The Wild Bunch – Sam Peckinpah

Ce film a été vu dans le cadre d’un cycle domestique informel « faisons-nous une culture western ».

Ca commence par une bande de braves soldats qui arrivent en ville. Ils sont virils et bien rasés. La ville est calme et tranquille. Des sales types les attendent sur le toit, en embuscade.

Puis les soldats entrent dans la banque et… ces braves types sont en fait des bandits ! Et les sales types des chasseurs de primes ! Et après ça, ça défourraile à tout-va pendant quinze minutes, on ne sait pas qui sont les gentils ni les méchants, des innocents meurent, le combat est super sale et même un gentil spectateur blasé comme moi commence à se sentir un peu mal devant tant de sang et de violence. 

Suit un film étonnant, une course-poursuite entre des bandits durs en affaire et des chasseurs de primes pas meilleurs qu’eux. L’écoeurement passe, on en vient à s’attacher à ces humains pas recommandables, aux paysages qui traversent, aux enfants et aux femmes qui les observent. Peckinpah film les visages, les silences, les suspensions, entre deux explosions de violence. Ça se terminera mal, certains essaieront de bien faire et mourront, d’autres se planqueront et s’en tireront. Les scènes d’action sont longues et produisent parfois de très belles images, d’un spectaculaire parfois dantesque. 

Un films d’Hommes (avec des grosses voix, des dents gâtées et des odeurs de slips sales) mais qui s’attarde à montrer les femmes et les enfants voyant défiler (et devenant victime de) toutes ces violences. Les acteurs sont formidables (et pas glamour), les personnages excellents.

Un drôle d’alcool à boire. Une fois les premiers goûts passés, j’ai aimé.

Ici, une intéressante chronique de Roger Ebert qui a vu le film à sa sortie.

Vaiana, la légende du bout du monde – Ron Clements, John Musker

Nous avons regardé en famille ce « classique Disney » et avons passé un plutôt bon moment. C’est du travail de pro, lisse et bien fait, rien à dire. J’en ressors toutefois avec le sentiment d’avoir vu un film marquant la fin d’un monde.

Certes, certains détails sont bien de notre époque : l’héroïne est une femme forte, la nature est omniprésente et le discours « écologique », le personnage masculin n’a pas une silhouette stéréotypée (il est gros, et fort, et cool) et tout ça n’est pas désagréable. 

J’ai eu toutefois en le voyant l’impression d’être plongé dans une millième déclinaison du monomythe et, pire encore, que les auteurs en étaient conscients et faisaient des clins d’oeil au spectateur conscient. Le schéma de l’histoire est réduit au plus simple (départ/refus du départ, épreuves – le dieu sur la plage, le crabe géant, le monstre de feu, confrontation, retour à la maison), sans quasiment aucune justification narrative : par exemple l’héroïne part n’importe où sur l’océan et tombe sur Maui.

Et pour bien marquer qu’on n’est pas dupe, la suite est une série de dialogues blagués avec plein de vannes entre notre jeune fille sérieuse et Mr Joker (Maui) qui lit l’histoire au second degré, commente le concept de la « princesse avec animal de compagnie débile », prévient quand les chansons vont arriver ou quand elle va lui tenir le discours poignant qui va le faire changer d’avis. (Et oui, il change d’avis. Et oui, il y a des chansons, qui sont carrément bof)

A ce point de méta, j’ai eu le sentiment que le monomythe/broadway que Disney sert depuis La Belle et la Bête était en état de mort clinique.

Le film pour enfants à grand spectacle produit maintenant d’autre choses, soit graphiquement (Kubo et les deux ficelles ou les Indestructibles 2, vu l’été dernier et que j’ai oublié de chroniquer et qui maniait le discours méta bien plus habilement, quittant le monomythe pour le remplacer par la comédie d’action familiale), sans parler des chefs d’oeuvres japonais. 

