Albums Conan chez Glénat

Ce ne sera une surprise pour personne, mais j’adore les histoires de Conan le Cimmérien. J’ai mis un peu de temps à tomber sur les récentes adaptations en BD parues chez Glénat, suite au passage des droits du personnage dans le domaine public. L’idée de base est très cool : confier à des dessinateurs et scénaristes variés la représentation des histoires de Conan. Et ainsi, voir le personnage sous des traits nouveaux, qui s’éloignent de l’image classique des couvertures de Fraztta, des comics de Roy Thomas ou la représentation filmique avec Arnold.

Chaque livre est accompagné d’un petit blabla de Patrice Louinet mettant le récit dans son contexte, souvent intéressant. L’identité visuelle de la collection est très réussie.

Bien sûr, au vu de la variété des dessinateurs et des scénaristes, on se permettra de trouver certains livres plus réussis que d’autres. Voici mon classement super subjectif, en trois catégories : beaucoup aimé, oui mais…, pas aimé.

Beaucoup aimé

 

La reine de la côte noire / Morvan / Alary

D’abord, l’histoire d’origine est vraiment top, traversée par une sorte de fièvre romantique un peu folle. Le dessin très rond, entre manga et ligne claire (je ne sais pas trop le qualifier) est tout à fait inattendu pour une histoire de Conan, et donne au récit une grande clarté et une grande énergie. Le récit et les personnages sont traités avec amour et avec ce qu’il faut de distance pour que l’aspect pulp (Noirs sauvages et femme à poil) apparaisse pour ce qu’il est : un fantasme, le rêve d’un jeune Texan. Ce livre a une véritable qualité onirique, qui fait partie de l’essence des récits de Conan.

 

 

Au delà de la rivière noire / Gabella / Jean 

Chez Howard, j’adore les histoires de Pictes. Au-delà de la rivière noire est une histoire de Pictes + Conan, donc yummy yummy. Dans ce livre, Conan n’a plus ses cheveux longs (normal, quand on se bat dans la forêt) et porte un drôle de look, les Pictes sont très réussis, entre aborigènes/Indiens d’Amérique/peuples amazoniens, l’ambiance est lourde et oppressante et les Blancs perdent face aux Sauvages. Une grande réussite.

 

Oui mais…

 

 

La fille du géant du gel / Recht

Cette histoire très onirique fait partie de mes favorites chez Howard. Récit très court, obsessionnel, irréel.  L’album de Robin Recht est très beau, le dessin et les ambiances sont magnifiques, mais il m’a mis assez mal à l’aise en explicitant graphiquement le fantasme de viol sur lequel repose cette histoire.


Le dieu dans le sarophage / Headline / Civiello

J’aime beaucoup le jeune Conan à dreadlocks de ce récit, d’autant qu’on le voit très bien posé face aux civilisés. Doug Headline monte ce récit d’enquête horrifique bancal avec un bel artisanat de scénariste, essayant de construire un jeu d’alternance de point de vue et donnant un peu d’épaisseur aux personnages secondaires. Il y a plein de petits défauts, mais ça reste très agréable à lire.

 

 

Les clous rouges / Hautière / Vatine / Cassegrain

J’ai écrit un billet de blog il y a longtemps pour dire combien je n’aimais pas cette histoire psychanalytique de Conan. Mais, si on écarte le côté super théorique du récit (une civilisation en boîte, presque une expérience de pensée), j’ai trouvé la BD plutôt bien. Ambiance flottante, combats comme en rêve, érotisme permanent… Je me suis laissé porter avec plaisir.

La citadelle écarlate / Brunschwig / Le roux

Conan est roi, Conan est vieux, et ce livre le rend très bien, c’est sa principale qualité. Je trouve  sinon l’ambiance trop sage par rapport à mes souvenirs et mes impressions du récit d’origine.

Je n’aime pas

La maison aux trois bandits / Louinet / Martinello

J’aime quelques éléments de ce récit (une partie de l’ambiance urbaine, le trait du dessinateur, sa représentation des principaux protagonistes) mais le récit était beaucoup trop confus et même en ayant déjà lu le récit d’origine, je n’ai rien compris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le peuple du cerle noir / Runberg / Park

Dans celui-ci, je n’ai aimé ni le dessin ni le récit auquel je n’ai pas du tout accroché.

