Dans notre tentative de faire découvrir des classiques à notre descendance, voici Alien, vu avec Marguerite (Rosa n’avait pas envie d’avoir peur). J’ai revu ce classique un avec un très grand plaisir : c’est beau, bien écrit, fait avec amour jusque dans les petits détails, et j’ai de nouveau accroché à l’histoire. Marguerite (14 ans) a elle aussi beaucoup aimé, notamment la qualité des personnages et le fait qu’il n’y ait « pas d’histoire d’amour entre les membres de l’équipage ».
Étiquette : enfants
Coeurs Vaillants – John Grümph
J’ai ouvert ce blog il y a quelques années de ça (18 ans, en fait), à l’époque de la mode des flux RSS, alors que ni twitwi, ni fb n’existait que le changement climatique était juste un sujet très inquiétant. Et c’est peu de temps après que j’ai commencé à lire le blog hu-mu qui parlait de Steven Ericson, de Unknown Armies et de Shadowrun.
Ce n’était pas tellement le propos prévu de ce billet, mais je suis heureux de voir que hu-mu est toujours là. Avec le temps j’ai fini par sympathiser avec ses tenanciers (oui, c’est une bande de mecs, à moins que j’ai loupé quelque chose ?). Depuis des enfants sont nés, des livres ont été écrits et sont parus et Cédric a regardé 172 564 heures de séries TV. Aux deux tenanciers d’origine se sont ajoutés d’autres personnes venant écrire autour des mêmes sujets (littérature de genre, séries TV et jdr) des articles que j’ai toujours autant de plaisir à lire. Le plus drôle c’est que, même si je considère les auteurs comme des copains, je n’ai rencontré en vrai que Tristan (deux ou trois fois en GN, bien avant qu’il ne chronique des vieux Néo et des suppléments de l’AdC sur hu-mu) et Benoit, pour un déjeuner à Genève. Les auteurs de hu-mu font partie de cette catégorie de gens née à la toute fin du 20ème siècle, « les copains d’Internet ».
Je suis un rôliste né dans les années 70, j’aime jouer à l’appel de Cthulhu et je n’aime pas les systèmes de règles. Pourtant, quand le blog a parlé de Coeurs Vaillants, j’ai eu envie de jeter un coup d’oeil, pour faire jouer ma fille ado. Pendant le confinement, on avait tenté une sorte de D&D, mais ça n’avait pas marché. J’avais quand même envie de revenir dans une heroic fantasy légère.
J’avais déjà essayé un jeu de LG (les douze lotus) dont j’avais trouvé la proposition intéressante, mais que je n’ai pas réussi à faire jouer.
CV, c’est un jeu de rôle Old School Revival : ça vous donne le feeling de Donjons et Dragons, avec des règles plus modernes. Jeter des D20 pour toucher, et des dés de dégâts. Avoir des PJs avec des points de vie et des niveaux et des xp. Vivre des aventures audacieuses, mais devoir compter ses sorts et essayer d’améliorer sa classe d’armure…
Les règles sont remarquablement concises et bien écrites, avec une logique interne très bienvenue. C’est équilibré, c’est intelligent et à l’usage (j’en atteste), ça marche ! (j’ai juste remis les caracs sur 20 et calculé la valeur de « jet de carac » à côté, mais ça ne change pas grand chose à l’esprit). Ca tient en quelques dizaines de pages très claires, et tout est là.
LG a publié deux compagnons (pas indispensables), un recueil de scénarios bien fichus et une campagne vraiment sympathique, ogres de gel. L’ensemble forme une gamme concise (oui !), pas chère (oui !), bien écrite (et oui !), bien dessinée.
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J’ai fait jouer trois scénarios depuis l’achat et ça a marché comme sur des roulettes. Je me suis même éclaté à faire jouer le dungeon crawling de « là où vont les chiens » en festival, dimanche dernier, en vivant un moment épique où la moitié des PJs a été laissée pour morte dans le donjon pendant que les autres s’enfuyaient après avoir réveillé des guerriers squelettes à 4DV.
Alors oui, le jeu vidéo permet un peu de vivres ce genre de choses: expéditions souterraines et accumulations de xp. Mais le faire autour de la table, dessiner la carte au fur et à mesure, pouvoir faire des erreurs en explorant le donjon, courir dans le noir et fuir les monstres autour d’une table, ça a un charme fou.
Le dictateur – Charlie Chaplin
Après l’avoir vu lors d’une ressortie au cinéma au début des années 2000, nous avons voulu montrer le Dictateur aux enfants.
Voir des films de Chaplin, c’est toujours plonger dans un univers artistique unique. Le Dictateur peut paraître horriblement daté, avec son humour zimboum, ses baffes dans la gueule, ses poursuites dérapantes, sa naïveté, ses personnages simples. Le canon détraqué se tourne pour poursuivre le canonnier, le dictateur éructe des phrases hachées crachant sur les Juden tout en faisant des grimaces et le savant fou essaie des inventions absurdes qui tournent tout le temps en désastre. C’est un film de sketches, au scénario flottant, situé dans une Allemagne de pacotille, un ghetto juif inventé en studio et pourtant c’est quand même bien. Il y a chez Chaplin un humour, une tendresse, quelque chose de doux et d’un peu ridicule. J’aime toujours voir ou revoir ses films. Chaplin est un clown, sorti du cirque pour tomber dans le cinéma (et moi, j’aime le cirque).
