The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Nous sommes donc allés voir notre premier film de Wes Anderson.

C’était très bien. Imaginatif, aigrelet, rythmé, barré, construit à étages comme une pâtisserie de chez Mendl mise en abyme. La classe, quoi.

J’ai toujours aimé Ralph Fiennes (qui jouait déjà dans un de mes films pas trop connus préférés) je l’ai trouvé très beau en M. Gustave, avec son improbable acolyte à moustache tracée au crayon. 

Air de panache ? Ils n’avaient que la demie-once.

Le vent se lève – Hayao Miyazaki

C’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait fabriquer de beaux avions. Ni plus, ni moins. On est au Japon, entre les deux guerres. Les gens sont pauvres, la terre tremble, la guerre gronde, le vent se lève. Le chapeau de Jiro s’envole, une jeune fille le rattrape, sourit, et dit, en français : le vent se lève, il est temps de vivre. Tout le film est là, dans la citation de Paul Valéry.

 C’est un film sans artifices, sans émotions calculées, sans ruses de scénario, dans la forme d’art la plus artificielle et la plus fabriquée qui soit, le dessin animé, là où il faut reconstituer complètement le monde. Il n’y a pas de personnages, seulement des personnes, avec leur histoire, leurs désirs, leurs maladresses, leur bonté, leurs relations, toutes justes. Tout est vrai, le laid comme le beau, la tristesse comme la grâce. Le vent se lève, le récit est traversé par une inquiétude de fin du monde, éclairée de moments de beauté. Jiro, enfant, dort, vit, rêve, agit, et sa vie entière, de train en bateau, de voyage en Allemagne en voyage onirique, sa vie est un long rêve éveillé. Jiro arrive à l’hôtel, portant un costume clair, il marche lentement, pensif, et on comprend peu à peu que cet homme est épuisé, presque brisé, et que par la chance d’une rencontre et d’un été, au pied de la montagne magique, il trouvera le bonheur.

Le vent se lève est une merveille. J’ai beaucoup pleuré.



Saisissant…

Dredd – de Pete Travis

Un trafic de drogues dans un HLM. Les flics arrivent. La bande de trafiquants s’en prend à eux. Voilà le contenu de ce film…

Petits détails : la terre est irradiée, la ville s’appelle Mega City One et a plusieurs centaines de millions d’habitants. La tout HLM a 200 étages et accueille des milliers de personnes. Les flics sont aussi juges, jurys, bourreaux et emmener les coupables ne les intéresse pas. Il font respecter la loi et vont coller une balle dans la tête à toutes ces crapules. Un des juges est un psychopathe et la jeune recrue a des pouvoirs psy. Et la drogue est du Slow-mo(-tion) qui ralentit les perceptions et donne à voir de bien belles choses…

Je ne suis pas familier du personnage du juge de Mega City One. J’ai dû lire une fois un comics, des amis m’en ont parlé, il fait partie d’une sorte de common knowledge SF. Il avait même été adapté en film en 95 avec Stallone et je l’avais vu (et, hérésie, Sylvestre enlevait son casque ! Et puis quoi ? La loi a-t-elle un visage ?)

   

OK, ce film-là n’est pas très fin. OK, les acteurs jouent… heu… moyennement ? (mais finalement, vu que ce Dredd garde son casque et fait la gueule tout le temps, peut-on lui reprocher d’être monolithique ?). Mais le propose est pleinement assumé, sans chichis. Le décor est bien planté. L’univers est à peine décalé du nôtre, juste plus grand, plus crade, plus âpre. Et il y a plein de passages réussis et de chouettes trouvailles (les yeux du hacker, l’utilisation des pouvoirs psy, le mode « war » de la tour), dans un esprit satirique et acide du meilleur aloi, assorti d’un humour pince sans rire. Le film a une vraie identité graphique, dans le genre criard, assez intéressante, surtout que les ralentis et autres bullet-time sont justifiés par l’utilisation du Slow-mo… Et le scénario a l’audace de ne proposer qu’une mission parmi d’autre du juge, business as usual, il ne sauve même pas le monde. 

The private life of Sherlock Holmes

Le pendu et Cecci ont re-re-vu la vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder.

