Chroniques de Jérusalem – Guy Delisle

Je n’avais pas été jusque maintenant très convaincu par les carnets de voyage de Guy Delisle, bédéaste et animateur canadien amené à travailler dans différents coin intéressants du monde. J’ai lu avec une curiosité amusée son Shenzhen et son Pyongyang, comme on lit un reportage auto biographique dans un magazine, puis j’ai donné ces livres plus loin pour ne pas encombrer ma bibliothèque. 

Tout ça pour dire que ces chroniques de Jérusalem m’ont séduit. Est-ce le sujet ou le fait que la situation familiale de l’auteur se rapproche un peu de la mienne ? Je ne saurais pas dire précisément en quoi je trouve ce livre meilleur que les précédents. La recette est apparemment la même: chronique et petites observations d’un Occidental dans une région et un pays difficiles. Le dessin est simple et agréable, très efficace pour suggérer et donner à voir, notamment l’extrême émiettement géographique de la région, les frontières et les check-points partout présents.

Petites anecdotes et sujets graves se juxtaposent, comme dans la vie: quelle école pour les enfants ? Et ces avions de chasse qu’on voit passer au-dessus de la plage, qui vont-ils bombarder ? L’auteur et sa famille vivent au rythme de l’actualité et des contraintes du quotidien de Jérusalem-Est. Delisle pose sur ce qu’il voit un regard neutre, bienveillant et pas trop nombriliste, alors qu’il ne cesse de se mettre en scène. C’est ce détachement sans indifférence qui permet de pointer l’absurde, l’affreux, le ridicule et l’amusant qui se nouent dans cette région du monde. En ça, parce qu’il donne à sentir, à voir et à toucher un ailleurs vraiment étonnant, le livre est très réussi. Celui-ci je ne le donnerai pas tout de suite.

La fameuse invasion de la Sicile par les ours — Dino Buzzati

J’ignorais que Buzzati avait touché au récit pour enfants, et ce fut une heureuse découverte, parce qu’il l’a fait d’une manière toute buzzatienne. La fameuse invasion de la Sicile… a un titre programmatique : on y lira bien l’histoire du renversement de l’affreux grand duc de Sicile par une armée d’ours descendus des montagnes, l’installation de ces sympathiques plantigrades à la tête des institutions humaines, comment se passe l’occupation et comment elle finit.

Mais en plus de cet aimable récit, impliquant trolls, croquemitaines, enchanteurs, tripots clandestins, ours corrompus, batailles, coups de canons et morts diverses (et aucun personnage féminin, il me semble), la fameuse invasion est aussi un joli jeu méta-littéraire comme les auteurs Italiens de cette époque savent les faire. Pour vous donner un exemple, le livre commence par une longue liste de tous les personnages (une trentaine), chacun accompagné d’un petit paragraphe de commentaire qu’il faut absolument lire. Car, loin d’être un rappel pour le lecteur perdu, ces pages introductives construisent un jeu d’attentes et de surprises avec le récit qui suit. Le roman commence déjà là !

L’auteur a dessiné ses propres illustrations pour le récit, a composé chansons et poèmes, joué avec les codes du conte… Cela donne un récit enjoué, intelligent, amusant à tout un tas de niveaux. Les enfants ont aimé, et moi aussi ! 

 

 

L’esprit de la forêt – Moka

Rose n’ira pas au stage poney cet été, faute de sous. Ses parents l’ont envoyée passer trois semaines chez sa tante Annette, dans une ferme près de la forêt, dans le Jura. Là, elle fera la connaissance de Ludovic, son cousin, un garçon bizarre qui ne lui fera pas très bon accueil…

Ce roman est publié à l’école des loisirs, éditeur dont l’actualité contemporaine est un peu agitée. Long story short : l’éditrice historique des romans publiés à l’Ecole des loisirs a été écartée. Je me suis donc dit que j’allais prendre à la bibliothèque quelques bouquins publiés par madame Brisac, par curiosité.

Marguerite et Rosa ont beaucoup aimé cet esprit de la forêt. Avec un décor et trois personnages (pour simplifier), l’auteure construit un récit habile, mêlant mensonges, histoires qu’on se raconte et pure imagination. L’histoire est traitée tout en demi teintes et quart de teintes, avec des personnages très vrais, ce qui rend l’aspect « fantastique » du récit d’autant plus fort. Le roman dégage une atmosphère très originale, un peu étrange, qui reste une fois les dernières pages tournées.

