Rois & Capitaines – l’antho des imaginales

Je viens de finir la lecture de Rois & Capitaines, l’anthologie des Imaginales. J’aurais préféré la finir plus tôt, avant le festival, afin de pouvoir en causer avec les auteurs, mais je n’ai pas pu, c’est ainsi.
Le seul texte dont je me souviendrai est celui de Jean-Philippe Jaworski. Description d’un siège médiéval, loin des clichés, mené par un grand seigneur féodal, qui a le malheur d’être le serviteur plein d’honneur d’un roi imbécile. Située dans le même monde que Janua Vera, cette histoire affreuse et cruelle, de guerre et de mort, m’a beaucoup beaucoup plu – jointe au recueil, elle en aurait sans doute été ma préférée. Le style et le vocabulaire servent la narration, l’auteur ne manque pas d’un certain sens moral cruel… Un texte exceptionnel.

Ma vie – Thomas Platter


Thomas Platter est né en 1499 dans les montagnes du Valais, un dimanche, alors que les cloches sonnaient la messe. On a dit à sa mère « il sera prêtre ! ». Il est devenu chevrier, courant pieds nus dans les montagnes, avant de partir, suite à une rencontre heureuse, faire des études en Allemagne… Faire des études, façon de parler. Il est surtout devenu le souffre douleur de son cousin, de dix ans plus âgé, qui l’envoyait chanter (et mendier) dans les rues afin de subvenir à ses besoins…

Thomas Platter a eu faim une bonne partie de sa vie. Il a volé des oies, ramassé les miettes de pain dans les rainures du plancher… Faim de livres, aussi, faim de savoir. Malgré mille aventures plus ou moins navrantes, il finira savant, connaissant le latin, le grec et l’hébreu, et même la médecine. Et il ne deviendra jamais prêtre, la réforme de Calvin (et surtout de Zwingli) passant par là.

Vous découvrirez toutes ces histoires et beaucoup d’autres dans ce petit livre amusant, les mémoires que Platter a dictée à son fils pour lui apprendre d’où il venait. Ecrit dans un style léger, enchaînant les anecdotes drôles ou terrifiantes (l’évocation de la peste donne froid dans le dos), ce livre est un bonheur de lecture et une source d’informations de première main sur la Suisse du 16ème siècle (et naturellement, une bonne documentation pour un MJ de Te Deum pour un massacre). Merci à Lisette qui nous l’a offert !

Dehors les chiens les infidèles – Maïa Mazaurette

Tout de suite, le titre m’a séduit. Et la couverture, certes pas de très bon goût, avec cette sorte de templier sur fond rouge…

Voici un livre pas évident à chroniquer, car il a plein de qualités et de défauts que j’ai du mal à départager. Commençons par les qualités : je l’ai abordé avec un intérêt curieux, j’ai eu un peu de mal à accrocher puis je me suis laissé prendre par l’histoire (alors que je suis un affreux blasé et que la fantasy me fatigue très vite) et j’ai eu du mal à le lâcher car je voulais connaître la fin. 

Puis le livre aborde, vraiment, le sujet de la religion et du christianisme dans le cadre d’un univers imaginaire, et c’est un des sujets les plus casse-gueule qui soit – on rappellera que Tolkien, catholique convaincu, avait soigneusement évité de s’y frotter. Non que ce soit un livre à thèse qui mette en scène les dérives du fondamentalisme, comme le prétend abusivement le 4′ de couverture. Le livre met surtout en scène son propre univers, pour servir une plutôt bonne histoire, et cette humilité me plaît bien. Je me réjouis surtout de voir éviter pas mal de clichés (le christianisme opposé au monde celtique et aux petites fées – ai-je déjà dit que j’avais horreur des fées?). On y voit une église pleine de corrompus et de psychopathes, mais aussi des personnages soutenus et grandis par leur foi, comme Spérance et Astasie (le détail amusant est que cette dernière fait aussi partie de la première catégorie).

