Love lies bleeding – Rose Glass

NIFFF encore.  Outre des films fantastiques et asiatiques, ce festival a une sélection Third Kind où ils proposent d’autres trucs. Comme par exemple un film de flingues et de lesbiennes, comme Love Lies Bleeding.

Alors, OK, oui, ce film n’est pas du tout indispensable. C’est encore une histoire violente située dans une petite ville américaine des années 80. Mais c’est super marrant. Il y a Lou, qui bosse à la salle de muscu et qui reste ici prétendument pour veiller sur sa soeur mariée à un connard. Et il y a Jack (Jacqueline) qui est en fuite, SDF et qui s’arrête ici le temps de préparer le concours de bodybuilding de Vegas. Elle a un très beau sourire et elle est très très balaise, on dirait un peu le personnage de la barbare sortie de son village des collines cimmériennes.

Et il y a le papa de Lou, qui est très méchant et très dangereux et qui dirige un club de tir. Et la maman disparue de Lou, et JJ qui est très con. Secouez, comme dans une partie de fiasco, et secouez, il va y avoir des morts.

Au cinéma, j’aime voir des trucs épatants. Ici, une salle de sport, des corps de culturistes, Ed Harris avec des cheveux longs (sort of) et Lou qui essaie d’arrêter de fumée en écoutant une cassette de coach. J’ai beaucoup, beaucoup ri. Le film a une super image, très construite, du rythme, de l’action. Alors, oui, ça ne sert pas à grand-chose, mais on s’amuse.

Pendant ce temps sur Terre – Jérémy Clapin

Suite des chroniques du NIFFF. Pendant ce temps sur Terre est un film de SF de Jérémy Clapin. Elsa est « la petite soeur du cosmonaute », disparu dans l’espace. Elle bosse dans un EHPAD dirigé par sa maman, « en attendant », mais en attendant quoi ? Sinon, elle dessine, taggue la statue de son grand frère et se rappelle leurs aventures spatiales de quand ils étaient enfants. Et, un jour, elle entre en contact avec des ET qui parlent dans sa tête.

Pendant ce temps sur terre est un film touchant, par son récit et parce qu’il tente d’embrasser : souvenirs d’enfance des années 80, SF à la Valérian et Laureline, chronique sociale contemporaine de trentenaires en mal d’avenir. La relation entre Elsa et les ET pourrait faire le sujet d’une nouvelle de Science Fiction assez maligne.

Le film a plusieurs trucs touchants : son imagerie, et notamment l’insertion de séquence d’animation dans le récit, très bien vues. Ses acteurs – très justes, et notamment son actrice principale, et plusieurs séquences touchantes ou amusantes.

Dans ses limites : c’est un film contemporain et pourtant daté, un film de petit garçon qui rassemble une SF de souvenirs de petit garçon – dans lequel je me reconnais assez bien. Une science-fiction tournée vers le passé plutôt que vers l’avenir et donc, assez déprimante en vérité. Une histoire très anthropocentrée. Les êtres outrhumains présentés (l’arbre, le chien) ne sont que des accessoires narratifs sans aucune importance en eux-mêmes. 

Un truc marrant : tout comme Handling the undead, c’est un film de deuil. Et il partage, de manière très curieuse, quelques plans et tropes avec le film norvégien. Le surnaturel qui se manifeste par l’electricité qui déconne (comme dans Nope ou dans Stranger Things), les plans d’arbres vus d’en bas (comme par un mort qu’on porterait visage tourné vers le haut) et certains plans de voyage en automobile dans des tunnels, images sans doute du passage vers l’après…

Handling the undead – Thea Hvistendahl

Je vais brièvement chroniquer ici les films que nous avons vu au NIFFF cette année, dans l’idée de s’en rappeler et, peut-être, d’en tirer quelques idées sur l’imaginaire contemporain.

Handling the undead est un film norvégien de Thea Hvistendahl dont un des arguments de vente est qu’il est inspiré d’un roman de John Lindqvist, qui avait déjà inspiré l’excellent Let the right one in, vu il y a longtemps et qu’on avait adoré.

Le pitch : une nuit d’été, un phénomène bizarre se produit et les morts reviennent chez eux. Parmi ceux-ci on s’intéressra à un petit garçon – et à sa maman et son grand-père, à une vieille femme – et à sa compagne, à une maman – et à son mari et ses deux enfants.