Cthulhu Invictus – Kith and Kine

Suite des aventures de nos investigateurs de la Rome antique (voir ce billet et les précédents pour tout comprendre). En fait, le terme investigateurs est plutôt inapproprié, puisque nos héros n’ont pas tellement d’autre vocation que de vivre leur vie de Romains bien éduqués. Et malheureusement leur vie à eux implique de se trouver parfois confrontés à des cultes dangereux, voire aux entités qui se cachent derrière… 

Un peu de temps a passé. Notre Flavia a donné un deuxième fils à son mari, ce qui conforte sa place dans la famille Armilii. Malheureusement, ce clan est actuellement en disgrâce. L’empereur Domitien a l’exil facile, quand ce n’est pas l’exécution. Armilius devrait donc se retrouver content de n’être que relégué dans sa ferme sicilienne. Et si lui s’en accommode, ce n’est pas le cas de la belle Flavia qui déteste s’ennuyer dans ce trou perdu, loin des joies de la Ville : courses de chevaux, acteurs, musiciens, nourriture et produits raffinés… (sans compter un certain sénateur qui lui fait les yeux doux)

Donc, quand Flavius Varro, bien introduit au Palatin, vient jusqu’en Sicile proposer un plan tordu aux Armilii, Flavia soutient fermement l’idée que son mari puisse reprendre du service pour le compte de la maison impériale. Même si ce service impose de se rendre jusqu’en Brittania… et qu’il tient à partir accompagné de sa femme.

Brittania, vue depuis Rome : c’est loin, c’est mouillé, froid. On y maintient un gros paquet de légions parce que le coin est carrément agité, plein de Celtes qui digèrent mal d’avoir été envahis. Mais la Brittania, c’est aussi : des mines de métaux, du bois, de la laine, des esclaves en quantité. 

Londinium

Armilius accepte. Il appartient à un corps spécifique de prêtres de Jupiter chargés de déclarer la guerre ou la paix aux voisins de la République. Il y a longtemps, ces rites impliquaient de se rendre aux frontières jeter un javelot rituel vers les terres ennemies. On ne le fait plus depuis que la République a étendu son dominion loin de l’Italie, mais l’empereur semble avoir renoué avec l’idée… Et veut envoyer Armilius là-bas, vers la Calédonie, où les Pictes semblent avoir déclaré la guerre à leurs voisins, et où, selon des rapports secrets, des évènements mystérieux et inquiétants se seraient produits (comme la disparition de la garnison toute entière d’un camp fortifié…)

Par ailleurs, toujours en Bretagne, un des municipes de la ville d’Aquae Sullis rapporte que près des mines d’argent de Fons Argentii, la tribu des Norduvix s’agite et que le gouverneur local, Flavius Nectoprastus, ne fait rien… 

Les bains d’Aquae Sulis (actuel Bath)

Le lecteur qui aura suivi jusque là cet exposé aura reconnu le début du pitch du scénario Kith & Kine, toujours extrait de De Horrore Cosmico. On verra qu’après avoir repris les lieux, le cadre et la situation d’origine, nous avons déroulé les évènements tout à fait différemment du récit proposé. Si votre MJ a l’intention de vous faire jouer ce scénario un jour, ne lisez pas plus loin, quelques spoilers pouvant apparaître ici ou là dans la suite !

Après un long voyage suivant le cursus publicus, les Armilii avec esclaves, serviteur, etc, arrivent enfin à Fons Argentii, au début de l’hiver. Neige, inconfort d’un pays dont le luxe romain est presque absent (sauf aux très beaux thermes d’Aquae Sullis), accueil ambigu d’un gouverneur (Nectoprastus) et de sa femme Dwywyd, Dividia en latin, princesse celte romanisée par l’éducation mais pas par l’esprit.

Nos héros ne tardent pas à découvrir ce qui se trame dans les souterrains de l’oppidum et le curieux arrangement qui lie le clan des Ap’Tirelen (Autirellani en latin) et celui des Norduvix. Leurs explorations de la région, en compagnie d’un prince celte en exil (Gavin Ap’Finn, tout droit inspiré du Turlogh O’Brien de Robert Howard) qui deviendra ami avec Germanicus les amènent à se rendre compte que la révolte des Norduvix est appuyée par une étrange alliance avec les Hommes-Serpents, peuplade souterraine pré-humaine dégénérée. (j’ai remplacé les Migo que je n’ai jamais trop aimés, par des gens ayant le même rôle). Pendant ce temps, Dividia montre à Flavia ses « cousins » vivant dans la forêt, des Fomorien, les arbres qui marchent… (se référer au récit « les furies de Boras » par Anders Fager pour avoir une idée de ceux-ci)

La situation instable finit par dégénérer. Les Hommes-Serpents s’infiltrent dans la fortresse des Tirelen et enlèvent Nectoprastus, puis manquent de tuer Armilius, remis sur pied heureusement par le terrifiant cuisinier de la maison et son régime spécial à base de (chut). La guerre éclate entre les deux clans, et Gavin Ap’Finn, ignorant des manigances des Tirelen, monte une opération d’infiltration dans le tumulus des Norduvix pour massacrer ce qui rampe et qui siffle, par pure haine de race. 

Une bataille éclate, les Norduvix pouilleux jettent toutes leurs forces contre les Tirelen équipés d’armes romaines et moins nombreux. Ces derniers manquent d’être battus mais, en lisière du champ de bataille, la forêt se met en marche (hello Macbeth, salut huorns ou autres sombres rejetons…) et les pauvres révoltés pris de terreur se jettent dans les filets tendus par les Tirelen qui les réduisent en esclavage.

