Let the right one in

Un grand merci à Hugin & Munin de chez Smith d’en face pour ce conseil.

Je ne dirai pas grand chose, leur billet est très bien. Je suis d’accord avec eux, c’est sans doute un des meilleurs films de vampire qui soient, qui arrive à retrouver ce qu’il y a de plus fort dans ce sujet.

Certes, il y a une banlieue un peu moche, des gros Suédois qui boivent de la bière et des histoires familiales pas marrantes, mais il y a aussi le beau rêve d’un gosse qui se fait une amie extraordinaire.

L’histoire est très délicate, pleine de non-dits et de belles situations. Et une forme de grâce, si, si.

L’appel de Cthlhu – le film

Une brève pour dire que nous avons enfin eu l’occasion de regarder le moyen métrage basé sur la nouvelle l’Appel de Cthulhu.

J’avais le texte de la nouvelle relativement présent à l’esprit puisque je l’ai relue il n’y a pas longtemps. Le film en est une adaptation fidèle, suivant les récits gigognes qu’elle contient et essayant de reproduire le sentiment de découverte progressive de l’horreur.

Le plus intéressant dans cette adaptation, c’est d’avoir tenté de faire une version « années 20 » : le film est muet, dans un joli noir et blanc. Les acteurs, sur-maquillés, joue de façon expressionniste et les décors de R’lyeh sont faits dans le style torturé des expressionnistes allemands. La musique symphonique accompagnant le film est tout à fait réussie, le montage du récit aussi et les astuces de la narration masquent la (relative) faiblesse des moyens engagés. J’ai par exemple beaucoup aimé l’animation image par image de la créature, à la façon de King Kong, ou bien la disparition des pauvres marins dans des angles non-euclidiens… Bref, on a là 45 minutes de film tout à fait distrayantes et intéressantes surtout pour ceux qui, comme moi, sont des admirateurs de la formidable nouvelle de Lovecraft [1].

N’est pas mort qui à jamais dort et qui au long des ères peut mourir même la mort

Voir ici : http://www.cthulhulives.org/cocmovie/

[1] lire la nouvelle en tant qu’auteur m’a beaucoup apporté. La narration distanciée, à travers toute une série de documents, est remarquablement menée et très habile. L’écriture est excellente, et l’effet d’ensemble tout à fait saisissant. J’adore.

FATALE by Tales of Tales Studio

Fatale – exploring Salomé
Je ne joue plus aux jeux vidéos depuis longtemps, mais je connais quelqu’un qui s’y intéresse et s’y investit. Sur son conseil, j’ai payé 7$ et téléchargé une curieuse expérience immersive sur mon Mac.
Fatale n’est pas vraiment un jeu, mais plutôt une oeuvre à contempler, un moment de pensée et de regard. Il ne vous occupera pas pendant des heures, vous ne tuerez personne (vous mourrez plutôt), mais le voyage vaut le détour.
Et il m’a donné envie de replonger dans un projet bizarre, un roman raté, dont les thèmes rejoignent ceux de Fatale.
Un joli travail, et la promesse de quelque chose d’autre.

Philoctète – Heiner Müller – à Vidy

Voici l’accroche : Philoctète vit à Lemnos, si on peut appeler ça vivre… Abandonné sur l’île par ses compères grecs, Ulysse en tête, avec une blessure au pied purulente et son arc magique. Dix ans passent, la guerre de Troie s’éternise. Pour vaincre, il faut convaincre le vieux Philoctète (et son arc), toujours vivant et puant, de revenir. Ulysse s’y colle, encore lui, accompagné du jeune Néoptolème, fils d’Achille et homme plein de principes. Inutile de dire que le vieux ne va pas être ravi de revoir Ulysse… Ce dernier demande donc au vertueux Néoptolème de ramener Philoctète, par le mensonge, pour que la guerre ne vire pas au désastre…

Reprise par un auteur du XXème siècle d’un mythe antique (et de la pièce de Sophocle, que je ne connais pas), Philoctète commence par une situation impossible (un vertueux contraint de mentir pour sa cause), et enchaîne sur d’autres situations insupportables mettant en scène le trio Ulysse/Néoptolème/Philoctète.

Philoctète, sortant de son trou.

Malgré une mise en scène austèrissime, des costumes moches, et des décors mini-minimaux (tuant presque l’évocation, même pour moi qui aime le simplicité au théâtre), les acteurs, tous trois excellents, portent cette pièce âpre, tendue (et drôle) d’Heiner Müller.

J’ai aussi repensé à Homère, Iliade d’Alessandro Barrico, qui m’avait fait comprendre combien l’Iliade était pleine de situations dramatiques extraordinaires, pouvant elles-mêmes être sources de nombreuses autres histoires… Je me suis aussi demandé pourquoi un salaud, embobineur et menteur comme Ulysse forçait malgré tout mon admiration. Serez-vous aussi séduits par ce curieux bonhomme à tête de hibou ?

Un très bon spectacle, donc, à voir au théâtre de Vidy, à Lausanne, et sans doute ailleurs plus tard, je l’espère.

