Matilda – Roald Dahl

Matilda est une toute petite fille très intelligente, vive et sage. Dès l’âge de trois ans, elle sait parfaitement lire et, comme sa maman la laisse toute seule à la maison tous les après-midi « pour aller jouer au loto », elle se rend à la bibliothèque pour se procurer des livres. Car les parents de Matilda sont des beaufs épouvantables, la classe moyenne anglaise la plus crasse abrutie de télé et réussite sociale petite bourgeoise, qui considèrent leur fille comme une moins que rien et ignorent tout de ses remarquables capacités… On va suivre la petite fille dans sa lutte contre son terrifiant crétin de père, puis, dans une deuxième partie, contre la monstrueuse directrice de l’école, Mlle Legourdin…

Matilda est un pur roman de Roal Dahl, narrant le combat d’une enfant presque surnaturelle contre des adultes monstrueux et cruels. C’est tendre, violent, caustique, et drôle, bien sûr. Les merveilleux dessins de Quentin Blake savent aussi bien tracer la caricature des monstres que rendre la douceur de Matilda ou de la gentille Mlle Candy.

Un classique, à raison.

Billet publié également sur Virgule et Papillon.

Une soupe de diamants – Norma Huidobro

Quelque temps après le mystère du majordome, les filles et moi avons lu une soupe de diamants, de la même Norma Huidobro. Ce livre utilise le même genre d’ingrédients que le précédent : une adolescente délurée à dreadlocks, l’Argentine contemporaine et fauchée, un meurtre et un goût pour la cuisine de qualité faite maison.

Les personnages sont très bien campés, l’histoire est pleine de suspense, j’écoute maintenant du tango à la maison. Bref, c’est bien, vous pouvez lire celui-ci aussi.

Le mystère du majordome – Norma Huidobro

Voici une de mes dernières découvertes de lectures avec Rosa et Marguerite.

Tomàs a douze ans, il est marrant, gourmand, un peu agité et sympathique. Pour pouvoir organiser sans l’avoir dans les jambes le mariage de sa tante, la famille l’envoie passer quelques jours de vacances au palais… Le palais : la grande maison où sa grand-mère travaille comme gouvernante. Tomàs va profiter à fond des talents culinaires de la cuisinière de la maison, de la compagnie du chien et de la piscine. Surtout, il va poser au personnel (les patrons sont en Europe), tout à fait naïvement, des questions un peu gênantes: qu’est devenu le majordome qui était là l’année dernière ? Qui mange, la nuit, les parts de gâteau laissée dans le placard ? Pourquoi n’a-t-il pas le droit d’entrer dans le hangar ?

L’histoire se passe en Argentine, dans les années 2000. Les personnages sont vivants, réalistes, ancrés socialement. Et l’ancien propriétaire du palais est mort assassiné, voici deux ans, et l’assassin est en fuite. Les vacances tournent au mystère, des ombres passent dans le parc, des bruits étranges résonnent dans les canalisations…

Norma Huidobro, traduite et publiée par l’école des loisirs, a ficelé un bien joli roman policier pour enfants, souvent drôle, parfois effrayant, sans aucune gaminerie ni facilité. Nous avons tous les trois adoré.

Adar – retour à Yirminadingrad

L’éditeur Dystopia workshop lance une opération de financement pour un beau projet, avec lequel j’ai une relation personnelle forte.

Voici déjà le lien du projet. Allez-y voir, ça en vaut la peine.

http://www.dystopia.fr/financement/adar-retour-a-yirminadingrad


Puis, si quelques souvenirs vous intéressent, voici mon implication dans cette affaire.


C’était en 2009 ou en 2010, à la librairie Scylla, que j’ai rencontré en même temps Yirminadingrad et Jacques Mucchielli. Le livre Yama Loka terminus était posé en évidence sur le comptoir, j’en avais lu la critique sur le Cafard Cosmique, je l’ai pris parce qu’un des auteurs était là, que ça donnait l’occasion de bavarder. Jacques et moi avons bien accroché. 

Plus tard, j’ai lu le livre et je l’ai aimé (ma chronique ici). Je me suis retrouvé dans la ville déglinguée des bords de la mer noire, dans le projet chaotique pour la faire vivre par des chroniques, des récits, drôles, tristes, violents, sexuels, bizarres, incohérents, je m’y suis trouvé une maison.

Je me suis aussi retrouvé dans le drôle de processus de création collective, qui me rappelait un peu certains des procédés du jeu de rôle, avec la littérature et sans les clichés. Les auteurs de Yama Loka, et de Bara Yogoï tentaient de répondre à cette question : comment faire, à deux, à trois (avec Stéphane Perger) pour donner naissance à quelque chose d’intéressant ? 