Un homme serpent finira par remplacer Vannus, le chef de guerre Tirelen et propre frère de Dividia et il faudra l’aide de nos amis pour qu’il soit éliminé. Quand le gouverneur romain de Londinium finit enfin par envoyer la légion, à la fin de l’hiver et à l’appel d’Armilius, cette révolte locale est finie. Mais nos héros ont appris qu’une volonté puissante et souterraine semblait être en train de dresser d’autres tribus celtes contre le pouvoir romain. Craindrait-on une seconde révolte de Boudicca ?

Ayant détesté son séjour en Bretagne, Flavia se paye en esclaves sur les Norduvix vaincus ($$$, elle connaît à Massilia un certaine Asina qui achète un certain type d’esclaves pour les vendre en Afrique), puis se décide à rentrer à Rome, non sans avoir adhéré à une société de Filles de la Dame Noire, groupe de femmes liées à Cybèle disposant d’une certaine recette particulière produite justement chez les Tirelen qui donne à ceux qui la consomment une jeunesse et une force très prolongées…

Pendant ce temps, son mari, accompagné de Germanicus, part vers le nord et la Calédonie, où grondent des rumeurs de guerre contre les Pictes des terres basses. La Bretagne n’a pas fini de saigner !

The coming of Conan the Cimmerian – 2

Suite de mes lectures barbaresques.
J’ai donc fini avec plaisir la lecture du Tome 1 (sur trois) de cette belle édition des aventures du barbare le plus célèbre du monde. Avant d’en venir aux histoires, je signale que, outre quelques drafts et synopsis (intéressants pour qui veut voir la manière dont Bob Howard travaillait), ce livre contient un essai très intéressant de Patrice Louinet sur l’élaboration du monde hyborien (l’âge passé, disparu dans les brumes de l’oubli, où Howard situe les aventures de Conan).
J’en retiens quelques points :

  • Pour Howard, l’âge hyborien permet (explicitement) de traiter le matériau historique qu’il aime tant sans avoir à faire du roman historique. On peut voir là une paresse du romancier de fantasy, j’y vois de mon côté une des justifications de ce type de littérature : une rêverie sur l’Histoire. Une utilisation de schémas tiré de l’histoire, telle qu’on la perçoit, pour y exprimer des idées ou des fantasmes modernes. A la fin du livre se trouve l’essai The hyborian age, dans lequel REH trace à grands traits l’histoire de l’âge hyborien (sans jamais y citer Conan !). Cet essai est intéressant, en cela qu’il est incroyablement révélateur de la manière dont Howard perçoit le monde et son évolution : darwinisme civilisationnel, évolution du singe vers l’homme, de l’homme vers le singe, combat entre la barbarie et la civilisation, constatation lucide de l’anéantissement à venir.
  • Conan et sa Cimmérie (qui n’apparaît jamais que par évocation dans les histoires du héros) sont des ancêtres, des racines mythiques pour Howard, chez qui le thème de la mémoire du sang est très puissant. Je ne prends pas le terme « ancêtre » au sens littéral, mais plutôt dans un sens poétique. La Cimmérie de Conan est une terre imaginaire dans laquelle l’auteur plonge ses racines.
  • Howard étant un professionnel vivant de son écriture, certaines histoires de Conan sont clairement « commerciales » – et ce sont malheureusement les moins bonnes. Patrice Louinet note justement que pour ces dernières, Howard n’avait quasiment pas fait de révisions, se contentant d’utiliser des « ingrédients » qui satisferaient le rédacteur en chef de Weird Tales.
  • Il est amusant de constater comment les lectures de Howard se reflètent dans les aventures de son héros : son intérêt pour l’Assyrie (qu’on retrouve dans « Rogues in the house ») ou pour l’histoire du Texas, qui influence (mal) The Vale of lost women.

Je n’ai extrait ici que quelques points de cet excellent article que je recommande à toute personne intéressée par le travail d’écriture et de création de mondes imaginaires.

Passons aux récits eux-mêmes. Let me tell you of the days of high adventure !

La dernière fois, dans ma précipitation, j’avais oublié de parler d’une des meilleures histoires de Conan, voire LA meilleure, the Tower of the elephant.
pitch : Conan, jeune voleur dans la cité de Zamora, est un con qui ose tout. Par exemple, tenter d’entrer dans la tour mystérieuse qui se dresse au coeur de la cité, où un prêtre-mage terrifiant garde un fabuleux joyau…
Un excellent récit d’aventures, rythmé, avec de très bons personnages et une chute très puissante (où intervient l’étrange éléphant du titre). Cette histoire atteint pour moi une sorte de perfection dans le genre : elle est dense, l’ambiance est excellente, il y a de l’action, du suspense, de bons personnages (en plus de Conan) et une ouverture « cosmique » vertigineuse.

