La petite maison dans la prairie T2 – Laura Ingalls Wilder

Nous avions beaucoup aimé découvrir les aventures de la famille Ingalls et nous avons donc abordé la suite avec bonheur. Dans ce second volume de l’édition française (quatrième de l’édition américaine, si j’ai bien compris), la famille Ingalls a quitté le territoire indien pour une communauté rurale du Wisconsin. On y voit les parents lutter et travailler pour donner à la famille une maison et un minimum de confort.

Le livre a les mêmes grandes qualités que le tome 1 : attention aux détails, aux sentiments, à la nature. Tout comme le premier tome, il ne s‘agit pas d’un livre provocateur : il exalte l’amitié, l‘unité familiale, la solidarité des hommes. Il paraît que les souvenirs de Laura Ingalls ont été édulcorés pour ces livres destinés aux enfants, mais qu’on ne se méprenne pas : la petite maison est une œuvre remarquablement éditée (au sens noble du mot) : le récit des mois passés au bord de la rivière Plum par les Ingalls est très bien mené, d’épisode comique en épisode tragiques. Certaines scènes (le blizzard, la pluie de sauterelles) sont réellement terrifiantes et les motifs d’inquiétude ne manquent pas.

Laura grandit, n’est pas une enfant parfaite. On lit en sous-texte les controverses entre les parents, leurs soucis, les risques financiers pris par une famille pas bien riche. Bref, nous aimons tout autant que le premier tome et nous lirons la suite avec plaisir.

Le petit prince noir et les 1213 moutons – Audren

Du même auteur, nous avions lu le Paradis d’en bas, chroniqué hier. Ce petit prince noir et ses 1213 moutons raconte l’histoire d’une jeune fille qui, ne parvenant pas à s’endormir, cesse de compter les moutons pour les suivre et pénétrer dans un espace onirique absurde.

Malgré quelques considérations bien vues sur l’amour à l’âge de douze ans, ce récit onirico-allégorique-nawak ne marche pas et fait dormir, malgré son court format.

Le paradis d’en bas – Audren

Une note courte sur une lecture enfantine : le paradis d’en-bas raconte l’histoire du jeune Léopold dont les parents, suite à un héritage soudain, quittent leur petit appartement à Paris pour une belle maison à Barbizon, charmant village de Seine et Marne. Là, Léopold se fait trois très bons copains qui tous ont des parents qui vient de faire un héritage qui les a amenés à Barbizon. Alors bien sûr, ils vont tenter d’enquêter…

Sur ce postulat fantaisiste, Audren conduit un roman en fait assez réaliste dans ses propos et ses moyens. Le lecteur attentif comprend assez vite de quoi il retourne, mais l’intérêt du récit n’est pas là : il est plutôt dans le regard acéré porté sur la famille, et notamment par les enfants sur les parents. Le point de vue de gamins de dix ans est très bien rendu et les nombreuses observations par les enfants des errements des adultes sont plutôt bien vues. Rosa et Marguerite ne s’y sont pas trompées et ont beaucoup apprécié ce regard.

Je viens de découvrir que l’auteur avait prolongé le récit par un tome 2 et un tome 3. J’en donnerai ici des nouvelles.

Fantômette contre le géant – Georges Chaulet

(ce billet est destiné particulièrement au jeune André-F* R*, qui se reconnaîtra).

Nous continuons donc à lire des Fantômette, Rosa et Marguerite poussent des cris de joie quand dans une brocante elles découvrent un volume qu’elles ne connaissaient pas.

Fantômette contre le géant est un des premiers livres de la série. Il n’est pas très bon, mais il est intéressant en ce qu’on voit l’auteur chercher son ton, son angle d’approche. Peut-être discutait-il avec l’éditeur de tout ça ?

L’intrigue, en deux mots : Colette est nouvelle à l’école, ses parents s’installent dans une vieille ferme qu’ils retapent pour en faire un centre de loisirs. Mais un géant apparaît durant la nuit, qui pousse des cris effrayants. Et, sur la dernière page d’un missel trouvé dans le grenier, un curieux quatrain parle d’un trésor…

L’histoire est assez poussive, l’auteur allonge volontiers la sauce par des scènes sans intérêt (qu’il saura plus tard, dans des livres ultérieurs, transformer en scène de comique absurde). Ce Fantômette est bien plus « policier » que les suivants : il a une intrigue, correctement construite et à peu près crédible. Le coupable n’est révéla qu’à la fin et certains éléments du petit mystère sont amusants.

Les détails qui m’ont amusé, par rapport à la suite de la série : l’amie des héroïnes a des parents normaux (des parents !). Ficelle est plus fantaisiste que complètement à l’ouest. Un des personnages (l’ouvrier italien) a presque une forme de crédibilité sociologique. Et Framboisy est encore campagnard : depuis la périphérie, on entend sonner le clocher de l’église, la nature est toute proche…

Quant au style, il n’a pas trouvé le rythme et la vivacité qui feront le charme de la suite.