Le film est lent, taiseux, comme les morts d’ailleurs. Il y a beau travail d’ambiance, c’est contemplatif, on s’intéresse plus aux émotions des vivants confrontés au retour de ces autres qui furent aimés, qu’à l’aspect SF (on apprend dans le film que le phénomène semble général et que le gouvernement cherche des solutions).

Il y a des de la lumière nordique, des émotions retenues, des moments effrayants, une idée simple (le souvenir des morts dévore les vivants), et j’aurais aimé qu’il se passe un peu plus de choses au-delà des idées de base.

Le Comte de Monte Cristo – Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte

L’époque est tellement sombre et angoissante que j’ai envie de me distraire en regardant des matches de l’Euro. Des types trop payés jouant à courir après une balle, ça me paraît somme toute inoffensif, comparé à l’urgence éco(logique et nomique) et à la montée du RN.

Un peu dans le même esprit de « allons penser à autre chose », nous nous sommes rendus en famille voir le Comte de MC, d’après Alex Dumas. Trois heures de film français en costume. Et, je dois l’avouer, j’ai eu beaucoup de plaisir. 

D’abord, je pensais que je n’aimais pas tellement cette histoire. Je crois l’avoir demi-lue ado et m’être ennuyé. Je ne comprenais pas l’intérêt du récit (il s’évade, il se venge) et les pages feuilletonnantes et les sentiments exagérés m’avaient cassé les pieds.

Là, déjà, on a le best-of de ce que le cinéma français peut faire en matière de capédépée : des décors naturels splendides, des costumes qui tuent leur race (notamment des bijoux incroyables – mais les girls, en sortant, on demandé pourquoi les hommes ne s’habillaient plus comme ça), des décors inventés mêlés au décors naturels, des acteurs à fond dans leurs rôles et quelques scènes de combat très lisibles.

Ensuite, grâce au film, j’ai compris pourquoi cette histoire plaît autant et pourquoi elle est en fait super cool. Un innocent est vaincu et humilié, il s’évade, devient immensément fort et riche et peut punir les méchants à loisir. Monte Cristo, Batman, même combat : fortune, identité secrète et, dans ce film, long manteau noir classe. Et à la fin, il oublie de faire le bien alors que lui, il avait promis (pourquoi est-ce que Bruce Wayne, au lieu d’acheter des batmobiles, ne s’occupe pas de financer le secteur sinistré de l’éducation à Gotham – poke @uneheuredepeine).

Il y a plein de bonnes scènes dans le film et plein de bons acteurs. Pierre Niney est excellent en CdMC, les trois méchants sont vraiment super, bémol pour les rôles de femmes – très bien jouées, mais personnages en retrait, ça reste une affaire de mecs. Certaines scènes sont vraiment très très bien, avec des noeuds narratifs puissants, notamment la scène de chasse, ou la mort de Villefort, ou bien celle du dîner de fantômes, avec le grand sourire du capitaine Danglars qui adore voir un mec puissant jouer à faire peur…

Bref, malgré l’épouvantable « entracte » qui coupe certaines séances de ciné suisse en deux, je me suis laissé emporter par cette super histoire à la réalisation somptueuse. Pendant trois heures, je n’aurai pas pensé au RN – et, même à l’entracte, je n’ai pas regardé mon téléphone pour avoir les résultats, afin de pouvoir replonger dans l’intrigue aussitôt le noir revenu.

Best of trio de méchants

Joli yacht, pas trop historique. Le choix des bateaux est bizarre… mais on s’en moque.
Pierre et ses grands yeux doux
Haydée, femme fatale (et valaque)
Un des décors les plus improbables du film
Kaspar David Friedrich, on t’a vu !
Le comte, brooding…

Je verrai toujours vos visages – Jeanne Herry

Toujours en suivant la liste de la sélection de films 2023 de l’épatante @philopoulpe, nous avons regardé je verrai toujours vos visages. Ce film de fiction aux faux airs de documentaire raconte l’exercice de la justice restaurative, sur deux axes parallèles : la confrontation de Chloé avec son frère abuseur et la rencontre, en prison, dans un cercle de paroles, entre des victimes de vols avec violence et des auteurs de faits similaires.

