Knie 2019 – Le centenaire

Le « cirque national suisse » Knie (mais au fait, qui lui a décerné ce titre ?) fête ses cent ans en fanfare avec un très beau spectacle que nous sommes allés voir dans un chapiteau plein.

Commençons par évacuer ce qui ne nous a pas plu : les laborieux sketches de Kucholl et Veillon, humoristes de l’étape pour la partie romande de la tournée. Si le tout premier sketch n’était pas mal (les deux Suisses-Allemands apprenant au public à être « de qualité »), les suivants (le policier, puis l’assisté social) servaient la soupe aux bourgeois (majoritaires dans le public, vu le prix des places) et participaient surtout à construire ce déplaisant sentiment identitaire « on est bien entre nous » des Romands, et ce malgré quelques idées qui auraient mérité mieux.

J’ai pour ma part plutôt aimé les numéros de clowns, notamment celui du « dressage d’enfants » de Davis Vassalo et Francesco Fratellini, dont j’ai aimé le côté (gentiment) méchant. Cecci y a vu une pique contre les défenseurs des animaux et la réduction des numéros de dressage, c’est peut-être vrai et nos enfants ne l’ont pas aimé.

Pour le reste, cent ans oblige, ça dégoulinait d’hommage à la famille, photos en noir et blanc, tradition nationale, « on n’a plus le droit de montrer nos éléphants », « nous sommes votre cirque », costumes en rouge et blanc (et je ne pense pas que c’étaient les couleurs de la Pologne). Mais là où, dans le même registre, j’avais trouvé Gruss carrément rance, ça passait ici quand même, grâce à une mise en scène magnifique et des numéros de très haut niveau.

Le chapiteau sans piliers (il est suspendu à deux arches immenses) et les jeux de lumières étaient splendides, d’un niveau que je n’avais jamais vu.

La troupe de danseurs acrobates Bingo, qui fait l’ouverture du spectacle depuis des années, avec toujours la même efficacité énerigue.

Passons en revue les numéros (dans le désordre), en commençant par ceux de la famille Knie/Errani. Comme toujours, ils se sont chargés des numéros d’animaux : tout d’abord un beau numéro d’oiseaux (des perroquets) jouant sur les couleurs.Puis, et surtout, les numéros de chevaux. Celui de la toute jeune Chanel Knie, avec des poneys montés par des poupées, m’a procuré une impression de weird intéressante et sans doute pas voulue – les filles ne l’ont pas aimé, je les comprends, on aurait dit un essai de magie dans l’univers d’Unknown Armies.

La double poste hongroise d’Ivan Knie et Wioris Errani était splendide (superbes chevaux et beaux écuyers) mais le clou était le numéro de carousel de la première partie, avec trente chevaux sur la piste, qui m’a bouleversé comme rarement, un de mes plus beaux moments de cirque. C’est pour ces quelques secondes grâce, où les chevaux, l’écuyer, les lumières produisent des images merveilleuses que j’aime aller au cirque.

Toujours dans le registre « familial » Knie, nous avons eu droit en premier numéro aux fratelli Errani, qui ont présenté un beau numéro, d’icarisme. Une valeur sûre de Knie, par des artistes dont les numéros dégagent toujours une vraie joie.

Cette année, le spectacle était accompagnée d’une chanteuse (dont je ne connais pas le nom) façon diva pop qui assurait le numéro d’entrée, accompagnée par la troupe Bingo, donnant un ton romantique et classe à la représentation.

Les artistes invités étaient, plus encore que d’habitude, d’excellent niveau.

Anastasia Makeeva a donné un numéro d’acrobaties aériennes parfois effrayant, le seul qui m’ait fait vraiment peur, avec une suspension en grand écart entre deux rubans, à plus de sept mètres du sol. Brrr !

Une réflexion en passant : le cirque repose toujours sur l’exhibition et la mise en jeu de corps extraordinaires. Corps des chevaux, des bêtes, des hommes et des femmes. Des monstres, des corps parfois choquants dans leur étrangeté (contorsionnistes ou jongleurs, voir Klee plus bas) ou sexualisés car souvent dénudés, couverts de paillettes ou de lumière. Il y a une ligne délicate entre l’émerveillement et le voyeurisme, rendant certains spectacles de cirque assez sexistes, ce qui n’était plutôt pas le cas du spectacle de Knie cette année.

