, elle chante des ritournelles pop avec deux autres filles. Ca ne peut durer qu’un temps : le film ouvre sur son concert d’adieux, Mima a décidé de devenir actrice, de percer dans une série TV, en reprenant tout à la base. Mais voilà: certains fans ne l’acceptent pas, et des incidents se produisent sur ses tournages, puis Mima a des visions d’un étrange fantôme, l’autre Mima, celle qui est restée une idole…

La réalité devient bizarre, entre le tournage d’une histoire qui semble raconter un écho de sa propre histoire, un syndrome de persécution, des scènes qui se répètent…

J’avais vu ce film à sa sortie, jamais revu depuis. Vingt ans après le charme est intact. Quelle claque ! L’histoire est une sorte de Hitchcock teinté de David Lynch, tout s’explique, si on veut, mais le bizarre est roi, on se met à douter de tout ce qu’on voit, plusieurs niveaux de fiction s’entremêlent dans un récit très rigoureux.

Perfect blue est un film sur une jeune femme, sur l’image qu’elle veut donner d’elle-même et l’image qu’on lui réclame. Je me souvenais de scènes sexuellement dérangeantes, d’un viol en public… Vu avec le recul, je me demandais si je n’allais pas trouver le film voyeur et complaisant. Rien de tout cela: j’ai eu l’impression que le film traitant son héroïne avec beaucoup de respect (même s’il lui arrive des choses terribles !) et que, derrière le thriller bizarre, on avait surtout l’histoire d’une jeune femme luttant pour s’accomplir.

Film sur l’art, les rêves, l’illusion, Perfect blue est un des meilleurs films du génial et regretté Satoshi Kon.