
Voici un livre que j’ai lu grâce à Mauvais Genres, la sympathique émission hebdomadaire de François Angelier sur France Culture. L’écrivain Joe R Lansdale y citait Flannery O’Connor comme un de ses écrivains favoris.
Ce recueil de nouvelles, donc, met en scène des personnages du sud des Etats-Unis dans les années 50 : vieilles filles, prédicateurs, nègres, ancien soldat de la guerre de Sécession, enfants, tueurs… Les histoires sont brèves, âpres, souvent cruelles et teintées d’humour noir. L’auteure, une femme étonnante si j’en crois sa biographie, a une écriture brève, dense et acérée, diablement efficace. La nouvelle est un art très difficile, pour toutes les raisons que l’on sait et celles-ci sont des modèles du genre, réussissant chacune à évoquer un contexte social particulier, des personnages très riches, des intrigues prenantes… Je passais mon temps à me demander avec angoisse comment toutes ces affaires allaient mal tourner.
Les textes sont réunis par un ensemble de thèmes communs : présenter des petites gens, des personnages à l’esprit étroit qui ne comprennent pas bien le monde dans lequel ils vivent (alors que le lecteur, qui voit un peu plus loin qu’eux, devine bien tous les ennuis qui vont leur tomber sur la figure), présentés dans leur rapport aux autres et à Dieu (souvent).
Une belle découverte, un très beau recueil, merci à France Culture et à Joe R Lansdale de me l’avoir fait découvrir !
Étiquette : livres
A deux pas du néant – Tim Powers
Los Angeles, 1987. Soleil, palmiers, grosses voitures pas très écolo et téléphones portables rudimentaires. Une vieille femme meurt, et son corps est retrouvé à quelques centaines de kilomètres de chez elle, posé sur une svastika dorée. Comment a-t-elle fait pour arriver là-bas? Et qui sont ces gens, dans cet autocar, qui quadrillent la ville en écoutant les oracles d’une tête embaumée? Et cet agent du Mossad devant qui il ne faut pas prononcer le nom de l’acteur principal de Rio Bravo ? (je sais que vous savez qui c’est, mais taisez-vous !)
Franck Marrity, jeune prof de littérature à l’université, élevant seule sa petite fille de douze ans, se pose les mêmes questions, et apprendre la réponse aura de quoi le secouer un peu. Il y aura des courses poursuites, des pistolets, des gens surgissant de nulle part, des incendies dans les collines provoqués par une utilisation peu orthodoxe des lois de la relativité…
Vous apprendrez quelques informations intéressantes sur la vie d’Albert Einstein, les lois de la physique, les tremblements de terre en californie, la guerre du Kippour et les unités spéciales du Mossad. Vous découvrirez aussi comment une société secrète peut ne pas avoir de fondateur. Et pas mal d’autres détails intéressants… Tout cela sans quitter la Californie, ses banlieues interminables et le soleil qui ne cesse de se refléter sur les pare-brises…
Cette lecture m’a rappelé pourquoi j’aimais Tim Powers, auteur que j’avais beaucoup lu voici quelques années. Pour ses idées, aussi bien dans les grandes lignes que dans les petits détails. Pour son attention au quotidien, aux mégots de cigarettes, aux bricoles qu’on garde dans sa poche. Pour son sens de la magie. Pour ses personnages, surtout, tous un peu fous, humains, vrais. Ils se trompent souvent, réussissent parfois par hasard, font de la magie quand il n’y a plus d’autre choix, et tout cela reste tellement vrai. J’y crois, je me laisse emmener, j’adore le voyage, merci M. Powers.
Tiens, ça me donne envie de relire le poids de son regard…
PS : ce roman contient sans doute quelques éléments autobiographiques : le héros a exactement le même âge et la même profession que l’auteur et le roman parle de choix de vie, d’élever ou non des enfants, des relations rêvées d’un père et de sa fille…
PPS : merci Gilles pour cette (re)découverte
PPPS : belle couverture de Manchu !
