Drive – Nicolas Winding Refn

Le pendu et Cecci avaient vu Valhalla Rising, le film bizarro-hype de ces dix dernières années (ou bien des suivantes?), aux dialogues presque vides et aux images plananes. Ils s’étaient dits qu’il fallait boire avant, et pas qu’un peu, pour en profiter pleinement.

Du même réalisateur, voici Drive.

Le héros parle à peine plus que celui de VR. Il est blond, beau, creux. Il conduit, très bien.

La scène d’exposition est totalement bluffante : L.A, la nuit, un casse, une poursuite tranquille en voiture. Ensuite, l’histoire est plutôt mal menée, un peu sentimentale, un peu noire. La réalisation, quant à elle, est brillante, plastique, visuelle, hyper esthétisante. Le héros sans nom, pure façade, devient une étrange créature du cinéma. Mais Cecci a dit qu’elle n’en avait pas grand-chose à faire des histoires de voitures.

Le Dr Orlof parle de ce film bien mieux que moi.

Akseli Gallen-Kallela à Orsay

Akseli Gallen fait partie de ces peintres nationaux comme la fin du XIXème siècle en a produit dans des pays qui se cherchaient une identité. Je trouve étonnant de voir combien son style graphique et ses traitements le rapprochent de ses contemporains russes qu’on avait pu admirer dans cette magnifique exposition. Scènes de genre, vie paysanne, portraits, on a d’abord à faire avec un peintre professionnel assez classique de son temps. Il commence à devenir frappant dans ses paysages, parfois aux limites de l’abstrait (et oui, ça faisait écho à des expériences personnelles).

L’exposition devient magnifique quand elle aborde le versant symbolique et mythologique de l’oeuvre de Gallen : mise en images du Kalevala, épopée finlandaise, tendant parfois même vers une forme très belle de ligne claire, aussi élégante et moins lourde que celle de Mucha.

Une excellente exposition et un beau choc graphique !

Résurrection
Ceci n’est pas une piéta
Le très beau triptyque de la légende d’Aino
La défense du Sampo (Kalevala)
Le peintre et son fils

Les nus de Degas au musée d’Orsay

Profitant d’une expédition à Paris, nos héros ont décidé de renouer avec les grandes-expo-de-peinture. Ce jour là, toutefois, malgré leur affection pour le musée d’Orsay et sa programmation, ils ont été un peu déçus. Ici, le prétexte est de montrer l’évolution du travail de Degas à travers son travail sur le nu féminin.

On y découvre quelques tableaux, des académies, puis les premiers dessins de Degas de corps féminins réalistes, avec notamment des monotypes (technique particulière de gravure / ci-dessus) réalisés à partir de scènes de bordel, un peu distantes et ridicules.

Manquant sans doute de culture graphique, je n’ai pas été frappé par l’importance du sujet. Degas m’y est apparu comme un bourgeois bien de son temps dont on invoquait les petites manies (les dessins exposés n’avaient pas vocation à être montrés) pour faire une expo au titre un peu racoleur. A part un tableau remarquable (intérieur, ci-dessous) aucune oeuvre ne m’a frappé. 

Par contre, si on prend la peine de monter quelques étages, on trouvera ailleurs dans le musée une autre exposition bien plus intéressante… (teasing du prochain billet)

Mémoire vagabonde

Les éditions du Bélial proposent ces derniers jours une réédition en numérique de Mémoire vagabonde, mon premier roman. Les deux éditions précédentes ayant été pilonnées, il était depuis quelque temps indisponible, sauf à passer par l’occasion. Je suis content donc de le voir de nouveau dans le circuit.

Pour ceux à qui je n’en aurais encore jamais parlé, ce roman raconte les crises d’identités et les errances de Jaël de Kherdan, écrivain léger et amant infidèle. Il se perdra dans les rues de Dvern, cité basaltique aux coutumes bizarres. Il goûtera l’Amance, la drogue des rêves, tombera amoureux et deviendra le jouet de Jaran Daï Nelles, prince fou et tyran démiurge. Je vous promets des nuits d’été, des accès de fièvre, une bande son de Noir désir, quelques duels, des moments d’hypnose et des livres dans le livre.