La fin où l’acteur casse le quatrième mur pour parler aux spectateurs, me bouleverse toujours.
Les enfants ont bien aimé.
Sauveur et fils — Marie-Aude Murrail
Sauveur et fils est de ces bouquins que tout le monde a lu, à la maison. Rosa, Marguerite, Cecci et finalement moi. Cette série est basée sur une narration un peu soap et nous raconte les consultations du beau Sauveur Saint-Yves, un psychologue d’origine antillaise installé à Nantes. A travers le défilé des patients on a plein de petites histoires, drames humains, situations comiques et catastrophes annoncées, habilement tressées ensemble et liés aux aventures personnelles de Sauveur et son fils. C’est très drôle, bien vu, plutôt gentil (en tous cas dans le premier tome) et très dur à lâcher une fois commencé. J’ai bien aimé, mais me suis arrêté au tome (saison) 1.
Twilight I (fascination) – Stephenie Meyer
Une jeune femme quitte la ville de Phoenix pour s’installer chez son père dans un bled pluvieux a quelques heures de route de Seattle. Elle est douée en classe, hyper sensible et inadaptée… Et elle tombe amoureuse du plus beau garçon du lycée qui n’est autre… qu’un vampire.
Cette romance vampirique est devenue un tel classique qu’elle a fondé un genre en elle-même. C’est un must-read pour les amies de ma fille (celles qui lisent), elles adorent tout autant qu’elles en rient et s’en moquent.
Littérairement parlant, c’est très mauvais. Des dialogues insipides, les sentiments autocentrés de la jeune femme, le côté beau-ténébreux-mystérieux du vampire… Pas beaucoup de finesse là-dedans, mais somme toutes, ce n’est pas grave, j’ai déjà aimé des livres mal écrits.
Toutefois… Que raconte Twilight – fascination, une fois qu’on a enlevé la déco fantastique ?
Une jeune femme de la petite classe moyenne essentiellement préoccupée de son nombril (et un tout petit peu, de ses parents) arrive dans un nouveau lycée et tombe amoureuse du fils du richard du coin. Il lui bat le chaud et le froid et lui fait comprendre qu’elle n’est capable de rien sinon se causer des ennuis à elle-même et aux autres (notamment par sa beauté), et la jeune femme reprend joyeusement ce discours : oui, je suis nulle, je ne suis capable de rien sans toi. D’ailleurs, le récit lui donne raison, et quand les méchants concurrents de la famille arrivent la jeune femme prend une seule initiative… qui est de tomber dans le piège des méchants.
Je ne sais pas quel fantasme ça exprime, ni pourquoi ce récit a accroché tant de lecteurs et de lectrices. Vers l’âge de quinze ans j’avais découvert les romans vampiriques de Ann Rice (que j’avais aimé, du moins les deux premiers, après stop) et je me demande ce qu’ils valent vraiment lus à l’aune de Twilight.
Et, autre question fondamentale pour laquelle j’appelle le soutien des rôlistes du monde entier : est-ce que S. Meyer est une ancienne joueuse de Vampire, the Masquerade(tm) ?
Hôtel Castellana — Ruta Sepetys
Madrid, 1957. L’Espagne de Franco s’efforce de faire oublier la guerre civile et accueille ses premiers touristes et hommes d’affaire américains. Dan est un jeune homme de dix-huit ans, espagnol par sa mère, descendu avec ses parents au luxueux hôtel Castellana. Mais là où son père veut faire des affaires dans le pétrole, et où sa mère veut renouer avec ses origines, Dan, doté d’un vrai talent pour la photographie, espère découvrir l’Espagne véritable, derrière la façade souriante du personnel de l’hôtel.
C’est à l’hôtel que travaille Ana, dont les parents républicains ont été tués par le régime et dont la famille entière paye cher d’être associée à des gauchistes. Le salaire d’Ana va tout entier pour soutenir sa famille (sa sœur, son frère, son beau-frère et sa nièce) entassés dans deux pièces dans le quartier populaire de Vallecas. Rafa, le frère, cumule deux boulots, à la boucherie et comme fossoyeur dans un cimetière, en compagnie de son ami d’enfance, de persécutions et d’errance, Fuga, qui rêve de devenir un torero célèbre et s’entraîne la nuit dans les champs des éleveurs. Puri, la cousine d’Ana, est bonne-sœur dans une institution accueillant et plaçant des bébés orphelins, institution aux pratiques douteuses…
Hôtel Castellana est un roman ados/jeunes adultes américain, choisissant comme cadre l’Espagne franquiste de 1957, ses pesanteurs, ses oppressions, sa culture du silence. On sent que l’autrice a été fascinée par son sujet et a tenté de faire passer à son public quelque chose de ce monde à la fois tout proche et très différent, très lointain. La romancière a sur ce point une approche très honnête et très documentée (avec, notamment, de nombreux extraits d’archives mis en contrepoints des chapitres) choisissant comme véhicule narratif un jeune homme américain découvrant l’Espagne, image de l’autrice explorant son sujet. Cette humilité dans la création et la longue postface détaillant dans quel contexte le livre est né m’ont rendu sympathique et le livre et sa créatrice.
