Le syndrome d’Orphée – à Vidy

Un opéra rêvé. Du chant lyrique, un livret romantique, des danseurs magnifiques, la poésie de Maiakovski, les illusions de Cocteau, la voix du miroir, un orchestre jazz de cabaret. Le tout mené avec une énergie frénétique, un travail de fou sur l’image, les corps, le son. Vladimir Pankov et sa troupe russo-franco-suisse ont composé un spectacle merveilleux, collage de poésie, danse, chant lyrique, théâtre, musique… Le texte est aussi un collage de ses différentes inspirations, mélangeant français et russe. La juxtaposition crée des résonances, des failles, des échos et le résultat est splendide et dépasse mes mots.

Photos (c) Mario Del Curto

Histoire du soldat, à Vidy

Je me réjouissais d’entendre la voix singulière de Ramuz à Vidy car contrairement aux écoliers romand, je n’ai pas le dégoût scolaire de ses textes.

Et entendre le texte de Ramuz aura bien été ma seule satisfaction à ce spectacle. La musique de Stravinski m’a parue stridente et énervante. La mise en scène aura été une découverte, pour moi : pour la première fois depuis que je vais au théâtre, j’ai eu le sentiment que ce qu’on voyait sur scène ne servait strictement à rien, n’apportant rien au texte, voire faisant mal aux yeux. Projections pixellisées, chaussures de femme éparpillées sur scène, pistolet/violon, musiciens perchés dans les airs… Je n’ai rien compris, j’ai trouvé ça laid, prétentieux et surtout inutile. Je n’avais pas entièrement adhéré au spectacle de Zimmerman et de Perrot, mais ces deux là au moins savaient composer un univers graphique sur scène.

Quant à Thomas Fersen… J’ai de la sympathie pour le chanteur. L’acteur a une belle voix, mais il manque réellement de tonicité et de présence sur scène. Et quelle idée, mais quelle idée de l’avoir fait parler dans un micro ? Quant à l’idée de lui faire jouer tous les personnages, elle rend confuse cette histoire simple. Dommage.

Photo (c) Emmanuelle Murbach

Mes parents – Hervé Guibert

Ce livre a beaucoup de choses pour me déplaire. Etude de la relation de l’auteur avec ses parents. Souvenirs d’une enfance française moyenne, ni très heureuse, ni très malheureuse dans les années 60. Découverte de l’homosexualité.

Et pourtant c’est très bien. Parce que Guibert ne tient aucun discours général, parce qu’il ne défend aucune thèse. Parce que son livre est dense, épuré, constitué d’une collection d’impressions entrelacées, constituant un tableau plus vaste. Parce qu’il a le sens des mots, de leur poids, de leur puissance. Parce que son livré, malgré la médiocrité qu’il relate, n’est pas dépressif, mais plutôt drôle, acide, aimant, cruel. Parce qu’il parle de la possession, des corps, de la jouissance et de l’abrutissement. Par l’écriture, il touche à la vérité.

Le lac Vostok

En lisant cet article dans Le Temps (archives accessibles aux abonnés) on ne peut bien sûr s’empêcher de penser aux découvertes des expéditions Byrd, et surtout Dyer-Lake, puis Starckweather-Moore. Il est connu des milieux informés que tout n’a pas été dit sur ce que ces Américains ont trouvé en Antarctique dans les années 30…

Extraits de l’article :

Le lac Vostok va livrer ses premières gouttes, et ses secrets Après vingt ans de forage, les scientifiques russes auraient atteint cette célèbre étendue d’eau préservée, lovée depuis des millénaires sous la glace de la calotte polaire de l’Antarctique, et qui pourrait contenir des formes de vie totalement inédites
C’est une lorgnette qui s’entrouvre sur un monde mystérieux! Après plus de vingt ans de travaux, les chercheurs de la base russe de Vostok seraient parvenus dimanche à pénétrer dans le fameux lac du même nom, lové à 3768 mètres sous la calotte glaciaire de l’Antarctique, selon l’agence de presse Ria Novosti, citant une source proche des milieux scientifiques. «Mes collègues semblent l’avoir fait», confiait lundi au Temps Sergey Bulat, biologiste moléculaire à l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg. Dans cette poche d’eau douce qui n’a pas vu le jour depuis 14 millions d’années, les scientifiques comme lui espèrent trouver des formes de vie inédites. Mais pour cela, il faudra encore attendre une année, l’équipe ayant désormais quitté sa base avec la fin de l’été antarctique.

Confirmé par des mesures satellites en 1993, le lac Vostok est une étendue vaste de 15 500 km2enfouie sous le désert de glace austral, contenant 5400 km3 d’eau, soit un peu plus de neuf fois le Léman. Il n’est que l’un des quelque 200 lacs similaires, que certains scientifiques voient connectés par un vaste réseau de canaux. Ceux-ci estiment donc que l’eau n’y est vieille que de quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, tandis que d’autres avancent que, stagnant, le liquide pourrait remonter à l’époque de la formation de la calotte, il y a de cela 15 millions d’années.

Depuis une trentaine d’années, les paléoclimatologues extraient de cette gangue de glace à Vostok des carottes pour tenter de reconstituer l’histoire du climat de la Terre. Vers la fin des années 1990, les Russes, se sont aperçus qu’ils avaient atteint la «glace d’accrétion», autrement dit l’eau du lac qui gèle au contact de la base de la calotte, et forme alors une couche distincte. Or, surprise: un groupe de biologistes américains emmenés par John Priscu, de l’Université du Montana, a assuré avoir décelé dans cette eau gelée une concentration importante de bactéries, soit autant d’infimes représentants d’une communauté biologique peut-être inconnue.