La version publiée par le Bélial est basée sur le texte de l’édition Icares de 2001, à quelques corrections mineures près. On y trouve aussi des bonus, si, si ! où l’auteur bavarde, postface et murmure des secrets. Le livre vaut cinq euros, ne porte aucun DRM. Si vous prêtez le fichier à vos amis, je ne vous en voudrai pas.

Angle mort – numéro 3

Une brève recension de lecture du numéro 3 de l’intéressante revue Angle mort.

Le jardin des silences est un texte de Mélanie Fazi qui raconte une histoire de braquages, de souvenirs, de fantômes. J’aurais aimé que la boucle se boucle un peu plus, mais c’est un bon texte.

Comment les femmes se battent, de Sara Genge fait partie de ces nouvelles de SF basées sur une idée (une culture où il est possible de changer de corps, de sexe) qui me paraissent être une élaboration très artificielle sur leur sujet.

Oeuvre vécu d’Athanase Stedelijk, une monographie, de Léo Henry aurait eu sa place dans les chroniques de Yirminadingrad. Rêve, langue heurtée, galerie d’art plus ou moins imaginaire, on est dans un jeu intellectuel, littéraire et vécu. 

Mêlée, de Kij Johnson, est un truc court et puissante comme un impact au creux du bide. Dans la minuscule nacelle de sauvetage, l’extraterrestre et elle baisent sans arrêt, avec acharnement. C’est le point de départ. Après il y aura l’étrange, l’aliénation, et des fluides corporels. Une nouvelle dense et réussie.

J’ai aimé trois textes sur les quatre, un bon numéro, donc ! Achetez-le pour soutenir l’initiative ! (sinon, téléchargez les nouvelles en epub depuis les liens. Elles valent le coup !)

Angle mort – numéro 6

Pour des raisons qu’on comprendra aisément, j’ai de la sympathie pour la revue en ligne Angle mort.

http://www.angle-mort.fr/

Jolie présentation, choix de textes souvent pertinent, point de vue assumé sur le genre. C’est une lecture recommandée. Je regrette seulement l’absence d’une formule d’abonnement.

J’ai lu, dans la foulée du recueil de Laurent Queyssi, le numéro 6 de la revue.

Glamour über alles, d’Eric Holstein, a un mauvais titre mais c’est un très bon texte. Parlant de soap-operas et de réalités qui glissent. J’ai trouvé Eric H très à l’aise dans le lynchien bizarre et j’ai regretté la conclusion du récit. Son idée ouvre des potentialités narratives vraiment intéressantes. Est-ce une promesse de roman ?

Pacmandu de Lavie Tidhar est un de ces récits de SF qui tente de parler du jeu vidéo, tout comme la nouvelle comme un automate dément… de Laurent Q, susmentionné. Mais là où la nouvelle de Queyssi me paraissait tout à fait pertinente, celle de Lavie Tidhar, inutilement complexe, ne fait que recycler des clichés que même quelqu’un ne jouant pas aux jeux vidéos aurait pu produire. En fait, jusque maintenant je n’ai jamais rencontré qu’un seul auteur capable d’aborder ce sujet dans toute sa dimension. Lisez David Calvo !

Resolute bay, de Lucia Renart. Je n’ai pas tout compris, mais il y a une écriture et une ambiance.

Les mains de son mari, Adam-Troy Castro. Je n’avais pas du tout aimé la nouvelle du même paru dans un numéro précédent de la revue. Celle-ci, un récit particulier sur des mutilés de guerre, est basée sur une idée vraiment étrange et distille un vrai malaise. Une réussite.

Bref, à part Pacmandu, qu’on peut oublier, un numéro tout à fait recommandable ! 