D’ailleurs, ce propos, le discours écologique montrant la nature/la mort de la nature/la renaissance par le pouvoir de la déesse de la fertilité est d’une incroyable lourdeur quand on le compare à la figure du Grand Cerf dans Princess Mononoké. Le scénario de Vaiana ne fait que transposer le schéma Bien/Mal sur Nature/Pollution, là où Miyazaki est bien plus subtil. Le film est incapable d’assumer le fait que la déesse de la fertilité reste porteuse de mort.

Blow out – Brian de Palma

Dans ce thriller de Brian De Palma, un preneur de son pour film d’horreur venu faire une collection de bruits d’ambiance en pleine nuit est témoin d’un meurtre. C’est évidemment une référence explicite au Blow up d’Antonioni. Le personnage de Travolta est très bien et tout ce qui relève du jeu sur le son (le moment où le héros, jouant avec micro de mémoire, reconstitue les évènements, la reconstitution de ses gestes professionnels) et sur le cinéma (la séquence filmée à partir de photos de paparazzi) est très cool. Le film est excitant et vertigineux pendant environ les trois quarts de sa durée, puis il se perd dans une scène finale filandreuse et d’un mauvais goût époustouflant. Pas grave en soi, il suffit de la couper mentalement, mais ça fait retomber le film au rang d’une série B. réussie.

Shaun the sheep movie – Mark Burton et Richard Starzack

Animation en pâte à modeler, moutons rigolo et débiles, fermier aux lunettes pas très claires, bonjour vous êtes dans l’univers de Shaun le mouton. Problème: Shaun ce sont des histoires de cinq minutes, avec des moutons, des cochons, un chien et des guest stars (coq, chèvre, extra-terrestre…). Le film reprend les même et les balance à la ville. Et c’est super bien. Poétique, drôle, plein d’aventures et de plans tordus, drôle, tendrement satirique, et j’ai dit que c’était super drôle ? Shaun rules !

(vu en VO sans sous-titres, j’ai tout compris)

En bonus : un petit article sur le design des personnages.

Les Goonies – Richard Donner

Je n’avais jamais vu ce classique de la spielebergerie des années 80. On l’a regardé avec les enfants, qui ont plutôt aimé, mais pas autant que leurs parents. Une bande de gamin se refait l’île au trésor version club des cinq, affrontant des bandits italiens idiots (mais à la maman inquiétande) et vivant toutes sortes d’aventures trépidantes pour pouvoir payer les dettes du papa, sinon la maison sera vendue. Bien sûr, ce n’est crédible pour deux francs, parce qu’on s’en moque: on est dans une aventures de gosse racontée par des gosses, il y a plein d’humour, des épreuves absurdes et à la fin les gentils gagnent, et c’est exactement ce qu’on voulait.

Une remarque: les personnages de femmes sont vraiment bofs. En fait, c’est un film qui parle de petits garçons qui ne veulent pas cesser d’être des petits garçons. Il y a tout un discours amusant sur la masculinité, le sexe (implicitement refusé), les grosses voitures, le fait de devenir adulte… On a aimé, dans la suite des Indiana Jones ou des Retour vers le futur.

La ballade de Buster Scruggs – Joel et Ethan Cohen

On a eu un temps un abonnement Netflix, ça nous a permis de regarder ce recueil de nouvelles de l’Ouest des frères Cohen. Six histoires de cow boys incroyables, méchantes, cruelles. Des tall tales, qui repassent les figures classiques du Western: la gâchette rapide, le braquage de banques, le chercheur d’or, la caravane de pionniers, les saltimbanques shakespeariens et la diligence. Je ne sais pas si c’est un grand film, mais les histoires sont toutes bien et le film très beau. En plus c’est méchant et marrant.

