Dernier parking avant la plage – Sophie Loubière

France, début des années 2000. Un village de vacances en Vendée, des gamins qui courent sur la plage, des jeux de société, des animateurs qui animent avec énergie, une maman divorcée et spleenatique, des cocktails trop sucrés, un gardien de parking mélancolique, des musiques de films… et des ados qui disparaissent.

Sophie Loubière a écrit un thriller de plage qui se passe à la plage, faisant une peinture mélancolique et ironique de la classe moyenne en vacances. Les personnages sont traités avec amour, ce que j’apprécie toujours, l’intrigue avance à petits pas, avec ses éléments de suspense, de romance harlequin et de mystère pas trop effrayant. J’aimais beaucoup le travail de l’auteure en animatrice de radio, j’ai retrouvé son univers dans ce petit roman sans prétention et joliment tourné, qui capture quelque chose de l’émotion des vacances.

American Tabloid – James Ellroy

Mon deuxième Ellroy, après le Dahlia noir, pioché comme ce dernier dans la bibliothèque de C*. American Tabloid est un projet fou : en suivant trois figures fortes, le tueur et maître-chanteur Pete Bondurant, l’élégant Kemper Boyd et l’agent du FBI Ward J. Littell, Ellroy réécrit la mythologie américaine de la fin des années 50 et de l’ascension des Kennedy : lutte contre le crime organisé, toute-puissance de J.E. Hoover, folie de Howard Hughes, relations chaotiques entre Ku-Klux-Klan, mafia, CIA…

Ce roman est rempli de malversations, de coups tordus, d’intrigues à tiroir, de complots réalistes (c’est à dire trop compliqués, qui foirent souvent sur une erreur bête), d’erreurs d’appréciations mortelles, de crimes commis dans des arrières cours, de gentils qui se comportent comme des affreux (mais pas vraiment d’affreux qui se comportent comme des gentils). Dans le décor : des maisons de gangsters, les hôtels de New-York où le sénateur K emmène ses conquêtes, les marais de Floride où l’on construit des lotissements arnaques pour retraités, le local des Tiger Kabs où s’affrontent pro et anti-castristes. Et en toile de fond du récit, les Kennedy, leur charme, leur argent, de Joe l’affairiste de père, à Jack « belle coupe », l’habile opportuniste qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, et Bobby, le plus pur de tous…

Je ne suis pas d’habitude client de la noirceur pour la noirceur, pourtant j’ai dévoré ce livre, tant les personnages sont justes, bien campés, tant il éclaire aussi une époque que je connaissais mal. Dans ce récit, les pires ordures ont parfois leurs moments de grâce (je pense à la relation de Pete et de Barb) et j’ai gardé jusqu’au bout une vraie sympathie pour Boyd, le roi du cloisonnement, et Littell, égaré malgré lui du vraiment mauvais côté de la barrière.

Un regret, toutefois, une quasi absence de personnages féminins forts. Les femmes, ici, sont amantes, victimes, témoins, jamais plus.

Un livre d’une ambition littéraire folle, à l’exécution brillante. 

Gatsby le magnifique – Francis Scott Fitzgerald

Ce roman fait partie des classiques que l’on pensait avoir lus mais en fait, non. Merci à Jean-Philippe Depotte et a ses excellentes petite vidéos Alchimie d’un roman (allez voir ici) qui m’a donné envie de visiter ce roman.  Ici, sa présentation de Gatsby.

Les années 20, les années folles. On ne sait pas trop qui est Gatsby, mais il donne des fêtes fantastiques dans sa propriété de West Egg, et on a beau être en pleine prohibition le champagne coule à flots. Drôle d’époque, drôle de temps : le fric, la modernité, le matérialisme, les gens changent, les riches sont de plus en plus riches, les truands deviennent respectables, les pauvres jouent aux riches… Fitzgerald évoque tout cela avec une grande classe, une grande légèreté, un sens du raccourci et de l’image qui fait mouche. Malgré le style parfois précieux, les tableaux baroques, il ne cesse de peindre un monde, notre monde, et ses drôles d’habitants, nos frères, souvent absurdes et pathétiques. Le roman est court, l’intrigue simple et serrée, une histoire d’amour à contretemps, de celles qui me rendent le plus triste. 