Heureusement, la modernité est en marche : à la fin de l’histoire, le centre de loisir est construit (merveille !) et la vieille chapelle, monument historique, est rasée !

R.G. — Pierre Dragon & Frederik Peeters

Je continue donc mon marathon Peeters, avec quelque chose de tout à fait différent. R.G. est une adaptation et une scénarisation par Peeters de récits que lui a fait Pierre Dragon, policiers aux renseignements généraux, du temps où cette très française institution existait encore.

Dans les deux volumes que j’ai lus (y en a-t-il d’autres ?), on suit deux enquêtes de Pierre Dragon et de ses collègues, qui, dans le premier, enquêtent sur des trafics internationaux (sweaters, limousines, chauffeurs), et dans le second sur la traite d’êtres humains.

Une fois de plus, le dessin de Peeters est remarquable, collant en finesse aux personnages, aux ambiances. On étouffe dans la camionnette de surveillance, on se cogne dans les petits bureaux, on visite toutes sortes de milieux, échanges de vêtements fabriqués dans des sweat shops dans des banlieues anonymes, fêtes au Crillon, poursuite sur les toits de Paris. Le tout dans une ambiance classique et pas désagréable de polar à la française. Les auteurs prétendent que presque tout est vrai, sinon les détails, et on veut bien les croire. Certaines anecdotes sont vraiment drôles ou tragiques, c’est selon.

Ce que ça dit de notre monde, de sa criminalité compliquée, des liens qui s’étendent très vite au-delà des frontières, tout ça est à la fois fascinant et effrayant, et cohérent avec ce qu’a pu me raconter un ami qui gravite dans un milieu similaire.

Je le redis, même si je n’ai pas tellement aimé ses histoires de SF, Frederik Peeters a un talent étonnant à rendre les échanges humains, regards, attitudes, sourires en coin, menaces… Tout sonne juste.

Bref, une bonne lecture, que je recommande (chaque volume se tenant assez bien tout seul, narrativement parlant).

Avec un peu de recul, on sent Peeters très intéressé par les personnages d’hommes. Trentenaire looser dans Lupus, quarantenaire divorcé dans Aâma, et balaise super-viril-mais-sensible dans R.G. (divorcé aussi). Le traitement dans R.G. des ambiances de vestiaire, amitiés sincères mais pudiques, blagues un peu lourdes entre mecs et envies de bagarre me semble juste, même si, je l’avoue, c’est un cadre où je ne me sens personnellement pas très à l’aise.

Dans ses récits, les femmes me semblent être des personnages externes, un peu extra-terrestres et bizarres, qui vont sur leurs propres orbes et dont les rencontres avec l’Homme sont souvent explosives.

Aâma – Frederik Peeters

Suite de ma découverte du travail de Frédrik Peeters. Après Lupus, qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, voici Aâma.

Sur une planète cyber (qui m’a évoqué celle de l’Incal) où tout le monde est implanté, Verloc ne porte rien et vit avec les avanies de son corps. Il a la quarantaine, une boutique d’antiquités, une ex-femme, une enfant autiste. Il va se retrouver embarqué, avec son frère qui a réussi, et l’étonnant garde du corps de celui-ci (un robot-singe nommé Churchill, vraiment balaise et vraiment cool) dans un voyage corporate-scientifique, à la recherche d’une substance nommée Aâma, susceptible d’avoir déclenché, sur une planète lointaine, une accélération folle de l’évolution.

Il y a des trucs que Peeters réussit formidablement : la faune et la flore extraterrestre bizarre, les décors insolites et grandioses ™, les personnages qui sonnent juste, les scènes d’actions flippantes et hallucinantes (celle qui ouvre le tome 3 est un modèle), et le fait de clôturer une série en quatre gros volumes. Et les robots singes.

Tout comme pour Lupus, je suis resté un peu au bord de la route. Je n’ai jamais vraiment cru à l’histoire, ni éprouvé de grande sympathie pour ce papa divorcé privé de sa fille en vadrouille dans l’espace. Les clés émotionnelles n’ont pas croché, j’ai admiré les décors et suivi le film avec plaisir, mais sans prévoir de le regarder de nouveau un jour.

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Dans ce très court roman, l’auteur sino-américain Ken Liu développe des idées très fortes autour d’une technique de voyage temporel destructrice, de notre perception de l’histoire, de la relation que nous entretenons avec elle.

Derrière l’artefact science-fictif, ce récit sous forme de documentaire tourne surtout autour des exactions encore trop méconnues de l’unité 731 de l’armée du Japon pendant la seconde guerre mondiale, qui n’ont rien à envier aux pires horreurs commises par les Nazis. 