Dans un décor franchement glauque et très gore (on s’y étripe beaucoup, voire même un peu trop pour mon pauvre coeur) Dehors les chiens… montre aussi, et c’est assez rare, des images du merveilleux médiéval chrétien – miracles, tapis de fleurs, armes resplendissantes, croix de lumière se dessinant dans le ciel. Et tous les signes restent des mystères, que chacun interprétera comme il le veut.

Je reconnais volontiers que le mélange héros adolescents-épuration éthnique-miracles chrétiens-membres coupés-inquisition-mutants (et j’en passe) est un peu de mauvais goût, mais l’auteur a du culot, et ça passe. J’aime bien les livres qui osent. Et puis les noms sont bien trouvés, ce qui n’est pas si fréquent. Parmi les autres qualités, les personnages principaux sont attachants, en demie-teinte et leur comportement m’a plusieurs fois agréablement surpris.

A côté de cette audace et de ses bonnes idées, le roman lui-même ne manque pas de défauts, stylistiques notamment. La cohérence des points de vue est franchement bizarre, le traitement de la psychologie des personnages souvent malhabile. Les seconds rôles (le roi, la cour d’Auristelle…) sont taillés au hachoir et ne dévient pas du portrait en deux lignes qui est fait d’eux. La narration flotte par moments (au début, notamment), certains dialogues sont assez bavards, etc…

Reste un livre à la sensibilité originale, bien mené, intéressant. Les Quêteurs sont de beaux personnages que j’ai eu plaisir à suivre, parce qu’ils se posent des questions, se trompent souvent et essaient de changer le monde.

Une vraie découverte !

PS : encore un détail à porter au crédit de ce livre : il est court (300 pages) et c’est un one-shot, pas une série ! (idéal pour les gens comme moi qui n’ont pas le temps…)

PPS : la chronique que Pascal Patoz fait du roman est très bien, elle dit des choses que j’aurais aimé dire. Moi aussi, je me méfie des quêtes.

L’évangile selon Pilate – E.E. Schmitt.

Voici la suite de mes notes sur mes lectures récentes…

Et tout d’abord, merci à Laurent B. de m’avoir prêté ce livre très intéressant.

Dans une première partie, l’auteur prend la voix d’un certain Yeshoua, de Nazareth, qui repense à sa vie avant de se faire arrêter par des soldats au jardin des Oliviers. On y apprend comment celui que ses fans appellent « le Messie », voire « le fils de Dieu », perçoit sa propre existence.

Dans la deuxième partie, on lit le journal écrit par P. Pilate, préfet romain en Judée, qui enquête sur la disparition du cadavre – suite à sa crucifixion – du même Yeshoua, agitateur politico-religieux notoire. Abordant toutes les hypothèses (cadavre volé, Yeshoua pas mort, etc.), Pilate rencontre les puissants du temps (le grand prêtre, Hérode, etc.) et cherche à comprendre l’incompréhensible.

On le voit, l’auteur s’est attaqué à un beau sujet – la rencontre Pilate/Yeshoua occupe d’ailleurs quelques pages du Maître et Marguerite, et Boulgakov en fait un moment à la fois hilarant et touchant. Contrairement à Boulgakov, Schmitt est un monsieur sérieux, il a lu les évangiles (pas un épisode ne manque dans son récit, belle synthèse), il a lu des textes de référence sur le Jésus historique, il a sans doute lu Flavius Josèphe, et ça se voit.

Et justement, ça se voit. A aucun moment, le livre ne dépasse le niveau d’un travail de compilation appliqué et peu inspiré. La première partie est la plus réussie, donnant une cohérence psychologique et factuelle « moderne » (un peu artificielle?) à la vie de Jésus, même si ce texte a de nombreuses limites. La « confession » de Yeshoua obéit à une convention romanesque triviale : Yeshoua se remémore sa vie parce qu’elle défile devant ses yeux, parce qu’il va mourir et parce que ça arrange bien l’auteur. Il se remémore pile poil tout ce qui se trouve dans les évangiles, plus deux ou trois faits inventés par l’auteur afin de lui donner une cohérence psychologique. Le rapport que fait Schmitt de la communion de Yeshoua avec son « Père » (un fait important, concernant le personnage, on voudra bien le croire), décrit comme une plongée dans un « puits de lumière » est remarquablement pauvre, alors que la littérature mystique offre des images bien plus fortes d’une telle sorte de rencontre (lire Rumi et ses quatrains amoureux, ou les folies mystico-érotiques de Thérèse d’Avila, pour le peu que j’en connais.)

