Sherlock, saison 4 – certaines limites de la narration sérielle

Sabrina Calvo m’avait fait découvrir le Sherlock avec Benedict C. à peu près à sa sortie et j’avais adoré le concept, les acteurs, l’écriture, les répliques qui claquent et l’ambiance londonienne moderne. Cecci et moi avons regardé le premier épisode (à peu près notre préféré) au moins trois fois et on a regardé lé série avec les filles, les premières et deuxièmes saisons. Ces derniers jours j’ai regardé la saison 4.

Dès la fin de la saison 2, ça commence à partir vers un truc que je n’aime pas : des histoires de super héros. Sherlock est trop-fort, Mycroft est super-trop-fort, Moriarity est méga-méchant-trop-fort et une bonne partie des personnages introduits dans la série ensuite jouent dans la catégorie des « super intelligents et j’avais déjà tout prévu avec huit coups d’avance » (Mary, Eurus et même Mrs Hudson devient super héroïque…) ce qui fait que je me lasse, malgré l’abattage de Cumberbatch, que j’ai toujours autant de plaisir à voir jouer. C’est le moment où une série tourne au « petit théâtre », on fait revenir et revenir les mêmes marionnettes qu’on agite devant nos yeux et dont on fait tourner et retourner les situations. Et moi, malgré des acteurs cools et une vibe sympa, je m’ennuie. « Boring », comme dirais SH, à qui j’ai piqué l’expression pour ma vie de tous les jours.

Mais alors, qu’est-ce que tu aimes ?

J’aime les récits confrontant des personnages ou des situations extraordinaires, magiques, projetés et confrontés au monde réel. Le magicien entrant dans la maison de Bilbo, les monstres de Lovecraft se glissant dans notre monde, Lord Peter, l’aristocrate un peu elfique de Dorothy Sayers (pour aller dans le polar), ou Sherlock Holmes dans la Londres du 19ème ou du 21ème siècle. Je trouve dans ce frottement entre l’imagination et la « réalité » une des sources de mes joies fictionnelles.

Pour le dire en termes rôlistes, je préfère les personnages de niveau 1 à 3 qui vivent des aventures tout en se souciant des fin de mois que les personnages niveau 12 qui ne fréquentent plus que de dragons et des demi-dieux.

En jeu de rôle, c’est ce que je veux vivre/faire vivre et je crois que c’est aussi un thème de mon travail d’auteur, faire entrer des magiciens et des créatures du futur dans le monde qui les entoure.

The Sandman — sur Netflix

Je dois avouer, j’aime bien Sandman, la BD, mais sans plus. Je comprends pourquoi beaucoup la trouvent géniale, j’apprécie l’ambition de l’oeuvre, je trouve Neil Gaiman très sympathique et intelligent, et j’aime bien, sans être fan. J’étais quand même très curieux de voir la version série, appréciée par de nombreux copains d’Internet et du vrai-monde ™.

Et bien, c’est pas mal.

Le premier épisode est très réussi, avec son vieux magicien. Le Sandman est très beau, l’acteur est juste, l’ambiance pesante et lourde, certains éléments du récit sont bien amenés, et on a envie de voir la suite.

La série qui suit, sur la récupération des trucs et des machins de Mr. Black m’a beaucoup moins convaincu. Narration pesante, seconds rôles crappy (argh, Johanna Constantine), inclusion pas très fine de la diversité (des couleurs de peau et des sexualités) dans le récit (ça se voit, les mecs). Avec, comme cauchemar de lourdeur, l’épisode avec Dee dans le diner, épisode dont je suis fan dans la BD et dont Marguerite, dont le jeune âge n’exclut par une certaine lucidité, a dit: « c’est lourd et ça se traîne ».

Les principaux défaut des épisodes, selon mon avis aiguisé : La trop grande fidélité au matériau original, qui mène à du fan service mal fichu, cumulée à une inclusivité vraiment maladroite (quand le récit original l’était déjà pas mal).

Ca redevient bien dans la deuxième partie de l’épisode avec Death, le rendez-vous à travers le temps. L’arc the The Doll House est pas mal, certains acteurs sont top (le Corinthien, Gilbert), d’autres très moyens (Rose, Lyta Hall et les autres habitants de la maison), mais c’est moins bavard et plus intéressant que tout le reste. Et, curieusement, un des éléments les plus absurdes de ce récit (le congrès des céréales) est très bien rendu et très drôle et flippant à la fois. Comme on bon récit de Gaiman, pourrait-on dire.