Un classique ? A raison. 

Dans ses bleus jardins des hommes et jeunes femmes passèrent et repassèrent comme des phalènes parmi les chuchotements le champagne et les étoiles. 

Et pour les meneurs de jeux curieux d’une certaine ambiance de New York dans les années 20… une excellente lecture.

Même pas mort – Jean-Philippe Jaworski

Gagner la guerre m’a tellement plu et intéressé que j’ai enchaîné – en numérique – sur le roman suivant de Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort.

On est là bien sûr dans un grand classique de l’heroic fantasy (à rapprocher d’un autre, que j’aime bien, par un petit francophone débutant). Bellovèse, fils de Sacrovèse, devenu roi de ses propres mains, évoque au crépuscule de sa vie sa carrière de héros massacreur d’ennemis. Ce sera une trilogie (ben oui), il y a plein de rois, des royaumes, de druides, de prophéties plus ou moins ratées, de guerres, de dieux, et surtout, le signe ultime de la fantasy : des noms impossibles à retenir, à la pelle. On constate donc que monsieur Jaworski se la joue facile.

Trêve de blagues, Même pas mort est un tour de force. Une plongée dans le monde des royaumes celtes de la Gaule pré-romaine, avec ses héros, ses bêtes et ses dieux. A la fois roman historique, par la précision archéologique des reconstitutions – tout comme dans Gagner la guerre, Jaworski sait nous faire voir et sentir les maisons, les paysages, les rochers, forêts et plongée dans l’imaginaire des temps. On voit le monde, avec sa magie et ses puissances tel que devaient le voir nos anciens, on saisit et on comprend le raffinement d’une civilisation basée sur le droit, l’honneur et la parole. Même pas mort est au roman historique ce que l’Histoire du début du 21ème siècle est à celle des temps précédents. Nourris par les incroyables progrès de l’archéologie, les historiens s’intéressent maintenant surtout aux structures des sociétés, aux éléments de la vie quotidienne, à la manière dont nos prédécesseurs voyaient leur monde…

Par dessus tout cela se greffe une belle oeuvre littéraire : un récit emmêlé comme des entrelacs celtiques, suivant les chemins du temps et de la mémoire, traversé par les dieux -qu’on peut percevoir dans le roman aussi bien comme des chimères de l’imagination que comme des puissances résidant dans une sorte d’espace psychique… L’autre grand point fort de Jaworski, c’est la langue. Lyrique ou familière selon les nécessités, riche et glaiseuse comme les lourdes terres imbibées du sang des batailles… fantastique et fantomatique quand les morts apparaissent et hantent les vivants. Certains passages où se mêlent enfance et âge adulte, passé présent et futur, où les blessures à venir taraudent le corps de l’homme en formation, m’ont fait faire « Waow ! ». Même la procession des noms, Bellovèse, Sacrovèse, Ocio, Suobnos, Sumarios, Uelorix, Dannissa, Ambigat… dégage sa propre musicalité, qui nous emmène dans ce monde radicalement étranger.

Malgré toute l’admiration que j’ai pour ce travail, je ne peux retenir certaines réserves. En premier lieu, une envie parfois un peu trop lourde, de « faire voir » – encore une trace du passé rôliste ? Dans quelques paragraphes, rares heureusement, j’ai senti le retour pas parfaitement digéré de l’immense documentation accumulée par l’auteur.