Nous avions déjà vu la troupe Sokolov il y a quelques années. Elle a repris le même type de numéro (en clôture du show) de bascule acrobatique avec échasses. De la bascule acrobatique avec échasses (vous pouvez souligner tous les mots), c’est une combinaison de malades, à apprécier avec roulements de tambours, pirouettes aériennes folles (avec échasses) et tonnerre d’applaudissements. 

Le jongleur-danseur ukrainien Viktor Kee a créé un personnage extraordinaire, une silhouette extra-terrestre (son costume était différent, meilleur que celui de la photo ci-dessus). La mise en scène lumières de son show était magnifiques, avec une pluie d’étoiles projetées sur son corps et autour de lui, donnant l’impression d’un personnage irréel et transparent. Il a commencé par danser avec une boule lumineuse (ondulations et jeux d’immobilités) avant de recevoir du ciel ses balles de jonglage, de une à cinq. Un numéro de très grande classe.

Golden dreams est un duo italo-espagnol (nous les avions déjà vus aussi, l’an dernier je crois) qui présente le numéro qui pourrait être le plus bad-taste du monde. Un type sculptural façon gladiateur de film des années 70. Une femme musclée genre body building. Les deux sont peints en or et paillettes et font un numéro sur musique du style Hans Zimmer pour Gladiator. Et c’est super bien, notamment parce qu’ils savent jouer du côté statue antique, posée. Ces deux là font du tissu aérien au ralenti, ce qui nécessite une force et une maîtrise particulières. Et c’est très beau.

Ces deux costauds roumains forment le duo Ballance et mon numéro favori du spectacle de cette année. C’est un numéro de portés (j’explique simplement : le costaud 1 – 90 kilos au moins est porté par le costaud 2 – 100 kilos de muscles pendant tout le numéro). N’allez pas regarder la vidéo qu’on trouve sur youtube (le cirque ne rend rien en vidéo, on perd toute la beauté, ne reste que des images crues et froides), croyez-moi simplement : voir ces deux hommes, l’un portant l’autre, bouger avec force et lenteur dans des rayons de lumière bleue, m’a procuré une immense émotion.

Le spectacle de cette année était une grande réussite, dans le registre de cirque de Knie, je le recommande vivement. 

Merci au service média du cirque pour les photos.

Knie 2018

Petite année chez Knie en 2018, malgré le titre ronflant du spectacle (Formidable). La recette est toujours la même : numéros familiaux avec chevaux, jolies danseuses (et danseurs) énergiques et numéros internationaux de grande classe.

Voyons les points positifs : on a vu un contorsionniste dément (et terrifiant) : Alexandr Batuev, qui fait des trucs avec ses jambes, ses bras, son corps, tout en étant vêtu en veste et pantalon droit, qui lui donne l’air plus raide. 

Les Fratelli Errani ont recommencé à faire du trampoline (avec les acrobates du Spicy Circus): le résultat dépote tout autant que le numéro de l’an dernier. Trampolines sur la longueur, sauts hallucinants, là aussi la grande classe.

Le couple canadien 2-zen-O a monté un numéro de force en aérien avec un double cerceau, qui rendait très bien mais que je n’aurais pas mis en conclusion.

Enfin, une troupe d’acrobates féminines russes, la troupe Shokov, a montré qu’on pouvait faire des sauts périlleux en jupe longue dans un numéro de balancelles très joliment mis en scène. A les regarder, j’ai ressenti ce sentiment de grande étrangeté surnaturelle qui ne me touche que sur certains numéros est qui est la drogue la plus forte que le cirque me procure. Rien que pour les numéros sus-nommés, cela vaut le coup d’aller voir le spectacle.

J’ajoute à la liste le clown Coperlin, dans un registre de faux numéro de magicien de Las Vegas, dont les tours vraiment très bêtes m’ont bien fait rire.

Les numéros de chevaux et d’animaux, spécialités de la famille Knie, étaient cette année propres et bien montés, agréables à voir mais pas mémorables, à l’exception d’un drôle de tour de corde à sauter à cheval, avec un très beau grand cheval noir.

Du côté des ratés, le numéro cerceau-aérien-piscine de Laura Miller était vraiment du too much n’importe quoi. Ca ne ressemblait à rien. On voyait la tentative, l’idée, mais c’est une idée qui aurait dû être abandonnée.

La seule belle image de ce numéro. On dirait que numéro a été monté uniquement pour la photo.