Une lecture très recommandable et un bon choix.

Je suis la reine — Anna Starobinets

J’ai entamé la lecture de ce recueil mu par une vraie curiosité, d’autant que des gens dans les goûts desquels je me reconnais souvent en avaient dit le plus grand bien. Mais j’ai été assez déçu.

Je suis la reine est un recueil d’histoires « inquiétantes », sises dans la Russie contemporaine. Les récits oscillent entre l’horreur, le bizarre et la science-fiction, mettent souvent en scène des enfants et jouent assez volontiers sur le sale, l’organique et le collant. Le point le plus intéressant est qu’ils mettent le plus souvent en scène des Russes des classes moyennes installés dans des banlieues plus ou moins grises mais jamais très réjouissantes.

Si aucun des textes n’est mauvais (l’auteure a du métier), j’ai toutefois eu l’impression de lire une version russe des nouvelles de Stephen King — ce qui n’est pas une insulte dans ma bouche, mais relativise l’originalité du propos.

Mon texte préféré du recueil, la famille, est d’ailleurs celui qui se trouve être le plus russe, dans sa façon de manier l’absurde et la folie, celle d’un homme moyen oscillant entre deux vies, sa « vraie vie » et sa vie rêvée, ironiquement aussi banales l’une que l’autre.

Publié à l’origine par les mêmes éditions Mirobole, les Furies de Boras, même s’il n’était pas parfait, m’avait beaucoup plus intéressé.

Les Affinités – Robert Charles Wilson

Et si on pouvait déterminer, par un mélange de tests intellectuels, sociaux et génétiques, votre appartenance à un groupe humain spécifique, une Affinité, au milieu duquel votre capacité à collaborer serait optimale ? Et s’il existait en tout 22 Affinités pour toute l’humanité, plus le groupe de ceux et celles qui n’en ont pas ? Et si au cœur de votre Affinité vous trouviez des amitiés plus fortes, des amours plus faciles, une meilleure communication, un meilleur épanouissement professionnel que dans tous vos autres groupes sociaux ? Comment le monde évoluerait-il, alors ?

Je suis un amateur de l’oeuvre de Wilson, que j’ai chroniquée plusieurs fois sur ce blog. Robert Charles Wilson est un écrivain un peu à part dans le domaine de la science-fiction contemporaine. Il parvient à conjuguer des récits efficaces, réalistes, toujours près de ses personnages, et des spéculations ébouriffantes, qu’il traite généralement avec élégance. Ses livres sont à la fois apparemment humbles (littérairement parlant, à l’exception peut-être du plus particulier Julian), jamais racoleurs ni putassiers, ambitieux dans leur propos et très bien faits, « à l’américaine ». Il est quelque chose comme un écrivain de l’âge d’or de la SF (les années 50, en gros) travaillant au XXIème siècle. Wilson, c’est une SF vertigineuse que vous pouvez résumer en quelques mots et faire lire à vos amis qui ont peur d’être perdus dans le futur.

On pourra lui reprocher un certain « système Wilson » : un narrateur contemporain, type généralement moyen, se retrouve spectateur et acteur autour d’un événement planétaire extraordinaire : des monolithes tombant du ciel, la disparition des étoiles, l’engloutissement de l’Europe… (en ce sens, par exemple, Spin et les Chronolithes sont fortement apparentés). 

La question quand on ouvre les Affinités est donc : est-ce encore « un autre Wilson » ? 

Plutôt non, et c’est tant mieux. Les Affinités est un roman court et nerveux (parfois presque un peu schématique, mais le lecteur appréciera qu’on ne lui fasse pas perdre son temps) qui, à partir du postulat cité dans le premier paragraphe, tire une histoire du futur proche crédible et intéressante. La tendance de Wilson a écrire de bonnes intrigues de soap (comme le dit Nébal) trouve ici, dans ce sujet, une forme d’aboutissement. Tout le roman, à travers les relations du narrateur avec son entourage, se posent à chaque instant les questions : de quoi sont faites nos relations sociales ? Qui sont nos groupes ? Comment fonctionnent nos propres relations ?

La manière même dont les Affinités se développent, entre club de rencontre, start-up prometteuse et conflits politiques et sociaux est tout à fait bien décrite. Comme souvent chez Wilson, les idées sont nombreuses, fines et bien amenées.

