All about Eve – Joseph L. Mankiewicz

Années 50, le milieu du théâtre new-yorkais. Margo Channing, une immense actrice, reçoit un soir une fan éperdue dont elle fait, par caprice, son assistante–secrétaire. Mais la première scène nous a montré que cette fan, Eve du titre, a reçu six mois après le plus grand prix que puisse recevoir un acteur… On va donc apprendre, par une série de flashbacks, comment on en est arrivé là.

Tiens, au fait, vous reconnaissez la femme en blanc qui joue un second rôle dans cette scène ? Elle n’avait pas encore percé, à l’époque…

Je n’en dis pas tellement plus: ce film est un classique, et il est un classique parce qu’il est génial, comme seuls savaient être géniaux les films d’Hollywood de ce temps. Parce qu’il est magnifiquement joué, parce que les femmes y sont incroyablement belles, parce que c’est superbement dialogué et tellement bien écrit. Le récit est vif, souvent très drôle, souvent profond, souvent cruel. Les personnages sont comme nous tous, à la fois humains et monstrueux. Et  Mankiewicz filme les femmes comme personne.

La ragazza con la valigia – Valerio Zurlini

Dans ce film de 1961, un fils de riche séduit Aida, une très belle jeune femme d’assez petite vertu, lui fait un paquet de promesses puis finit par l’abandonner. Elle retrouve sa maison à force d’acharnement et se fait ouvrir par Lorenzo, 16 ans, jeune frère du séducteur, qui en tombe bien sûr très vite amoureux et va multiplier les coups tordus et les mensonges (envers elle et envers sa famille) pour pouvoir la revoir.

C’est cette vidéo qui nous a donné envie de le voir, et on a eu bien raison. C’est du cinéma italien classe avec un très beau noir et blanc, Jacques Perrin en très jeune homme très naïf et surtout, surtout avec Claudia Cardinale, de ces femmes qui font penser que dans cette antiquité lointaine, au temps où la couleur n’existait pas et où le français se parlait avec ce drôle d’accent nasillard, les actrices étaient des déesses à la beauté inouïe, magnifiques et inaccessibles.

Et cette histoire d’amour impossible, de très jeune homme déchiré par ses sentiments et de femme humiliée par tous les hommes qui la croisent (et agitent sous son nez des billets de banque) a quelque chose de très touchant.

Into the night – John Landis

Ed Okin est ingénieur, travaille dans un cubicle, comme Dilbert, sans ordinateur à côté de lui (on est en 1985). Et il n’arrive pas à dormir. Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas dans sa vie… Par exemple, sa femme le trompe, il s’ennuie dans son boulot absurde…

 

Une nuit, comme souvent, il prend la voiture et roule dans la nuit, pour s’apaiser, et se retrouve à l’aéroport. Et là, par hasard, il assiste quasiment à un meurtre et voit une très belle femme courir vers lui, appelant à l’aide, criant qu’elle est poursuivie. Ed est un brave type, il embarque la femme fatale et le voilà parti pour une aventure bizarre avec elle. Quatre méchants Iraniens sont à ses trousses, elle a des ennuis dont elle ne veut pas parler, un frère sosie d’Elvis et des relations avec des mafieux. Vous la laisseriez peut-être tomber, mais pas Ed Okin. Parce que tout ça est une espèce de dérive mal réveillée dans la nuit de L.A., parce qu’enfin il se passe quelque chose dans sa vie, et peut-être aussi parce que la femme est jouée par Michelle Pfeiffer dont j’avais oublié qu’elle était aussi belle.

 

J’ai adoré ce film, sa course-poursuite semi-indolente, son intrigue bancale dans L.A., ses méchants maladroits… Il dégage une atmosphère de rêve bizarre, avec des meurtres, des grandes villas avec des fontaines, David Bowie en tueur et Roger Vadim en chef mafieux. Il y a de nombreuses promesses sexuelles inaccomplies, des traits d’humour absurde et Jeff Goldblum (je vous ai déjà dit que j’aime beaucoup Jeff Goldblum ?) qui traîne sa grande carcasse dans cette histoire, regardant beaucoup et ne faisant pas grand-chose, sur fond d’illusions, de tournages et d’écrans de télé allumées que personne ne regarde.

Une comédie bizarre, violente et un très beau film.