Ensuite, un sentiment de trop long. Que raconte réellement ce premier tome ? Fallait-il vraiment 300 pages aussi denses pour dérouler une intrigue dont l’essentiel est résumé sur le quatrième de couverture ? Restent bien sûr le cadre, extraordinaire, l’atmosphère, le détail de l’action (chez Jaworski, franchir une rivière glacée devient un grand moment épique)…

Enfin, à aucun moment je n’ai vraiment eu d’empathie pour les personnages, ces brutes hâbleuses et lointaines. Benvenuto Gesufal était une crapule, un fantasme, mais je l’aimais bien, il me faisait rire et il m’est arrivé de le prendre en pitié, si, si. Bellovèse m’intrigue, mais il est si riche d’orgueil qu’il n’a pas réussi à attirer ma sympathie.

Que ces réserves ne vous empêchent pas de plonger dans ce chaudron étonnant. Ce roman est une tentative audacieuse et folle, qui joue dans une cour littéraire de très haut niveau. Faire vivre, à travers la littérature, une époque engloutie, ses douleurs, ses ses joies, ses vivants et ses morts. Rien que ça.

PS : et je ne suis pas parvenu à placer dans ce billet déjà long l’aspect « récit d’enfance », très important – comment comprendre autrement le titre ? La très longue troisième partie nécessiterait des développements à elle seule…

Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski

Don Benvenuto Gesufal est un sale type, pas de doute. Gouailleur, menteur, égoïste, meurtrier. Mais comme pour beaucoup d’hommes de main ayant trempé dans les grandes affaires de leur temps, ses mémoires valent la lecture. Il était là, sur la galère du Podestat, lors de la victoire du cap Scybilos qui a vu la marine de Ciudalia triompher des galères du sultan de Ressine. Il était là aussi lors des douloureuses négociations secrètes qui ont suivi, et par lesquelles son patron, tout en assurant la victoire, entendait aussi faire sa propre fortune. Il a fréquenté de près (de très près ? De trop près ?) la fille de son patron, Clarissima Ducatore, la seule des héritières du Podestat à avoir autant de sens politique que lui… 

Jaworski s’y entend pour évoquer la grande cité portuaire de Ciudalia, sa Venise imaginaire. Et les galères, et les ruelles, et les prisons, et les blessures, la faim et la soif. Et l’atelier du grand peintre, et les intrigues de cour, et les voyages, et les coups tordus, les plans machiavéliques, les plans à l’intérieur des plans, les foirages, les assassinats, les surprises. A raconter tout ça, don Benvenuto révèle en plus que d’être un salopard il a aussi des opinions, des sentiments, une étrange fidélité de chien tueur qui jamais ne mord la main qui le nourrit.

Gagner la guerre est un excellent roman de fantasy, ce que j’ai lu de mieux dans le genre depuis longtemps. C’est malin, c’est bien écrit, ça se permet même un certain lyrisme bien vu, ça joue avec le genre comme un duelliste de qualité avec sa lame. La rouerie littéraire de l’auteur rejoint celle du narrateur, tout ça colle fort bien.

Jaworski a une impressionnante culture historique, les lecteurs de Te Deum pour un massacre le savent bien. Avec ce roman, il dépoussière les clichés, essaie de rendre vivant ce qui souvent n’est que convenu dans l’imaginaire renaissance de ses contemporains. On est sur les galères, on a peur avant les combats, et on se dit que les négociations entre sénateurs (pauses pipi comprises), devaient bien ressembler à ça que ce soit à Rome où à Venise : éloquence, sens de l’Etat, mots sincères, non dits et coups fourrés. Bref, de l’excellent travail et une lecture passionnante, le beau travail de l’auteur sur la langue permettant de porter ce thriller politique bien au-delà de la simple distraction.

J’aimerais maintenant regarder le roman sous un certain angle, et en souligner des qualités et quelques limitations.