Les personnages sont bien campés par de bons acteurs du cinéma français (difficile de les nommer tous, mais il y a trois acteurs de la comédie française, Briane Ba, Suliane Brahim et Denis Podalydès), et Leila Bekthi, Elodie Bouchez, Adèle Exarchopoulos, Jean-Pierre Darroussin, Miou-Miou… et le film est captivant à regarder tant son sujet est intéressant à suivre. La situation mise en scène crée des tensions dramatiques très fortes, les relations humaines sont à fleur de peau, l’apex du film étant la confrontation entre Chloé et son frère. C’est plutôt bien filmé, bien raconté et j’ai marché tout du long.

Toutefois, après la visualisation, j’ai ressenti un arrière-goût pas très agréable. C’est tout d’abord un de ces films avec lesquels il n’est pas possible de n’être pas d’accord : cette initiative de justice restaurative est clairement une bonne idée et si ça se passe à moitié comme on voit que les choses se passent dans le film, c’est certainement très utile.

Mais justement : le film a un côté « pub » pour ce dispositif et, même si je suis sûr qu’il a été écrit en se basant que des rencontres bien documentées, il ne m’a pas paru très vrai. Les professionnels présentés sont presque des saints, on aimerait en savoir un peu plus sur la réalité de ce que le film présente justement comme « un travail ». L’intensité des acteurs fait passer pas mal d’éléments des personnages, mais on sent les effets d’une forme de condensation narrative.

J’ai surtout l’impression que l’équipe qui a créé ce film n’a pas su résister au formidable potentiel dramatique que représentaient ces confrontations – et c’est difficile d’y résister, j’ai ressenti une tension puissante au moment où Chloé attend son frère dans la salle vide, avec la médiatrice. Cette utilisation d’histoires réelles, hackées pour nourrir une fiction, m’a gêné à posteriori, me mettant dans une position de voyeur.

Nope – Jordan Peele

On a regardé samedi soir en famille Nope, de Jordan Peele, sur conseil de la toujours avisée @philopoulpe.

Rosa a dit : je ne comprends pas pourquoi tu nous as dit que ça faisait peur. Ce n’était pas vraoment de la SF non plus (je ne suis pas d’accord). Cecci a dit que c’était très beau et bien filmé. Marguerite a adoré l’histoire mêlant horreur, SF et comédie sarcastique. Votre serviteur est fan.

Il y a des chevaux très beaux, une scène vraiment flippante avec un chimpanzé, d’excellents personnages tous plus ou moins barrés, particulièrement Em et OJ, mais en fait tous, plein de gags de visuels, des idées très drôles et une méta réflexion sur le cinéma et les cowboys et les films de monstres.

C’est super bien. Maintenant, on regarde quel autre film de Jordan Peele ?

Anatomie d’une chute

On est allés voir la palme d’or hier soir avec Rosa. C’était très bien. Je ne vais pas raconter le pitch de ce film super primé et dans l’air du temps (ce n’est pas une spécialement une critique – juste un constat).

Quelques remarques en vrac :

C’est un film d’auteur (écrit et réalisé par…) dans la tradition française des films avec  un n’auteur (autrice, ici, bien sûr).

J’ai trouvé la scène d’ouvertur très déplaisante à regarder et à suivre – à l’image du malaise du moment. Collection de gros plans, sur les visages, les verres, le chien, musique qui envahit tout. Une sorte de mise en image de l’entregistrement sur le téléphone de la thésarde. En y repensant, l’effet est très cool.

L’image est souvent de type « télé », avec la crudité et le piqué des images TV contemporaines. Là aussi, c’est intéressant.

Le jeu sur la langue et les langues, la capacité de s’exprimer ou pas, est très fin.

Les scènes clé forcent à avoir une lecture genrée. Un spécialiste homme, une spécialiste femme. Une dispute avec un homme et une femme. Que lisez-vous ? Que voyez-vous ? Qu’entendez-vous ?

Plein de super actrices et acteurs, notamment dans les seconds rôles (L’avocate – maître Boudaoud, Marge, la thésarde, le procureur…).

Le chien joue très bien.

L’enfant aussi. 

Maître Renzi (Swann Arlaud) est très, très beau. Vraiment très beau.

Rosa (16 ans) a aimé.