Merci au Dr Orlof qui m’a donné envie de le voir.

Deathgasm — Jason Lei Howden

Un jeune fan de metal arrive dans une petite ville pourrie de nouvelle Zélande. Il est méprisé par les cons du coin, ne se trouve comme copain que le rôliste, le gros et le délinquant (métalleux lui aussi). Et bien sûr, ils montent un groupe. Le problème est que, par hasard, ils mettent la main sur une partition maléfique, et que, par dépit, ils la jouent, ce qui lâche une horde de zombies-démons sur la terre…

Alors disons-le tout de suite, Deathgasm n’est pas très fin. Voire de mauvais goût. Voire de TRES mauvais goût. C’est un hommage à Braindead, aux albums de Heavy Metal des années 80 avec des barbares en couverture, à tous ces genres musicaux dont le nom peut être composé en collant deux ou trois syllabes extraites de la collection suivante [Grind-Death-Doom-Heavy-Speed-Core]. Et c’est filmé avec soin et amour.

Ca donne un film très très rigolo, une comédie d’horreur avec de gros amplis et des zombies explosés avec des armes artisanales. A recommander aux amateurs de solos de guitare et de découpage de démons à la tronçonneuse.

Merci à F.C. pour la découverte !

Double Indemnity — Billy Wilder

Neff est agent d’assurances, un bon, le meilleur élève de Keyes, l’expert de la compagnie (joué par l’extraordinaire Edward G. Robinson). Mais un jour il se point chez Phyllis, une blonde étrange, qui lui glisse une petite idée méchante dans la tête. Et si… le mari (détesté) de Phyllis souscrivait une assurance vie ? Et s’il avait un accident dans le mois ? Et si, et si, et si…

Neff n’est pas un gars de ce genre, il envoie bouler Phyllis et rentre chez lui. Mais Phyllis est jouée par Barbara Stanwyck, étrange petite créature aux yeux de renarde et au parfum capiteux, alors Neff reconsidère sa position, tant et si bien que…

Double Indemnity est un film noir à l’ancienne, filmé par l’immense Billy Wilder. Peu de personnages, des tensions terribles, un suspense douloureux, parce qu’on sait dès le début que le plan sera mené jusqu’au bout et que ça finira mal pour tout le monde. Si vous aimez les films en noir et blanc argenté, superbement dialogués, filmés par un réalisateur de génie, où les femmes sont fatales et les hommes portent des chapeaux de feutre, celui-ci est fait pour vous. En tous cas, il était fait pour moi.

(nous avons regardé ce film sur suggestion du Dr Orlof)

Birdman – Alejandro González Iñárritu

Dans ce film, on trouve : des plans séquences de dix kilomètres de long, des acteurs capricieux, Michael Keaton en ex-ex-ex Batman, des New-Yorkais qui parlent vite vite vite, des répétitions théâtrales calamiteuses, un acteur qui ne bande que face au public, des vanités froissées sur Broadway, des chocs de vanités, des vannes percutantes, 25 000 vues sur Twitter de Michael Keaton en slip, Edward Norton en slip (j’adore cet acteur), de la télékinésie.

L’ensemble est assez bien vu et souvent drôle.

On aurait aimé que l’ambiguïté sur la relations du monde intérieur du héros avec le monde extérieur qui fait mal fût maintenue jusqu’au bout. Ce n’est pas grave.

Ronin – John Frankenheimer

Parfois, on se surprend à regarder des films qui à la base ne nous disaient rien. Tenez, celui-ci par exemple. Un vrai film d’action à la papa, sorti en 98 mais qui aurait pu être fait dans les années 70.

On y trouve: des poursuites interminables en voiture, un Mac Guffin tout à fait assumé, des flingues, des scènes qui se passent en France insistant bien sur le pittoresque (mais tournées sur place), sans qu’on aperçoive aucun ordinateur ni aucun téléphone portable (ou à peine). L’histoire aurait lieu dans les années 60/70, ça aurait été pareil, j’ai cru en voyant le film que De Gaulle était encore au pouvoir. La quantité de Citroën qui se font bousiller sans effets spéciaux aucuna dû suffire pour soutenir la production automobile en France pour l’année du tournage.

On y trouve surtout : des Hommes, avec un gros H. Des tatoués, des burnés, à l’ancienne. Pas des petits minets, pas des frimeurs musculeux, mais des costauds, qui ont l’expérience et le cynisme désabusé de ceux qui font ce qu’on leur dit, mais à qui on ne la fait pas.