Pas encore vu l’épisode bonus.

En gros, Cecci, Marguerite et moi avons pas mal bitché sur ce spectacle, mais nous avons eu quand même du plaisir à le regarder. Si une seconde saison voit le jour, on la suivra !

Babylon Berlin

Suite à cet article, l’ami Léo nous a conseillé de regarder Babylon Berlin.

En comptant les articles « séries » de ce blog, le lecteur comprendra que l’auteur de ses lignes n’est pas un grand amateur de ce type de fiction. Globalement, Cecci et moi n’aimons pas l’écriture feuilletonesque, les ventres mous narratifs et les acteurs qui ont trois expressions. Babylon Berlin n’a aucun de ces défauts.

La première saison, huit épisodes, est formée d’une seul intrigue politico-policière complexe, située dans le Berlin de mai 1929. On y voit des communistes, des militaires, des boites de nuit, des travestis des deux sexes (ou plus), des pauvres, des riches. C’est très bien écrit, certaines scènes sont visuellement magnifiques (le zu Asche, zu Staub de l’épisode 2 ou bien la scène au bord de l’eau de l’épisode 6). Il y a plein d’idées, les acteurs jouent bien et parlent allemand (ben oui). Il y a des scènes de danse formidables (je ne sais pas si elles sont historiques, mais on s’en moque), des morceaux de bravoure à faire rêver n’importe quel MJ de Cthulhu (la scène commémorative chez les vétérans… le discours du chef des flics à ses troupes…)

Bref, c’est super, et si on n’avait pas joué récemment chez les fascistes italiens, ça nous donnerait envie d’aller faire un tour à Berlin dans les mêmes années.

Je suis fan de la figure toujours hallucinée de Gereon Rath

Et de Charlotte Ritter, sans doute un de mes personnages féminins préférés depuis longtemps.
Et même lui, je l’aime bien.

La casa de papel

Une série espagnole, ça change, mettant en scène un groupe de bandits plutôt sympathiques, dirigés par un mystérieux « professeur », qui vont se lancer dans le casse le plus audacieux d’Espagne et du monde. Leur plan compliqué imposera des ruses, des ruses à l’intérieur des ruses, une prise d’otages de plusieurs jours, un huis clos étouffant (les deux saisons se déroulent durant ce huis-clos).

L’ensemble est joliment graphique, les acteurs espagnols ont de la gueule (ça m’a fait plaisir d’entendre autre chose que de l’anglais et de voir quelques visages moins stéréotypés).

Toutefois, d’un point de vue scénaristique, on a le même défaut que dans beaucoup de séries: une mise en place très réussie, nerveuse et tout (les deux premiers épisodes) puis l’allumage du diésel à rebondissements : flashbacks, secrets révélés, romances improbables, affaires de famille, quelques enjeux sociétaux, strictement aucun discours politique (alors que le sujet le permettait en beauté). En même temps j’ai peut-être loupé quelque chose car nous avons regardé la série en mode acc. : quatre premiers épisodes, plus le dernier. On n’a pas le sentiment d’avoir loupé grand-chose.

J’ai bien aimé les acteurs, qui jouent bien pour de la série, et les personnages, notamment l’inspectrice Murillo, Denver, Nairobi, Tokyo. Enfin, ça vaut la peine d’être noté, c’est une série écrite par une femme.

And Then There Were None

Sur le conseil de David C., j’ai regardé la mini-série de la BBC And Then There Were None, adaptée des dix petits nègres d’Agatha Christie. C’est de la bonne came : bien écrite, bien jouée, intelligemment adaptée. Et pas trop longue (3 épisodes d’une heure).

La série est plastiquement très belle, avec une déco et des costumes années 30 magnifiques. J’avais lu le roman il y a longtemps, et si je me souvenais du principe (dix personnes ne se connaissant pas se retrouvent sur une île déserte et meurent les uns après les autres), j’en avais presque oublié le twist (qui est sans importance). 

La série est particulièrement sombre, les personnages sont hantés par des fantômes et par la culpabilité, ils marchent tous aux limites de la folie – on pourrait même trouver une explication fantastique au récit. La noirceur du propos m’a mis mal à l’aise, d’autant qu’on est à peu près certain du fait que même les personnages qu’on trouve sympathiques, à leur tour vont mourir.