Epées et mort
Je vais essayer de faire un petit commentaire du cycle, recueil par recueil, nouvelle par nouvelle, autant pour faire marcher ma mémoire que pour l’intérêt, éventuel, du lecteur Leiberophile.
Comme je copie-colle les listes de textes depuis l’excellent site de Bruno Para, le petit bouton vert vous renverra à un résumé des nouvelles et au commentaire de l’ami Bruno.
Et comme je n’ai pas relu le premier recueil, je démarre directement au deuxième, épées et mort.
Texte mélancolique, très réussi, où tout est parfaitement résumé. Les héros, Lankhmar, Nehwon, les sorciers Sheelba et Ningauble… L’adaptation de Chaykin et Mignola en est particulièrement belle.
pas relu.
Une bonne histoire mettant en scène la terrible guilde des voleurs, qui a inspiré tant de rôlistes. On y retrouve toute l’atmosphère de Nehwon, grotesque, macabre, humoristique. (attention, on n’est quand même pas dans la parodie à la Pratchett)
Aventure étrange, presque philosophique. A la limite de l’abstrait.
Partiellement relu, mais j’avais l’adaptation BD très présente à l’esprit…
Fabuleuse aventure onirico-marine, mettant en scène un royaume englouti, une galère silencieuse dans la nuit… Attention aux bijoux trouvés dans le ventre des poissons !
Encore une curieuse aventure aux limites du rêve, avec ses sept prêtres comme les personnages d’une comptine, le Souricier frigorifié et une ambiance de feu et de glace. Les apparitions des prêtres, un à un, donnent un bon rythme à ce texte.
Superbe aventure lankhmarienne, toute l’ambiance croulante de la vieille cité s’y retrouve.
Une nouvelle fable, excellente. On notera que toutes les aventures opposant Fafhrd et le Souricier à la Mort jouent sur la dualité entre les deux personnages. Le côté double de ces héros (l’un ne va pas sans l’autre, et pourtant ils forment bien deux personnages distincts) est exploité dans pas mal de textes de Leiber. Ici, leur progression en miroir est tout à fait bien menée.
Une des plus connues des histoires de la série. Pleine de bonnes idées, mais je trouve le discours ironique sur ces démons capitalistes un peu évident et facile. Restent des images fascinantes (le mur de mercure, la fille dans la cage…) qui valent la lecture.
Un retour à Lankhmar…
A cause d’un projet de partie de jeu de rôle, et par plaisir aussi, j’ai relu presque tout le cycle des épées, de Fritz Leiber, mettant en scène les inoubliables Fafhrd et le Souricier gris.
Faut-il relire ce qu’on a aimé adolescent? Les déceptions peuvent être cruelles… Mais ça na pas été le cas avec cette relecture-là, qui m’a procuré une nouvelle fois le même plaisir. Certes, toutes les histoires ne sont pas bonnes. Certes, le style est parfois inégal… Mais le plaisir est là. Plaisir d’une sword & sorcery a visage humain, avec des héros pleins de faiblesses. Plaisir de retrouver un monde onirique, tranquille et brumeux, Nehwon, un de ces endroits où j’aimerais aller faire un tour à l’occasion.
Je convie les lecteurs ne connaissant pas ces histoires à aller se renseigner ici ou ici.
Cette relecture, après plusieurs années, m’a permis de me rendre compte d’un certain nombre de détails qui m’avaient échappés les toutes premières fois :
– les meilleures aventures de F & lSG n’ont souvent aucune logique rationnelle (Quand le roi de la mer est au loin, le quai des étoiles, etc.) mais plutôt une logique onirique. Amis lankhmariens d’adoption, essayez de raconter vos histoires favorites à quelqu’un qui ne les a pas lues, et vous verrez sa tête… Cette logique onirique fonctionne d’ailleurs très bien !