Comme beaucoup de gens, j’aime Holmes, le mythe holmésien, les créations diverses qu’il a engendrées. Depuis les monographies des Moutons électriques, en passant par les séries TV (notamment l’incroyable Sherlock de la BBC), jusqu’aux diverses reconstitutions de l’appartement du grand détective (rien qu’en Suisse, près de chez moi, il y en a deux !) et les imitateurs : j’ai grandi avec Harry Dickson. 

Mais mon récit holmésien préféré est peut-être cette adaptation faite par l’immense Billy Wilder. D’abord parce que Holmes n’y est pas vraiment le super-héros que j’imaginais enfant (une première vision du film, il y a longtemps, m’avait immensément déçu : aucun génie, des trivialités amoureuses, pouah !) mais plutôt un être humain réel, malin, anglais, spirituel sur-vendu par un Watson pas très fin.

Le film démarre par les symboles du mythe, trouvés dans une caisse poussiéreuse. Il continue sur un ton de pure comédie, frisant le délire, où Billy Wilder se montre immense, puis il devient aventureux, dans les atmosphères fantastiques d’Ecosse, avant de terminer sur une note tragique. Le Sherlock Holmes qu’on y voit, remarquablement incarné, y est un homme touchant, pas insensible aux femmes, pudique et délicat.

J’aime tout dans ce film, les dialogues, les moines dans le train, la femme amnésique tirée des flots, les mystérieuses traces dans la poussière, la promenade en barque sur le loch Ness, le vin servi par Mycroft au Diogenes Club, j’aime tout, c’est du cinéma merveilleux de finesse et de délicatesse. Un chef d’oeuvre.

Encore un mot, peut-être ma réplique préférée, quand Watson voulant éviter tout soupçon pouvant entacher sa réputation et celle de son ami, tente de savoir s’il y a eu des femmes dans la vie de Holmes :

Watson : « Am I being presumptuous? There have been women, haven’t there? »

Holmes : « The answer is yes… »

Puis, avec un temps de retard : « …you are being presumptuous. »

PS : je dois à David C. la découverte de la très belle B.O du film, le concerto pour violon et orchestre Opus 24 de Milos Rosza.

Ernest et Célestine

Le pendu et Cecci et deux satellites sont allés voir Ernest
et Célestine
au cinéma.

Alors oui, on adore les albums de Gabrielle Vincent. Et il y
a dans ce film un joli travail graphique, dessins et aquarelles, et de belles petites choses
et la chanson de Thomas Fersen sur l’Ernest affamé est rigolote. Mais je ne
sais pas ce que les critiques du Masque et la plume (pour ne parler que d’eux)
ont fumé avant de parler de ce film.

Ca me paraissait impossible d’adapter la poésie décalée des
albums, qui font partie des rares histoires pour enfant présentant une réalité
sociale : Ernest l’ours est un saltimbanque, marginal, et pauvre (et
roumain, je crois). On croise dans les livres, des SDF, des propriétaires pas sympas, des
braves gens plus ou moins sympathiques. Les histoires jouent sur des sentiments
très ténus et précieux de l’existence.

Adapter tout ça était difficile, et le film y a échoué.
Le scénariste (Daniel Pennac) a choisi de prendre les choses sous l’angle de la
fable et du conte, et il a bien fait, mais le résultat n’est que très
moyennement convaincant, avec gags, scènes d’actions et suspense un peu
artificiel. On a un scénario bien lisse, sur le respect-de-la-différence et
le vivre-ensemble-dans-la-société. J’espère que les producteurs ont eu quelques financements
publics avec autant de bons sentiments. Le film se laisse regarder, rien de honteux, mais on
est loin de la merveille annoncée par les affiches.

 (au passage, la plus grosse erreur du film : Célestine est
sensée être une enfant. Pourquoi lui avoir donné cette voix de gorge et ces
dialogues d’adulte ?)

Vous voulez de l’animation française de très grande
qualité ? Regardez plutôt les triplettes
de Belleville
ou l’Illusionniste.

Les plaisirs de la chair – Nagisha Oshima

 Le pendu et Cecci ont vu les
plaisirs de la chair
de Nagisha Oshima.

On avait aimé l’empire des sens et aussi tabou (mais c’était
il y a longtemps). Dans les plaisirs…
on a un puceau coincé, amoureux d’un fantasme (jeune fille pure à grands yeux
mais dotée d’appétits charnels) qui se retrouve en possession d’un gros paquet
de sous et qui va tout dépenser en un an pour explorer toutes les relations
possibles avec les femmes.

