Comme un automate… — Laurent Queyssi

J’ai lu avec un certain plaisir le recueil Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps de Laurent Queyssi, aux éditions actuSF, sur papier et en numérique. Les nouvelles correspondent bien à mon format de lecture haché du moment. J’ai particulièrement noté deux textes :

Comme un automate… est une nouvelle mettant en scène le milieu (plus ou moins imaginaire) des scénaristes de série TV et un duel à coup de Pacman. Je n’y connais rien à aucun de ces deux sujets, mais l’auteur en fait un traitement punchy et amusant.

Planet of sound, écrit avec Jim Dedieu, recueil d’articles et de chroniques sur le groupe de rock Sugarmaim (le rock fait aussi partie des sujets auxquels je ne connais rien) m’a donné envie : de me précipiter sur Internet pour acheter la discographie du groupe et de tirer l’idée (rock/ET) dans de nouvelles histoires. On pourra donc dire que le texte est réussi.

Les autres nouvelles ne m’ont pas vraiment parlé, même si je n’ai rien à leur reprocher d’un point de vue formel. Disons que je ne suis pas dans la cible.

PS : note à l’éditeur, de lecteur chichiteux. Je n’ai rien contre les auteurs qui parlent de leurs textes, ça m’intéresse même plutôt. Mais j’aurais préféré que les interventions de l’auteur se trouvent en fin de nouvelle plutôt qu’au début.

PPS : note à l’éditeur, bis : j’ai lu le texte en numérique, format qui se prête particulièrement bien à ce recueil. Une expérience tout à fait positive.

Vertigo – Alfred Hitchcock

Le pendu et Cecci ont vu Vertigo (Sueurs froides en VF), d’un petit réalisateur anglais/américain pas très connu.

Ce film faisait donc partie des ultra-classiques jamais vus. C’est l’histoire d’un homme insatisfait qui tombe amoureux d’une femme qui n’existe pas. Un fantôme, un mystère, fabriqué ou pas (ça n’a pas d’importance) qu’il poursuit jusqu’à l’obsession. Alors oui, il y a une intrigue, une sorte d’enquête policière, mais il s’agit surtout d’une grande rêverie dans San Francisco, d’un passage devant une incroyable collection d’architectures, de la filature d’un fantôme – les longs passages en voiture ayant quelque chose d’une errance dans le labyrinthe. Le renversement du film à ses deux tiers m’a mis mal à l’aise, et je ne peux m’empêcher de penser que dans la scène finale Scottie a poussé Judy. Pour que le rêve puisse continuer.

(OK, c’est génial. Un film avec des acteurs, des images et des plans surprenants, des couleurs bizarres de très belles femmes et des illusions. J’adore.)

Mademoiselle Belle – en numérique

A l’occasion de la parution numérique de Mémoire vagabonde (que j’annoncerai en temps voulu) le Bélial, en accord avec les éditions Mnémos, offrent en téléchargement gratuit (epub, pdf) la nouvelle Mademoiselle Belle, extraite de Petites morts.

Mademoiselle Belle met en scène Jaël de Kherdan, invité à une fête galante devenant de plus en plus inquiétante avec la nuit.

Les lecteurs habituels de ce blog reconnaîtront l’histoire que j’ai lue ici.

Cette nouvelle a été publiée une première fois en 1998. La version lue dans le podcast a été fortement retravaillée, et la version publiée dans Petites morts (qu’on trouvera donc sur le site du Bélial, vous suivez ?) a été retravaillée encore. Téléchargez-la vite, elle ne sera disponible que durant un mois !

Mars 2012 – Winterblues

On a failli attendre, mais la livraison de mars des aventures de monsieur K. est arrivée dans les temps !

Il y a d’ailleurs un peu arnaque, puisqu’on ne verra presque pas notre héros dans ce récit, l’action étant menée par Alexis. Usines dantesques, concerts de rock, chanteuse sexy aux jambes de chrome (issue d’un mythique scénario cyberpunk dans Casus Belli). Cette histoire mêlant industrie lourde, heavy metal et pluie polluée est une de mes favorites de toute la série.

Take me down to the paradise city, where the grass is green and the girls are pretty !

Enjoy !

Comme annoncé dans le premier billet sur le sujet, cette livraison sera gratuite, yeah ! (sauf sur amazon, hou….) Pour recevoir leur version des fichiers, les possesseurs de la version d’origine qui se feront connaître à l’adresse suivante (monsieurk [at] kloetzer.fr) devront me donner la première phrase de la p 57 (même jeu que le moi dernier, trop facile). Dites-moi dans le mail le format que vous préférez (mobi, epub, pdf ?)