Mes lecteurs savent sans doute que je suis amateur de jeux de rôle, catégorie « sur table » et que la relation entre cette activité et l’écriture m’intéresse. La pratique des jeux de rôle donne envie de raconter des histoires, de créer des univers, de jouer avec les clichés. Parfois pour le meilleur (les deux auteurs de Yama Loka terminus sont de vrais joueurs) et parfois pour le pire (ce billet a suscité des conversations intéressantes).

Le cas de Gagner la guerre est intéressant. C’est un roman de rôliste, et ça se voit. Jaworski veut faire voir, et faire sentir, et faire vivre son univers imaginaire, et j’ai senti dans sa manière tout une expérience de maître de jeu. L’univers de Gagner la guerre est son monde, son bac à sable qu’il a su transcender pour en faire un beau cadre littéraire.

J’aimerais toutefois signaler des limitations liées, je pense, à cette origine : mis à part le très amusant narrateur, les personnages semblent être les marionnettes d’une pièce de théâtre cynique et grinçante. Jamais ils ne changent, ni n’évoluent. Certains sont des PNJs préférés, je pense à main d’Argent, ou bien au capitaine Melanchter. D’autres sont des stormtroopers destinés à crever pour faire progresser l’affaire (Welf ?, tu m’entends ?). Quant à Leonide Ducatore, c’est une sorte de pendant machiavélien de la Mary-Sue : rusé, super-rusé, super-duper-rusé, trop fort pour toi, et pour moi.

Je regrette enfin la toute fin du roman, assez conventionnelle à sa manière: scène d’action finale, grosse baston, effets pyrotechniques et twist « mais en fait c’était toi ». J’espérais que le journal de Benvenuto serait mieux tenu et lui permettrait une sortie littérairement plus élégante. Mais rien de tout cela n’est venu gâcher le plaisir de lecture.

La chronique de Munin.

(que je rejoins en partie, même si j’ai beaucoup plus aimé le livre que lui)

et celle de Cédric Ferrand, qui a veillé à ne pas insulter l’avenir.

Extrait des archives du district – Kenneth Bernard

Que se passe-t-il ? Se passe-t-il seulement quelque chose ? 

Taupe ne se sent pas très bien. Derrière ce pseudonyme, un homme, qu’on devine assez âgé, sans être un vieillard. Il vit seul, il se dit trop préoccupé par ses organes, il dit qu’il sent son territoire se réduire, et vivre seul ne lui réussit pas, il faut qu’il fasse quelque chose pour refaire une nation de lui-même. Pourquoi ne pas prendre des notes, et écrire ?

Nous lisons donc ces notes, tentatives de Taupe pour reprendre pied dans le monde qu’il vit. On s’attache à de petites choses, à l’entrée de l’immeuble où une brute terrorise les locataires, aux caissières du supermarché, aux guichets de la poste, à tous ces petits trajets d’un homme établi dans sa routine. Que se passe-t-il ? Rien, sans doute, juste la vie, la vieillesse, un regard usé accroché aux toutes petites choses…

Oui, mais… A travers le regard au ras du sol du narrateur, à la fois attachant et agaçant, on distingue les bribes d’une organisation sociale. On sent la pression d’une société qui veut contrôler ses membres. Au début, j’imaginais que le récit avait lieu à New York, mais il pourrait aussi se dérouler derrière le rideau de fer, tous les personnages ont des noms aux consonances d’Europe de l’Est. Puis au fur et à mesure des circonvolutions des confidences de Taupe, des mystères et des douleurs apparaissent… Jiri, le fils parti, les saltimbanques disparus, et les clubs d’enterrement, auxquels on est forcé d’appartenir.

Que se passe-t-il ? Que sont les clubs d’enterrements, en réalité ? Le narrateur commence à se poser des questions, le lecteur avec lui, mais comprendra-t-il jamais quelque chose ? Est-ce que ça a de l’importance ? Pourquoi la pièce de théâtre sur les goélands a-t-elle été si critiquée ? Quelqu’un se rendra-t-il compte que Taupe a faussé ses rapports ?