Voici en gros le plan des sections du film : d’abord
une fille à yakuzas, puis une femme japonaise dévouée en kimono, une femme moderne
sortie d’un film de Marguerite Duras et une prostituée muette.

Rien de tout cela n’est très satisfaisant, ni pour lui, ni
pour le spectateur. La photo est assez moche, le héros veule, ça parle autant
que dans un film français, et les années 70, même au Japon, c’était vraiment
pas ça. Il y a juste un moment rigolo où trois yakuzas débarquent dans
l’appartement du héros. J’aurais aimé que Kitano soit parmi eux et qu’il lui
casse les genoux. Bang.

Le voyeur – Michael Powell

Le pendu et Cecci ont recommencé à regarder des films
et ils ont vu « le voyeur » de Michael Powell.

Du même réalisateur que lenarcisse noir, un film épatant. Les années 50, un type bizarre avec une
petite caméra, des femmes tuées avec sur le visage une expression de frayeur
intense, une scène d’anthologie dans un studio de cinéma, la nuit, un studio de
photos de charme avec frous-frous, des réflexions sur la scoptophilie, et une
maison qui fait un curieux écho à celle mentionnée dans ce TED Talk (Deb Roy, la naissance d’un mot – un must see, fascinant), qui
pourrait être la version 2010 du film. Des regards croisent des regards, des
films s’emboîtent dans des films, et la scène la plus forte du film est celle
où l’on regarde la charmante Helen regarder autre chose.

Merci à A & F de nous avoir donné envie de découvrir ce réalisateur !

La corde, Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont (re)vu la corde, de ce bon vieux Hitch.

Deux jeunes yuppies étranglent un de leurs copains et le planquent dans le coffre avant de recevoir leurs autres amis pour une soirée, exposant pour amuser la galerie quelques théories philosophiques bancales sur la légitimité du meurtre, à condition qu’il soit commis par des êtres supérieurs.

Acteurs impeccable, réalisation relevant de la frime totale (des plans géniaux, avec un nombre très réduit de raccords), dialogues exceptionnels… Oui, c’est un peu du théâtre filmé. Mais c’est totalement brillant et stressant. Un grand moment.

Et en plus, c’est avec James Stewart (un des acteurs les plus classe du monde)

Printemps tardif – Ozu

Le pendu et Cecci, continuant leur cycle de cinéma japonais, ont regardé Printemps tardif, de Yasujiro Ozu.

Dans ce film, la fille d’un universitaire, plutôt gaie et dégourdie, préfère rester à s’occuper de son père que se marier. Elle se fait draguer par l’assistant du professeur, soutenir par ses copines et pousser par la famille à convoler.

Action lente, détails de la vie quotidienne, attention aux expressions délicates de la très belle Setsuko Hara. Contemplation sereine, élégance formelle, nous avons vu tout cela mais il faut admettre qu’on s’est ennuyés. Peut-être ne sommes nous pas Japonais ?

Le narcisse noir

Sur l’impulsion de M. Alex A. et du Dr. Orlof, grâces leurs soient rendues, le pendu et Cecci ont regardé un film de Michael Powell, datant de 1947, intitulé le Narcisse noir.

Indes britanniques, du temps des colonies. Un groupe de nonnes s’établit dans un ancien palais, dans une haute vallée, pour y apporter les bienfaits de la civilisation aux sauvages : médecine, foi, instruction. Les choses vont tourner bizarrement : le général indigène, son fils fat et couvert de pierres précieuses, le résident britannique local blasé, la vieille folle, les femmes et les enfants du crus, tous ont leur propre idée sur la manière de tirer profit de la présence des soeurs. La petite communauté, dirigée par une soeur inexpérimentée et nantie d’une malade au regard étrange va souffrir de nombreuses crises…

C’est du hollywoodien de l’âge d’or solide et classique (et en fait réalisé en Angleterre – on prendra donc le terme hollywoodien comme une appréciation stylistique). Beau technicolor, belle réalisation en studio, acteurs doués, très belles femmes (malgré les cornettes), scénario bien écrit, sans happy end obligatoire. En fait, c’est bien.