J’ai trouvé certains personnages particulièrement réussis et attachants, Rachel Ragland, Geddy le jeune frère autiste du narrateur ou bien les filles de la maison de Toronto.

Le roman se conclut enfin par une réflexion élégante sur notre manière d’envisager l’avenir, nos optimismes et nos pessimismes.

Les Affinités est un beau roman.

Le couperet — Donald Westlake

Près de New-York, fin des années 90. Burke, la cinquantaine, ancien cadre dans l’industrie du papier, vient d’être licencié. A son âge, et dans son domaine, les chances de retrouver un boulot sont réduites, et sa femme ne travaille pas, il faut payer les études des enfants, les traites de la maison… Son petit monde très classe moyenne va s’écrouler et Burke le refuse.

Une idée lui vient alors : ils sont assez nombreux sur le marché du travail pour les postes comme le siens, et les postes sont rares. Mais, si tous ses concurrents pour un poste donné venaient à mourir ?

Le couperet est un roman tragiquement drôle. Jouant sur l’angoisse du déclassement, la peur du chômage, lisant le monde du travail avec une lucidité cruelle, Westlake propose un roman noir caustique. L’intrigue est parfaitement huilée, comme une jolie mécanique, où chacun aura un petit rôle tragique ou comique à jouer (l’épouse, les flics, les fils, le conseiller conjugal…), c’est une lecture très distrayante.

Maintenant, le roman tient surtout sur son concept, qu’il développe jusqu’au bout avec habileté. Si l’idée de base vous amuse, lisez, et faites-vous plaisir. De là à dire comme le texte de quatrième de couverture qu’on « frôle le chef d’oeuvre »… On a là, et c’est déjà très bien, une bonne satire, noire, cruelle et grinçante, servie par un romancier chevronné.

(offert par monsieur Mouton, merci !)

Le Club – Michel Pagel

C’est l’hiver. François Gauthier arrive à Kernach, en Bretagne, pour rendre visite à sa cousine, Claude Dorsel. Celle qui aimait tant qu’on la prenne pour un garçon, refusant son prénom de Claudine. La neige tombe de plus en plus fort. La copine de Claude vient la chercher à la gare. Et Dagobert est mort depuis longtemps.
Enfant, je n’ai pas lu que Fantômette, mais aussi le Club des Cinq, adaptation et transposition de la série anglaise. J’ai tenté d’en relire récemment : ça a moins bien vieilli que les aventures de l’héroïne de Georges Chaulet. A l’époque, toutefois, ça m’enchantait, et je ne retirerait pas à Enid Blyton les nombreuses heures de plaisir passées avec ses young detectives. Ce furent, je crois, les premiers romans que j’ai lus de ma propre initiative.
Michel Pagel a dû beaucoup aimer, pour proposer cet hommage un peu lynchien au Club des Famous Five. Thriller enneigé, réflexions ironiques et jeu méta-littéraires seront de la partie, dans un roman aussi intriguant et amusant que court, le format étant sans doute lui-même un écho aux lectures enfantines. L’auteur des Flammes de la nuit me semble mener ici avec les cinq enfants le même jeu entre réalité et fiction qu’avec les contes de fées dans son ouvrage précédent. Avec, pour le club, un thème supplémentaire : la peur de la vieillesse et l’angoisse de la mort.

Staline T2, la cour du tsar rouge – Simon Sebag Montefiore

A la fin du tome 1, nous avions laissé l’homme d’acier refusant de voir la vérité en face. Son « allié », ce pantin hystérique et antisémite basé à Berlin, avait lancé ses millions de soldats à l’assaut de la grande Union Soviétique. On eut beau menacer de faire abattre les corbeaux de mauvais augure, la guerre était là. Et l’armée rouge n’était pas prête.

Dans ce tome 2, l’auteur reprend les mêmes personnages pour une nouvelle série d’aventures qui laisseront le lecteur à bout de souffle. Le déferlement des panzers, le chaos sur la frontière, les lignes enfoncées… Le héros pourrait s’adresser au peuple, faire face, affronter le danger… Enfermé dans le palais des antiques empereurs, il reste allongé sur le divan et sombre dans la dépression, tandis que l’ennemi se rapproche. Autour de lui, la clique incompétente fait ce qu’elle peut.

