Outland – Peter Hyams

J’ai vu hier soir ce film qui était sur ma to-view list depuis un siècle ou deux.

On a donc Sean Connery, viril, avec moustache, et sa belle voix grave viril (ai-je dit qu’il était viril ?), qui est marshall sur une lune de Jupiter où une société exploite une mine de Titane. La femme du marshall n’aime pas cet endroit pourri (elle a raison) et se barre avec leur enfant. Par ailleurs le general manager du coin explique au marshall que la bonne attitude, sur ce joyeux paradis de l’exploitation de l’homme par l’homme, c’est de laisser faire. Enfin, le marshall se rend compte que des mineurs meurent régulièrement après avoir pété les plombs…

Quelques chouettes décors et plans SF

Le film peut, en gros, se découper en deux parties. La première: découverte des lieux, de la vie des prolos de l’espace. Peu de temps après Alien (la même année ?), le cinéma mettait en scène du spatial plutôt low tech, sentant la sueur, la crasse et les hormones. Là dessus, malgré de nombreuses invraisemblances, le soin apporté aux décors et aux dialogues a emporté mon adhésion. Je me suis même demandé si The Expanse (dont j’avais aimé la saison 1 avant de laisser tomber la suite) ne s’était pas inspiré de ce type d’esthétique.

Dans la deuxième partie, l’inspiration western devient écrasante. On comprend que l’histoire est pompée sur le train sifflera trois fois, en moins bien, et on se laisse porter par les scènes d’action plutôt sympas et les personnages tout en trouvant le tout bien prévisible. On comprend alors (western oblige) pourquoi il n’y a aucune radio dans le film alors que par exemple, elle serait bien utile aux deux tueurs. Je m’attendais aussi à voir quelques ouvriers grandes gueules, mais le côté social du film, évoqué dans la première partie, passe à la trappe. 

J’aime bien le personnage de la doctoresse caractérielle

Test de Bechdel ? Test what ? (prononcer d’une voix virile)

Retour vers le futur I, II et III – Robert Zemeckis

Ca a occupé trois de nos soirées films du dimanche soir avec Rosa et Marguerite, et ce fut bien. Je vois là un phénomène étrange : les films que je parviens le plus facilement à partager avec elles sont surtout des trucs des années 80, début des années 90. On pourrait croire que je partage mon enfance, mais en fait je n’ai découvert ces films que bien plus tard. Est-ce que l’époque savait bien produire des divertissements « familiaux » ?

Et donc Marty MacFly, les années 50/80/2016/1885, les mêmes tronches d’une époque à l’autre, les mêmes vannes, les références croisées, le hoverboard, « personne ne me traite de mauviette », « là où nous allons, il n’y a pas besoin de route », etc. En fait, c’est bien chouette.

Les trois films tournent autour de sentiments assez doux : l’attachement à une petite ville, l’amitié évidente d’un ado et d’un vieil homme. Je n’avais jamais vu le III : plusieurs scènes m’ont touché et je trouve la fin quasi steampunk très kitsch et pourtant dans le ton.

Bref, your kids are going to love it.

 

Edward aux mains d’argent – Tim Burton

Nous avons donc regardé avec Rosa et Marguerite Edward aux mains d’argent,
comme film du dimanche soir. Histoire de nous souvenir que Johnny Depp
n’a pas tout le temps joué le capitaine Jack Sparrow, et que Tim Burton a
été un temps un cinéaste avec un univers très fort.

 Tout
le monde connaît l’histoire: une vendeuse de cosmétiques au
porte-à-porte toque à la porte d’un château gothique à savant fou et
ramène dans sa banlieue proprette (magnifique suburbia aux tons pastel)
la créature qui y vivait.

Le
souvenir du film s’était estompé dans ma mémoire. Bien sûr je me
souvenais des haies taillées en forme de dinosaures et du snikt, snikt,
snikt qui accompagne les mouvements d’Edouard avec ses très grandes
mains dont il ne sait pas quoi faire. J’ai redécouvert un film à la
narration resserrée, bien monté (au ciseau), des personnages secondaires
dessinés à l’acide et un univers vraiment inquiétant. On passe le film
entier à craindre que quelqu’un se coupe, que quelque chose soit détruit
par les longues lames d’Edouard. L’horreur sanglante est toujours
sous-jacente et n’apparaît (presque) jamais ce qui donne au récit une
tension étrange et dérangeante.

Les
scènes finales (paniques, coupures, poursuites…), après tout le temps
passé dans la banlieue à la guimauve, prennent une connotation
particulièrement dure, adoucie par le fin kitsch et poétique.