L’année d’après, aux Utopiales, Jacques m’a présenté Léo, ils m’ont proposé de venir à Yirminadingrad à mon tour. J’ai fait le voyage, la route des exilés avec eux, j’ai vu bourgeonner ce qui a longtemps été pour moi le projet 19 dans mes notes personnelles et qui est devenu Tadjélé. (ici, la belle chronique de la revue Frontières)


Dans l’écriture, on se pose beaucoup de questions, on explore, il faut être patient, tranquille, accepter que de nombreuses routes ne mènent nulle part. Yirminadingrad a été pour moi une grande découverte, la possibilité d’autre chose, de quelque chose de juste et de joyeux. La ville et les rêves de la ville ont tout de suite infusé mon travail, comme si cela avait toujours fait partie de mon univers intérieur. L’Anamnèse de Lady Star y contient plusieurs allusions, Petites Morts aussi.

Jacques est mort avant de voir Tadjélé, mais le projet 13 était déjà en route. Dans ce quatrième et dernier livre de la série, les deux créateurs d’origine n’ont écrit aucun texte mais ont invité des amis, des amateurs, à écrire à leur tour – sans attribution des textes – sur la ville de Yirminadingrad. Nous sommes treize à être venus en touristes dans la cité des Yirminites et des Adiniens : Stéphane Beauverger, David Calvo, Alain Damasio, Mélanie Fazi, Vincent Gessler, Sébastien Juillard, Laurent Kloetzer, luvan, Norbert Merjagnan, Jérôme Noirez, Anne-Sylvie Salzman et Maheva Stephan-Bugni. 

J’ai eu le privilège de lire les textes en avant-première et croyez-moi si vous voulez, mais ce n’est pas une antho comme une autre, parce que dès le début elle a été conçue comme un livre complet, les textes étant tous appuyés sur treize images de Stéphane Perger. L’ensemble m’a ému et secoué.

Maintenant, ce livre a beau avoir été écrit, il n’existe pas encore. Le projet des éditions dystopia pour le faire naître est ambitieux, et il a besoin de vous. Tout est expliqué ici. Allez-y voir, pré-commandez le livre si vous le pouvez, vous ne le regretterez pas.

 

 Yirminadingrad vivra !

J’étais un rat ! — Philip Pullman

édition anglaise, couverture par Peter Bailey

La bibliothèque publique que nous fréquentons a eu la très bonne idée de dissimuler la couverture de certains livres pour surprendre les lecteurs. Nous avons donc pris celui-ci en aveugle (l’image de couverture étant fort laide, nous l’aurions peut-être reposé) et nous avons bien fait.

J’étais un rat raconte l’histoire d’un couple de vieux sans enfants, Bob et Jeanne, qui voient débarquer chez eux un drôle de petit garçon habillé en page, tout perdu et incapable de dire son nom. A vrai dire, il est incapable de fournir autre chose comme information sur lui-même que: « j’étais un rat ».

Nos braves vieux vont s’attacher à Roger (ils vont le nommer ainsi), malgré la manie de ce dernier de ronger tout ce qu’il trouve, de manger en plongeant la bouche directement dans l’assiette et de déchiqueter la literie.

J’étais un rat est un petit roman très attachant et très réussi, situé dans un monde délicatement évoqué, presque réaliste mais pas trop. Basé sur cette curieuse prémisse (un petit garçon qui « était un rat », au lecteur de comprendre ce que ça peut bien signifier), il raconte les pérégrinations de Roger à travers la société, entre fonctionnaires, policiers margoulins, savants et philosophes, avec qui le petit garçon plein de bonne volonté va connaître aventures, avanies et catastrophes.

Le récit est rythmé par les Unes du journal le Père Fouettard, un tabloid populaire et bien racoleur, dont les articles accentuent le côté satirique et caustique du roman. 

Rosa et Marguerite ont beaucoup aimé : le roman les a émues, les a fait réfléchir, et surtout, il les a fait rire.

édition Folio Junior

PS : autant la couverture de l’édition Folio Junior est laide, autant les illustrations intérieures de Peter Bailey sont charmantes, voire indispensables à l’histoire.

Des kilomètres de linceuls (Nestor Burma) — Léo Malet

Se référer à mon billet précédent sur les rats de Montsouris pour lire des considérations générales, toujours valables ici, sur les enquêtes de m’sieur Nestor.