Au fond, la seule fausse note, c’est d’avoir donné le rôle du héros à Robert de Niro. C’était un personnage pour Lino Ventura.

Looper – Rian Johnson

Un peu par provocation de Fabrice Colin, j’ai passé la soirée d’hier à regarder Looper, film de SF pas trop cher réalisé par Rian Johnson. Il y est questions de tueurs de la mafia et de voyage dans le temps, l’histoire se déroule dans un futur assez proche, et je n’ai rien compris. Enfin, si, à peu près, mais c’est le genre de film qui évacue carrément le problème des paradoxes temporels parce qu’en fait, ça prend la tête. Pourquoi pas ? Le film se concentre alors sur l’ambiance, les impressions, les émotions et ça marche bien.

J’ai bien aimé le travail de design et de petits détails, la télékinésie, les flingues, les voitures customisées, avec des panneaux solaires scotchés sur le capot, les motos volantes, les tasers, le côté grande banlieue du futur, tout ça fonctionne très bien. J’ai aussi été frappé par le solipsisme de l’histoire, qui repose entièrement sur l’amusant postulat : si tu pouvais aller donner un coup de main à ton moi du passé, que ferais-tu ? Quels conseils te donnerais-tu ? T’écouterais-tu ? Le tout, couplé avec la notion intéressante du film, le bouclage de boucles, justement.

Si j’ai bien compris, le jeune Joe (j’aime bien Gordon Levitt, comme acteur), le vieux Joe (j’aime aussi bien Bruce Willis) et le gamin (qui joue bien également), tous sont en fait le même personnage, de même, me semble-t-il, que Abe et le tueur gaffeur sont le même opposant. L’ensemble repose sur un noeud familial et psychologique très bateau (maman aime-t-elle son petit garçon ?) mais ça reste très agréable et amusant à regarder.

A bord du darjeeling limited – Wes Anderson

Bientôt on aura fait le
tour de la filmographie de M. Anderson, et ce sera bien triste. A bord… n’est
pas son film le plus réussi, mais comme tous les films de ce réalisateur, il a ses beautés propres.

Trois frères, des
Américains, embarquent à bord d’un train de luxe, en Inde, pour une expédition
vers les montagnes et vers un but encore inconnu. La peinture de cette fratrie,
pleine de reproches, d’affection, de non-dits, d’histoires pas réglées et d’amour (quand même), est l’élément le plus réussi du film. Les trois acteurs sont
extraordinaires, tous justes et on a un grand bonheur et suivre ce triple et
improbable héros. Le film vaut aussi pour ses décors, ses couleurs, sa musique,
comme un trip ethno-new-age un peu bizarre où les personnages sont sans cesse à
côté de leurs pompes, comme s’ils avaient toujours un temps de retard sur les événements.

Bizarre, planant, et au
final très chouette.

Récits d’Ellis Island – Georges Perec & Robert Bober – 1ère partie (traces)

Dans cet intéressant billet, Alain Korkos mentionnait ce film que nous avons donc acheté sur le site
de l’INA.

Il s’agit d’un
documentaire TV réalisé vers 1980 par Robert Bober et écrit par George Perec, un voyage
et une enquête sur Ellis Island, l’île des larmes, à l’entrée de New York.
Beaucoup a maintenant été dit et écrit sur cet endroit et je ne reviendrai pas
dessus. A l’époque l’île venait de devenir un lieu touristique et les zones en
ruine étaient encore nombreuses, rien de comparable avec ce que le site bien aménagé qu’on peut visiter maintenant.

Le documentaire est fait
avec les moyens et le style de l’époque : une seule caméra, quelques
images d’archive, beaucoup d’images d’espaces vides, de trucs cassés… et la voix et le
discours, passionnants de Perec, qui demande : que cherchons-nous
ici ? Comment montrer ce que c’était ? Comment le voir ? Comment
attraper les drames, les vies qui ont filé, qui ont disparu ? Comment
saisir cet endroit où des hommes et des femmes laissaient une ancienne vie
derrière eux pour en commencer une nouvelle ? Le documentaire apporte de petites bribes de réponses, partielles et partiales. La quête de la mémoire n’est jamais facile.