Côté: ça aurait pu marcher, mais… le numéro en hommage aux éléphants interdits de représentation, sur fond de Dream On, d’Aerosmith, avec les dresseurs en numéro suspendu minimal entouré d’une nuée de drones à led. Alors oui, c’était joli et techniquement impec, mais les robots ne me procurent aucune émotion, sinon un sentiment de peur. L’impression de voir sous le chapiteau des mouvements modélisés d’abord en image de synthèse me paraît tout le contraire de ce que j’attends d’un spectacle de cirque. Et le discours était trop flou (« vous nous avez interdit les éléphants, vous aurez des robots » ?)

Enfin, quelle idée de structurer le spectacle autour de Marie-Thérèse Porchet. Je n’accroche pas du tout à ce personnage vulgaire, criard et ringard, qui fut peut être drôle il y a dix ans mais que j’ai trouvé là très pénible. Résultat de tout ça, si les numéros individuels (à quelques exceptions près) restent de très haute tenue, le spectacle en lui-même ne prend pas. Pas d’univers, pas de lien, pas d’émotion teintant l’ensemble de la représentation. J’ai quand même envie d’aller voir le spectacle l’année prochaine !

Photos (c) presse Knie, merci à eux

Knie 2017

Voici mon billet marronnier : le froid arrive sur la Suisse romande, c’est le temps de la foire aux livres et des 24 heures de lecture à Romainmôtier et celui des premières soupes à la courge, et le moment où le cirque Knie passe dans la région. Chapiteau géant, affiches partout, caravane de dizaines de camions, transportant des centaines de personnes et d’animaux, Knie est comme une vague de paillettes et de spots colorés traversant la Suisse sur un trajet comme un manège, durant toute l’année et passant près de chez vous toujours vers la même période, une sorte de phénomène naturel, inévitable.

Nous sommes allés voir le spectacle, Waow, Rosa, Marguerite et moi et avons passé un très bon moment, avec les belles danseuses-acrobates de la troupe Bingo, le clown Housh-ma-Housh, le comique Cesar Dias avec son joli personnage de séducteur gominé et une scène de chanson déglinguée très marrante. Comme c’était Knie, il y avait de très beaux chevaux, une petite fille en scène avec un poney tellement mignon, un numéro d’enfants avec des chèvres que les filles ont adoré (je ne suis pas trop preneur de ces fantaisies fermières), une mise en scène de leurs chameaux de Gobi, mais aussi un tout jeune homme dans un très beau numéro de poste hongroise, avec deux chevaux noirs et dix chevaux blancs, qui a été un des clous du spectacle. Pour le reste, c’était du très bon niveau, mais du classique : Michael Ferreri sur un numéro virtuose de jonglage avec de petites balles blanches  , un duo sur patins à roulettes tournoyant sur une plate-forme à trois mètres du sol (flippant…), deux numéros d’aériens assez kitsch : Jason Brügger en néo-Icare tout de blanc vêtu, et, dans une mise en scène bateau de très belles figures de sangles aérienne en couple par Valeriy Sychev et Ekaterina Stepanova. Jusque là on est dans du cirque international très classique, très technique, bien exécuté (waow !) mais sans aspérités particulières, ni dans le mauvais goût, ni dans l’émotion.

Deux numéros sont selon moi vraiment sortis du lot : celui de trampoline des frères Errani, par son énergie, sa musique, son rythme et la capacité de ces artistes de se renouveler tout le temps (ils font partie des permanents de Knie). Ce numéro de frimeurs ritals souriants et bondissants était très classique, mais réalisé avec joie et amour, et le trampoline est un agrès qui permet des effets circassiens très étranges de suspension aérienne (j’ai une hypothèse intérieure, mal formulée, qui dit que la beauté du cirque tient à des immobilités étranges dans des formes sans cesse en mouvement – comme les balles du jongleurs qui paraissent suspendues dans la lumière des spots quand le mouvement devient régulier).

Le plus grand waow du spectacle, c’est la troupe Xinjiang, dans un numéro de pyramides humaines ahurissant, et surtout, dans une improbable composition graphique et physique à base de lassos, un très grand moment de cirque.

Knie 2016

Voici donc mon billet automnal sur Knie. Un peu comme pour le Beaujolais nouveau, on peut commenter la qualité du cru. Alors, il est comment, le spectacle, cette année ? Pailletée? Goût framboise ? Avec des clowns suisses-allemands ? Ou plutôt Nord-Coréen ? (oui, ce fut carrément Nord-Coréen, voir ci-dessous)

Cette année, à vrai dire, est une très bonne année. On ne voit plus d’éléphants sur la piste (à la grande tristesse de Marguerite), mais les chevaux sont toujours aussi beaux et le numéro des Errani brothers, accompagnés pour l’occasion de deux écuyers-jongleurs-acrobates venus de la famille Grüss, est un modèle de crique à l’ancienne : force, énergie, animaux, équilibres… La grande classe, avec de très beaux artistes en bracelets de force et tenues moulantes.

