Le garçon doré – André-François Ruaud

Il y a des livres que je choisis de lire parce que je sais qu’il vont me permettre de passer du temps en compagnie d’une personne que j’apprécie. J’ai acheté le garçon doré parce que je sentais, à raison, qu’il faisait partie de ce type de livres intimes qu’on écrit autant pour soi que pour les autres.

Ce recueil de courtes nouvelles, allant de Londres vers 1920 au San Francisco de 1996, en passant par la Touraine ou Villeurbanne dans les années 80, met en scène des villes, des personnages fantastiques et des visions. André-François Ruaud (dont voici l’excellent blog – dix ans de blogging !) a un goût pour les villes, leurs détails, leurs ciels, leurs atmosphères. Et aussi pour les beaux visiteurs surnaturels, dieux égarés, anges en rollers, créatures célestes… Qu’ils soient l’objet de la quête ou bien de « simples » passeurs, permettant d’atteindre un Autre Côté fantasmé, entrevu, douloureusement désiré.

Les textes paraissent avoir été écrits sur une période aussi longue que les dates indiquées pour les récits le laissent entendre (personne ne doute qu’AFR soit né à l’époque victorienne, ou du moins qu’il y ait passé une partie de son adolescence), j’en ai trouvé certains plus aboutis que d’autres, ceux qui relèvent franchement du conte et de la vision étaient notamment plus forts que ceux mettant en scène une vie plus quotidienne. L’ensemble dégage une impression douce, mélancolique et touchante.

Et la couverture de l’ensemble est très belle.

Editions de la Clef d’Argent.

Commande possible ici.

Stalker / Pique-nique au bord du chemin – Arkadi et Boris Strougatski

lasth stalkerPour une fois, j’ai envie de recopier le quatrième de couverture, qui ne gâche rien du livre et en révèle bien le propos.

Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis d’on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont laissé traîner des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprendre les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d’un chemin. 

Adapté au cinéma en 1979 par Andreï Tarkovski, Stalker ou Pique-nique au bord du chemin (ici publié [2010] pour la première fois en France en version intégrale) est le chef-d’œuvre des frères Strougatski. Un roman qui a eu un tel impact sur le XXe siècle que c’est sous le surnom de stalkers qu’on connaît désormais les hommes et femmes qui ont étouffé le cœur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986.

J’avais quelques a-priori idiots sur ce roman. Que, par exemple, comme c’était un roman russe, il serait forcément compliqué et plein de références qui m’échapperaient. Et que parce qu’il datait de l’époque soviétique, l’histoire se déroulerait dans une URSS bizarre, toute grise et brune. Tout ça est bien sûr faux. Rien n’est compliqué dans Stalker et l’histoire ne se prend pas place pas en URSS. 

Stalker est un authentique roman de science-fiction, en cela qu’il part du postulat indiqué dans le quatrième de couverture (la Visite) et en tire les conséquences sociales et scientifiques. Et Stalker est un très bon roman tout court, par le traitement très fin et poignant des personnages, par son immersion dans leur vision, parce qu’on voit la Zone (et les conséquences de la Visite) uniquement à hauteur d’homme, à hauteur d’un homme, un stalker, à la fois chasseur de trésors, contrebandier et démineur, qui s’enfonce pour toutes sortes de mauvaises raisons dans la Zone afin d’en extraire des trésors étranges dont il ne saurait que faire sinon les revendre pour un paquet de billets. S’il reste quelque chose de russe dans le livre, c’est sans doute la vision de l’Homme sous-jacente. Oserais-je prononcer le mot « métaphysique » ?

La Zone est une idée très puissante, que j’ai vue reprise plusieurs fois, par exemple chez Bilal (Immortel) ou chez Philippe Curval (Congo Pantin, que j’avais déjà chroniqué). Lisez Stalker. Découvrez, à vos dépens, les ravages de la « gelée de sorcière » ou de la « calvitie de moustique ». Et quand vous serez perdus, espérez un miracle.

Couverture du livre by Lasth (making of, ici)

Publié aux éditions Denoël.