Poor Things — Yorgos Lanthimos

Comme nous sommes sur un blog, je vais accrocher ce billet par une note personnelle sur ma vie. Ce blog a commencé avant la naissance de nos filles, à une époque où Cecci et moi vivions à Paris et allions souvent au cinéma. Deux bébés et un déménagement dans la campagne suisse plus tard ont fortement réduit notre consommation de films sur grand écran. Nos goûts aussi ont changé : les sorties cinéma étant devenues plus rares, nous avons tenté de ne voir que de bons films, démarche qui a un peu réduit notre prise de risques. Le temps passant, les filles devenant plus grandes, nous avons retrouvé une plus grande liberté et, même si notre coin helvétique n’offre pas le choix que nous avions à Paris, nous avons recommencé à aller de temps en temps au cinéma, à même aller voir des trucs forts moyens (comme les trois mousquetaires – je ne crois pas avoir chroniqué ce truc) ou bien excellents. Aller au cinéma permet de plus de voir des bandes annonces, comme celle de Poor Things, dont on va parler ici. 

En voyant la bande annonce, je me suis convaincu que le film serait une sorte de Tim Burton un peu excité et renouvelé. Univers visuel chatoyant et références à Frankenstein. J’ai même pensé qu’on irait le voir avec Marguerite (15 ans). Dont acte.

Certains films sont des distractions calibrées. Pas celui-ci. J’ai vécu en le voyant une sorte de roller-coaster d’impressions : émerveillements, dégoûts, dégoût accentué, joie, peur et encore plus de joie. Se faire surprendre et balloter comme ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps et j’ai adoré. 

Au bout d’une vingtaine de minutes passées à suivre les aventures de cette jeune créature, puisque Bella en est une, j’ai senti venir le moment où il la jeune femme allait découvrir la sexualité. Avec ses doigts, avec des trucs, avec un homme, avec toutes sortes de gens. Le film parle de conventions sociales, de conventions explosées à la masse : ce qui se dit, ce qui ne se dit pas mais qu’on dit quand même, ce qui ne se fait pas, mais qu’on fait quand même, comme enfourner en quantité des pastel de nata, recracher ce qu’on a dans les bouche et faire toutes sortes de trucs sexuels. Donc, warning, si vous voulez y emmener votre descendance, ne faites pas comme moi : vérifiez l’âge limite (je l’ai loupé) et sachez que on y parle de sexe en quantité, avec des scènes assez visuelles (rien de totalement explicite non plus, mais parfois pas loin). Certaines conversations, certaines scènes sont même assez dérangeantes et peuvent faire se sentir inconfortable (TW inceste, enfants, voyeurisme…) même si, à titre personnel, j’ai trouvé cet inconfort stimulant. Je ne sais pas comment les spectatrices ont ressenti ce film.

Le cinéma, c’est entre autres cette forme d’art où des types plus vieux (comme Lanthimos, 50 ans), filment sous toutes les coutures des femmes plus jeunes (Emma Stone, 35 ans). Avec toutes les horreurs qui ressortent en ce moment, j’avais ça à l’esprit tout le long du film, d’autant qu’Emma Stone est quasiment tout le temps à l’écran, en grande tenue, en tenue plus courte, en toute petite tenue et en pas de tenue du tout. Au fur de l’histoire, Bella (en fait, on ne voit que Bella, pas tellement l’actrice) passe du statut de créature, enfermée, limitée, droguée, à celui de protagoniste, actrice de sa vie qui s’empare comme elle peut des milieux qu’elle traverse. Sa force et sa joie m’ont emporté. Alors que le monde est montré de plus en plus noir, elle devient de plus en plus puissante. Et si on la voit tout le temps à l’écran, je n’ai jamais trouvé le film voyeur, elle n’est pas objectifiée. Le film est l’histoire de Bella et Bella emporte tout. J’ai adoré la suivre.

Les autres personnages importants sont également très enthousiasmants. Godwin Baxter, incarné par Willem Dafoe, devient de plus en plus émouvant. Max McCandless est à la fois touchant, mignon et lâche. Et j’ai adoré le « méchant », Duncan, joué par Mark Ruffalo qui incarne une sorte de personnage au croisement de Chaplin et Casanova, intéressant tout du long. Les seconds rôles sont aussi tous à la hauteur.