On aura droit à des images saisissantes : le dictateur se réfugiant dans les souterrains et installant son bureau dans un wagon de métro. La capitale déménagée plus à l’est. Les bombes pleuvant sur le Kremlin – palais présidentiel dépourvu du moindre bunker ! Et alors que l’ennemi approche, on continue à torturer, déporter, rechercher les traîtres.

Joukov émerge alors : un général aussi dur et cruel que son maître, le seul peut-être à avoir la moindre compétence dans l’entourage du tyran. Celui qui permettra de renverser le sort. Alors que l’ennemi n’est plus qu’à quelques kilomètres de la capitale de l’ancienne Russie, l’homme d’acier se réveille, se relève. Tenant ses comptes de chars et de divisions sur ses petits carnets d’épicier, il supervise la guerre en amateur, s’adresse à la nation et parvient à lancer celle-ci sur la longue route de la victoire.

Comme l’ennemi teutonique recule enfin, l’aura du maître grandit, il rencontre au Kremlin et à Téhéran ses alliés : le bouledogue anglais (qui lui donne du fil à retordre, mais qu’il parvient à manipuler) et le séduisant président américain en chaise roulante, avec qui il deviendra ami. La scène de la conférence en Iran, avec palais du Shah, nid d’espion, potentats ridicules et traducteurs stressés est un grand moment du livre. Pendant ce temps, de terribles trains déportent des peuples entiers vers l’est, provoquant des milliers et des milliers de morts et semant les graines des haines d’aujourd’hui…

(on notera aussi, une fois l’ennemi vaincu, une scène amusante où un certain Charles de Gaulle se rend au Kremlin pour signer un traité. L’homme d’acier veut le faire boire, l’intimider et le manipuler. L’ennuyeux et rigide Français se révèle insensible à tous ses trucs de tsar grossier.)

Le jour du défilé de la victoire, notre héros se retrouve affublé d’un titre de généralissime et d’un uniforme blanc et doré. Il ne défilera pas à cheval, trop vieux, trop maladroit.

A aucun moment la terreur ne cesse. Gare à ceux qui s’imaginent avoir sa faveur, le jeu favori du vieux tyran devient de dresser les uns contre les autres, de favoriser d’une main et de punir de l’autre, de préférence en frappant par les épouses – j’avoue avoir été ému par la relation amoureuse de Molotov et de Polina. 

Le récit des monstrueuse soirées cinéma & banquet est à la fois à hurler de rire et à se tordre de terreur, où l’on voit les terribles sous-fifres chanter et danser entre hommes au rythme de musiques géorgiennes tandis que la faveur du maître va et vient…

La fin du règne verra quelques autres succès : la bombe atomique, dont la fabrication est dirigée par l’incroyable, énergique, compétent et monstrueux Béria, la rencontre avec Mao (ils ne se comprendront pas). Pour la fin, tandis que la guerre gronde en Corée, le dictateur s’occupe de ses citrons, s’intéresse aux arts et manipule tout et toute le monde, brisant des familles et des vies et tuant et déportant, déportant et tuant encore et toujours. Comme la vieillesse et la maladie le minent, il lâche la bride au vieil antisémitisme russe et par à la chasse aux juifs « cosmopolites » pour mieux fournir un adversaire et une cible à la nation. Seule un caillot sanguin mal placé mettra fin au long, au terrifiant cauchemar.

On ressort de cette biographie épuisé et lessive (même si on a parfois bien rigolé). L’auteur démontre parfaitement sa thèse. Ceux-là, le tyran et sa clique, n’étaient pas des exceptions, juste des hommes habiles, intelligents, bosseurs, lancés dans une entreprise devenue folle, qui les a tous dévorés. Tous, peut-être, sauf un, l’homme au visage grêlé et aux yeux jaunes, l’ancien séminariste georgien, celui dont le nom immortel claque encore comme un slogan. Staline !

[Mise à jour] en lisant sur le réseau d’autres critiques de ce livre, je tiens à ajouter une précision. On n’est pas là dans un livre d’analyse de haut niveau, plutôt dans une chronique à ras de terre, de bureau, de guerre, qui s’intéresse à un certain groupes d’homme ayant dirigé l’URSS. Ce point de départ fait à la fois la qualité et les défauts du livre. A bon entendeur !

