Le voyeur – Michael Powell

Le pendu et Cecci ont recommencé à regarder des films
et ils ont vu « le voyeur » de Michael Powell.

Du même réalisateur que lenarcisse noir, un film épatant. Les années 50, un type bizarre avec une
petite caméra, des femmes tuées avec sur le visage une expression de frayeur
intense, une scène d’anthologie dans un studio de cinéma, la nuit, un studio de
photos de charme avec frous-frous, des réflexions sur la scoptophilie, et une
maison qui fait un curieux écho à celle mentionnée dans ce TED Talk (Deb Roy, la naissance d’un mot – un must see, fascinant), qui
pourrait être la version 2010 du film. Des regards croisent des regards, des
films s’emboîtent dans des films, et la scène la plus forte du film est celle
où l’on regarde la charmante Helen regarder autre chose.

Merci à A & F de nous avoir donné envie de découvrir ce réalisateur !

La corde, Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont (re)vu la corde, de ce bon vieux Hitch.

Deux jeunes yuppies étranglent un de leurs copains et le planquent dans le coffre avant de recevoir leurs autres amis pour une soirée, exposant pour amuser la galerie quelques théories philosophiques bancales sur la légitimité du meurtre, à condition qu’il soit commis par des êtres supérieurs.

Acteurs impeccable, réalisation relevant de la frime totale (des plans géniaux, avec un nombre très réduit de raccords), dialogues exceptionnels… Oui, c’est un peu du théâtre filmé. Mais c’est totalement brillant et stressant. Un grand moment.

Et en plus, c’est avec James Stewart (un des acteurs les plus classe du monde)

Printemps tardif – Ozu

Le pendu et Cecci, continuant leur cycle de cinéma japonais, ont regardé Printemps tardif, de Yasujiro Ozu.

Dans ce film, la fille d’un universitaire, plutôt gaie et dégourdie, préfère rester à s’occuper de son père que se marier. Elle se fait draguer par l’assistant du professeur, soutenir par ses copines et pousser par la famille à convoler.

Action lente, détails de la vie quotidienne, attention aux expressions délicates de la très belle Setsuko Hara. Contemplation sereine, élégance formelle, nous avons vu tout cela mais il faut admettre qu’on s’est ennuyés. Peut-être ne sommes nous pas Japonais ?

Le narcisse noir

Sur l’impulsion de M. Alex A. et du Dr. Orlof, grâces leurs soient rendues, le pendu et Cecci ont regardé un film de Michael Powell, datant de 1947, intitulé le Narcisse noir.

Indes britanniques, du temps des colonies. Un groupe de nonnes s’établit dans un ancien palais, dans une haute vallée, pour y apporter les bienfaits de la civilisation aux sauvages : médecine, foi, instruction. Les choses vont tourner bizarrement : le général indigène, son fils fat et couvert de pierres précieuses, le résident britannique local blasé, la vieille folle, les femmes et les enfants du crus, tous ont leur propre idée sur la manière de tirer profit de la présence des soeurs. La petite communauté, dirigée par une soeur inexpérimentée et nantie d’une malade au regard étrange va souffrir de nombreuses crises…

C’est du hollywoodien de l’âge d’or solide et classique (et en fait réalisé en Angleterre – on prendra donc le terme hollywoodien comme une appréciation stylistique). Beau technicolor, belle réalisation en studio, acteurs doués, très belles femmes (malgré les cornettes), scénario bien écrit, sans happy end obligatoire. En fait, c’est bien.

Le Mahabharata de Peter Brook

Le pendu et Cecci ont vu le Mahabharata, film de 3 heures adapté de la série télé de 6 heures adaptée de la pièce de théâtre de 9 heures adaptée des 250 000 vers de cette classique épopée indienne.

Dans ce spectacle étrange, on trouvera peu de décors, de nombreux (et très bons acteurs, globalement pas du tout indiens), des personnages aux noms pires que dans une saga de fantasy en 28 tomes (on me souffle qu’ils seraient indiens. Admettons) et des histoires et des situations excellentes. La mise en scène, théâtrale, a de très bons moments, notamment les rites magiques, la scène du jeu, la mort de Bishma sur son lit de flèches… C’est très intense, très épique, les femmes sont très belles et le passage d’entretien entre Krishna et Arjuna est un moment de suspension extraordinaire (là aussi, on me dit qu’un petit traité spirituel de bonne tenue en aurait été tiré). Accessoirement, la musique est très bien.

Bref, un excellent film, dans un registre très singulier.

Drive – Nicolas Winding Refn

Le pendu et Cecci avaient vu Valhalla Rising, le film bizarro-hype de ces dix dernières années (ou bien des suivantes?), aux dialogues presque vides et aux images plananes. Ils s’étaient dits qu’il fallait boire avant, et pas qu’un peu, pour en profiter pleinement.

Du même réalisateur, voici Drive.

Le héros parle à peine plus que celui de VR. Il est blond, beau, creux. Il conduit, très bien.