Kubo and the two strings – Travis Knight

Kubo… est un film d’animation en stop motion racontant la quête d’un jeune garçon dans mon japon rêvé. Son univers graphique est très original, les personnages (le singe, le samouraï-scarabée, les sorcières…) sont intéressants et originaux et l’animation et les images sont complètement fous (je ne connaissais pas le studio Laika, ça donne envie de s’y intéresser) Le début notamment, avec la vague géante, ou la séance de contes magiques avec des origamis, sont épatants.

Je suis plus réservé sur le récit global, dont l’arc principal est le très classique quête/coming-of-age/reconstruction de la famille défaillante. Sur cette trame simple, on a toutefois des scènes graphiquement et plastiquement folles, souvent surprenantes et déstabilisantes, qui peuvent être effrayantes pour des jeunes enfants.

Une belle découverte, merci Marguerite !

How to train your dragon, the hidden world – Dean DeBlois

Je ne suis à la base pas très amateur de cette franchise. Dragons, vikings, humour gentil, pas trop ma came.

Nous sommes allés voir ce troisième et dernier film (dernier, c’est assumé !) avec les enfants et il m’a bien plu. Il y a toujours le même kitch que les autres, certains éléments scénaristiques ne marchent pas du tout, mais les aventures de cette bande de gentils héros pas très fins et rigolos m’ont émues quand même. Les dragons y apparaissent comme une figure métaphorique pleine de sens et bien tenue, la coming-of-age story est juste. C’est une histoire d’amour et de renoncement qui porte des émotions justes et fortes. Et la scène de danse aérienne entre les deux dragons est de toute beauté (c’était chouette de la voir au cinéma sur un très grand écran).

Le récit comprend quelques moments poétiques, des scènes d’infiltration improbables, des blagues bien trouvées, portées par des personnages ayant une vraie cohérence. L’humour est au premier degré, sans moqueries ni références faciles.

Les enfants ont adoré et leurs parents on eu du plaisir à voir le film.

The lego movie 2, the second part – Mike Mitchell et Trisha Gum

Avoir temporairement un cinéma près de chez soi permet d’aller voir des trucs qu’on ne serait pas allés voir autrement. Et on aurait eu raison. Les animateurs se sont amusés, quelques chansons absurdes ont été composées et l’humour repose sur quelques punchlines et plein de références. L’histoire, malheureusement, est faussement fine : deux mondes s’affrontent, qui ne se comprennent pas, mais nous on les comprend et on en comprend très vite la nature, ce qui permet de voir arriver la fin à des kilomètres.

Je n’accroche pas à cette méta-culture qui repose sur une pile instable de pièces de légo et de films que « tout le monde » à vu (« look ! he’s back-to-the-futuring ! »). Ca fait rire, puis il n’en reste rien. Les personnages n’ont pas beaucoup de consistance.

(Rosa, 11 ans, a eu du mal à accrocher, notamment parce que la plupart des références visant les grands-ados et adultes lui échappaient)

(Mais j’aime bien le personnage de Rex, avec ses guitares électriques et ses dinosaures)

Prédator 2 – Stephen Hopkins

Dès fois, on a des envies bizarres, comme de revoir Prédator 2

Dans une Los Angeles un peu SF, écrasée par la guerre des gangs et la canicule, un ET bien brutal et tribal démolit les gangmens les plus terribles et finit par affronter un flic super balaise.

C’est du gros film d’action qui tache, mais qui passe encore bien. Beaucoup de sang, un peu de sexe (les gangsters aiment bien s’entourer de filles avec les nénés à l’air). Les gangsters noirs sont méchants. Les gangsters latinos sont méchants AUSSI. Les flics blancs sont méchants. Le héros noir est hyper violent. Mais gentil.

Certaines scènes, comme la poursuite du Predator dans l’entrepôt frigorifique ou la scène du métro, sont vraiment très bien. Le film fait exploser mille fantasmes de violence.

Le plus étonnant du film: réussir à faire croire que Danny Glover est un gros costaud (alors qu’il a une stature plutôt normale).