Le crime de l’Orient express – Sydney Lumet

Dans ce film on trouve un train de luxe, un agaçant détective belge excentrique, douze suspects, un joli mystère, une brochette de stars (Sean Connery, Lauren Bacall, Ingrid Bergman…) C’est filmé d’une manière très classique, mais réalisé avec tant de soin et si bien joué (notamment Finney en Poirot) que c’est excellent. Un film luxueux comme un voyage dans l’Orient Express, avec un méta propos de cinéma très réussi : les acteurs jouent des gens qui mentent tous et prétendent tous être quelqu’un de plus ou moins différent de ce qu’ils sont. On peut aussi ajouter le morceau de bravoure, la scène de l’explication finale, un exercice très difficile réussi haut la main.

Vu avec les Rosa et Marguerite, qui ont adoré l’ambiance, les costumes, les personnages, et essayé de déchiffrer le mystère en compagnie d’Hercule Poirot.

Indiana Jones et la dernière croisade – Steven Spielberg

Dans ce film, on trouve: un professeur d’archéologie à temps partiel, le Saint Graal, des relations père-fils difficiles mais rigolotes, des nazis (je déteste ces types), des coups de poing, de feu, des incendies, des courses-poursuites à cheval, en moto, en motoscaffo, en dirigeable, en tank, en chameau, en avion, en voiture, en train (et j’en oublie sans doute).

Nous l’avons revu avec Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Elles n’ont pas eu trop peur et ont surtout trouvé tout ça absolument formidable. L’humour emporte tout : le machisme, la violence et les joies sautillantes du scénario.

César et Rosalie – Claude Sautet

Je le dis tout de suite : César et Rosalie, c’est un film français réaliste des années 70, pas l’époque la plus folichonne du monde. Pas de vaisseaux spatiaux, pas d’effets spéciaux, d’authentiques voitures de l’époque, une fête de mariage chez les bourgeois, un restaurant à Sète et une maison en Charente, et une jolie femme (Rosalie) qui hésite entre deux bonshommes (César, un parvenu, et David, un artiste). Pas une matière qui me fait sauter de joie. 

 

Et en fait, c’est très bien. La peinture de l’époque est étonnante, que ce soient les ferrailleurs avec qui travaille César, ou, plus surprenant, l’atelier de BD où bosse David qui ressemble furieusement à une annexe de la rédaction de Pilote. Les femmes sont à la cuisine et servent à boire pendant que les hommes fument et jouent au poker et on sent Rosalie hésiter entre son statut de petite chose jolie au service des hommes qui la protègent et son envie de vivre indépendamment. C’est très bien filmé, très bien écrit (à la fois léger, gai et dramatique), avec une belle image (si on exclut l’horrible générique) et enfin, c’est très très bien joué. Romy Schneider est magnifique, Sami Frey fait un artiste beau gosse mal grandi, et Yves Montand crée un superbe César, tout en virilité macho, générosité et sensibilité.

Bref, c’est très bien. 

Perfect blue – Satoshi Kon

Mima est une pop-idol. Vêtue de tenues sexy-mignonnes, elle chante des ritournelles pop avec deux autres filles. Ca ne peut durer qu’un temps : le film ouvre sur son concert d’adieux, Mima a décidé de devenir actrice, de percer dans une série TV, en reprenant tout à la base. Mais voilà: certains fans ne l’acceptent pas, et des incidents se produisent sur ses tournages, puis Mima a des visions d’un étrange fantôme, l’autre Mima, celle qui est restée une idole…

La réalité devient bizarre, entre le tournage d’une histoire qui semble raconter un écho de sa propre histoire, un syndrome de persécution, des scènes qui se répètent…

J’avais vu ce film à sa sortie, jamais revu depuis. Vingt ans après le charme est intact. Quelle claque ! L’histoire est une sorte de Hitchcock teinté de David Lynch, tout s’explique, si on veut, mais le bizarre est roi, on se met à douter de tout ce qu’on voit, plusieurs niveaux de fiction s’entremêlent dans un récit très rigoureux.

Perfect blue est un film sur une jeune femme, sur l’image qu’elle veut donner d’elle-même et l’image qu’on lui réclame. Je me souvenais de scènes sexuellement dérangeantes, d’un viol en public… Vu avec le recul, je me demandais si je n’allais pas trouver le film voyeur et complaisant. Rien de tout cela: j’ai eu l’impression que le film traitant son héroïne avec beaucoup de respect (même s’il lui arrive des choses terribles !) et que, derrière le thriller bizarre, on avait surtout l’histoire d’une jeune femme luttant pour s’accomplir.

Film sur l’art, les rêves, l’illusion, Perfect blue est un des meilleurs films du génial et regretté Satoshi Kon. 

Butch Cassidy et le Kid – George Roy Hill

 

Dans ce western on trouvera : des bandits sympathiques, Paul Newman et Robert Redford, des scènes d’attaque de train audacieuses (trop de dynamite), un vélo, une institutrice qui ne veut pas voir les héros mourir, des attaques de banques, les yeux bleus de Paul Newman, la plus longues poursuite à cheval du monde (mais qui sont ces types ?), le regard rieur de Paul Newman, un as du flingue (Je peux bouger ? Je tire mieux quand je bouge), pas mal de rires et de mélancolie.

Que deviennent les aventuriers quand l’histoire est finie ? A quel moment faut-il s’arrêter de courir ?

Butch Cassidy et le Kid est un merveilleux film, un de nos préférés.

L’homme qui tua Liberty Valance – John Ford

Dans ce film de John Ford, on trouve : un cow boy rude et solitaire (John Wayne), un avocat idéaliste (James Stewart), un terrible bandit – du titre (Lee Marvin) et une petite ville qui apprend la collectivité et la démocratie. Il y a du suspense, quelques coups de pistolet, les relations ambigues entre la violence et le pouvoir du peuple. C’est inspiré d’une nouvelle de l’excellente Dorothy Johnson. Et c’est très bien.