– Je suis prêt à parier que Fritz Leiber faisait de la voile et de l’escalade. Plusieurs textes (notamment La mer est leur maîtresse) semblent être des vacances imaginaires, l’occasion pour l’auteur d’emmener ses héros et lui-même en voyage. On notera les navires gréés en sloop, par exemples, pas très en phase avec l’univers post-antique de Lankhmar (mais les lampadaires et la police dans les rues sont d’autres échos de modernité dans cette cité étrange)
– il est très touchant, notamment dans les derniers textes, de se rendre compte que les héros ont vieilli avec l’auteur. J’aime le fait qu’après les avoir fait bourlinguer autour de Lankhmar dans le monde entier, il leur trouve une maison pour leur retraite, l’Ile de Givre. Il leur faut un peu de temps pour s’y adapter, mais eux-mêmes et nous aussi finissons par prendre goût à cet endroit simple et bizarre (une image de l’Islande?)
Cette relecture a été pour moi un nouveau plaisir, un nouvel émerveillement. Je me suis dit une nouvelle fois que si je voulais écrire de l’heroic fantasy (de nouveau) j’essaierais de faire des textes dans ce genre, textes courts, mélangeant rêve, aventures, épées et jolies femmes, voyages désabusés de héros très humains.
Merci M. Leiber.

PS : j’ai relu aussi les excellentes adaptations Chaykin/Mignola. Un peu comme Tardi l’a fait avec Nestor Burma, Mignola a donné à nos héros leurs visages.
Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil – Jean de Lery
Après avoir lu Rouge Brésil (dont j’ai parlé ici) et dans le but de me documenter un peu plus pour ma petite campagne de Te Deum, j’ai découvert sur Internet le texte intégral de l’Histoire d’un voyage… de Jean de Lery, et sa lecture a été une nouvelle source d’émerveillement. J’avais déjà lu l’histoire mémorable du siège de Sancerre, par le même, et j’ai été très heureux de retrouver mon chroniqueur préféré du 16ème siècle.
Jean de Lery, fils de cordonnier, protestant, a fait partie de l’expédition Villegaignon, au Brésil, et il a passé plus d’un an à cotoyer de près les Indiens Tupinambas, des anthropophages de la région de Rio. Dans son histoire d’un voyage… il entreprend de réfuter les mensonges diffusés par André Thévet, premier chroniqueur de l’expédition, puis il évoque le voyage de son groupe vers le Brésil avant de passer de longs chapitres, les plus fascinants, à décrire la société des Indiens. La rencontre des cultures est un instant magique, où se révèlent tout autant les indiens que les Français. De Lery regarde les indiens avec une véritable curiosité, s’intéresse à tout : les paysages, les animaux, la forme des villages, le costume des hommes, des femmes, leurs moeurs, leurs manières d’accueillir les hôtes, de faire la guerre, de fabriquer la nourriture, de faire l’amour, de traiter les prisonniers… Son souci d’exhaustivité, la qualité de la rédaction forcent le respect : le texte est passionnant à lire, bien écrit, plein d’humour, malgré la distance des siècles! Sans se départir des préjugés (notamment religieux) de son temps, De Lery regarde « ses » Indiens avec bonté et remarquablement peu d’a-priori. Son jugement sur les Européens n’est pas tendre et bien que les Tupinambas soient des anthropophages païens, il admire leur savoir-faire, leur cordialité, leur manière tranquille de mener leur vie, leur bonte entre eux et envers les étrangers.
Quand les Indiens on voulu lui trouver un nom, le chroniqueur leur a proposé de l’appeler Jean, son qu’ils étaient malheureusement incapables de prononcer. Il a alors proposé Léry, ce qui veut dire huître en langage Tupi. Et voilà notre bon protestant baptisé par les sauvages Léry-oussou, « la grosse huître », ce qui paraît même lui faire plutôt plaisir.