Une belle femme éplorée, ancien amour de notre héros, juive déportée (et gravement blessée) pendant la guerre, vient demander de l’aide d’une voix rauque à Nestor Burma. Commence alors une longue enquête éprouvante et affreuse dans le IIème arrondissement, entre la famille de drapiers juifs farcis de haines recuites, des prostituées, de dangereux bandits en cavale et des maîtres chanteurs. L’intrigue est un vrai jus de chique, Nestor Burma est ballotté entre intuitions fulgurantes et gros coups sur le sommet du crâne et les cadavres s’accumulent. Il fait de son mieux, encaisse, essaie d’aider ceux qui en ont besoin et tombe trop souvent sur un corps refroidi, quand ce n’est pas ce dernier qui lui tombe littéralement dessus.

Le roman est rythmé, dense, amer comme un café très serré pris un petit matin blême à un comptoir de la rue Saint Denis. Une très grande réussite de la série et un petit chef d’oeuvre du roman noir à la française.

La nuit de Saint Germain des prés (Nestor Burma) — Léo Malet

Oui, je sais c’est la couverture d’une édition italienne.Et alors ?

Se référer à mon billet précédent sur les rats de Montsouris pour lire des considérations générales, toujours valables ici, sur les enquêtes de m’sieur Nestor.

Ce roman-ci, situé dans le VIème arrondissement, commence par un long tunnel de bavardages entre le détective, un de ses copains barman et un écrivain à la fois fat et spirituel dans un « snack » de Saint Germain des Prés. Heureusement, les choses s’accélèrent une fois découvert le cadavre d’un jazzman noir dans une chambre d’hôtel. Suit alors une enquête réussie, entre poètes ratés, bandits à la recherche de bijoux et pervers amateur des Chasses du Comte Zaroff. Nestor Burma pose un regard dédaigneux et moqueur sur la manière de s’amuser des jeunes de St Germain, il est trop vieux pour ça, sans doute et n’est pas tellement fan de jazz. L’intrigue tourne autour de la cour rassemblée autour du fameux écrivain, Germain Saint Germain, vendeur de best-seller carbonisé par son succès. Le portrait de ces prétentieux et de ces paumés est réussi, sans méta texte ni moquerie particulière envers les auteurs du 6ème. Une bonne enquête, un bon cru, avec son lot de marioles… et de cadavres.

Les rats de Montsouris (Nestor Burma) — Léo Malet

Je me suis lancé dans un cycle de relectures des histoires Nestor Burma. M’sieur Nestor, avec sa pipe à tête de taureau, ses vannes d’ancien anar revenu de tout et sa culture à géométrie variable a toujours été un de mes héros préférés, parce qu’il est à la fois cynique et romantique, sensible et dur à cuire, qu’il se prend des coups sur la tête et des mauvaises nouvelles mais qu’il continue à aller de l’avant.

Je relis ces romans tous les dix ans environ, il faut croire que le moment était revenu.

Relire, c’est redécouvrir. Le charme des histoires de Nestor Burma repose sur deux choses importantes: la France et surtout la ville de Paris des années 40 à 60, évoquées par quelqu’un qui y était et qui l’aimait. Et le style. Léo Malet, le chroniqueur du détective, écrit bien, mariant avec élégance imparfaites du subjonctif, jeux de mots tordus et morceaux d’argot. Les romans sont parfois écrits un peu vite, mais ont souvent des dialogues bien balancés et des morceaux de bravoure, scènes d’ambiance ou moments oniriques (où l’on se rappelle les vieilles accointances de Léo Malet avec les surréalistes)

En relisant, je me rends aussi compte de la vision sociale véhiculée par ces récits. Nestor Burma voit de tout: des paumés, des étudiants, des bourgeois, des bandits et des flics (et des cadavres, sa spécialité), la coupe sociale est transverse. M’sieur Nestor est aussi un gros macho, plus très objectif quand une jolie minette bien balancée se présente à son burlingue, même s’il est toujours courtois et correct avec les dames, qui sont fréquemment ses clientes, et qui le paient plus rarement.

Par ailleurs, dans mes lectures précédentes je n’avais jamais été attentif à la présence des Arabes ou des Juifs. Mais la guerre d’Algérie est bien présente, en sourdine dans les récits des années 50/60… Sur la fin de sa vie, l’auteur semble avoir viré vieux réac xénophobe. Burma l’est peut-être devenu en vieillissant, quand il a vu le monde qu’il avait connu lui échapper. Dans les années 50 des récits, les Arabes semblent surtout vus comme des étrangers, ni aimables, ni détestables, plus souvent accusés que coupables.