Le clown était l’excellent David Larible, dont les numéros ouvraient, fermaient et structuraient joliment le spectacle. De manière amusante, deux des enfants Larible participaient aussi au show : le fils (David Jun), très bon jongleur, et la fille (Shirley), pour un joli numéro de filet acrobatique. On a aussi vu un  numéro de diabolo à deux (Twinspin) très bien mis en scène et du trapèze acrobatique à grand spectacle (avec les artistes du cirque de Pyongyang). L’intro et l’animation était confiées à la troupe Bingo, habituée de Knie maintenant, et plutôt inspirée cette année avec une belle figure de violoniste.

Deux moments exceptionnels de ce spectacle : le numéro de main à main et acrobaties au sol du duo Popov, des costauds à la légèreté surnaturelle se réclamant de Gene Kelly (et pouvant se le permettre), et un numéro de trapèze-équilibre de Pak Song Hui et Sin Chol Jin du cirque de Pyongyang, cinq minutes complètement folles de figures au sol où dans les airs pendant lesquelles la demoiselle porte, tenue en équilibre dans sa bouche, une tige de presque deux mètres de long au sommet de laquelle est perchée une coupe de champagne pleine – dont rien ne sera perdu, bien sûr. Ce dernier numéro, dérangeant tant il est bizarre, m’a fait penser à un long tour de magie, une illusion paradoxale à la façon de certains récits de Christopher Priest. Il m’a plongé dans une étrange transe.

Bingo
Errani brothers
David Larible, en clôture
Les jeunes Grüss
David Larible Junior
Shirley Larible
Twinspin
Duo Popov
Cirque de Pyongyang, trapèze volant
Pak Song Hui et Sin Chol Jin

Photos (c) Katja Stuppia, fournies aimablement par le cirque Knie, merci !

Knie – 2015

C’est un des indices qui disent que l’automne est proche, le cirque Knie revient vers la Suisse romande (autres indices : le retour des courges et des vacherins Mont d’Or). Pour rappel, Knie c’est le grand cirque de Suisse, pro, bien réglé, quasiment la sortie familiale obligée. La grande question chaque année c’est toujours de savoir s’ils parviendront à dépasser le côté show bien huilé pour trouver de l’émotion et de l’âme. 2015 est pour ça une année moyenne (contrairement à 2013, par exemple). Le numéro de jonglage était réussi, mais très mécanique. Le numéro de portés et de main à main techniquement impeccable, mais d’assez mauvais goût quant aux tenues des artistes (je suis pourtant assez tolérant à la paillette et aux déshabillés). Le clown était Rob Torres, que nous avions déjà vu il y a quelque temps et qui a refait des numéros (très chouettes) que nous connaissions déjà.

Il y a eu une curieuse démonstration de dressage en réponse aux accusations des associations de défense des animaux.

Restent trois moments magnifiques, qui justifient à eux seuls le prix des places. D’abord, un numéro de barre russe, cette sorte de poutre élastique portée à l’épaule par deux costauds, de laquelle une ravissante demoiselle aux longues jambes s’envole et tourbillonne (Trio Stoian). Puis un numéro de chevaux extraordinaire, qui commence avec douze chevaux noirs et blancs formant un carrousel autour de Maycol Errani, auquel se rajoutent bientôt d’autres chevaux jusqu’à remplir toute la piste, le numéro se finissant sur une image merveilleuse, de la grande classe et le rappel de ce fait que j’aime bien : ces grandes familles de cirque sont surtout des familles d’écuyers.

Enfin, la troupe Sokolov (en clôture) monte un numéro de bascule (avec échasses !) dans un esprit XVIIIème siècle punk, façon Amadeus survolté. Très, très, très fort et incroyablement bien mis en scène.

(à noter cette année une affiche magnifique)

Photos presse Knie.

 

Knie 2014

Quelques mots pour dire que nous sommes allés voir le spectacle 2014 du cirque Knie. (voir ici mon billet de l’année dernière). Cette fois-ci, aucun nom n’a été donné au spectacle, la mode de baptiser les créations annuelles passe peut-être ?