Le compte rendu de De Léry, réécrit et retravaillé de nombreuses fois (il a perdu son manuscrit plusieurs fois dans la tourmente des guerres de religion), comprend plusieurs passages étonnants, dont la retranscription complète en langue tupi (avec la VF) d’un dialogue qu’il a eu avec un vieil Indien.
Le texte se termine par le récit épique du retour en France à bord d’un bateau pourri, faisant eau de toute part, éprouvé par la famine. Le pauvre De Lery connaissait le sujet, lui qui a failli mourir de faim durant le siège de Sancerre. Et, sans se départir de ce sérieux pince sans rire que je perçois chez lui, il se permet de comparer les deux types de famines, celle du siège et celle de la traversée, commentant les difficultés et les aisances de chacune…
Wikipedia liste les différentes version du manuscrit disponibles sur le net de ce superbe manuscrit. Le livre a également été récemment réédité au livre de proche.
Festins secrets – Pierre Jourde
Voilà un bouquin prometteur : un jeune prof, l’agrégation juste passée, part vers son premier poste dans un collège très difficile d’une ville de province, Logres. Il a trouvé à se loger chez Madame Van Reth, veuve étrange d’un collectionneur d’érotiques du 18ème siècle, dans une non moins étrange maison. L’écriture, hypnotisante, nous fait assister au voyage halluciné du héros dans le train qui le mène à Logres et à ses débuts dans le collège qui, il faut bien le dire, est une antichambre de l’enfer. Et puis il y a ces mauvaises nuits, ce téléphone qui s’obstine à sonner dans la grande maison trop vide, et les bruits insupportables qui sortent du pavillon de parpaing des Hellequin, les caïds du lieux, des ces dîners abominables du cercle culturel de Logres, et ces morts de la première guerre mondiale qui rampent sous la boue du champs des Ecargues… La raison de notre prof part à la dérive, et nous aussi, pour notre plus grand plaisir.
L’écriture habile de l’auteur sait donner voix à une galerie de personnages bizarres, le prof cynique, le proviseur shooté aux circulaires de l’Education Nationale, l’avocat médiatique et puant, la poétesse féministe nimbée de dentelles noires…
On pense aux films de David Lynch, à l’échelle de Jacob, à ces moments où le fantastique envahit la réalité parce que le fantastique est la réalité. Et dans sa peinture de Logres en enfer, Pierre Jourde donne à sentir la nature profondément étrange et effrayante du monde. Pas mal.
Malheureusement, son roman a quelques problèmes. Le premier est, me semble-t-il, que l’auteur, tout à son ambiance, a totalement oublié de raconter une histoire intéressante. La dérive solipsiste de son personnage aurait pu en être le sujet si ce dernier avait été un peu moins (ou un peu plus, au choix) une insupportable loque chouineuse. Sinon, à quoi bon tout ça? Pourquoi avoir créé autant de personnages intéressants (les Hellequin, le docteur, les Schutz…) pour n’en rien faire?
Deuxième point, l’auteur est un prof, et ça se voit. Le texte mentionne avec mépris ces profs aigris qui ne cessent de parler de leurs élèves. Sur sa deuxième partie, le roman m’a fait penser à celui d’un prof aigri qui ne cesse de parler de l’éducation nationale… et, autant l’auteur a l’imagination puissante et féroce quand il part dans le fantasme, autant ses récits semi-réalistes des formations pédagogiques de l’éducation nationale n’offrent, en vérité, aucun intérêt pour le lecteur non-prof (et pour le lecteur-prof? je l’ignore). Bref, j’ai fini par sauter les longues diatribes sur l’architecture démente de l’ISFP et le fonctionnement du « système »… Dommage.
Reste la fin du roman, atteinte après une centaine de pages d’ennui pédagogique, et relativement convenue. Ami lecteur, suis mon conseil, abandonne le texte à la moitié, tu auras un excellent souvenir de ce roman !
PS : Festins Secrets m’a heureusement rappelé un excellent roman fantastique, traitant un sujet proche tout en évitant complètement l’ennui : Villa Bini, de l’excellente et trop rare Serena Gentilhomme.