K. & Alex, vus par Mademoiselle

[Edit, avril 2016 : les liens présents ici sont supprimés, ces éditions n’étant plus disponibles]

Par ailleurs, ces éditions numériques ont été faites à la main, par un artisan qui débute. Toute remarque constructive à leur sujet donnera lieu à des corrections rapides et à des remerciements sincères. Elles n’auraient pu être fabriquées sans l’aide précieuse du tutoriel établi par Jean-Claude Dunyach et partagé à cette adresse. Je remercie également les éditions nestiveqnen pour leur soutien à cette initiative ! Bonne lecture à tous !

[Final edit : une édition numérique officielle de Réminiscences 2012 existe maintenant à cette adresse, aux éditions Multivers.]

L’Apollonide, souvenirs de la maison close — Bertrand Bonello

Sur le conseil de l’excellent Léo H., le pendu et Cecci ont vu L’Apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello.

Dans ce film, on trouve des ambiances langoureuses et sordides, de belles femmes pas très habillées, des hommes aux fantasmes normalement bizarres, la mécanique labyrinthique du souvenir et des songes, des couloirs à la David Lynch, des images très belles évoquant les grands peintres du XIXème siècle (Manet, Ingres, Courbet, Renoir…), des visages qui se mélangent, les impressions lourdes et lentes d’un rêve d’opium monté d’une époque disparue.

Le syndrome d’Orphée – à Vidy

Un opéra rêvé. Du chant lyrique, un livret romantique, des danseurs magnifiques, la poésie de Maiakovski, les illusions de Cocteau, la voix du miroir, un orchestre jazz de cabaret. Le tout mené avec une énergie frénétique, un travail de fou sur l’image, les corps, le son. Vladimir Pankov et sa troupe russo-franco-suisse ont composé un spectacle merveilleux, collage de poésie, danse, chant lyrique, théâtre, musique… Le texte est aussi un collage de ses différentes inspirations, mélangeant français et russe. La juxtaposition crée des résonances, des failles, des échos et le résultat est splendide et dépasse mes mots.

Photos (c) Mario Del Curto

Limonov – Emmanuel Carrère

J’ai coutume de commenter les livres à chaud, sans grand recul, pour tenter de garder quelque chose de leur impact (quand il y en a un…). Celui-ci aura des conséquences, dans des directions sans doute inattendues. Je l’ai fini aux petites heures, très secoué.

Limonov est une biographique/chronique de la vie d’Edouard Salenko, dit « Limonov », poète,  rebelle, écrivain, valet de chambre, petite frappe, chef de parti politique, journaliste, aventurier russe de la fin du XXème siècle et du début du XXIème (puisqu’il est encore vivant, et actif). Ce livre est fascinant, par ce qu’il raconte : la vie folle d’un étrange sale type sympathique, héros ambigu, dans des temps et des terres étranges, notre temps, notre monde. Fasciste ? Heureux de l’être, merci. Un type égoïste, séducteur, brûlant, jamais indifférent. Rien que pour ça, pour cette ligne ardente découpée au cutter dans notre réalité, qui en révèle les étrangetés et les horreurs, on peut lire ce livre.

J’aime la fiction, l’imagination qui dit la vérité, les mensonges et les histoires inventées. Ce livre en est l’opposé. Il n’y a pas là de style poétique, de lyrisme ni de romantisme, juste une narration brève, allant droit aux faits, rendant compréhensibles les mondes les plus distants, de l’URSS brejnevienne en passant par New York dans les années 70, les camps de travail contemporains, la politique russe actuelle. C’est du journalisme ? Peut-être, mais alors le meilleur, avec une intelligence aiguë de son sujet et de la manière dont celui-ci est, par son étrangeté et son opposition, un révélateur des temps.

La fin est bouleversante, par sa cruauté et sa tendresse.

Je crois que les auteurs doivent aimer, sincèrement aimer leurs personnages, jusqu’au bout. Dans ce registre, Emmanuel Carrère ne m’a pas déçu.

Allez voir sur le site de Jeremy Nicholl pour une série de photos assez frappantes, c’est rien de le dire.

Julian – Robert Charles Wilson

Chronique de la vie de Julian Comstock, neveu du Président des Etats-Unis, Philosophe, Guerrier malgré lui et homme politique Américain, par son compagnon et ami M. Adam Hazzard.

Julian est un roman qui m’a laissé une curieuse impression, celle de ne se dévoiler qu’avec un peu de distance. De prime abord, on y lit la chronique faussement naïve d’un Américain du 22ème siècle, confronté aux tourments politiques, religieux et militaires de son époque. Mais l’amateur de pur roman d’aventures sera un peu déçu : si on a bien un lot de chevauchées, de batailles et d’intrigues, celles-ci me paraissent moins importantes que les promenades et les choses vues par M. Adam Hazzard. De fait, Julian « le Conquérant » n’a pas conquis grand-chose et s’il fut un homme tout à fait respectable par son intelligence aigue, son sens dramatique et politique, sa gloire fut autant due à la Providence qu’à son talent et ses faiblesses lui firent commettre bien des erreurs.