Le récit n’évite pas quelques facilités narratives modernes (chapitres courts terminés par des suspenses/surprises parfois artificiels) mais l’histoire en est très intense et prenante, avec de nombreux sujets habilement entremêlés : le silence d’après la guerre civile, le poids de la société conservatrice, les adoptions d’enfants républicains, la photographie, le rêve des toreros… et bien sûr une romance entre deux jeunes gens attachants.
Bien que vendu comme roman ados, Hôtel Castellana est aussi une très bonne lecture pour adultes. Une belle découverte. Merci Rosa !
Avatar — James Cameron
Et bien oui, celui-ci aussi on ne l’avait jamais vu. Ca coûtait trop cher de descendre le voir au cinéma quand il est sorti (malgré mon goût pour la SF avec des vaisseaux), et il fallu que Marguerite lise un article à son sujet dans l’excellente revue Topo pour nous convaincre de le mettre au programme de notre ciné-club familial.
Deux choses bien dans ce film : une belle idée SF (se projeter dans un corps artificiel qui ne soit pas la nôtre et qui permette d’explorer des mondes qui nous échappent) et une réalisation efficace, qui emporte l’attention et donne envie de voir la suite.
En exceptant cela, le film est très très bête. Marguerite a trouvé l’histoire cent pour cent prévisible. Les personnages sont écrits à la truelle, la philosophie du récit est bête à mourir et ce que ça raconte du rapport des auteurs à la nature est très très effrayant. Le personnage principal est défini dans le récit comme une vasque vide, et, de fait, il l’est.
J’ai eu également du mal à supporter l’imagerie jeu-vidéo du film, avec ses CGI trop vraies pour être vraies. A titre personnel, j’ai eu une dose satisfaisante d’exosquelettes, de créatures bizarres, d’hélicos cools, de décors insolites et grandioses, mais après visionnage il ne reste plus grand-chose de tout ça, sinon une envie de relire le nom du monde est forêt, d’Ursula Le Guin.
Up – Pete Docter
J’ai découvert ce film dans des circonstances personelles difficiles, les images et les émotions qu’il dégage restent associées à ce moment. J’ai pleuré à la fin de la très belle scène d’introduction, quasiment un court-métrage à elle toute seule, qui concentre tout l’enjeu émotionnel du film. Un vieil homme, à la fin de sa vie. La femme qu’il a aimé, disparue, mais toujours présente.
La suite est une aventure folle à la Pixar, souvent très belle, parfois très idiote, avec dirigeable, chiens qui parle, créatures un peu préhistoriques et collection de badges. C’était super et ça nous a fait du bien à tous.
Les sept samouraï – Akira Kurosawa
Avec Cecci et les enfants nous avons vu les Sept samouraï. Les adultes l’avaient déjà vu, Marguerite l’avait découvert en cours de vidéo et n’avait pu en voir la fin.
Dans ce film, on trouve : un village plus vrai que nature, des paysans toujours inquiets, des samouraï aux motivations variées, des distances de classe, un unique personnage féminin, des sabres, des scènes de bagarres épiques mais pas que, une attention aux paysages, aux sons de la nature, des leçons de ruse et de stratégie, Toshiro Mifune qui fait des grimaces. C’est un très grand film, très long et très rythmé.
Autant en emporte le vent — George Cukor et Victor Fleming
Tiens, puisqu’on en parle en ce moment. On a regardé ce classique pendant le confinement. Donc, Tara, la terre ne ment pas, Rhett Butler vous êtes une vile crapule, Tara, je retournerai à Tara (Atlanta brûle, des femmes en crinoline donnent des gifles).
Je gardais un bon souvenir de cet très très long film et si l’aspect épique du début m’a de nouveau plu, le spectacle de ces bourgeois nouveaux riches vivant dans un luxe obscène de la fin m’a donné la nausée. Oui, la présentation des noirs est raciste et oui, Scarlett est totalement insupportable (d’ailleurs, ni Cecci ni les enfants ne l’ont supportée).
Il y a une forme d’exploit dans ce film, que j’ai apprécié à sa juste mesure, c’est de garder à l’écran pendant trois heures un personnage féminin ambitieux, capricieux, obstiné dans son erreur jusqu’à le payer au prix le plus fort. Ce simple choix scénaristique, de tenir tout ce temps une histoire d’amour en erreur, est suffisamment audacieux pour garder de l’intérêt à ce grand spectacle.