PPS : merci à PAT de m’avoir donné envie de lire Festins Secrets. Je n’ai pas autant apprécié que lui le roman, mais ça reste un texte très intéressant.
Lectures 2007
Retour sur mes lectures de 2007, surtout pour parler de celles que je n’ai pas déjà commentées sur ce blog.
Evolution, Stephen Baxter
J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de ce livre étonnant. Le pessimisme de Baxter est toutefois assez pesant et je n’ai pas envie de relire dans l’immédiat d’oeuvre de cet auteur… Dans tous les cas, Evolution reste une lecture fascinante.
Janua Vera, JP Jaworski
Après le jeu de rôle Te Deum pour un massacre, voici que M. Jaworski entre en littérature, avec un joli recueil de nouvelles, que j’ai eu la chance de lire en avant-première. Un ton original, une belle écriture, une utilisation intéressante de connaissances historiques dans la Fantasy. Les 7 histoires offrent un intérêt inégal (je n’ai pas du tout aimé le texte humoristique, par exemple), mais l’ensemble est une jolie réussite. Et le livre est fort beau.
Soliman le magnifique, André Clot
Un livre intéressant sur le grand Sultan, qui offre un surtout un portrait de l’empire Ottoman à son époque. Cette lecture faisait partie de ma documentation pour faire jouer l’épisode du Siège de Malte, dans ma campagne Te Deum…
La cité des saints et des fous, Jeff Vandermeer
J’en ai parlé ici, rien à redire, même si un certain David C à qui je l’avais conseillé n’a pas aimé. Reste un beau livre, très étonnant.
Martin Eden, Jack London
Mon premier roman de Jack London, roman très autobiographique, lu sur le conseil de l’ami Alex. Extraordinaire d’énergie et de sincérité. j’ai été très ému de découvrir que la pseudo-autobiographie de Robert Howard (le rebelle, chez Néo) en était en fait très inspirée (même si elle est ratée…)
Conan le guerrier, Robert Howard
Premier essai de relecture de REH. J’ai dit tout le mal que je pensais de Red Nails ici.
Mythes nordiques, Pages
Je recommande ce petit livre très concis et bien fait sur les mythes nordiques, conseil de lecture de l’ami Alex, dans le cadre de la documentation pour le travail sur Siegfried.
Trois pépins du fruit des morts, Mélanie Fazi
J’ai parlé ici de ce curieux roman duquel je garde un bon souvenir.
Le passager de la nuit, Maurice Pons
J’ai beaucoup aimé ce texte sans prétention.
Frère François, Julien Green
Un curieux roman-hagiographie (assumé) sur le grand saint du moyen-âge. Je ne suis pas totalement convaincu par la forme littéraire, mais je reste séduit par cet étonnant personnage, mélange de fou mystique et de réformateur.
Le carnaval de Romans, Le Roy Ladurie
Un livre d’histoire passionnant racontant un étrange épisode de guerre civile dans la petite ville de Romans, vers la fin des guerres de religion. Mélange de combat symbolique (rameutant des icônes païennes) et politique.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, EE. Schmitt
Mon premier livre de cet auteur à succès. Que dire? Que c’est de la littérature facile? Un texte qui m’a semblé plutôt indigent, malgré quelques petites idées. Bof.
Blood and Thunder, the life and art of Robert Howard, Mark Finn
Intéressante bio du Texan de Cross Plains. Je voulais faire une critique, mais je n’ai pas eu le courage. Le livre n’est pas prétentieux, c’est ce qui fait son charme.
Bébé, dis-moi qui tu es, Philippe Grandsenne
On comprendra mes préoccupations vers ce moment-là… A part ça, le livre est très intéressant pour les jeunes parents, court, pas cher, et offre pas mal de réponses à des petites et grandes angoisses.
Bleu, de Michel pastouteau
Un document passionnant.