Est-on dans un monde dystopique, orwellien ? Ou bien ce monde est-il le nôtre, vu à travers les yeux d’un vieil homme triste ? Le texte est écrit avec précision et douceur, on en vient à apprécier ce vieux Taupe, on le comprend. Il regarde encore les femmes, un peu, il aime les promenades tranquille, les vieux chiens, les amis. Un fin approche, il décide d’avoir moins peur, d’ouvrir les yeux. C’est peut-être trop tard, mais c’est déjà ça. Ouvrir les yeux sur le monde, se construire, comprendre, laisser une trace…

Que se passe-t-il ?

Longtemps après la lecture, j’ai repensé à ce livre. Au titre de ce livre. A son sens. Et j’ai eu peur pour Taupe.

Publié avec grand soin aux éditions Attila, sous une couverture très appropriée de Marc-Antoine Mathieu.

Le Dahlia noir – James Ellroy

Mon premier Ellroy, attrapé au hasard dans une bibliothèque qui me tendait les bras.

Juste après guerre, en 1947, le corps torturé, mutilé, coupé en deux mutilé d’Elizabeth Short, une jeune paumée aimant un peu trop les soldats en goguette, est retrouvé dans un terrain vague de la cité des anges. Bleichert et Blanchard sont deux flics du LAPD, ex-boxeurs, célébrités locales du LAPD qui se retrouvent mêlés à ce qui deviendra la grande affaire criminelle de l’époque. Ellroy décrit merveilleusement l’emballement médiatique et policier autour de l’enquête. Derrière le fait divers s’accumulent magouilles politiciennes, rivalités personnelles, fiertés blessées, et le goût du public de Los Angeles pour l’histoire pathético-sordide de celle que la presse surnomme vite le Dahlia noir.

D’après mes sources, l’affaire n’a jamais été élucidée. Je me demandais comment Ellroy parviendrait à tenir un roman « policier » sur un meurtre réel dont le coupable n’a jamais été retrouvé, et je suis un peu déçu du résultat. Tout ce qui relève du portrait de LA et d’une époque est brillant, le côté quête personnelle et les obsessions amoureuses et sexuelles des héros, si elles sont intéressantes et bien exposées, relèvent plus selon moi du fantasme et d’une exploration romanesque plus convenue. Malgré ces limitations, le roman reste captivant et m’a donné envie de replonger dans les années 40 sordides et corrompues.

Une pensée qui m’est venue plus tard : ce roman présente une vision très noire, dépravée et corrompue du monde, mais le héros et narrateur est un type auquel on s’attache et on s’accroche, et c’est grâce à ce cher Bucky Bleichert que l’on peut supporter tout cela.

[Publicité] Mémoire vagabonde

Le type qui a écrit ce roman ne savait pas trop ce que sa vie allait devenir. Le texte a été tapé pour l’essentiel sur un ordinateur (trans)portable avec un processeur Intel 286 et un écran monochrome beige, dans une chambre d’étudiant, au lieu d’aller en cours. Puis je suis entré un jour par hasard dans les locaux magiques des éditions Mnémos, passage du Clos Bruneau, à Paris, et Stéphane M. a dit que l’histoire avait l’air pas mal et qu’il rappellerait.

Jaël vit depuis cette époque. Casanova imaginaire, écrivain rêveur, duelliste quand il le faut – il se débrouille bien avec sa rapière mais il n’aime pas ça. S’il est doué pour une chose, c’est bien pour se perdre. Se perdre dans Dvern, la cité de basalte, se perdre dans les bras des femmes, dans les rêves de sa propre vie, dans les rêves des autres. Malgré tous ses défauts, sa belle gueule, son égoïsme, son indifférence, je l’aime bien.

Dans Mémoire Vagabonde on le verra donc, chassé par un vent de scandale, arriver dans la grande ville de Dvern, se faire embaucher pour des raisons obscures dans la maison d’une veuve séduisante, se lier d’amitié avec un dieu en exil, séduire – souvent, tomber amoureux – une fois, se faire poursuivre par ses propres démons, jouer sa vie, son âme et tout le reste aux tables de jeu de Jaran Daï Nelles, prince des chimères.