Seuls – Vehlmann et Gazzotti

Grâce au Grand j’ai pu lire, d’un coup, les 5 premiers tomes de la série Seuls, de Gazzotti et Vehlmann. D’un coup, c’est le cas : il y a suffisamment de suspense et de terribles cliffhangers pour ne pas lâcher les albums et passer tout de suite d’un tome à l’autre.

Voici le pitch : une ville moyenne de France. Un matin, cinq gosses (qui ne se connaissaient pas) se réveillent. Tout le monde a disparu, les adultes, les enfants, les vieux… La ville est vide. Ils sont terrorisés, se croisent, se réunissent, forment une petite bande. Voici donc Dodji, orphelin et dur à cuire, Leila, énergique et bricoleuse, Yvan le fils de riche, Camille la petite blonde à lunettes et Terry le sale gosse.

Et bien sûr, ils cherchent d’autres survivants…

Le scénario est bien mené, les personnages sont attachants, le dessin de Gazzotti (qui a aussi fait l’excellent Soda) marche très bien, c’est une très bonne série, très recommandable. Elle vise les enfants mais n’hésite pas à aborder des scènes assez dures – les animaux font franchement peur, les personnages souffrent et saignent, les gosses de cette histoire sont modernes, ils ont entendu parler du sexe, du 3ème reich et ils se posent d’amusantes questions. Yvan a même une culture SF ce qui lui permet de faire une mise en abyme et de faire le tour, dans le premier tome, des principales hypothèses liées à la disparition des autres…

Il s’agit donc d’une BD hautement recommandable, merci le Grand.

Je voudrais ajouter une petite considération scénaristique : cette série fonctionne sur le mode suivant : chaque tome contient une histoire indépendante qui participe à l’arc narratif global, ce dernier étant basé sur le mystère de la disparition. Cette construction est solide et fonctionne bien. J’ai toutefois trouvé les questions posées par les différents épisodes, pris individuellement, et les solutions proposées, plus intéressantes que le traitement du Grand Mystère, qui ne peut être que décevant. En ça, le cinquième tome, qui apporte quelques réponses, m’a paru moins bon que les autres.

Je vois là une évolution de mon goût personnel : je préfère les mystères aux explications. L’émotion artistique que me procure le mystère est bien plus grande. J’aurais parfaitement pu imaginer que les personnages de Seuls trouvent non pas une, mais plusieurs explications cohérentes au phénomène dont ils sont témoins, aucune n’étant pleinement satisfaisante, et qu’ils continuent leurs aventures dans ce monde sans jamais rien comprendre. Un peu comme nous autres hommes face aux grands mystères de la science ou de la foi.

Ce goût pour l’incompris risque d’influencer, en mal peut-être, mes prochaines productions personnelles… On verra.

L’archipel du rêve – Christopher Priest

CouvertureJ’avais retenu de ma lecture de la fontaine pétrifiante – outre un propos d’une intelligence rare sur la littérature d’imagination – ces passages rêvés où le héros, embarqué sur un cargo glissant d’île en île traversait l’archipel du rêve, étrange assemblage de petites contrées à l’atmosphère parfois méditerranéenne, parfois tropicale, où la modernité paraît s’être arrêtée, où les coutumes et les interdits déroutent les étrangers, où les femmes sont séduisantes et un peu étranges.

Le recueil l’Archipel du rêve m’a permis d’y retourner, et je ne comprends pas pourquoi j’avais si longtemps boudé mon plaisir. Nous avons là une demi douzaine de nouvelles, écrites sur une période assez longue, qui prennent pour cadre les îles de l’archipel. Le contexte apparaît un peu plus clairement que dans la fontaine pétrifiante : dans le monde de l’archipel, pas très éloigné du nôtre dans les années 60, une guerre dure depuis longtemps entre deux grandes entités, le Faianland et la Fédération. Le genre de guerre sourde et lointaine, qui ronge les vies et les familles et rend les pays froids et tristes. L’archipel, situé entre les nations et le continent austral (où se déroulent, on ne sait pourquoi, les opérations militaires) est une zone de neutralité, d’évasion, de fuite. Les histoires sont toutes construites sur un schéma très priestien : des personnages un peu paumés, des désirs inavoués, des situations pas claires qui font douter de leur propre expérience. On sent derrière ces récits des rêveries, des logiques oniriques, parfois douces, parfois cruelles, que l’art de Christopher Priest sait transformer en histoires vertigineuses et kaléidoscopiques. J’ai plusieurs fois admiré la rouerie de l’auteur, son talent pour nous faire douter de ce que nous lisons, de ce que nous ressentons. J’ai surtout aimé encore plus qu’avant cet espace imaginaire, ce lieu de fantasmes érotiques, de voyages immobiles, de vertiges et d’illusions, cette destination onirique qui pourrait être la mienne.