New York New York – Martin Scorsese

Le pendu et Cecci ont vu New York New York, de Martin Scorsese

Ne le nions pas, nous aimons bien le travail de Marty, cinéaste baroque, souvent inspiré. Ici, la première scène est époustouflante, avec Jimmy en chemise hawaïenne cherchant par tous les moyens à tirer un coup le jour du V.J day, scène se terminant par une danse onirique, sans musique, éclairée par les passages du métro. Waow. Les scènes musicales sont scintillantes, les cuivres brillent, les décors de comédie musicale sont à la fois kitsch et chaleureux et les chansons sont très bien interprétées. Les dialogues fusent, je n’ai pas reconnu tout de suite Robert de Niro et il y a une vraie émotion dans la scène finale.

Dommage juste que le/les scénaristes aient oublié de raconter une histoire intéressante, plutôt qu’une success story sans grands enjeux ni suspense.

Le ciel peut attendre – Lubitsch

Le pendu et Cecci ont vu Le ciel peut attendre, d’Ernst Lubitsch

Dans ce film sympathique, on trouve : un riche New Yorkais tentant de convaincre le diable qu’il a mené une vie de dépravation. Le temps qui passe. Du technicolor en technicolor. Une histoire qui se déroule sur 70 ans. Des dialogues très bien écrits. Une histoire d’Amour.

Malgré un joli sujet, de bons acteurs et une réalisation impeccable, énergique et drôle, le Ciel peut attendre est une comédie gentillette qui fait gentiment bailler. Les personnages sont de bons bourgeois riches, et si certains d’entre eux sont particulièrement réussis (le père du héros et ses beaux-parents) on aurait aimé plus de subversion et de mauvais esprit. Le diable a dû bien s’ennuyer et c’est sans doute par moquerie qu’il a envoyé monsieur vers le Ciel…

Barberousse – Akira Kurosawa

Le pendu et Cecci ont vu Barberousse, d’Akira Kurosawa

Malgré le titre et la présence de Toshiro Mifune, ce film n’est pas un film de samouraï (j’avais cru, en regardant vite-fait l’affiche). Il y est question de Fusamoto, un jeune médecin ambitieux, à Tokyo au début du 19ème siècle, qui se retrouve affecté dans un hospice pour très pauvres sous les ordres de l’irascible Barberousse. Film très long, aux nombreux personnages, Barberousse est aussi une oeuvre exceptionnelle. Par la construction tramée de son récit, qui mêle à un thème principal (un égoïste élargit sa vision du monde) de nombreuses histoires secondaires, comme dans un roman à tiroirs, histoires de pauvres gens, de suicides tragiques, d’amour et d’apprivoisement.

On ne s’attendra pas à des twists compliqués, la force du film réside dans la simplicité des récits, portés par une mise en scène à la fois claire et puissante, passant du réalisme à une forme d’onirisme poétique (les jeux d’ombres, notamment). La beauté plastique et formelle du film est sidérante, les lumières, les cadres sont splendides. J’ai été très ému par la manière de Kurosawa de filmer Otoyo, l’enfant maltraitée, en caressant son visage d’ombres et de lumières.

Le grand thème du film est la guérison, qui, pour le héros, est tout autant physique, que morale et spirituelle, et cela malgré le malheur et la pauvreté, malgré le flot du mal et de la souffrance.

Toshiro Mifume donne au personnage de Barberousse une énergie ombrageuse, qui porte l’ensemble de l’histoire. Barberousse fait partie de ces films qui sont beaux tout le temps. On le recommande chaudement !

Source code – Duncan Jones

Le pendu et Cecci ont vu Source code, de Duncan Jones

Dans ce film, on trouve : un type qui se réveille amnésique dans un train. Une militaire qui lui parle par écran interposé. Une capsule/prison glacée. Une délicieuse incertitude SF dans les premières minutes. Des grosses idées marrantes avec un petit nombre de lieux (un train, une base militaire, un parking). Quelques twists plus ou moins cohérents à la fin.

On trouve aussi, malheureusement, des personnages écrits à la truelle à clichés, du sens du devoir, des adieux à son papa, des dialogues vraiment faibles. Bref, c’est marrant mais ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Rainbow Mist – Léo Henry et Fred Boot

Par la magie d’un curieux calendrier et d’un disque de jazz, Vincent Vermont se retrouve propulsé barman dans le New York des années 60, au Rainbow Mist. Il ne tarde pas à apprendre les codes de Harlem, gangsters, arrangements et cocktails, dont le mythique Rosy Gimlet. Bien sûr, il a des ennuis, bien sûr il tombe amoureux de Bess (« pas ce qui se fait de plus original, cette saison »), la dernière diva du swing. Il y aura des piques, le Klan, le racisme et les douces soirées la grosse pomme, la ville aux avenues en zig-zag.

Une histoire mélancolique, des a-plats énergiques de Fred Boot, un texte qui swingue… J’ai aimé me laisser porter, même si je n’ai pas tout compris.

Cette BD est lisible gratuitement ici.

Et commandable pas trop cher là.