Karim Debbache, dans le dernier Chroma, dit avec humour que cette histoire est un des premiers slashers. Il n’a pas tort.

The Expanse

J’ai enfin fini de regarder les dix épisodes de The Expanse

The Expanse est une série de science-fiction, située au 23ème siècle, alors que l’Humanité a colonisé le système solaire. Les personnages en sont attachants (un équipage sans attaches, un détective privé de la ceinture d’astéroïde…) et plutôt bien écrits même si les acteurs, comme c’est souvent le cas dans ce genre de production, les jouent de manière assez plate (une manière de voir si un personnage a de l’importance, c’est de compter son nombre de visages. Une expression: personnage mineur. Deux expressions: personnage moyen. Trois expressions: personnage majeur). Le scénario est à base de guerre froide entre la Terre et Mars, de bio-machins et de nano-trucs, sur fond d’émancipation des Belters, cette population plus ou moins exploitée vivant sur les asteroïdes et alimentant les autres en ressources.

Je ne crache pas dans la soupe: l’histoire est bien menée, est intéressante, a du rythme. Le scénario a remarquablement peu de graisse – j’entends de scènes de remplissage. Les personnages sont bien écrits, ont des réactions intelligentes et on se prend d’affection pour eux. La dimension politico-sociale de l’histoire est bien traitée. Le groupe de héros est un vrai groupe de PJs, incarnés par des joueurs pas trop lourds (les rôlistes comprendra là que je fais un compliment aux scénaristes).

 

La principale qualité de cette série, toutefois, n’est pas là: elle est dans la manière dont elle met en scène son univers, un des plus crédibles que j’ai vus depuis longtemps. La SF spatiale de The Expanse est à la fois impressionnante et un peu sale, les machines sont plus ou moins fiables, on imagine très bien la vie quotidienne à bord. Les conflits sociaux sont présents, les scandales sanitaires, les problèmes d’argent, les formes de société novatrices… (quelque part, cette série est l’héritière du premier « Alien », avec son vaisseau crado et ses prolos de l’espaaaace) 

Les petits objets de la vie de tous les jours (je pense aux « comm » qui servent de smartphones) sont très bien imaginés. Sur ce point, on se régale, on fait attention aux mille petits trucs « qui font vrai », comme les déformations physiques des Belters, les sièges anti-G, etc., etc.

Et moi, quand on arrive à me faire croire à la fiction, et à la science-fiction, j’applaudis des deux mains en apesanteur.  (et puis tiens, je vais me faire offrir les bouquins)

Remember the Cant !

Sherlock –The abominable bride

Nous avions bien aimé les deux premières saisons de Sherlock, plutôt aimé la troisième, et donc regardé cet épisode spécial avec curiosité.

L’idée de replacer les acteurs et les personnages dans le cadre des aventures originales de Sherlock Holmes, et de rejouer certaines des scènes iconiques (la rencontre avec Watson) m’a bien plu, de même que la mise en scène de l’intrigue autour de l’épouvantable mariée et des cinq pépins d’orange.

Mais au-delà de tout ça, l’épisode prend les pires travers de ce que nous avions déjà identifié dans la saison 3 : le récit ne semble plus s’intéresser qu’à faire du méta-récit autour des personnages. Pour un petit moment d’intrigues sherlockiennes, combien de blabla, de répliques censément spirituelles débitées à la pelle… Les personnages sont devenus des pantins qui s’agitent comme des toupies, de plus en plus vite, répétant sans cesse les mêmes gimmicks, jusqu’à l’écœurement. En ce qui nous concerne, le jouet est cassé.

Broadchurch

Tout comme j’aime les livres courts, j’aime les séries TV n’ayant pas trop d’épisodes.

Dans Broadchurch on suit un couple de détectives, Alec Hardy et Ellie Miller enquêtant autour de la mort d’un petit garçon survenue dans une petite ville balnéaire anglaise. Ellie est du coin, ayant toujours vécu par ici alors que Hardy vient d’y arriver, y traînant son caractère désagréable et ses problèmes.