La partie sur Pilate est encore plus laborieuse. Les lettres/journal de Pilate à Titus sont de la pure convention romanesque, sans aucune épaisseur ni vraisemblance, et plombent complètement ce récit très artificiel qui explore, une à une, les thèses classiques sur la prétendue résurrection du protagoniste. Même si, là aussi, la synthèse des principaux éléments à connaître sur l’époque (troubles politiques, sectes juives, philosophes grecs…) est très réussie.

La vision que donne Schmitt de Yeshoua me paraît très édulcorée, comme une gentille leçon de catéchisme tournée vers un lecteur pas très futé, à qui il faut tout expliquer avec des mots simples et qu’il faut surtout éviter de choquer. L’épisode de la transfiguration est reporté à après la résurrection, ce serait trop bizarre de le mettre avant, comme l’ont fait ces évangélistes pas très doués, et les paroles les plus dures de Jésus, ses prédictions apocalyptiques, «Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. », etc, sont tout juste évoquées, comme s’il fallait éviter de secouer le chrétien, ni d’effaroucher le non-croyant. Bref, un Jésus à l’aspartame et au goût marketé, facile à boire, vite oublié.

En cela, on rejoint mon sentiment plus général sur les livres d’E.E. Schmitt que je connais : un bon sujet, quelques idées, de la documentation, le tout écrit avec des moyens littéraires indigents, dans le but d’en faire un livre conventionnel et facile à avaler par le lecteur – est-ce une des raisons de son succès ?

Et toi ami lecteur, amateur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, de Oscar et la dame rose et de la part de l’autre, es-tu d’accord avec moi ?

L’accroissement mathématique du plaisir – Catherine Dufour


Ces dernières semaines ont été plutôt chaotiques, peu de sommeil et des soucis. Maintenant que la situation se rétablit, et en attendant, peut-être, le bilan de mes lectures 2007 2008, je commence dans ce petit billet la chronique de quelques livres lus récemment dont j’avais envie de parler.

L’accroissement mathématique du plaisir – Catherine Dufour

J’avais dit ici mon enthousiasme (et mes quelques réserves) sur l’excellent roman de Catherine Dufour, le goût de l’immortalité. J’ai donc entamé avec intérêt la lecture de son recueil de nouvelles paru aux éditions du Bélial sous une couverture de Caza. Recueil n’est pas un vain mot puisque ce livre contient vingt textes de madame Catherine, dans des tons et des atmosphères tout à fait variés et éclectiques. Pochade humoristique (je ne suis pas une légende), conte breton (Mater Clamorosum), imitation d’Edgar Poe (Confession d’un mort), science fiction bizarroïde, hommage bédéesque à l’univers de Troll de Troy, fantastique gothique, truc encore plus bizarre (Kurt Cobain contre Dr. No), weird fantasy urbaine(tm) (l’immaculée conception). On a donc là une boîte de chocolats aux goûts variés, j’en ai aimé certains, mais pas tous.

Pour partir des limites du livre, je dirais même que ce recueil souffre de sa conception. Les textes qui s’y trouvent sont d’un intérêt extrêmement variable, et si aucun n’est mauvais, certains m’ont arraché quelques bâillements et j’ai sauté quelques pages pour voir si le suivant serait plus séduisant. Si le livre n’avait contenu que les cinq ou six meilleures nouvelles, je me serais enthousiasmé. On fait dans ce livre la découverte des différents essais de trajectoire d’un écrivain très doué, on y découvre comment Catherine Dufour s’est essayé à tous les genres, comment elle a réussi dans certains et été tout à fait honorable, sans plus, dans d’autres. Un peu de tri, selon moi, n’aurait pas fait de mal.