Bifrost 56 – Ted Chiang, J.M Ligny, Don Lorenjy

Trois nouvelles de science fiction dans le numéro 56 de l’estimable revue Bifrost.

Le porteur d’eau, de Jean-Marc Ligny : une SF post apocalyptique, sur fond de véritable réchauffement climatique, de campagnes françaises asséchées, d’enclaves protégées en Suisse. L’histoire, simple, est un prétexte à visiter le monde de la nouvelle. Si l’univers m’a parlé, le traitement, très littérature populaire, m’a paru un peu léger.

Viande qui pense, de Don Lorenjy : une histoire basée sur une excellente idée, glaçante. Comment faire pour trouver des soldats compétents à envoyer dans ces points chauds du globe ? Partant de l’histoire d’un ancien guide de montagne frappé de plein fouet par la déchéance sociale, le texte vise juste et son écriture, très directe, le rend tout à fait crédible. Seule la fin de m’a pas convaincu, mais je ne ferai pas la fine bouche.

Exhalaison, de Ted Chiang : l’occasion pour moi de découvrir cet auteur. Une nouvelle tout à fait remarquable, qui vaut à elle seule d’acheter le Bifrost. On y parle de questionnement scientifique, de raisonnements logiques, d’auto-dissection… avec humour, légèreté et sensibilité. Le texte m’a fait penser aux questionnements des scientifiques des Lumières et à certaines théories étranges nées dans les premiers âges de la science. Et la fin m’a profondément ému. Waow.

Le graal au collège de France


L’écoute de podcasts est une sorte de drogue, qui a quasi complètement remplacé l’écoute de mon poste de radio. Parmi mes heureuses découvertes, les podcasts du collège de France.

Petit rappel sur le collège de France : il s’agit d’une institution remontant à 1530, où enseignent certains des savants français et étrangers les plus respectables de leurs domaines. Quels domaines ? Un peu tous, en fait : paléontologie, physique, histoire, littérature…
On peut regarder et/ou écouter à peu près tous les cours gratuitement. Et comme ce sont des cours magistraux donnés par des gens qui connaissent un peu leur sujet, c’est un vrai bonheur.

Mon premier grand plaisir, je l’ai eu avec le cours sur les quêteurs du graal, de Michel Zink.
Durant ces neuf heures de cours magistral (que j’ai écoutées en faisant la vaisselle, en programmant, ou le matin vers 6h30 en attendant mon bus), on étudie un certain nombre de questions intéressantes, comme :

  • de quoi parlent (vraiment) les romans de graal, que ce soit celui de Chrétien de Troyes, de Wolfram von Eschenbach, ou des différents continuateurs plus ou moins heureux du filon ?
  • Est-ce le graal est : une coupe, une pierre précieuse, un ostensoir, un plat à viandes ?
  • Pourquoi est-ce que les auteurs ont autant de mal à finir les livres qui parlent de la quête du graal ?
  • Pourquoi est-ce que le graal doit être découvert et gardé par des chevaliers ?
  • Saint Bernard de Clairvaux croyait-il vraiment à une forme de chevalerie chrétienne ?
  • Faut-il marcher pour trouver Dieu ?
  • Les moines ont-ils le droit de partir en pélerinage ?
  • Comment se fait-il que la prequels et sequels des romans du graal me fassent autant penser à certains usages contemporains en littérature ?
  • Joseph d’Arimathie était-il un chevalier médiéval ?
  • Que raconte le Perlesvaus, roman médiéval formant une sorte de reprise gore de l’histoire de Perceval ?
  • et plein d’autres choses…

L’orateur, Michel Zink, est un professeur sympathique et un peu roublard, tout à fait agréable à écouter, et son cours est passionnant.

Attention, pour les amateurs d’ésoterisme, de Rennes le château, de complots templiers, etc, le cours ne parle pas du tout de tout ça. Seulement du graal dans la littérature médiévale. Et c’est déjà pas mal. Et même avec une culture très superficielle du sujet, comme la mienne, ça reste tout à fait accessible.

On pourra trouver ces podcasts sur l’iTunes store, ou bien ici:
http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/lit_fra/audio_video.jsp

Rois & Capitaines – l’antho des imaginales

Je viens de finir la lecture de Rois & Capitaines, l’anthologie des Imaginales. J’aurais préféré la finir plus tôt, avant le festival, afin de pouvoir en causer avec les auteurs, mais je n’ai pas pu, c’est ainsi.
Le seul texte dont je me souviendrai est celui de Jean-Philippe Jaworski. Description d’un siège médiéval, loin des clichés, mené par un grand seigneur féodal, qui a le malheur d’être le serviteur plein d’honneur d’un roi imbécile. Située dans le même monde que Janua Vera, cette histoire affreuse et cruelle, de guerre et de mort, m’a beaucoup beaucoup plu – jointe au recueil, elle en aurait sans doute été ma préférée. Le style et le vocabulaire servent la narration, l’auteur ne manque pas d’un certain sens moral cruel… Un texte exceptionnel.