Black Colossus
pitch : un voleur tente de s’introduire dans un tombeau très ancien et inviolé, et il réveille quelqu’un qui dormait et qu’on aurait mieux fait de laisser assoupi… Alors une rumeur monte dans le désert, un prophète voilé soulève les tribus, les villes flambent… Et la jeune princesse Yasmela cherche desépérément quelqu’un pour sauver son royaume…
La scène d’ouverture, qui fait penser au long pré-générique d’un film, est fabuleuse. Derrière, Howard décrit avec talent la rumeur du désert, l’angoisse créée par cette armée qui balaie tout devant elle. De même, la scène de bataille finale est très bien menée… Mais… l’histoire est un peu trop courte pour l’ambition du sujet. Et Howard introduit pour la première fois un personnage de belle jeune femme dénudée qui va se jeter dans les bras du puissant barbare de passage (un dénommé C****). Or, si certaines scènes érotiques sont plutôt réussies (les visions nocturnes de Yasmela, l’ultime scène finale), la crucherie du personnage féminin est franchement agaçante. Rendez-nous Bélit !
On voit bien dans l’essai de Patrice Louinet que Howard a introduit ce type de jeune femme éplorée (et ayant une tendance rapide à se retrouver nue) pour mieux vendre ses récits. Désormais, on ne va plus y échapper, il y en aura une par récit (enfin, presque). Ce qui n’empêchera pas certaines histoires de sortir du lot…

Iron shadows in the moon
pitch : Conan, ultime survivant d’une bataille, sauve une jeune captive d’un prince hyrkanien (une sorte d’oriental sauvage). Il règle ses comptes avec le dit prince, puis s’enfuit avec la jeune femme. Ils abordent une île pleine de constructions très anciennes…
On rentre dans le cycle des histoires « commerciales » de Conan. Malgré une scène d’introduction excellente, la suite du récit est très conventionnelle et sans grandes idées.


Xuthal of the dusk
pitch : Perdus dans le désert, Conan et Natala (la jeune fille de service ce jour là) arrivent dans une étrange cité dont les habitants sont tous drogués… et dévorés un à un par une ombre mystérieuse.
Jeune femme dénudée, cité perdue, utilisation mal dosée du surnaturel… On est en territoire connu et l’histoire n’est pas excellente. Pourtant, certaines scènes et idées attirent l’attention. La cité endormie m’a évoquée Imrryr, l’idée de Thog (l’ombre dévorante) est assez forte et pour la première fois, on voit une scène de lesbianisme-SM entre la jeune première et une mystérieuse stygienne rencontrée dans la cité. Et, dans cette aventure, Conan se comporte en vrai macho, ce qui lui va bien et est assez amusant.

The pool of the black one
pitch : Conan est recueilli en pleine mer sur un bateau pirate (il vient de s’échapper d’une situation apparemment difficile). Le capitaine du bateau, un homme fort et arrogant, fait l’erreur de l’accepter dans son équipage. Or, Conan se verrait bien capitaine du navire…
Une nouvelle fois, on commence par une excellente scène d’introduction. Howard crée une vraie tension entre Conan et le capitaine, qui est un bon personnage. En quelques pages, on est plongé dans une sorte de version hyborienne de l’île au trésor. Puis on arrive sur l’île, et là on trouve un mystérieux bâtiment très ancien, etc, etc. A nouveau, quelques idées amusantes (les minuscules statues…) mais le tout manque un peu de bonnes situations…

Rogues in the house
pitch : Murillo, un noble de Corinthia, décide dans un acte désespéré d’engager un tueur pour exécuter Nabodinus, le prêtre rouge, qui règne sur la cité. Le tueur sera ce fameux barbare, qui vient de se faire emprisonner…
Un huis-clos, avec une histoire intéressante où personne n’est vraiment celui qu’il semble être. Il y a un lot d’action, de pièges maléfiques et de retournement de situations, avec Conan en barbare pensif observant les manigances des civilisés… Une aventure « urbaines » intéressante, qui répond bien à The God in the bowl. (pas de jeune fille dénudée)

The vale of lost women
pitch : Livia, une Blanche, est captive dans un village de Noirs sauvages, enfermée dans une hutte à côté du cadavre dépecé de son frère. Or, voici qu’une autre tribu noire arrive pour négocier, dirigée par un barbare nordique…
Même si le racisme de cette histoire est moins choquant que ce que le résumé ci-dessus pourrait laisser penser, il est quand même un peu pesant (il est intéressant de voir que c’est un épisode de l’histoire étasunienne qui a inspiré cette histoire à REH, avec les Noirs jouant le rôle des Indiens). Malgré ça, la situation créée est intéressante et l’aventure comprend de bons moments. Quant à la vallée du titre, malgré une bestiole surnaturelle peu convaincante, la présence de ces femmes aux yeux vides embrassant Livia est assez frappante… (excellente illustration de Marck Schultz, dans l’édition WS/Del Rey)