Imprimez la légende !

Fanfan la tulipe – Christian-Jaque

Il était une fois un pays charmant qui s’appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c’est elle en plein xviiie siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Un autre film du dimanche, et un plongeon plus loin dans le passé. Noir et blanc, années 50, Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. 

Fanfan est un jeune homme bien fait de sa personne, qui a peu de fortune, beaucoup d’audace, une forme d’inconscience et un paquet de chance. Pour échapper au mariage avec la fille d’un fermier, il s’engage dans l’armée, bien persuadé qu’il épousera la fille du roi. Bagarres, rencontres, coïncidences folles et combats sur le toit plus tard, il finira par rencontrer Louis XV et changer le cours d’une bataille.

Le film est rigolo, très enjoué, pas mal filmé du tout. Ca galope, ça ferraille, il y a des bons mots tout le temps: j’ai été surpris de découvrir à quel point c’était écrit.

Tu aimes Fanfan, dis-tu ? Remercie-moi donc : mon caprice t’offre l’occasion de lui donner la plus grande des preuves d’amour en trahissant pour le servir la fidélité que tu lui as juré.


Pour le reste, les enfants ont été troublés par le noir et blanc. Le son années 50 et la diction très « comédie française » des acteurs (par ailleurs très bons) rendent les dialogues parfois difficile à saisir. Et si on regarde le film d’un œil moderne, on sera choqué par le personnage féminin. Adeline La Franchise ne sert, par ses appâts, qu’à mouvoir tous les hommes du récit, et n’a par elle-même pas beaucoup d’initiatives…

J’suis pas pressé ! Dès l’instant que mon avenir est assuré, j’aurai la patience d’espérer dans la certitude.



Reste un film très joyeux, énergique et sautillant. Ca se regarde très bien.

La forteresse cachée – Kurosawa

 

Japon, XVIème siècle (ou quelque chose comme ça). Deux pauvres types, Tahei et Matashichi, soldats d’une armée vaincue, tentent de rentrer chez eux. Mais le clan Akizuki a bien été vaincu, et le clan Yamana garde la frontière… Avec d’autant plus d’attention que ni la princesse des Akizuki, ni le trésor du clan (700 kilos d’or !), n’ont été retrouvés.

Et devinez sur qui et sur quoi nos deux zozos vont finir par tomber, cachés dans les montagnes ? 

Sur ce blog, on aime beaucoup le cinéma de Kurosawa. Et la Forteresse cachée fait sans doute partie de ses meilleurs films : une histoire d’aventures pleine de rebondissements où une équipe improbable (une princesse, un samouraï et les deux individus précités) tentent d’aller de A à B recherchés par tous les soldats de l’ennemi. Il y a des scènes de combat de sabre, Toshiro Mifune et son rire énorme, des moments de suspense, de la justice sociale, une princesse de seize ans en short (si, si) avec un caractère terrible, le tout servi par un cinéma de grands espaces et de grande classe et un récit qui passe du plus léger au plus fort. Kurosawa compose des images et des situations d’une incroyable beauté.

 Waow.

 Hito-no ichochi-wa hito moyase.
La vie de l’homme s’embrase dans les flammes

Retour au Grand Budapest Hotel

Nous avions beaucoup aimé voir le Grand Budapest Hotel au cinéma, et nous avons eu l’idée curieuse de le montrer à Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Est-ce un film adapté pour les enfants ? Oui, non, pas vraiment, mais en fait c’est très bien passé tant la fantaisie et l’univers de Wes Anderson peut à la fois faire rire et effrayer. Les turpitudes sexuelles de M. Gustave sont globalement sous-entendues. Zéro est un très beau personnage et on histoire d’amour avec Agatha est enchanteresse. Bien sûr, nous avons pris un petit peu de temps pour expliquer aux jeunes spectatrices le contexte du film : l’Europe d’avant, celle de Stefan Zweig. Mais finalement, pour elles qui vivent en Suisse, le décor n’avait rien de très surprenant…

Seule scène choquante (accrochez-vous à vos fauteuils), le moment où l’horrible Jopling jette le chat de l’avoué Kovacs par la fenêtre. Les spectatrices ont hurlé d’horreur. Pour le reste, les doigts coupés, les massacres à la petite cuillère aiguisée et les nazis, c’est passé sans cauchemars. Et la musique du film a joué dans la maison pendant plusieurs jours après le visionnage.

(et oui, j’aime toujours autant le film. Pour moi, il pourrait durer à l’infini, je ne m’en lasserais pas)

 

Le bossu – André Hunebelle

Un autre film du dimanche soir en famille : le Bossu, d’après Féval, avec Jeannot Marais et Bourvil. Evacuons ce qui fâche : Jean Marais ne joue pas très bien, l’ensemble est un peu raide et peu crédible, les duels font bling bling et les robes sont empesées, ça a vieilli. Par ailleurs (ce détail vient du roman) la pure jeune fille finit par épouser son père adoptif ce qui est un peu incestueux, non ? (C’est au moins un détournement de mineure par adulte ayant autorité…)

Mais il y a de beaux chevaux, des bagarres, ça sautille, ça cavale, le méchant est très perfide (et bien joué), il y a Bourvil qui tutoie le chevalier de Lagardère, et Jean Marais fait ses cascades tout seul, et qui est très bon quand il est déguisé en bossu (ce qui arrive un peu tard) cachant sa belle gueule sous un maquillage grimaçant. C’est moins enlevé, moins bouffon et moins beau que Cartouche, mais l’ensemble a du charme. Rosa et Marguerite ont bien aimé.