La scène d’exposition est totalement bluffante : L.A, la nuit, un casse, une poursuite tranquille en voiture. Ensuite, l’histoire est plutôt mal menée, un peu sentimentale, un peu noire. La réalisation, quant à elle, est brillante, plastique, visuelle, hyper esthétisante. Le héros sans nom, pure façade, devient une étrange créature du cinéma. Mais Cecci a dit qu’elle n’en avait pas grand-chose à faire des histoires de voitures.

Le Dr Orlof parle de ce film bien mieux que moi.

Aniki, mon frère – Takeshi Kitano

Encore du cinéma japonais, contemporain maintenant.

Aniki est un yakuza à l’ancienne, un tueur. Forcé de fuir le Japon pour échapper aux tueurs à ses trousses, il se retrouve à Los Angeles où vit son frère Ken, petit dealer minable. Là, pour aider Ken, il va lancer plus ou moins malgré lui une guerre de gangs.

Ca pourrait être le scénario d’un truc minable avec Chuck Norris. Mais il y a la présence de Kitano, ses drôles de regards et ses silences. Le choc culturel Japon/USA, présenté du point de vue japonais. Des tueries atroce sur une musique délicate de Joe Hisashi (l’équivalent dans le film des pétales de fleurs de cerisier, peu présents à Los Angeles ?). Une success story foireuse, des voitures qui explosent, des têtes coupées. Et, au milieu de tout le sang versé, une certaine idée de la fraternité. Nous en avons retiré une impression très douce.

Chien enragé – Akira kurosawa

Retour à la maison et suite de notre cycle cinéma japonais pour les nuls.

De Kurosawa on avait vu le superbe Barberousse. Chien enragé a été tourné quinze ans auparavant, avec le même Mifune.

Murakami est un jeune inspecteur de police. Il se fait pick-pocketer son pistolet, dans le bus… De peur de se faire virer, il va partir à la recherche du voleur, dans une quête absurde, au coeur de l’été, ce qui lui donnera l’occasion de parcourir toute la société japonaise. Chômeurs, bars louches, quartiers bourgeois, arrières-cours de dancings, maisons de thé, matches de baseball… 

On est loin de la perfection formelle de Barberousse, mais ça n’empêche pas le film d’être excellent. Portrait du japon de 1949, personnages excellents, attention aux détails, aux petites gens, suspense, poursuites à pied et en bus, interrogations sur la ligne fine qui sépare le policier du chien du titre… Montée de tension comme on attend l’orage qui a chaque instant menace d’exploser. Mise en scène énergique et rythmée, toujours intelligente. Bref, un film excellent.


La malchance forme ou écrase, cela dépend

Elena, de Andrei Zviaguintsev

Le pendu et Cecci ont fait mentir les statistiques et sont retournés au cinéma.

Il y a quelques années, on avait vu le retour. Film très dur, très russe, d’une incroyable beauté plastique. Le réalisateur a récidivé avec Elena.

Elena, c’est un ange, une figure de la vierge Marie. Une babouchka avec un foulard autour de la tête, travailleuse et courageuse.

Elle a épousé sur le tard un type dur plein de pognon. Avec sa petite retraite d’infirmière, elle vient en aide à son fils, un prolo branleur qui vit dans une de ces cités affreuses de la lointaine lointaine banlieue de Moscou, près de la centrale nucléaire. Le fils a une femme un peu sérieuse, et deux enfants dont le grand doit entrer à l’université, sous peine de partir à l’armée. Mais pour l’université, il faut un gros paquet de fric que le type dur que Elena a épousé sur le tard refuse de donner, parce que ce crétin n’est pas son fils.

Là, ce sont les rails posés au début du film. Puis l’histoire va en sortir… Sans éclats, sans grands effets, sans sang versé (à peine). Tout ira bien, pour la plupart des personnages mais pas pour le spectateur qui assistera à la rupture horrible et douloureuse d’un beau paquet de barrières morales. J’en suis ressorti glacé.

Twixt – F.F. Coppola

 Le pendu et Cecci, libres, sans entraves et sans enfants, sont allés au cinéma, ooooh. Ca arrive une fois l’an.

Ce film faisait la une du Temps, quotidien francophone des bobos avec investissements bancaires. J’en suis encore tout surpris.

Disons-le clairement, Twixt n’est pas un film pour vous. Il y a un Stephen King au rabais (joué par Val Kilmer, qui a bien grossi depuis The doors) qui écrit des livres sur les sorcières. Une petite ville bizarre. Un vieux shérif débile. Le souvenir d’un meurtre, et celui d’un accident. Le fantôme d’Edgar Poe. Des vampires. L’éclairage du film est bizarre, les lumières sont bizarres, les enchaînements pas vraiment cohérents. Ca fait collage, bricolage, truc pas très bien ajusté par des doigts d’enfants. C’est mal foutu, c’est un peu du foutage de g*, vous allez vraiment payé 10 euros pour voir ça ? L’histoire tient debout, mais uniquement par moments (le reste du temps, elle se tord sur le sol comme un cadavre mal refroidi)

Donc non, ce n’est pas un film pour vous. C’est un film pour moi. Un récit libre, flottant, suivant la logique du rêve, glissant hors des rails vers un ailleurs doux-amer. J’ai adoré.

Remember, Hall ! 

No fog on the lake !