Une autre limite du livre : l’auteur est très douée pour planter des univers (la fac polluée de Vergiss mein nicht ou la collectionneuse d’icônes de Valaam), mais, pour ces derniers textes, le format très court de la nouvelle m’a fait ressentir une certaine frustration : après la mise en place des ces personnages, de ces décors auxquels je me suis attaché, j’ai trouvé les histoires un peu pauvres.

Restent quelques textes tout à fait mémorables, ceux du recueil idéal que je composerais en arrachant les pages surnuméraires. Dans ce livre, je garderais :

l’immaculée conception [1] – si ce texte ne surprendra pas tellement les femmes ayant été enceintes, j’ai trouvé très fort et touchant le portrait de Claude, être humain aux frontières du néant.

Le jardin de Charlith – un texte, très beau, dans la veine gothique d’Edgar Poe, une vraie nouvelle avec une vraie chûte.

Confession d’un mort – un hommage à Poe, très réussi, j’ai adoré. Ce texte aurait été glissé dans le recueil de Poe que je suis en train de lire, je ne sais pas si je me serais aperçu de l’intrusion.

La liste des souffrances autorisées – dialogues bien frappés dans des restaurants virtuels, description de V-nourriture aux allures hallucinantes, plein d’idées et de trouvailles.

Vergiss mein nicht – malgré la forme un peu courte, là encore un beau portrait d’univers déglingué.

L’accroissement mathématique du plaisir – là aussi, un très bon récit de science-fiction, qui donne à voir au lecteur un chef d’oeuvre inimaginable et inventé.

Valaam – ambiance pourrie et mafieuse dans la russie contemporaine, autour des icônes du coin rouge. Malgré un récit un peu court, j’ai trouvé le ton et le personnage de ce texte particulièrement forts.

Je n’ai pas le recueil sous la main alors que j’écris ces mots, les nouvelles que je mentionne sont donc celles dont je me souviens au bout de quelques semaines, au risque d’ailleurs de m’être trompé sur leurs titres. Malgré mes réserves, ces sept textes-là valent de lire le livre et justifient largement que je m’attaque au futur Outrage et Rébellion. Et vous, quelle est votre top 7 de l’AMdP [2] ?

[EDIT] je me suis rendu compte, en reprenant le livre hier soir, que je n’avais pas lu Mémoires mortes, un joli texte plein d’idées. Je l’ajouterais volontier dans le top 7, comme numéro complémentaire [/EDIT]

[1] l’histoire semble faire référence à la conception mystérieuse d’un certain J.C. dont je parlerai dans une note ultérieure, mais il est amusant de constater que l’expression théologique renvoie en fait à la conception de la mère du même.

[2] l’Accroissement Math… etc.

Les braves gens ne courent pas les rues – Flannery O’Connor


Voici un livre que j’ai lu grâce à Mauvais Genres, la sympathique émission hebdomadaire de François Angelier sur France Culture. L’écrivain Joe R Lansdale y citait Flannery O’Connor comme un de ses écrivains favoris.
Ce recueil de nouvelles, donc, met en scène des personnages du sud des Etats-Unis dans les années 50 : vieilles filles, prédicateurs, nègres, ancien soldat de la guerre de Sécession, enfants, tueurs… Les histoires sont brèves, âpres, souvent cruelles et teintées d’humour noir. L’auteure, une femme étonnante si j’en crois sa biographie, a une écriture brève, dense et acérée, diablement efficace. La nouvelle est un art très difficile, pour toutes les raisons que l’on sait et celles-ci sont des modèles du genre, réussissant chacune à évoquer un contexte social particulier, des personnages très riches, des intrigues prenantes… Je passais mon temps à me demander avec angoisse comment toutes ces affaires allaient mal tourner.
Les textes sont réunis par un ensemble de thèmes communs : présenter des petites gens, des personnages à l’esprit étroit qui ne comprennent pas bien le monde dans lequel ils vivent (alors que le lecteur, qui voit un peu plus loin qu’eux, devine bien tous les ennuis qui vont leur tomber sur la figure), présentés dans leur rapport aux autres et à Dieu (souvent).
Une belle découverte, un très beau recueil, merci à France Culture et à Joe R Lansdale de me l’avoir fait découvrir !