P.S : en revoyant les critiques, je me rends compte que ce livre est passé relativement inaperçu à sa sortie. Quel dommage… Je le dis et le redis alors : Christopher Priest est un très grand auteur, un maître du vertige.

P.P.S : lisez les critiques ci-dessous, si vous doutez encore !

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

J’arrive après la bataille, ce livre est paru voici des années, vous l’avez tous déjà lu. Comment ça, non ? Ce n’est pas le cas ? Alors vous avez de la chance. Parce que vous allez pouvoir découvrir un des meilleurs romans français de ces dernières années. Je n’ai pas dit roman de SF, ou de fantasy, le classement n’a pas d’importance.

L’accroche du livre est simple. Dans un monde où le vent souffle éternellement, de l’amont vers l’aval, en slamino, en crivietz, en blaast, en choon, en furvent… l’Hordre d’Aberlaas envoie depuis des siècles des expéditions vers l’Extrême Amont, en une quête physique, initiatique et mystique. Atteindre l’amont signifie comprendre le sens du monde, trouver les neuf formes du vent. Bienvenue donc dans une marche épuisante, aventureuse, magnifique, avec la 34ème horde, menée/guidée/tractée par une grande gueule, le neuvième Golgoth, une brute puissante et inaltérable. Vous marcherez avec les 23 membres de la horde, depuis les porteurs, les chasseurs, en passant par la feuleuse, l’autoursier, le fauconnier, le combattant-protecteur, le troubadour, le scribe, le prince…

La Horde du Contrevent est un voyage fabuleux, dans un monde signes et de mots. Rarement j’avais vu la forme d’un roman épouser, épuiser aussi bien son fond. La construction de l’histoire, la langue, la structure, les voix, tout se répond et se complète. 

La Horde n’est pas un bon livre. C’est un très grand livre. Il n’est pas pour les amateurs de SF, les lecteurs de tolkienneries ou les jeunes filles prépubères amatrices de vampires. C’est un livre pour tous ceux là à la fois, en vérité pour tous les amateurs de bons livres exigeants, fascinants, beaux et drôles. Je me sens à cours de mots pour en parler car l’expérience dépasse ma pensée, c’est le signe des vraiment bons livres.

Et si jamais vous êtes comme j’étais, un peu intimidé, un peu énervé par la perspective d’ouvrir un livre que trop de gens de ont aimé (et qui en devient donc suspect), ouvrez-le, lisez les cinq, les dix premières pages. Vous verrez.

Tracez, tracez, contrez !

Bara Yogoi – sept autres lieux

J’avais dit ici tout le bien que je pensais du précédent recueil de Jacques Mucchielli et Léo Henry, un voyage dans l’imaginaire de Yirminadingrad, cité déglinguée d’Europe de l’est, un lieu littéraire où je me suis senti vite chez moi. Bara Yogoï prolonge ce recueil de sept nouveaux textes « gravitant » autour de Yirminadingrad. On croit reconnaître des lieux, des noms, des situations évoquées dans le premier recueil.

L’écriture est plus aboutie et plus maîtrisée que dans le premier recueil et les amateurs de voyages bizarres seront satisfaits. J’ai été moi-même ravi du voyage dans ces sept autres lieux. J’avertis toutefois mes chers lecteurs : Bara Yogoï n’est pas un livre facile. A la manière des textes de Daylon ou des recueils de nouvelles de David Calvo, il faut aborder cette collection avec un regard curieux et en sachant qu’on n’aura là que quelques pièces d’un puzzle, sans doute incomplet, en partie brûlé et auquel un gosse mendiant aurait rajouté des morceaux découpés dans du carton. Outre l’intérêt de ces textes par eux-mêmes (chronique de banlieue, plongée ethnographique chez des réfugiés bien abimés d’un abri souterrain, récit d’emprisonnement…), une partie du jeu consiste à comprendre comment ils se relient aux autres textes du recueil et surtout au premier livre. Ne vous inquiétez pas : vous trouverez des réponses et vous vous perdrez.