Le charme et la force du livre viennent du regard distancié que M. Hazzard parvient à adopter sur son époque, retrouvant sa fraîcheur de jeune homme mais laissant comprendre par allusions qu’il est devenu moins naïf que le garçon de l’Ouest Boréal qui accompagna Julian Comstock durant ses aventures. Derrière une histoire faussement légère à la façon des romans populaires de M. Charles Custis Easton, M. Hazzard nous dresse un portrait de son époque et de son pays, les Etats-Unis, sous l’influence de l’Eglise du Dominion de Jésus-Christ depuis la fin de l’ère de l’Efflorescence du Pétrole et avec elle des miracles technologiques des Temps Profanes. Le livre nous touche ainsi par sa fraicheur, son ironie légère, sa fausse candeur et son amour sincère des Hommes, de l’Aventure et de l’Evolution. Le roman ne manque ainsi pas de finesse littéraire, reliant dans son propos aussi bien l’Histoire Contemporaine que le style des romans du XIXème siècle (si apprécié dans l’Amérique du XXIIème) et les chroniques de l’Empire Romain. M. Hazzard joue aux naïfs, il est bien plus fin qu’il ne le laisse croire…

Voici une lecture que l’on recommandera donc aux hommes curieux des choses de l’Amérique de Notre Temps et de la marche du Monde durant les trois derniers siècles (20ème, 21ème et 22ème).

Chronique de livre écrite sur une antique machine à écrire (de la marque Pomme) depuis le puissant abri de la Confédération Helvétique, qui vient de fêter ses 900 ans.

Du domaine des murmures – Carole Martinez

J’ai lu ce livre sur conseil du blog de Pierre Jourde, dont j’aime les coups de gueule et estime les opinions. Je suis un peu surpris des commentaires louangeurs qu’il a reçu.

Reconnaissons-lui deux choses : le sujet est bien trouvé et l’écriture fort réussie.

Quelque part en Franche-Comté, pas très loin de chez nous, à la fin du 12ème siècle, Esclarmonde des Murmures se fait emmurer vivante, espérant devenir sainte plutôt que femme mariée à un seigneur brutal. La scène de la conversion et de la noce interrompue est époustouflante et belle. Carole Martinez écrit son livre comme la confession d’un fantôme à un visiteur du château en ruine. Le style est élégant, chargé comme un il faut d’images médiévales et d’impressions sensuelles.

J’imagine que je m’attendais à une leçon de ténèbres mystique, quelque chose dans l’esprit de ce livre de Tahar Ben Jelloun. Un livre qui parlerait de Dieu, de la souffrance, des corps, des esprits du moyen-âge…

A la place, on se promène dans un moyen-âge scolaire. La narratrice prend soin d’expliquer aux lycéens les petits points de civilisation qui leur manqueraient (tranchoir, trébuchet, stigmates…). Sous prétexte d’évocation du merveilleux et des contes (femmes-sirènes des rivières, chevaux fantastiques, enfants crucifiés) le roman prend soin de presque tout rationaliser (sauf cette jolie idée de la généalogie des mains percées). Là où je m’attendais à la création d’une vision extraordinaire du monde depuis le cachot de la recluse, je n’ai eu qu’une pseudo-objectivation ne laissant que très peu d’ambiguïtés. L’introduction d’un élément fantastique (la vision déportée) est faite avec une touchante mais agaçante maladresse. Quant à la relation à Dieu, elle est enfermée dans les clichés. Dommage.

Bref, on m’a promené dans un joli livre d’images, bien tourné. J’aurais adoré lire ce livre quand j’avais dix-sept ans.

Histoire du soldat, à Vidy

Je me réjouissais d’entendre la voix singulière de Ramuz à Vidy car contrairement aux écoliers romand, je n’ai pas le dégoût scolaire de ses textes.

Et entendre le texte de Ramuz aura bien été ma seule satisfaction à ce spectacle. La musique de Stravinski m’a parue stridente et énervante. La mise en scène aura été une découverte, pour moi : pour la première fois depuis que je vais au théâtre, j’ai eu le sentiment que ce qu’on voyait sur scène ne servait strictement à rien, n’apportant rien au texte, voire faisant mal aux yeux. Projections pixellisées, chaussures de femme éparpillées sur scène, pistolet/violon, musiciens perchés dans les airs… Je n’ai rien compris, j’ai trouvé ça laid, prétentieux et surtout inutile. Je n’avais pas entièrement adhéré au spectacle de Zimmerman et de Perrot, mais ces deux là au moins savaient composer un univers graphique sur scène.

Quant à Thomas Fersen… J’ai de la sympathie pour le chanteur. L’acteur a une belle voix, mais il manque réellement de tonicité et de présence sur scène. Et quelle idée, mais quelle idée de l’avoir fait parler dans un micro ? Quant à l’idée de lui faire jouer tous les personnages, elle rend confuse cette histoire simple. Dommage.

Photo (c) Emmanuelle Murbach