The coming of Conan the Cimmerian, Robert E Howard
Par Crom ! Un grand moment de lecture…
Commentaires ici et ici.
Histoire et dictionnaire des guerres de religion, collectif, collection Bouquins
Une excellente lecture pour qui fait jouer à Te Deum. Quasiment un supplément indispensable ! Avec liste de PNJs et historique de tous les pays d’Europe.
The etched city, KJ Bishop.
J’ai déjà dit ici ce que j’en pensais ici. Une lecture conseillée.
L’affaire Charles Dexter Ward, HPL
2007 aura été mon année de redécouverte de Lovecraft. Quel génie !
Le trône d’ébène, T.Day
Chaka !
Spin, RC Wilson
J’ai beaucoup aimé ce roman, mais tant d’autres (ici et ici par exemple) en on dit du bien sur le réseau que je ne sens rien d’intelligent à rajouter. C’est intelligent, plutôt bien écrit, bourré d’idées. Bref, mangez-en.
La Pierre de Sang, KE Wagner
Pas tellement aimé. A part le début, avec la magicienne ailée, que j’ai trouvé très beau, j’ai ensuite trouvé l’ensemble un peu lourd et moins provocateur que je ne pensais.
Car je suis légion, X Mauméjean
Pas accroché.
La peau froide, d’Albert Sanchez Pinol
Joli roman fantastique, j’en ai parlé ici.
Mademoiselle B., Maurice Pons
Pas aimé ce roman de Maurice Pons, qui n’aime pas assez ses personnages, malgré quelques jolis moments et une reconstitution amusante d’Andé et du Moulin (qu’on ne voit pas…).
Les âmes grises, Philippe Claudel
J’ai détesté ce livre, moche, complaisant et déprimant.
[BD] La théorie de grain de sable, Schuiten & Peeters
Un excellent album, qui prouve que ce duo génial sait se renouveler !
[BD] Siegfried T1, Alex Alice
Un très bel album, et pas seulement par copinage. L’émotion est très forte.
Nid de coucou, Calvo
Gondwanaworld !
Les gnostiques, Jacques Lacarrière
Très bon livre, sincère et honnête, sur un sujet casse-gueule, qui m’aura permis d’en savoir un peu plus sur ce mouvement spirituel. A part ça, ce livre offre des clefs intéressantes pour comprendre certains romans de Dick (Siva, notamment…).
Comment produire une crise mondiale…, J Favret-Saada
A lire !
Cendres, Di Rollo
Trop sombre et complaisant à mon goût. La couverture de Daylon est très belle.
Harry Dickson intégrale T8, Jean Ray
Des histoires drôles et trépidantes. J’ai retrouvé une de mes lectures d’adolescent !
Fiction, T5, collectif
Si j’ai le temps (on peut y croire), je chroniquerai les nouvelles une par une. Le texte de Kelly Link est exceptionnel, j’ai adoré.
Je ne tire pas de bilan de cette longue liste. Si je devais retenir mes livres de fiction préférés de l’année, ceux que je recommanderai aux amis, je citerais surtout:
La cité des saints et des fous, Jeff Vandermeer
Martin Eden, Jack London
Le passager de la nuit, Maurice Pons
The coming of Conan the Cimmerian, Robert E Howard
L’affaire Charles Dexter Ward, Lovecraft
Spin, RC Wilson
[BD] Siegfried T1, Alex Alice
Nid de coucou, Calvo
A l’année prochaine pour une nouvelle liste fascinante !
Les montagnes hallucinées

Grâce à Eric Gilard, j’ai pu découvrir l’oeuvre de Nicholas Roerich, le peintre russe auquel Lovecraft ne cesse de faire allusion dans les Montagnes hallucinées. Je vous laisse découvrir la (brève) biographie de ce peintre et surtout ses peintures, très bien présentées sur le site du musée qui lui est consacré à New York. Je ne vois tellement en quoi ses peintures seraient « strange and disturbing », comme le dit notre ami HPL, mais ses images de montagnes glacées ont pu contribuer à l’évocation de l’étrange chaîne de montagne et de sa citée abandonnée depuis des éons.