Bon voyage.

Edit : ce livre peut être commandé directement auprès de son éditeur, Dystopia. http://www.dystopia.fr/

PS : tout comme Yama Loka, Bara Yogoï est un beau livre. Et je pense que Stéphane Perger n’y est pas pour rien.

Chien du heaume – Justine Niogret

Une lecture faite grâce à l’excellent Xavier, de Scylla, puissent les dieux bénir sa librairie et faire pleuvoir sur lui la prospérité !

Chien du heaume est un récit vendu comme une quête un peu gore dans un Haut Moyen Age historique. Chien du heaume est le nom (moitié hommage, moitié insulte) donné à une femme mercenaire armée d’une hache. Elle est petite, laide et n’aime pas qu’on la provoque. Elle tue ceux qu’on lui dit de tuer, pour pouvoir manger, le monde n’est pas très aimable ma bonne dame. Dans Chien du heaume, l’hiver est froid, les nuits sont dures, la forêt est un monde de ténèbres humides où l’on ne pose les pieds qu’avec hésitation. L’évocation du moyen-âge est loin des clichés aimables, on est plutôt ici dans une version glacée et désespérée de l’époque.

Tout cela je le savais avant de lire le livre et de fait, le livre tient ses promesses de froid de désespoir et de violence. Mais au fond, le sujet n’est pas là. Car dès le troisième chapitre, Chien se trouve un ami/protecteur, un maître qui la nourrit dans son château des brumes. Et là le roman, tout en gardant les teintes évoquées précédemment, bascule dans une curieuse douceur. Certes, on y voit des guerriers couverts de fer, un tueur au masque de Salamandre, des représentants d’anciens peuples battant le tambour dans des forêts humides. Mais le maison où se réfugient les mercenaires sans visage, où le Seigneur Sanglier enferme son épousée/enfant de neuf ans, où le forgeron Regehir conte et se lamente et bat le fer dans les ténèbres, cette maison devient pour Chien et le lecteur un refuge, un cocon dont on ferme les portes face à l’hiver, dont l’on cherche l’ombre en été. L’espace d’une enfance, d’une gestation, d’une transformation, et c’est là l’aspect le plus intéressant du livre.

Chien du heaume n’est pas un roman parfait. C’est un livre sincère, prenant, avec sa propre musique, qui ouvre plus de portes qu’il ne suit de chemins. Certaines scènes sont des ébauches, certaines situations ne sont pas développées autant qu’elles pourraient. Sa sincérité fait sa force. Une chanson née de l’angoisse, du malaise, d’envies de violence, d’amour et de douceur.

La cité du soleil – Ugo Bellagamba

La cité du soleil est un récit à la thématique élégante : une jeune femme parcourt la Provence, au printemps, pour retrouver celui que son coeur aime : Paul, chercheur, obsédé par la cité du Soleil, une utopie de Tomasso Campanella, un dominicain du 17ème siècle. La disparition de Paul a ceci d’inquiétant qu’il prétend, au mépris de son travail de thèse en cours, retrouver la fameuse cité utopique, quelque part en Provence.

Avec sa cité disparue et son goût pour l’utopie, ce récit rappelle Nulle part à Liverion, la remarquable nouvelle de Serge Lehman. Le thème du soleil est décliné avec humour et élégance, entre références au grand roi Soleil, aux Cités d’or, etc, et la visite de la Provence est, ma foi, tout à fait agréable, comme chaque fois que j’ai le plaisir de visiter dans un récit des lieux que je connais et que j’aime. Reste que les personnages ne sont pas loin du cliché (notamment cette pauvre Laura), que les dialogues sont carrément didactiques et le récit de quête un peu mou. La progression psychologique de l’héroïne n’est pas tout à fait plausible et je ne comprends pas tellement pourquoi elle parvient à rejoindre son amant.