Avec Knie, pas de mauvaises surprises. C’est pro, riche, bien réglé. Le spectacle se déroule sur roulements à billes, avec de très belles lumières, un orchestre live, des numéros de grande qualité. Sans être aussi émouvant que celui de l’année passée, le spectacle de cette année est très réussi. Les comiques suisses ont été remplacés par un vrai clown, David Larible, un peu survendu peut-être, mais très doué dans un registre classique et poétique. Un gros bonhomme dans un pantalon trop large, jonglant avec sa casquette, faisant des gamineries et des jeux rigolos avec le public, notamment une très drôle de mise en scène d’extraits du Trouvère de Verdi, avec participation de trois membres du public.

On a aussi retrouvé les danseurs/acrobates/jongleurs ukrainiens de la troupe Bingo, qui assurent une très belle intro au spectacle, ainsi que de beaux intermèdes. Les numéros de chevaux étaient très bien, complètement magiques, et celui joué par la toute petite fille extrêmement touchant. Mettre en scène la famille est un classique des vieux cirques familiaux, mais qui marchait mieux ici par exemple que chez Grüss où ça sentait un peu la poussière.

Si on ajoute un numéro chinois de diabolos hallucinant de technique, un numéro d’équilibre sur échasses par une montagne de muscles, et un beau numéro de roue infernale-qui-fait-très-peur (avec un tapis au sol pour les moments les plus flippants, j’ai apprécié l’attention).

Bref, un spectacle très homogène, de qualité suisse (à prononcer avec un l’accent d’un alémanique s’essayant au français). Je pense que dans le registre de cirque classique, on est dans le très haut du panier. Et, ultime critère de qualité, les enfants ont adoré.

Knie – Emotions

J’ai déjà avoué ici mon goût pour le cirque. Après avoir chroniqué des trucs arty, et d’autres semi-arty, voici le compte rendu de notre passage annuel au cirque Knie.

Knie se présente comme une institution suisse : le cirque national, qui effectue 300 représentations par an, une tournée depuis le fin-fond des Grisons jusqu’au bout de la Romandie. Des dizaines de remorques, une ménagerie qui est un vrai zoo pour les petits, 4000 lampes sous chapiteau, un spectacle très pro, parfaitement réglé, avec des artistes internationaux, tara-zim-boum ! Le côté plus surprenant de Knie pour les Français est le remplacement des clowns par des comiques locaux, jouant à fond sur l’humour suisse, rarement très fin, souvent vulgaire genre comique troupier années 50 (j’avoue, toutefois, j’ai souri au show de Laurent Delahousse l’année dernière dans son rôle d’empêcheur de tourner en rond et d’importun. Sans doute parce que son personnage de Genevois râleur ressemble beaucoup au Français râleur). 

Comme Knie a de l’argent, les spectacles de ce cirque sont aussi l’occasion de voir d’excellents artistes, plus ou moins bien mis en scène.

Le cru de cette année est plutôt très bon, si on enlève les numéros comiques (même s’ils comportent quelques jolis moments, le duo full house livre des numéros un peu vieillots, et Steve Ekely ne m’a pas convaincu). Pour le reste, c’est un spectacle de grande classe, beaucoup plus beau et touchant que d’habitude et je ne pensais pas dire ça un jour d’un spectacle de Knie. Le numéro d’entrée mêlant cavalerie et acrobaties, avec une troupe énergique de danseurs ukrainiens est réellement superbe de fluidité et d’élégance. On a vu aussi un très beau numéro de portés acrobatiques (le duo You & Me), une troupe d’acrobates chinois sur monocycles et une troupe de trapèze volant nord-coréenne épatantes. J’ai été moins convaincu par le spiderman qui marche à l’envers au sommet du chapiteau : OK pour l’exploit physique, mais je n’ai pas le goût du sang et j’ai eu peur tout le temps que ce type se tue (je n’ai vu aucun dispositif de sécurité).

Mais au delà de tout ça, le spectacle était superbe dans le domaine le plus décrié du cirque à l’ancienne : les numéros animaliers. Knie, comme Grüss en France, c’est une famille d’écuyers. Là, les chevaux étaient superbes, les numéros de dressages, cabrés, les tableaux avec chevaux arabes ou frisons hollandais étaient magnifiques, au niveau de ce que fait Alexis Grüss à Paris. Un artiste italien a aussi présenté un superbe numéro de dressage d’oiseaux tandis que le numéro avec les éléphants était extraordinaire. De la beauté, de la finesse et du rêve comme j’en ai rarement vu dans ce domaine. Un très bon spectacle, Amaranthe et Héliflore ne s’y sont pas trompées !