Vostok

Début 2013, j’ai lu Vostok, le dernier secret de l’Antarctique, livre d’histoire autant que de souvenirs écrit par le glaciologue français Jean-Robert Petit, évoquant un des endroits les plus fascinants qui soit au monde : la base Vostok (Orient) ouverte par les Soviétiques en Antarctique en 1957, et active de façon quasiment ininterrompue jusque là.

Pour en savoir plus sur ce lieu du bout du monde, je ne peux que vous recommander son livre, paru aux éditions Paulsen. J.R. Petit a participé à l’extraordinaire collaboration franco-américano-russe, qui a eu comme résultat scientifique de prouver le lien entre concentration du CO2 et réchauffement planétaire, excusez du peu !

Je ne suis jamais allé en Antarctique autrement qu’en rêve. Avec l’amiral Byrd, avec Arthur Gordon Pym, avec les expédition Dyers-Lake et Starkweather-Moore, j’y suis retourné de nombreuses fois avec Jean-Robert Petit, Claude Lorius, Aleksei Trechnikov, V. Ignatov, Nordenskjöld, Swithinbank… Le résultat de toutes ces rêveries se trouve dans Vostok, un roman antarctique paru ce mois-ci aux éditions Denoël.

Même s’il se passe dans le même univers que l’Anamnèse de Lady Star, Vostok est un roman complètement indépendant, un récit de mystère et d’aventures, dont voici le texte de quatrième de couverture.


Vostok, Antarctique. L’endroit le plus inhospitalier sur Terre. Des températures qui plongent jusqu’à – 90 °C. En 1957, les Russes y ont installé une base permanente, posée sur un glacier de 3 500 mètres d’épaisseur, ignorant alors qu’à cet endroit, sous la glace, se cache un lac immense, scellé depuis l’ère tertiaire. Pendant des décennies, équipe après équipe, puits après puits, ils ont foré la glace. Pour trouver, peut-être, des formes de vie jusque-là inconnues.
Vingt ans après la fermeture de la base, un groupe d’hommes et de femmes y atterrit, en toute illégalité. Ils vont réchauffer le corps gelé de Vostok, réveiller ses fantômes. Ils sont là pour s’emparer du secret du lac. S’ils échouent, il ne leur sera pas permis de rentrer vivants chez eux.

Situé dans le même futur qu’Anamnèse de Lady Star, Vostok narre l’incroyable aventure d’une très jeune femme, Leonora, condamnée à laisser les derniers vestiges de son enfance dans le grand désert blanc.



Ce roman doit beaucoup à l’acharnement et au soutien sans faille de Gilles Dumay, qui tient la barre de la collection Lunes d’Encre malgré tous les vents contraires. La magnifique couverture est due à Aurélien Police.

Octobre, un crime — Norma Huidobro

S’achetant une robe des années 50 à porter durant une fête à laquelle elle n’a pas envie d’aller, Inès, une ado vivant à Buenos Aires, trouve dans l’ourlet une lettre que sa destinataire n’a jamais reçue. L’appel au secours d’une jeune fille de son âge, menacée d’assassinat tout comme son propre père. Que feriez vous à sa place ?

Nous sommes vers l’année 2000, Inès a ses soucis à la maison (ses frères sont carrément pénibles) et la lettre est l’occasion pour elle de se trouver une cause, un mystère, un univers à elle.

J’avais déjà dit tout le bien que je pensais des romans de Norma Huidobro (ici, et ). Celui-ci est peut)être le meilleur de tous ceux que nous avons déjà lus. On y retrouve le même talent à construire de beaux personnages, très vrais, vivant dans le vrai monde, celui des petites retraites, des petits boulots, des différences sociales. Celui où il ne sera pas facile à une jeune fille d’enquêter sur un crime vieux de quarante ans.

La découverte de ce mystère, entre coupures de journaux et interrogatoires de témoins âgés, est tout à fait passionnante. Mais, au delà de l’intrigue (simple en vérité et plutôt bien arrangée), Norma Huidobro réussit à donner à son roman un arrière plan social fort (le roman parle beaucoup des personnes âgées), ainsi qu’une véritable sensualité. Inès est attentive aux matières, aux couleurs, aux parfums, et c’est dans ces petits détails qu’elle entreverra la vérité.

Octobre, un crime est vendu comme un roman jeunesse. C’est avant tout un bon roman.