J’adore aussi les films avec un univers. Poor Things se déroule à l’époque victorienne, dans une ambiance steampunk (genre que je n’aime pas, normalement) proprement incroyable. Les décors de studio et les décors peints sont magnifiques, j’en ai pris plein les yeux. Tout est grand, tout est faux, tout est vrai. C’est un bonheur d’images et de sensations.

Le film, très bien écrit, est bien sûr un récit initiatique, qui va nous emmener de surprise en surprise comme Bella découvre le monde. Surprise des lieux, surprise des gens et des situations. Les dialogues sont riches en punchlines et en blagues, on se les répétait en sortant de la salle avec Marguerite. Bella a la qualité (qu’elle partage avec son « père ») de tout dire et tout verbaliser, dévoilant les hypocrisies et les implicites de sa belle voix distinguée et profonde. Ca fait un bien fou.

Au fond, malgré la noirceur de certains sujets, malgré les scalpels, les cadavres, les corps malheureux, Poor Things est un film très joyeux, empli du désir de vivre. Et c’est cette joie que j’ai gardée en moi en sortant.

 

Guardians of the Galaxy – James Gunn

 La descendante 2 et moi-même avons regardé hier soir « les gardiens de la Galaxie ». On n’est pas trop marvel, mais pas hostiles non plus et ce film avait une bonne réputation. On s’est globalement ennuyés sans jamais s’attacher, ni elle ni moi, à aucun perso.

Visuellement ça m’a rappelé les couleurs criardes et les décors moches de ce genre d’histoires dans les comics (c’est une qualité du film). Pour le reste: scènes d’actions pas lisibles, écriture cahotante, persos mal tenus. Bof.

Le walkman, la musique, le trauma d’enfance, on dirait une tentative de souffler une vision personnelle dans un gros machin très cher. Mais, 1) c’est une vision perso un peu pauvre. 2) ça se voit.

On a ensuite discuté des échos, pour le type d’histoire et les personnages, avec le film Donjons & Dragons qu’on a tous les deux beaucoup aimés. Et pour nous faire plaisir, on en a revu le premier quart d’heure. 

La Chimera – Alice Rohrwacher

Sur le conseil de l’excellent podcast une invention sans avenir, nous avions regardé Lazaro Felice, d’Alice Rohrwacher, et c’était un très cool film vraiment très bizarre.

La Chimera c’est aussi très cool et aussi très bien. C’est un film qui ne ressemble pas à ce que vous connaissez et ça fait du bien d’être un peu dépaysé. Je vais tenter de le pitcher pour faire envie.

On est en Toscane, dans les années 70/80. Pas la Toscane de la riche ville de Florence, mais la Toscane des vieux villages miteux, des paysans auxquels il manque des dents et d’une industrialisation encore récente. Arthur (dit « Artù », dit « Il Maestro ») est Anglais, c’est un beau jeune homme perdu qui sort de prison et retourne au pays. Il a aimé l’archéologie et il a fait de la prison pour trafic d’antiquités. Parce qu’il faut dire que ce charmant garçon a un pouvoir étonnant : il peut sentir la présence de tombes souterraines. Et là, après la prison, il renoue sans renouer avec la bande de pilleurs de tombes auxquels il est associé, les tombaroli, et il va peut-être continuer, peut-être pas, de toute façon il n’a plus un rond, un seul costume élimé, un regard rêveur et plein de souvenirs qui le hantent.

Le film flotte entre le réalisme un peu crado et la magie, une magie quasiment toute entière dans le regard, la manière dont on regarde les tronches des personnages, les visages, les corps, les maisons, les vieux murs. Certains passages sont d’un onirisme magnifique (le défilé des Streghe pour l’épiphanie) et parfois on sent le froid, l’humidité, et le mauvais vin rouge âpre dans la gorge. L’histoire nous présente des personnages merveilleux, comme Italia, la jeune femme illettrée, Spartaco, le trafiquant, Flora la vieille cantatrice (jouée par Isabella Rossellini !). Il y a une attention aux pauvres, aux femmes, aux enfants, sans regard miséreux, avec la beauté qui ressort tout le temps, dans la voix, dans les scènes de danse, de musique, de nuits humides et de plongées dans les tombes. C’est vraiment très beau, on a tous aimé, les parents et les deux jeunes filles qui les accompagnaient.

C’est un film qui fait aimer l’Italie mais une Italie plus profonde et secrète, loin des clichés, celle qui s’ancre dans les profondeurs du passé.