Cette série est réussie en de nombreux points : sa mise en scène, sa musique, et surtout sa peinture très juste d’une petite communauté contemporaine qui m’a fait penser, dans une certaine mesure, au village où je vis, son traitement de la relation entre les gens et les média ou de celles entre parents et enfants. Les personnages sont très justes et crédibles, tous très bien posés par de bons acteurs, en commençant par les rôles principaux de Hardy et Miller. Le récit se déroule dans une ambiance un peu étrange, une sorte de langueur balnéaire ballardienne, les fausses pistes, les occasions manquées, les intuitions foireuses sont nombreuses et c’est bien.

Le principal défaut de Broadchurch, en cela je rejoins Fabrice Colin, est que la série boucle son histoire au bout du huitième épisode, nouant les fils du scénario et rempaquetant son récit, apportant un coupable, des réponses là où, peut-être, ne devraient rester que des incertitudes.

Il y a d’ailleurs dans l’intrigue un point laissé sans doute volontairement obscur par les scénaristes que je trouve tout à fait passionnant, qui tient à la personnalité de l’enfant assassiné et à sa relation avec les adultes de son entourage. Cette ambiguité de la victime est un point aveugle qui donne une belle profondeur à un récit par ailleurs très classique.

Nous préférons de loin les questions aux réponses

PS: je viens de voir qu’une deuxième saison est annoncée. J’ai un peu peur du feuilletonisme, mais j’y jetterai quand même un oeil.

True Detective

Comme déjà dit ailleurs, je ne connais pas grand-chose aux séries, mais j’aime bien qu’on me raconte des histoires. Par curiosité et pour être un peu moutonnier, j’ai donc regardé les 8 épisodes de True Detective.

Un récit d’enquête, sur fond de disparitions de femmes et d’enfants en Louisiane, entre 1995 et 2012. Deux flics, Marty – brave type macho, pas super fin, et Rust, sociopathe ancien camé intellectuellement brillant. 

Derrière l’enquête épaisse et poisseuse, des mystères qui feront lever les antennes des amateurs de l’Appel de Cthulhu : mention d’un certain Roi en jaune, allusions ésotériques…

Si on aime les décors étranges de la Louisiane,les errances dépressives, les personnages alcooliques, les enquêtes bizarres et ne pas avoir toutes les explications (c’est mon cas), alors on pourra regarder cette série.

Quasiment tout repose sur les deux personnages principaux, d’abord exaspérants puis intéressants, bien tenus par les acteurs. La série est très bien écrite, sans ventre mou narratif, jouant sur les époques, le temps distendu, les souvenirs, les regrets. Elle offre de belles ouvertures fantastiques, spirituelles et morales. En bref, du bon travail.

Sherlock – saison 3

Tiens, un deuxième billet d’affilée sur la saison 3 de Sherlock

Nous avons donc fini de regarder cette saison 3, et l’avons trouvée meilleure que ce que le premier épisode laissait présager. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, mais les épisodes 2 (le signe des trois) et 3 (son dernier coup d’éclat) contiennent leur lot de dialogues « witty », d’images amusantes, de scènes de suspense, de constructions audacieuses. Dans le 2, j’aime particulièrement le passage « tu as le contrôle de la foule… » et le mode d’assassinat sophistiqué (crédible, je n’en sais rien) évoqué, et dans le 3 le passage dans le palais de l’esprit de Sherlock m’a vraiment semblé être une belle création en termes d’écriture et d’images. Bref, nous nous sommes bien amusés et l’ensemble reste très agréable.

Une petite question de goût personnel, maintenant, et une réflexion pouvant peut-être être étendue à d’autres séries : dans un épisode de Sherlock, on rencontre deux types d’éléments d’intrigue : des enquêtes mettant en scène des nouveaux personnages à chaque fois, et des éléments faisant vivre et évoluer les relations entre les personnages de la série (Mycroft, Watson, Holmes, Moriarty, Molly, Mary…). Nous aimons vraiment les premiers, et beaucoup moins les derniers. Les moments pleins d’émotions (ou de causticité) où les personnages se disent dans de grands élans romantiques combien ils s’aiment me gênent plutôt, ma pudeur, sans doute. Dans cette troisième saison, chaque épisode remet à sa façon en question l’univers et le cadre – l’amitié Holmes/Watson, les relations des deux frères… -, c’est sans doute le jeu, mais c’est un peu saoulant. Et le petit truc pour lancer la saison 4 nous a fait soupirer. On la regardera quand même.