Un défilé de douleurs et d’horreurs, des témoins désemparés, des peuples volontairement aveugles, une mémoire étouffée… Le texte a beau être court j’en suis ressorti lessivé et éprouvé. Les différentes sections du documentaire confrontent un homme emporté et indigné aux logiques contradictoires de ses adversaires. Le personnage principal est un double de l’auteur et la métaphore littéraire de sa machine est évidente. Pouvons-nous accepter d’entendre les voix des morts ? Que paierons-nous à faire retentir encore et encore les cris des victimes englouties ?

Le sujet est casse-gueule, et politique, et très chargé. Je ne suis pas ressorti très à l’aise de ma lecture, non seulement à cause des horreurs évoquées, mais aussi parce que quelque chose ne me paraît pas très assuré dans la position de l’écrivain par rapport à son sujet.

La force de ce livre réside dans sa concision et dans son évocation de la découverte par un homme des gouffres de l’Histoire et de sa sidération face à eux. Que faire ? Que dire ? Et, quand on est écrivain, quel livre écrire ?

Lupus – Frederik Peeters

Tony et Lupus sont en vadrouille dans un vaisseau qui va de planète en planète. Ils cherchent les plus belles parties de pêche, les meilleurs fournisseurs de drogues. Ils n’ont pas d’autre but dans la vie.… Jusqu’à ce qu’il rencontre Saana. Une fille, une fugueuse, avec ses grands yeux exaspérants et sa fausse innocence… et les choses vont mal tourner.

Je commence par ce que j’ai aimé dans cette série : la qualité des dessins, la finesse des relations entre les personnages, la capacité à rendre compréhensible ce qui ne se dit pas, les contradictions, les maladresses, les hésitations. Lupus, Saana, Tony et les autres intervenants de cette courte série sont attachants et justes. La narration  lente ménage de grands espaces de respiration et de rêverie très agréables, et les planches sont souvent belles.

Mais, au delà de l’usage très décoratif de la science-fiction galactique (assez valerianesque, au fond, utilisée surtout pour son potentiel poétique), cette histoire de trentenaire en cavale qui cherche un but à sa vie et à comprendre ce qui l’a chassé loin de ses parents ne m’a pas vraiment intéressée.

Ça pourrait faire un bon film français.

Je ne rejoins donc pas tellement l’avis de l’ami Benoît, que j’encourage à se procurer le Bifrost spécial bandes dessinées de science-fiction pour trouver quelques idées de lectures !

Thing explainer – Randall Munroe

Le concept de ce livre est simple : de belles planches, façon blueprint, représentant le fonctionnement de divers systèmes : la station spatiale internationale, la subduction océanique, le soleil, un lave-vaisselle… le tout sans ordre particulier que le plaisir de parcourir ce qui nous entoure.

Le but de l’auteur ? Nous faire comprendre comment marchent tous ces systèmes. Ce qu’ils font.

Et pour ça, afin de ne pas pouvoir se réfugier derrière de grands mots ou des concepts sophistiqués, Munroe a sélectionné les mille mots les plus courants de la langue anglaise, et s’est limité à ces mots-là pour écrire, faisant du livre un nid de périphrases et de trouvailles poétiques.

Les planches sont pleines de détails, de petites plaisanteries cachées ici ou là, de notes rêveuses et drôles, dans l’esprit de xkcd. J’ai été ému d’apprendre pourquoi la vision de n’importe quel pont rend Munroe si heureux.

J’aurais aimé lire ce livre quand j’étais enfant, je l’ai dévoré aujourd’hui.

Groenland Manhattan – Chloé Cruchaudet

Arctique, début du 20ème siècle. L’explorateur américain Robert Peary ramène de son expédition, en plus d’une météorite, une petite famille inuite. La relation de l’explorateur avec les peuples du Nord est ambiguë: mélange d’admiration pour leurs techniques, d’une forme d’amitiés et de supériorité occidentale. Ces « sauvages » qu’il ramène sont aussi des trophées vivants de son expédition. Et quand ils tombent malades et que ne reste plus d’eux qu’un petit garçon, Minik, le grand explorateur réagit assez peu…

Ce livre délicat raconte la vie de l’enfant et imagine comment le jeune garçon perçoit l’Amérique des années 1900, les vêtements doux, les bains chauds, le parc d’attraction de Coney Island. A travers lui, on va suivre le point de vue inuit sur sur la conquête absurde du pôle, la découverte des pratiques « scientifiques » du museum, le choc du retour dans le monde glacé du Groenland.

Le livre est sobre et sans pathos, avec un dessin très créatif, capable de transmettre la délicatesse de la perception par un enfant de ces changements de mondes. Une belle réussite.