The devil in Iron
pitch : dans des ruines, perdues, un marin malchanceux entre dans un tombeau où il n’aurait pas dû mettre les pieds… et réveille celui qui aurait dû continuer à dormir. Pendant ce temps, des civilisés aimeraient bien se débarrasser de la bande de kozaks dirigés par ce barbare charismatique… Pour ça, pourquoi ne pas lui tendre un pièce, l’attirer sur une île isolée…
Malgré des éléments de routine (tombeau où personne n’aurait du mettre les pieds, belle jeune femme dénudée, ruine) cette histoire comprend nombre d’idées intéressantes, notamment la cité « rêvée » dont les habitants endormis se souviennent du massacre dont ils ont été victimes, l’élément extra-terrestre, etc. Et les côtés aventure et action de l’histoire sont bien menés, avec un suspense jusqu’au bout.

Voilà tout (ouf). Cette lecture m’a bien motivé pour l’achat des T2 et T3 des aventures du Cimmérien. Je continue à penser que l’approche chronologique (par ordre d’écriture) donnée par l’éditeur est très pertinente et intéressante.

The coming of Conan the Cimmerian

On pourrait croire que ça tourne pour moi à l’obsession pour les gros barbares musclés. Il y a un peu de ça, peut-être?
Je commente ici rapidement un livre que je n’ai pas fini de lire : le T1 (sur trois) de l’intégrale des aventures de Conan, dans l’édition Del Rey, elle-même une reprise de l’édition Wandering Star.
Tout d’abord, c’est pour moi la première occasion de lire Howard en VO. Jusqu’ici, je n’avais approché l’auteur que par les traductions, notamment celles de François Truchaud. Je dois beaucoup à ce dernier qui a su, par ses préfaces enflammées, faire partager sa passion et sa fascination pour Robert Howard. Mais, relecture faite récemment de quelques textes, j’avais tendance à trouver le style des histoires howardiennes un peu pâteux, du moins en français. Impression confirmée: en VO, Howard a un style tout a fait fluide, riche et incisif. Son sens du récit est exceptionnel et il est difficile, une fois une histoire commencée, de l’abandonner pour aller faire autre chose. La narration est efficace (on apprend uniquement ce qu’on a besoin de savoir), poétique et baroque quand il le faut (les scènes de bataille, notamment), prenant parfois les accents de la légende. Un vrai bonheur.
Cette édition présente les textes originaux (avant retouches par De Camp & Co), présentés dans l’ordre de rédaction, accompagnés de quelques brouillons, synopsis et articles critiques. Ce qui permet de voir mise en oeuvre la création, au fur des nouvelles, du monde hyborien et du personnage de Conan. Et cet aspect-là des choses est fascinant !
Pour le monde, on voit l’enrichissement progressif d’un décor, où Howard injecte de plus en plus de ses fantasmes historiques. Le monde hyborien a bien été créé pour cela : permettre à Howard de mettre en scène librement les rêves que lui inspiraient ses lectures historiques. En cela, le monde hyborien est un étonnant reflet (volontaire) de la perception du monde de l’auteur…
Quand au personnage : le Conan rêvé par Howard est un personnage profondément mélancolique. Les premières nouvelles nous présentent un personnage profondément conscient de l’absurdité du monde, toujours à deux doigts de noyer sa tristesse existentielle dans le vin et la bataille. Les textes ultérieurs tiennent cet aspect pour acquis, même si le lecteur attentif le ressent toujours. Je crois que c’est cette profondeur qui m’a toujours séduit, dans Conan. Au fond, dans toute sa puissance, Conan porte toujours le malaise de Robert Howard.
Parlons (un peu) des histoires, maintenant. Comme toujours chez Howard, on y retrouve un mélange d’images brillantes et d’idées conventionnelles, liés au genre de récit. Pour aimer Conan, il faut accepter ce cadre pulp de ses aventures.

The Phénix on the sword
pitch : Conan, roi d’Aquilonie, fait face à un complot visant à l’assassiner, impliquant dagues et monstrueuses invocations surnaturelles. La nuit sera longue.
Tout est centré autour d’un terrible combat nocturne. Le lion se défend, écrasé par ses assaillants. Un texte très puissant, malgré quelques longueurs pour la mise en place. Pour moi, la nouvelle Janua Vera (de JP Jaworsky) rend hommage à cette histoire.