A deux pas du néant – Tim Powers

Los Angeles, 1987. Soleil, palmiers, grosses voitures pas très écolo et téléphones portables rudimentaires. Une vieille femme meurt, et son corps est retrouvé à quelques centaines de kilomètres de chez elle, posé sur une svastika dorée. Comment a-t-elle fait pour arriver là-bas? Et qui sont ces gens, dans cet autocar, qui quadrillent la ville en écoutant les oracles d’une tête embaumée? Et cet agent du Mossad devant qui il ne faut pas prononcer le nom de l’acteur principal de Rio Bravo ? (je sais que vous savez qui c’est, mais taisez-vous !)
Franck Marrity, jeune prof de littérature à l’université, élevant seule sa petite fille de douze ans, se pose les mêmes questions, et apprendre la réponse aura de quoi le secouer un peu. Il y aura des courses poursuites, des pistolets, des gens surgissant de nulle part, des incendies dans les collines provoqués par une utilisation peu orthodoxe des lois de la relativité…
Vous apprendrez quelques informations intéressantes sur la vie d’Albert Einstein, les lois de la physique, les tremblements de terre en californie, la guerre du Kippour et les unités spéciales du Mossad. Vous découvrirez aussi comment une société secrète peut ne pas avoir de fondateur. Et pas mal d’autres détails intéressants… Tout cela sans quitter la Californie, ses banlieues interminables et le soleil qui ne cesse de se refléter sur les pare-brises…

Cette lecture m’a rappelé pourquoi j’aimais Tim Powers, auteur que j’avais beaucoup lu voici quelques années. Pour ses idées, aussi bien dans les grandes lignes que dans les petits détails. Pour son attention au quotidien, aux mégots de cigarettes, aux bricoles qu’on garde dans sa poche. Pour son sens de la magie. Pour ses personnages, surtout, tous un peu fous, humains, vrais. Ils se trompent souvent, réussissent parfois par hasard, font de la magie quand il n’y a plus d’autre choix, et tout cela reste tellement vrai. J’y crois, je me laisse emmener, j’adore le voyage, merci M. Powers.
Tiens, ça me donne envie de relire le poids de son regard

PS : ce roman contient sans doute quelques éléments autobiographiques : le héros a exactement le même âge et la même profession que l’auteur et le roman parle de choix de vie, d’élever ou non des enfants, des relations rêvées d’un père et de sa fille…
PPS : merci Gilles pour cette (re)découverte
PPPS : belle couverture de Manchu !

Epées et mort

Je vais essayer de faire un petit commentaire du cycle, recueil par recueil, nouvelle par nouvelle, autant pour faire marcher ma mémoire que pour l’intérêt, éventuel, du lecteur Leiberophile.
Comme je copie-colle les listes de textes depuis l’excellent site de Bruno Para, le petit bouton vert vous renverra à un résumé des nouvelles et au commentaire de l’ami Bruno.

Et comme je n’ai pas relu le premier recueil, je démarre directement au deuxième, épées et mort.

  • The circle curse / La boucle est bouclée
  • Texte mélancolique, très réussi, où tout est parfaitement résumé. Les héros, Lankhmar, Nehwon, les sorciers Sheelba et Ningauble… L’adaptation de Chaykin et Mignola en est particulièrement belle.

  • The jewels in the forest / Les bijoux dans la forêt
  • pas relu.

  • Thieves’ house / La maison des voleurs
  • Une bonne histoire mettant en scène la terrible guilde des voleurs, qui a inspiré tant de rôlistes. On y retrouve toute l’atmosphère de Nehwon, grotesque, macabre, humoristique. (attention, on n’est quand même pas dans la parodie à la Pratchett)

  • The bleak shore / Le rivage désolé
  • Aventure étrange, presque philosophique. A la limite de l’abstrait.