(au bout des liens, les nouvelles en accès gratuit)

Comme un automate… — Laurent Queyssi

J’ai lu avec un certain plaisir le recueil Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps de Laurent Queyssi, aux éditions actuSF, sur papier et en numérique. Les nouvelles correspondent bien à mon format de lecture haché du moment. J’ai particulièrement noté deux textes :

Comme un automate… est une nouvelle mettant en scène le milieu (plus ou moins imaginaire) des scénaristes de série TV et un duel à coup de Pacman. Je n’y connais rien à aucun de ces deux sujets, mais l’auteur en fait un traitement punchy et amusant.

Planet of sound, écrit avec Jim Dedieu, recueil d’articles et de chroniques sur le groupe de rock Sugarmaim (le rock fait aussi partie des sujets auxquels je ne connais rien) m’a donné envie : de me précipiter sur Internet pour acheter la discographie du groupe et de tirer l’idée (rock/ET) dans de nouvelles histoires. On pourra donc dire que le texte est réussi.

Les autres nouvelles ne m’ont pas vraiment parlé, même si je n’ai rien à leur reprocher d’un point de vue formel. Disons que je ne suis pas dans la cible.

PS : note à l’éditeur, de lecteur chichiteux. Je n’ai rien contre les auteurs qui parlent de leurs textes, ça m’intéresse même plutôt. Mais j’aurais préféré que les interventions de l’auteur se trouvent en fin de nouvelle plutôt qu’au début.

PPS : note à l’éditeur, bis : j’ai lu le texte en numérique, format qui se prête particulièrement bien à ce recueil. Une expérience tout à fait positive.

Vertigo – Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont vu Vertigo (Sueurs froides en VF), d’un petit réalisateur anglais/américain pas très connu.

Ce film faisait donc partie des ultra-classiques jamais vus. C’est l’histoire d’un homme insatisfait qui tombe amoureux d’une femme qui n’existe pas. Un fantôme, un mystère, fabriqué ou pas (ça n’a pas d’importance) qu’il poursuit jusqu’à l’obsession. Alors oui, il y a une intrigue, une sorte d’enquête policière, mais il s’agit surtout d’une grande rêverie dans San Francisco, d’un passage devant une incroyable collection d’architectures, de la filature d’un fantôme – les longs passages en voiture ayant quelque chose d’une errance dans le labyrinthe. Le renversement du film à ses deux tiers m’a mis mal à l’aise, et je ne peux m’empêcher de penser que dans la scène finale Scottie a poussé Judy. Pour que le rêve puisse continuer.

(OK, c’est génial. Un film avec des acteurs, des images et des plans surprenants, des couleurs bizarres de très belles femmes et des illusions. J’adore.)

Mademoiselle Belle – en numérique

A l’occasion de la parution numérique de Mémoire vagabonde (que j’annoncerai en temps voulu) le Bélial, en accord avec les éditions Mnémos, offrent en téléchargement gratuit (epub, pdf) la nouvelle Mademoiselle Belle, extraite de Petites morts.

Mademoiselle Belle met en scène Jaël de Kherdan, invité à une fête galante devenant de plus en plus inquiétante avec la nuit.

Les lecteurs habituels de ce blog reconnaîtront l’histoire que j’ai lue ici.

Cette nouvelle a été publiée une première fois en 1998. La version lue dans le podcast a été fortement retravaillée, et la version publiée dans Petites morts (qu’on trouvera donc sur le site du Bélial, vous suivez ?) a été retravaillée encore. Téléchargez-la vite, elle ne sera disponible que durant un mois !

L’Apollonide, souvenirs de la maison close — Bertrand Bonello

Sur le conseil de l’excellent Léo H., le pendu et Cecci ont vu L’Apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello.

Dans ce film, on trouve des ambiances langoureuses et sordides, de belles femmes pas très habillées, des hommes aux fantasmes normalement bizarres, la mécanique labyrinthique du souvenir et des songes, des couloirs à la David Lynch, des images très belles évoquant les grands peintres du XIXème siècle (Manet, Ingres, Courbet, Renoir…), des visages qui se mélangent, les impressions lourdes et lentes d’un rêve d’opium monté d’une époque disparue.