The god in the bowl
pitch : Conan est encore un jeune homme, un voleur, dans une cité d’orient. Alors qu’il cambriole un palais, il se retrouve mêlé à une sombre affaire de meurtre politique.
Peu d’action, nombreux dialogues, l’occasion de mettre en avant la nature du personnage de Conan, face à différents portraits d’hommes « civilisés ». La scène finale est exceptionnelle, de violence et de fantastique (Ah, ce masque qui se balance au-dessus du paravent…)

The Frost Giant’s daughterpitch : le jeune barbare, blessé, est l’unique survivant d’une embuscade, dans un décor enneigé. Une femme apparait, surnaturelle…
Un texte superbe, mythologique. La neige, le sang, la course… Feu du désir, froideur du givre… Sans doute ma nouvelle préférée de toutes les aventures du Cimmérien. Une splendeur.

The Scarlet Citadelpitch : Le roi Conan est vaincu par ses ennemis et emmené en captivité, jeté dans des geôles profondes…
Une excellente histoire d’aventures. Là où d’autres auraient pondu un roman, REH écrit une novella hyper-rythmée, pleine de scènes géniales. Souterrains terrifiants peuplés de monstres lovecraftiens, rivalités de sorciers, batailles, intrigues politiques. Et Conan, jetant l’usurpateur du haut d’une tour, riant de ses ennemis, du peuple versatile, de lui-même…

Queen of the black Coastpitch : Conan, mercenaire devenu marin par hasard (par erreur?) est séduit par Bélit, la reine de la côte noire, femme pirate ardente…
Encore une histoire riche, pleine d’aventures, laissant entrevoir nombre d’histoires jamais contées (combien de temps, en vérité, Conan reste-t-il auprès de Bélit?). L’histoire d’amour marche très bien, le texte comprend nombre de scènes puissantes (le rêve du lotus noir, Conan attendant les ennemis sur la pyramide…)

J’ai l’impression, avec ces premières histoires, d’avoir lu les meilleurs textes de la série (d’après mes souvenirs des textes français). La suite des mes lectures infirmera ou confirmera.
Avec ces lectures et mes relectures récentes, je commence à être persuadé que, au fond, Conan est ce que Howard a écrit de mieux. J’essaierai d’argumenter ça.

Suite des chroniques quand j’aurai lu un peu plus loin, si ça intéresse des gens…

Les clous rouges – une aventure de Conan le barbare

J’ai eu l’occasion ces derniers jours de relire les clous rouges (the red nails), une des aventures de Conan qui se trouve dans le recueil Conan le Guerrier, traduite par François Truchaud.
En voici un bref compte-rendu de lecture, au ras des pâquerettes, abondamment fourni en spoilers.

Résumé : en pleine jungle, Conan rattrape Valeria, flibustière de la Fraternité, blonde et redoutable épéiste qui ne doit rien à personne. On comprend plus ou moins que le vaillant barbare s’est épris de la belle… Ensemble, ils combattent un terrible dragon (en fait, une sorte de dinosaure) puis se réfugient dans une cité abandonnée… Du moins le croient-ils. Car à l’intérieur des murs deux clans s’affrontent dans une lutte à mort et Conan et Valeria vont se retrouver pris dans leurs intrigues…

On retrouve dans cette histoire un certain nombre des conventions du récit d’aventure : la grosse bêbete que l’on ne peut vaincre que par la ruse, la cité abandonnée fondée par les fuyards d’une civilisation antique… Ainsi que quelques conventions des aventures de Conan : dans les sous-sols de la cité rodent de sombres créatures (serpents, morts vivants) à dresser les cheveux sur la tête.
Disons-le tout de suite, cette histoire est assez kitsch. Elle accumule les rebondissements ahurissants et les situations improbables. La cité, notamment, est particulièrement absurde, malgré de touchantes tentatives de l’auteur de la rentre crédible (l’histoire de la cité, le mystérieux fruit qui ne se nourrit que de l’air…). Les idées fusent dans tous les sens (le comportement du monstre et sa vraie nature, le crâne flamboyant, la machine de torture…) et sont souvent exploitées de travers ou bien négligées. Tout est subordonné au rythme du récit, très nerveux.
L’écriture est assez faible, un peu lourde, sauf par moments (voir plus bas). Ayant lu en français, je ne sais pas quel est le rôle de la traduction dans mon appréciation…

Conan et Valeria en pleine bagarre…

Un aspect étonnant de cette histoire est la relation Conan/Valéria. Valéria est présentée comme une femme libre et indépendante, qui ne laisse personne lui en remonter. Seul Conan, par sa puissance virile et barbare arrive à lui en imposer… Valéria ressemble à une tentative touchante de créer un vrai personnage féminin de la part d’un homme assez macho. Ok, elle a le droit de faire joujou avec une épée et de démolir quelques ennemis, mais elle apprend dans l’histoire que le vrai mec, c’est Conan.
Valéria passe son temps à rencontrer des adversaires trop forts pour elle (le dragon, Olmec…), laisse échapper la servante qui voulait l’empoisonner alors qu’elle la tenait entre ses mains et se fait stupidement capturer dans la scène finale. Objectivement, c’est une cruche.
Mais c’est un échec d’avoir voulu raconter les aventures de Conan & Valéria. Le couple qu’ils forment est un peu ridicule. On sent bien que Conan, au fond, rêve de prendre son épée à Valéria et de lui dire de rester dans son coin à compter les points tandis qu’il démolit tous les méchants en vadrouille. On le comprend.