Le texte de roman a connu une toilette cosmétique et est accompagné d’une postface, que les lecteurs de l’édition numérique connaîtront déjà.

Je suis bien content de le savoir de nouveau disponible sous forme papier.

La page de Mémoire Vagabonde sur le site des éditions Mnémos.

On peut le commander chez un libraire en ligne bien connu.

La version numérique du roman est disponible ici.

Jaël est revenu (dans le corps d’un chat) dans le recueil Petites Morts (on doit aussi pouvoir le commander chez le même libraire).

Axiomatique – Greg Egan

Un cristal qui enregistre toutes nos impressions et toutes nos réactions, qui simule qui nous sommes, peut-il être celui que nous sommes ? Peut-il nous remplacer ?

Un nombre infini de tueurs marchant dans un nombre infini d’univers parallèles peut-il atteindre sa cible si certains d’entre eux font défection ? (1)

Et si on pouvait acheter ses croyances au supermarché ? Religions philosophies, systèmes de valeurs… Que vaudraient nos convictions ?

Et si un homme changeait de corps chaque matin, usurpant celui de ses voisins, que resterait-il se son identité ?

Et si nous recevions, grâce à un paradoxe quantique, le récit du futur ? A quoi serviraient les politiciens ? Vivrait-on des mariages heureux ?

Et si un virologue chrétien fondamentaliste parvenait à concevoir un virus forçant le respect de valeurs morales et ne se propageant que chez les sodomites et les adultères ?

Et si une bande de kidnappeurs réussissait à enfermer le double numérique de votre femme, un double doté des mêmes valeurs, des mêmes sentiments, des mêmes émotions… Payeriez-vous la rançon ?

Axiomatique est un recueil de dix-sept nouvelles de Greg Egan, paru aux éditions du Bélial. Dans un registre de textes plutôt brefs, Egan joue avec les identités, les corps, les croyances, les idées, remettant en question ce qui nous paraît évident ou acquis. On est là dans la science-fiction classique, héritière de l’âge d’or : les personnages ont peu d’importance, les concepts sont parfois amusants et souvent vertigineux, inspirés par la mécanique quantique ou les sciences cognitives. Egan n’écrit pas très bien, mais il est facile à lire, il joue avec nos solipsismes, avec les questions que nous pouvons nous poser sur nos propres identités. Qui sommes-nous ? De quoi sommes-nous faits ? Pouvons-nous changer ?

C’est un peu en-dessous du niveau de Ted Chiang, mais ça reste de la littérature de qualité, pleine de surprises et de vertiges.  

 (Et les amateurs noteront et se réjouiront de ce qu’Egan a écrit bien plus de nouvelles que Chiang)

Je lirai volontiers les deux autres recueils parus au Bélial. 

PS : l’ensemble est disponible en numérique dans une édition soignée. Les textes sont courts, ça se lit très bien dans le métro.

(1) ce texte-là, quasi borgésien dans ses implications, est mon préféré.

Le marchand de réalités – Simon Sanahujas

Le marchand de réalités est un petit recueil de nouvelles publié en numérique par ActuSF. De Simon Sanahujas, je connaissais le fan de Robert Howard et le voyageur sur la trace des personnages imaginaires

Dans ce bref recueil, j’ai aimé deux textes : l’ère humaine et les tambours de Dark Valley. L’auteur est un connaisseur de Robert Howard et ça se voit, dans sa reprise de tics stylistiques howardiens et de références à la vie de l’homme de Cross Plains. En ce sens, Dark Valley est particulièrement plaisant à lire, même s’il m’a manqué la scène où le héros viril vidait son colt ou bien plantait son bowie-knife dans des choses visqueuses et souterraines…