  • The howling tower / La tour qui hurle
  • Partiellement relu, mais j’avais l’adaptation BD très présente à l’esprit…

  • The sunken land / Le pays qui coule
    Fabuleuse aventure onirico-marine, mettant en scène un royaume englouti, une galère silencieuse dans la nuit… Attention aux bijoux trouvés dans le ventre des poissons !
  • Seven black priests / Sept prêtres noirs
  • Encore une curieuse aventure aux limites du rêve, avec ses sept prêtres comme les personnages d’une comptine, le Souricier frigorifié et une ambiance de feu et de glace. Les apparitions des prêtres, un à un, donnent un bon rythme à ce texte.

  • Dark vengeance / Claws from the night / Claws in the night / Des serres dans la nuit
  • Superbe aventure lankhmarienne, toute l’ambiance croulante de la vieille cité s’y retrouve.

  • The price of pain-ease / Le prix de l’oubli
  • Une nouvelle fable, excellente. On notera que toutes les aventures opposant Fafhrd et le Souricier à la Mort jouent sur la dualité entre les deux personnages. Le côté double de ces héros (l’un ne va pas sans l’autre, et pourtant ils forment bien deux personnages distincts) est exploité dans pas mal de textes de Leiber. Ici, leur progression en miroir est tout à fait bien menée.

  • Bazaar of the bizarre / Le bazar du bizarre
  • Une des plus connues des histoires de la série. Pleine de bonnes idées, mais je trouve le discours ironique sur ces démons capitalistes un peu évident et facile. Restent des images fascinantes (le mur de mercure, la fille dans la cage…) qui valent la lecture.

    Un retour à Lankhmar…

    A cause d’un projet de partie de jeu de rôle, et par plaisir aussi, j’ai relu presque tout le cycle des épées, de Fritz Leiber, mettant en scène les inoubliables Fafhrd et le Souricier gris.
    Faut-il relire ce qu’on a aimé adolescent? Les déceptions peuvent être cruelles… Mais ça na pas été le cas avec cette relecture-là, qui m’a procuré une nouvelle fois le même plaisir. Certes, toutes les histoires ne sont pas bonnes. Certes, le style est parfois inégal… Mais le plaisir est là. Plaisir d’une sword & sorcery a visage humain, avec des héros pleins de faiblesses. Plaisir de retrouver un monde onirique, tranquille et brumeux, Nehwon, un de ces endroits où j’aimerais aller faire un tour à l’occasion.
    Je convie les lecteurs ne connaissant pas ces histoires à aller se renseigner ici ou ici.
    Cette relecture, après plusieurs années, m’a permis de me rendre compte d’un certain nombre de détails qui m’avaient échappés les toutes premières fois :
    – les meilleures aventures de F & lSG n’ont souvent aucune logique rationnelle (Quand le roi de la mer est au loin, le quai des étoiles, etc.) mais plutôt une logique onirique. Amis lankhmariens d’adoption, essayez de raconter vos histoires favorites à quelqu’un qui ne les a pas lues, et vous verrez sa tête… Cette logique onirique fonctionne d’ailleurs très bien !
    – Je suis prêt à parier que Fritz Leiber faisait de la voile et de l’escalade. Plusieurs textes (notamment La mer est leur maîtresse) semblent être des vacances imaginaires, l’occasion pour l’auteur d’emmener ses héros et lui-même en voyage. On notera les navires gréés en sloop, par exemples, pas très en phase avec l’univers post-antique de Lankhmar (mais les lampadaires et la police dans les rues sont d’autres échos de modernité dans cette cité étrange)
    – il est très touchant, notamment dans les derniers textes, de se rendre compte que les héros ont vieilli avec l’auteur. J’aime le fait qu’après les avoir fait bourlinguer autour de Lankhmar dans le monde entier, il leur trouve une maison pour leur retraite, l’Ile de Givre. Il leur faut un peu de temps pour s’y adapter, mais eux-mêmes et nous aussi finissons par prendre goût à cet endroit simple et bizarre (une image de l’Islande?)
    Cette relecture a été pour moi un nouveau plaisir, un nouvel émerveillement. Je me suis dit une nouvelle fois que si je voulais écrire de l’heroic fantasy (de nouveau) j’essaierais de faire des textes dans ce genre, textes courts, mélangeant rêve, aventures, épées et jolies femmes, voyages désabusés de héros très humains.
    Merci M. Leiber.