Un récit intelligent, donc, porté par une narration un peu faible. Une bonne lecture toutefois, que je recommande. Je m’attaque bientôt aux deux autres nouvelles de ce recueil.

Bifrost 58 – nouvelles de SF francophone

De la vraie science-fiction, avec des extraterrestres, des robots et des voyages interstellaires dans ce numéro 58 de Bifrost.

En voici une brève critique :

Trois hourras pour Lady Evangeline, de Jean-Claude Dunyach

Une jeune garce de la meilleure société est envoyée dans une pension privée de l’autre côté de la galaxie, loin de ses parents. Mais la première journée dans l’institution ne va pas du tout ressembler à ce à quoi elle s’attendait… 

Un texte très distrayant, une vraie aventure spatiale, avec un propos somme toute classique sur l’adolescence et l’évolution du corps, mais incarné de manière… originale. On voit dans ce récit combien la science-fiction est un très beau terrain pour prendre les métaphores au pied de la lettre.

Miroirs mutilés, de Claude Ecken

Un couple de la classe moyenne japonaise. Une visite à la vieille maman et un repas familial sous les cerisiers en fleurs. Et le robot chargé d’assister la vieille femme dans sa vie de tous les jours est encore en panne. Heureusement que son gendre (qui travaille pour la firme de robotique) va pouvoir le réparer…

Malgré un certain nombre de contraintes périlleuses, Claude Ecken écrit ici un texte très délicat. Je ne connais pas assez le Japon pour juger de la pertinence du cadre familial et des coutumes qu’il décrit, mais tout sonne juste. Le texte évoque de façon curieuse et intéressante la manière dont la présence de robots peut peser sur les histoires familiales.

Je regrette juste la petite digression explicative lors de la visite dans la firme de robotique qui, si elle n’est pas honteuse, détonne un peu avec la finesse psychologique et narrative du reste du texte.

Rempart, de Laurent Genefort

Une histoire distrayante encore qui la aussi incarne de manière tout à fait radicale un des maux de notre société : la prolifération des étrangers dans les pays industrialisés. Ils se cachent partout, s’installent partout, et certains bons citoyens sympathisent même avec eux…

La narration très énergique et efficace montre tout le métier de l’auteur. Une lecture sympathique même si on n’a pas là un grand texte.

Ces trois nouvelles témoignent de trois auteurs tout à fait matures, au métier solide, qui savent mêler un propos intelligent avec une narration distrayante. J’ai une préférence marquée pour le texte de Claude Ecken, avec sous-entendus sont inquiétants…

Constellations – Daryl et Popcube

Constellations est une BD un peu manga dessinée par Popcube, scénarisée par Daryl. Des adolescents, dans un stade, après une étrange apocalypse. Une vie de débrouille, de petites guerres, de musique, dans une montagne de détritus. Parfois les ombres descendent du ciel et raflent les vivants. Quatre personnages : Efrim, celui qui explore, Daniel, celui qui écrit, Minia, celle qui subit et qui inspire, Fanny, celle qui crée.

On reconnaît dans ces albums la voix unique de David Calvo. Des doutes, des questions, des aphorismes mystérieux et des métaphores incarnées (le stade, les étoiles, les trous, les anoraks, la musique, la lumière) – de la poésie, en fait. On y voit son goût pour les systèmes fermés où toutes les questions importantes peuvent être posées et résolues (comme dans Ak, même si Constellations n’a rien d’humoristique). Si on ne comprend pas tout on se laisse bercer par le mystère et on s’accroche à ces quatre personnages qui vont changer leur monde. L’histoire n’est pas finie à la fin du tome 2 et je ne crois pas qu’elle puisse vraiment bien se terminer. Je suis sûr, simplement, que quelque chose va briller et se manifester, qui donnera à ces prisonniers la lumière d’un ailleurs.

Le dessin de Popcube est faussement simple, malin, expressif.

L’histoire n’est pas facile, troublante comme un mauvais rêve.

Les constellations valent la peine d’être découvertes.