Et puis, ci-dessous, vous ne voyez pas un Shoggoth?
Comment produire une crise mondiale….

…avec douze petits dessins, par Jeanne Favret-Saada.
Personnellement, j’avais mal compris cette affaire des « dessins de Mahomet ». Bien sûr, il y a eu les fureurs de la foule des pays musulmans, les drapeaux brûlés, les gens assassinés, la fièvre des débats, les opinions tranchées d’un côté ou de l’autre, mais je retiens surtout de tout ça l’impression d’une grande confusion, de quelque chose que j’avais mal compris. Comment avait-on pu en arriver là? Pourquoi cette affaire est-elle partie du Danemark, petit pays paisible dont au fond on ne sait pas grand chose?
Le livre de Jeanne Favret-Saada est une reprise de toute cette affaire. L’auteur est une ethnographe connue, qui a très rarement publié, mais des livres très marquants dans leur domaine (notamment les mots, la mort, les sorts). Pour ce dernier, elle a mené un travail d’investigation sérieux, engagé, et rendu compte de ses recherches dans ce livre court, au style limpide, donnant à comprendre les tenants et les aboutissants de cette étrange affaire. On y découvrira l’étonnante politique d’immigration danoise, une des plus libérales du monde. On apprendra dans quel cadre les fameux « 12 dessins » (dont seulement quatre sont des caricatures…) ont été publié dans le premier quotidien du pays. On verra le jeu trouble exercé par un petit groupe d’imams fondamentalistes, les manipulations grossières de certains états musulmans, la diplomatie lénifiante de l’ONU et de l’Union Européenne… Un éclairage fascinant sur l’ordre du monde actuel, sur les enjeux des relations entre état et religion, sur la difficile défense de la liberté d’expression et des valeurs démocratiques…
On y apprendra surtout comment parler de cette affaire passionnelle, mêlant religion, civilisations et libertés, sans dire trop de bêtises. Ce n’est pas rien, par les temps qui courent.
Nid de coucou – David Calvo
Gondwanaworld, Gondwanaworld, je chante ton souvenir, ô terre de palmiers, terre d’imaginaire, l’alpha et l’oméga…
La voix murmure dans mes oreilles et moi je glisse dans la nuit, dans mon petit train bien chauffé, sur les plaines blanches qui s’éveillent, au coeur du pays jouet, le bunker du monde. Et je ne suis pas là.
Dans les terres d’avant le temps/d’après le temps, la glace se craquelle, une fissure s’élargit sous mes pieds, plus rien n’est sûr, tout bouge, vit, meurt. David Norville Calvo est parti à la recherche, vaine, du grand coucou dont le cri va manifester l’invisible, faire revivre… quoi, au fait? Le retour vers l’enfance ne peut être qu’un échec, l’explorateur le sait. Les rêves nostalgiques au rythme de cartoons ont changé de ton, brassés qu’ils sont dans la soupe mythique des glaces fondantes du pôle sud. La quête de la Jabule est un témoignage et une prophétie, la révélation douloureuse de qui il est, de qui nous sommes (un peu).
Dans les glaces mouvantes, tout au fond de ce puits qui se nomme parfois David Calvo, il y a…
Peter Pan, Stevenson, des pirates, des îles, Los Angeles, Sinatra, des royaumes de nuages, des bonshommes de neige, les montagnes hallucinées, les murs de Troie, Marseille (et derrière Marseille, les colonnes ioniques des temples engloutis…), et l’île aux enfants, et derrière encore, des formes sans nom, des noms sans formes, douces, molles, fourreuses, chaudes…
Et tout derrière, un adulte parfois lucide, cet enfant avec un canon de M60 dans la bouche.
Welcome !
PS : Nid de coucou, de David Calvo, est édité aux moutons électriques. A vos risques et périls.