Je n’ai donc pas été très convaincu par toute cette affaire. Pourtant, le récit possède aussi ses qualités. Tout d’abord, le rythme. Le décor est idiot, les personnages font des trucs absurdes et on marche quand même, on se laisse porter, on cavale derrière Conan et Valéria, on espère qu’ils vont mettre une raclée à tous ces Egypto-Aztèques décadents et qu’ils vont s’en sortir un sac de pierres précieuses sur l’épaule.
Ensuite, le récit a une charge érotique étonnante, notamment à travers les relations quasi lesbiennes de Tascecla (la belle et capiteuse reine immortelle, vêtue uniquement d’un pagne et de quelques pierreries) et de Valéria. Il existe une vraie tension entre ces deux personnages. Puis le récit comprend une incroyable scène où Valéria torture une jeune femme à coups de fouet (pour lui faire dire un truc qu’elle aurait sans doute pu deviner toute seule…).
Enfin, j’ai aimé tous les passages consacrés à Conan. Là, l’écriture de Howard trouve une vraie puissance. Le personnage transcende le décor. Conan est une force, primitive et instinctive, un superbe rêve de vie, de régénération et de destruction. Il a une humilité face à la mort, des valeurs saines, et se montre même capable d’une forme d’autodérision (quand il fait la liste des métiers qu’il a exercés…).
Rien que pour Conan, cette histoire vaut le détour.

PS: au fait, quel rôle jouent exactement ces fameux clous qui donnent leur titre à l’histoire? Ont-ils un rapport avec les ongles de Valeria?
PPS: j’apprends en parcourant le web que cette histoire seraient adaptée en film d’animation. Why not?

Un grand roman d’heroic fantasy française !

L’heroic fantasy française existe, je l’ai rencontrée dans une collection de littérature générale ! On connaît la réticence de certains auteurs à se faire publier dans des collections aux couvertures bariolées, de peur sans doute d’y perdre quelques lecteurs. C’est sans doute ce qu’a pensé Gustave Flaubert, un nouvel auteur pourtant très prometteur pour le genre. Son étonnant roman, nommé « Salammbô » du nom de l’héroïne, prouve qu’il existe une chance durable pour que ma littérature favorite finisse par être reconnue en France.
Carthage et sa civilisation cruelle du temps d’Hamilcar Barca sont le centre et le principal sujet de ce livre. L’auteur prétend dans une petite annexe s’être énormément documenté et avoir tout lu sur son sujet, sans doute pour faire croire aux critiques littéraires qu’il a écrit un roman historique, genre à la mode de nos jours. Mais il n’y a pas besoin de beaucoup creuser pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas là d’un tas d’érudition mal digérée et de références empilées les unes sur les autres, mais d’une puissante rêverie, d’un monde imaginaire fou et chatoyant, d’une Carthage aussi irréelle et fantasmée que le sont les dieux et héros des tableaux de Gustave Moreau.
Ce monsieur Flaubert écrase de son ombre tous les auteurs francophones qui ont essayé de marcher sur les pas de Tolkien. Quelles images incroyables ! Quelle cohérence, quelle harmonie, entre les Dieux, les palais, les paysages, les vêtements ! Les étonnantes sonorités des noms de lieux, personnages, matières et pierres précieuses nous transportent dans un ailleurs lointain. Dans une civilisation qui ne peut nous être qu’étrangère puisque vaincue et disparue sans quasiment laisser de traces, mais où l’on trouve des hommes dans les sentiments desquels on peut se reconnaître.
Je n’ai encore rien dit de l’intrigue, foisonnante, complexe, remarquable. On y trouvera, sans ennui aucun, des scènes de batailles, une fête extraordinaire, de la politique, de la magie, le cambriolage d’un temple sacré (digne de Fafhrd et le souricier gris !), des ruses mortelles, des sacrifices humains… et des batailles, encore. Il y est question de la guerre d’une vieille cité contre ses mercenaires, de l’amour impossible d’un barbare pour une princesse perdue dans sa quête mystique. La vie, partout, est présente. On meurt beaucoup, dans Salammbô, le sang coule, mais c’est pour mieux régénérer le monde.
L’auteur anglo-saxon dont l’imaginaire de Gustave Flaubert se rapproche le plus est sans doute Michael Moorcock, celui d’Elric et surtout de Gloriana : comme lui, le Français aime les univers baroques, les fins du monde bariolées, les atmosphère à l’érotisme étrange… Mais que le lecteur se rassure : point de trilogie interminable ici ! Le roman est d’un seul tenant, dense, équilibré, parfaitement construit, de la scène d’introduction à l’étonnante et nécessaire chute. Comme chez Tolkien, l’univers est complet, cohérent et maîtrisé, il semble même être le but et le fondement de l’œuvre. Les batailles sont aussi épiques et sanglantes que celles de Robert Howard, et j’ai déjà mentionné la surprenante parenté avec les livres de Fritz Leiber.
Mais contrairement à tous ces auteurs que je ne peux lire que traduits, notre auteur est francophone et son roman est servi par une langue fabuleuse qui est la véritable porte d’entrée de son monde imaginaire, qui amène toute la vérité de ce songe. Il n’y a qu’avec Nôo, de Stefan Wul, que je me suis senti ainsi transporté par la magie de l’écriture.
Avec Salammbô, Gustave Flaubert a donné à la littérature française de l’imaginaire une œuvre incontournable pour tous les amateurs du genre. On ne peut que lui souhaiter une longue et fructueuse carrière !