Voilà pour la partie générale. Je ne m’étendrai pas trop sur le roman les Rats de Montsouris, enquête dans le 14ème arrondissement, lu pour voir si nous retrouvions nos repères dans cet endroit où nous avons vécu. Le 14ème d’alors est bien plus popu et cradingue que maintenant, s’étalant entre les bourgeois de Montsouris et les rades pourris derrière Montparnasse. Le roman est une enquête autour du meurtre d’un truand et d’une série de cambriolages, et comprend quelques jolies scènes. Le premier chapitre, pur scène de film noir avec types crasseux jouant au billard sous une ampoule miteuse, est un très beau morceau. Suivi d’une errance cauchemardesque dans la nuit d’août étouffante. Les clins d’oeil surréalistes et le personnage de l’ancien avocat général marié à la fille trop jeune d’un homme qu’il a expédié à la guillotine sont aussi très réussis. Bref, une bonne enquête et un bon cru dans la série des Nouveaux mystères de Paris.

Et on appréciera toujours chez Leo Malet le soin mis à boucler de bonnes intrigues, solides et carrées, que l’amateur de mystères policiers aura plaisir à découvrir.

La lune est blanche – Emmanuel et François Lepage

La lune est blanche est un gros album mêlant bande dessinée et photo, documentaire et autobiographique relatant le reportage des frères Lepage, l’un dessinateur, l’autre photographe, entre la Terre Adélie et la base de Concordia, située au dôme C, en Antarctique. 

La progression dramatique de l’album (puisqu’il y en a une) est construite sur la manière dont les deux frères vivent ensemble leur rêve de voyage, dont ils font face aux reports, retards, délais, à la manière dont le court été austral bouscule tout. Même s’il est plus facile de rejoindre le continent blanc maintenant qu’au début du XXème siècle, le traversée n’est quand même pas une mince affaire et les renoncements sont nombreux. L’aspect chronique personnelle et intime des frustrations ne me convainc pas beaucoup (comme il ne me convainc pas en général dans ce genre de livre mêlant reportage et chronique, comme le Photographe de Guibert ou les albums de Guy Delisle, par exemple).

Ceci dit, le livre est magnifique.

Mêlant peintures et photos, remarquablement entrelacées, éléments historiques et récit contemporain, interviews, peintures de trognes et considérations techniques sur les véhicules du raid ou la station Concordia, il s’agit là d’un magnifique reportage sur ce que c’est que l’Antarctique maintenant, avec les rêves qui y sont associés (Shackleton, Charcot, Paul Emile Victor…). Le dessin et la peinture permettent de lier ces dimensions

, imaginaires et réelles, comme elles se lient en chacun de nous. On part en voyage avec les deux frères, on capte du coin de l’œil les nuances de la glace, on s’endort, épuisé, au volant des tracteurs avançant sur la neige molle de l’inlandsis et on embrasse des inconnus en arrivant là-bas, tout en bas du monde, à Concordia.

L’île au trésor – Stevenson

La carte de l’île au trésor,

dessinée par R.L. Stevenson .

Une auberge en Angleterre au bord d’une crique isolée. La lande, le vent, les embruns. Un vieux flibustier débarque, qui règle ses consommations en pièces d’or venues de loin. Bientôt il s’installe à demeure, ne paie plus et terrifie tous et toutes. Le jeune Jim Hawkins, fils de l’infortuné aubergiste,  se demande ce que le terrible vieux marin transporte dans son coffre toujours fermé…

Il ne sait pas encore (mais le lecteur et les lectrices, eux, le savent), que tout cela le conduira au delà des mers, à bord l’Hispaniola, jusqu’à une île déserte. Alors on verra bien si les armateurs ont bien fait d’embarquer, comme cuisinier pour le navire, le fameux marin à une jambe, Long John Silver, dit Barbecue…

Je viens de finir de lire ce livre à Rosa et à Marguerite. Elles ont été terrifiées, elles ont vu voler les coutelas, tirer les mousquets. Elles ont été passionnées, ont soupesé chaque choix de Jim, et les actions des protagonistes, le capitaine Smolett, le docteur Livesey, Silver lui-même, réfléchissant à ce qu’elles auraient fait, à leur place. Elles ont vu l’île, ses marais, ses brumes, ses collines, son fortin. Elles ont été perdues en mer et sur la terre. Et sursauté quand dans le fortin endormi, le perroquet se met à hurler « Pièces de huit ! Pièces de huit ! »

C’est au moins la quatrième fois que je le lis, et c’est encore mieux à chaque fois. Une fabuleuse histoire de pirates, un fabuleux livre pour les enfants, un art de la narration incroyable. L’aventure, les amis, l’aventure !

Pièces de huit !

L’Hispaniola, par Geoff Hunt