    PS : j’ai relu aussi les excellentes adaptations Chaykin/Mignola. Un peu comme Tardi l’a fait avec Nestor Burma, Mignola a donné à nos héros leurs visages.

    Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil – Jean de Lery

    Après avoir lu Rouge Brésil (dont j’ai parlé ici) et dans le but de me documenter un peu plus pour ma petite campagne de Te Deum, j’ai découvert sur Internet le texte intégral de l’Histoire d’un voyage… de Jean de Lery, et sa lecture a été une nouvelle source d’émerveillement. J’avais déjà lu l’histoire mémorable du siège de Sancerre, par le même, et j’ai été très heureux de retrouver mon chroniqueur préféré du 16ème siècle.
    Jean de Lery, fils de cordonnier, protestant, a fait partie de l’expédition Villegaignon, au Brésil, et il a passé plus d’un an à cotoyer de près les Indiens Tupinambas, des anthropophages de la région de Rio. Dans son histoire d’un voyage… il entreprend de réfuter les mensonges diffusés par André Thévet, premier chroniqueur de l’expédition, puis il évoque le voyage de son groupe vers le Brésil avant de passer de longs chapitres, les plus fascinants, à décrire la société des Indiens. La rencontre des cultures est un instant magique, où se révèlent tout autant les indiens que les Français. De Lery regarde les indiens avec une véritable curiosité, s’intéresse à tout : les paysages, les animaux, la forme des villages, le costume des hommes, des femmes, leurs moeurs, leurs manières d’accueillir les hôtes, de faire la guerre, de fabriquer la nourriture, de faire l’amour, de traiter les prisonniers… Son souci d’exhaustivité, la qualité de la rédaction forcent le respect : le texte est passionnant à lire, bien écrit, plein d’humour, malgré la distance des siècles! Sans se départir des préjugés (notamment religieux) de son temps, De Lery regarde « ses » Indiens avec bonté et remarquablement peu d’a-priori. Son jugement sur les Européens n’est pas tendre et bien que les Tupinambas soient des anthropophages païens, il admire leur savoir-faire, leur cordialité, leur manière tranquille de mener leur vie, leur bonte entre eux et envers les étrangers.
    Quand les Indiens on voulu lui trouver un nom, le chroniqueur leur a proposé de l’appeler Jean, son qu’ils étaient malheureusement incapables de prononcer. Il a alors proposé Léry, ce qui veut dire huître en langage Tupi. Et voilà notre bon protestant baptisé par les sauvages Léry-oussou, « la grosse huître », ce qui paraît même lui faire plutôt plaisir.
    Le compte rendu de De Léry, réécrit et retravaillé de nombreuses fois (il a perdu son manuscrit plusieurs fois dans la tourmente des guerres de religion), comprend plusieurs passages étonnants, dont la retranscription complète en langue tupi (avec la VF) d’un dialogue qu’il a eu avec un vieil Indien.
    Le texte se termine par le récit épique du retour en France à bord d’un bateau pourri, faisant eau de toute part, éprouvé par la famine. Le pauvre De Lery connaissait le sujet, lui qui a failli mourir de faim durant le siège de Sancerre. Et, sans se départir de ce sérieux pince sans rire que je perçois chez lui, il se permet de comparer les deux types de famines, celle du siège et celle de la traversée, commentant les difficultés et les aisances de chacune…

    Wikipedia liste les différentes version du manuscrit disponibles sur le net de ce superbe manuscrit. Le livre a également été récemment réédité au livre de proche.