Private Property – Leslie Stevens

Années 50, Californie. Deux losers suivent une belle femme aperçue à une station service et l’espionnent, avec l’idée de l’un des deux que l’autre puisse coucher avec elle. Ce petit film est un thriller en quasi huis-clos, avec une villa avec piscine espionnée depuis une maison abandonnée et la silhouette d’une belle blonde en maillot de bain. Tout l’intérêt du film, et tout le malaise qu’il génère, vient des tensions sexuelles, toujours présentes à l’écran et jamais dite. Désir des truands pour la belle bourgeoise esseulée. Désir sexuel inassouvi de la dite même que son mari est incapable de voir. Troubles homosexuels entre les deux baltringues. C’est filmé et joué avec talent. Pour le reste, une fois la situation posée, l’évolution est prévisible, et l’ensemble, assez glauque.

 

Isle of dogs – Wes Anderson

On est allés voir Isle of dogs et on a aimé. Ceux qui n’aiment pas le cinéma de Wes Anderson, hyper formel, plein d’astuces, de petites boites et de bricolages, n’aimeront pas. C’est encore plus andersonnien que ses films précédents. C’est un film d’animation, meilleur que Fantastic Mr Fox et pas spécialement pour enfants, malgré les chiens aux yeux doux. Ça se passe dans un Japon réinventé plein de japonaiseries, il y a une scène de préparation de sushis impressionnante, des citations dans tous les sens, des scènes d’action très cool et une ancienne chienne de concours qui fait des trucs (mais il faut imaginer la boule de bowling en équilibre sur ses pattes arrières). Bref.

Una giornata particolare – Ettore Scola

8 mai 1938, à Rome. Le jour où Adolf Hitler est reçu en grande pompe par Benito Mussolini. L’immeuble moderne de la viale del XXI Aprile est déserté par tous ses habitants: la population entière est invitée à assister à cet évènement historique.

Volumes vides de l’immeuble. Cages d’escalier vitrées. Cour déserte. Restent, en tout et pour tout, trois humains dans le grand bâtiment. La concierge affreuse, qui installe sa chaise et sa radio dans la cour (et ainsi le son de la retransmission de l’évènement résonne partout dans le bâtiment). Antoinetta, mère de six enfants et épouse de fonctionnaire, qui a habillé toute sa famille de petits fascistes pour les préparer au Grand Moment. Et Gabriele, le locataire du sixième, ancien speaker à la radio, qui se prépare à se tirer une balle dans la tête.

Après, reste un dispositif minimal : deux humains, leurs corps, leurs visages. Deux appartements. Le temps changeant, dehors, et en arrière son les exclamations lyriques de la radio. Cela pourrait être théâtral et c’est du grand cinéma: les visages, les regards, les plans dessinés, tout le temps, l’espace de l’immeuble comme une coquille vide. Les acteurs sont très beaux, tout le temps. La souffrance affleure, on a peur pour eux, pour les vies suspendues, et on retient notre souffle pour que l’instant de grâce que vivent Antonietta et Gabriele se prolonge.

 

 

Pour mémoire : le strabisme de Mastroianni, les yeux en amande de Sofia Loren. La scène d’ouverture où se révèlent les enfants. La représentations, très juste et cruelle, du travail domestique. L’attention accordée par le film aux petits gestes quotidiens. Les couleurs passées, à la fois douces et tristes. La pluie qui alourdit les drapeaux.

Princesse Mononoke – Miyazaki

En tentant de repousser un démon qui attaquait son village, le prince Ashitaka récolte une malédiction qui le contraint à l’exil. Vers l’ouest, dans les terres où règnent encore d’anciens dieux, il trouvera peut-être une explication à son malheur, sinon la guérison.

Si vous suivez ce blog, vous connaissez sans doute l’histoire, sinon vous êtes d’heureuses gens qui n’avez pas encore vu ce film, mon préféré parmi les grands films de Miyazaki et, dans la foulée, le meilleur film d’heroic fantasy au monde.

Je ne l’avais pas vu depuis plus de dix ans et nous l’avons montré aux enfants lors de notre dernière séance de cinéma familiale. J’ai été pris dedans comme la première fois, j’y ai vu et compris des choses que je n’avais pas vues auparavant, j’ai adoré. Des dieux, des hommes, des femmes, l’écologie, le sexisme, la guerre, la vie, la mort… Les personnages sont tous très bien écrits, je crois que je les aime tous.

Les filles ont été capturées par le récit… et terrifiées. Non pas par les démons, comme nous le craignions, mais par les images de guerre, les cadavres empilés, les bras tranchés durant les combats, la violence humaine terrible qui traverse l’histoire.