Ref : Salammbô – Gustave Flaubert – éditions Folio, etc.

PS : admirez au passage la qualité de l’illustration de couverture!

Conan chez l’Autre Alex

« Crom, I have never prayed you before…. »

J’ai vu Conan The Barbarian en grand format et en VO pour la première fois de ma vie dimanche dernier.

Jusqu’à maintenant, je n’avais regardé mon film préféré que sur des VHS pourries, en VF.
« Qu’est-ce qu’il y a de mieux dans la vie, Conan? »
J’écoutais la musique à fond sur mon walkman en poussant la wheel of pain dans de grands bruits de chaînes. Et je chargeais en plein galop sur les choeurs de Basil Polédouris dès qu’une occasion de bataille se présentait…

L’Autre Alex , chez qui nous l’avons regardé, disait que redécouvrir ainsi un film qu’on aime pouvait briser le mythe, l’image qu’on s’en était faite. Remarque qui me concernait tout à fait : je connais « Conan » par coeur, en imagination en tout cas. En fait, je ne l’avais pas revu depuis des années.

J’ai donc été obligé de voir que oui, c’est vrai, Schwarzenegger était un gros culturiste épais qui tient son épée n’importe comment, et d’admettre que Subotaï était le copain de surf de John Milius. Et puis le film a un discours un peu facho et anti-hippies pas très fin et quelques gadgets ‘années 80’ vraiment de mauvais goût (la réapparition de Valeria, par exemple…).

De plus, notre hôte nous a fait écouter les commentaires du film par John & Arnold, themselves… Commentaires qui oscillent entre l’idiotie totale et l’aberrant, avec quelques moments à hurler de rire quand ce gros bêta d’Arnold se met à raconter l’histoire alors que John tente de faire sentir sa vision…

Seule la musique de Basil Polédouris, qui porte le film, ne se montre jamais décevante.

Mais j’aime Conan, et l’oeuvre de Robert Howard en général. Je me sens depuis longtemps une immense sympathie pour « Two Gun Bob », garçon mal dans sa peau et mal dans son monde, qui a couché sur le papier tant d’aventures sauvages.
Ce qui fait la différence entre les textes d’Howard et ceux de tous ses imitateurs c’est que Howard croyait profondément à ce qu’il écrivait. Il évoque lui-même ces instants où la grande ombre de Conan se penchait sur son épaule pour lui dicter ses aventures. Howard voyait le monde en noir et rouge, plein de spasmes de fureur, de forces ténébreuses et incompréhensibles…
Face à ces forces, des hommes se tiennent. Non, pas des dieux, pas des géants, mais des hommes, de simples hommes, qui par moment arrivent à faire reculer la mort et triompher la vie.

Voilà pourquoi j’aime le film, malgré ses outrances et son mauvais goût : c’est un film sans second degré, qui ne se moque ni de lui-même, ni du spectateur. Un film qui croit à Conan, au Conan de Robert Howard. On sent dans le film le souffle de l’aventure, le monde très ancien, les civilisations disparues qui dorment dans la terre, tous ces os des héros morts sur lesquels nous marchons.
Aucun autre film d’heroic fantasy ne m’a jamais paru aussi authentique, aussi complètement cohérent, aussi intègre. Le réalisateur n’a-t-il pas fait construire l’immense escalier de Thulsa Doom ?

Et le film, à chaque fois, emporte mon adhésion par son image finale. Roi, par ses propres mains.


Know, oh prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the years of the rise of the Sons of Aryas, there was an Age undreamed of, when shining kingdoms lay spread across the world like blue mantles beneath the stars /…/ Hither came Conan, the Cimmerian, black-haired, sullen-eyed, sword in hand, a thief, a reaver, a slayer, with gigantic melancholies and gigantic mirth, to tread the jeweled thrones of the Earth under his sandalled feet.

The Nemedian Chronicles, as quoted in The Phoenix on the Sword (1932), by Robert E. Howard.