Les disparus de Saint-Agil – Christian-Jacque

Après ma relecture de ce roman remarquable (voir chronique) nous avons regardé l’adaptation qui en a été réalisée peu après, en 1938, par Christian-Jacque (le même que pour Fanfan la tulipe), avec des dialogues (non crédités) de Jacques Prévert.

Tout en reprenant la même histoire que le livre, le film est une véritable adaptation, fidèle à certains aspects du roman et en ignorant totalement d’autres. On oublie l’aspect proprement policier du récit (le personnage du policier est oublié), on concentre surveillants et professeurs en une poignée de personnages (joués notamment par Michel Simon et Erich von Stroheim) et on se concentre sur le danger encouru et vécu par les enfants. Les disparus est un film de mystère et d’aventures enfantines, un peu comme le seront après lui certains films de Steven Spielberg par exemple.

Loin de la chronique réaliste, le film a quelque chose d’expressionniste, avec son très beau noir & blanc et ses décors un peu baroques (je n’imaginais pas la pension St Agil si chic). Les enfants jouent très bien, dans un style un peu guindé mais très beau. Le récit est très rythmé, on ne s’ennuie jamais, les bonnes scènes s’enchainent, l’ambiance est électrique. Quant à la fin, un peu folle et anar,  elle ressemble plus à la « fin rêvée » du roman (les lecteurs comprendront) qu’à son issue plutôt réaliste.

Bref, un scénario malin, une réalisation au petit poil, des acteurs formidables, c’est un très bon film. L’auteur de ces lignes a eu l’occasion de tomber au coin d’un écran sur les choristes (lui aussi un film de pensionnat dépeignant le même coin du siècle). La comparaison fait très mal au plus récent des deux films.

Rosa et Marguerite ne l’ont malheureusement pas aimé, rebutées par le son d’époque et la diction très années 30 des acteurs rendant les dialogues parfois difficilement compréhensibles pour elles (notre installation est sans doute un peu en cause également). Nous leur avons conseillé de lire le roman, elles pourront toujours revoir le film plus tard !

 

Ghost in the shell – Rupert Sanders

Dans la foulée de mon visionnage de l’animé, j’ai regardé le remake récent. J’avais envie de voir de belles images de science-fiction, des cyborgs, une ville surréelle, tout ça. Et bien sûr de voir comment l’histoire avait été traitée.

Globalement, ça ne m’a pas plu. Trop de bizarreries, trop de visions simplistes (policiers honnêtes contre méchante corpo, tous également violents), trop de choses incohérentes (les souvenirs qui se manifestent comme des glitches graphiques…), l’emploi bizarre de Takeshi Kitano… Le world building, tentant de faire coller des idées issues du film original (du manga ?) et des idées plus contemporaines ne marche pas du tout. Et je ne parle pas du whitewashing global de l’affaire…

J’ai aussi un problème avec le fait que dans ce monde surpeuplé, l’histoire se limite à un conte de fées impliquant un tout petit nombre de personnages archétypaux (et globalement mal écrits). Et le happy end débile. Les scènes d’actions auraient pu être bien si elles n’étaient pas quasi toutes pompées sur l’animé original, sans amener grand chose sinon une démonstration de prouesse technique, mais pour quoi faire ?

Reste Scarlett Johansson, drôle de créature à la fois sexy et asexuée, le seul personnage que j’ai trouvé crédible dans toute cette affaire. En la voyant, j’ai cru voir un cyborg au corps lourd, puissant et amplifié. En cela, elle parvient à faire revivre une des réussites du film d’origine (voir ma chronique de celui-ci où je dis exactement la même chose du major Kusanagi). Et ce détail éclaire l’ensemble du film d’une étrange lumière, incarnation de la uncanny valley.

L’arnaque – George Roy Hill

Dans ce film, on a deux sympathiques escrocs dans le Chicago de la grande dépression qui tentent de dépouiller un gros bonnet très méchant (et superbement joué par Robert Shaw). Il y a aussi Robert Redford et Paul Newman avec ses yeux bleus qui rient et son sourire en coin qui tue. C’est bien fait, bien joué, avec de beaux décors, de bons acteurs, un scénario au millimètre et une histoire de cinéma, comme le crime de l’orient express : des acteurs qui jouent des types qui jouent des types. Curieusement, toutefois, je n’ai eu peur à aucun moment pour les héros.

Marguerite n’a pas aimé – le récit, un peu trop compliqué, l’argot de bandits. Rosa s’est accrochée pour comprendre l’histoire et l’arnaque et en a été très contente.