Une interprétation des Masques de Nyarlathotep – quatrième partie

Ne pas oublier de se référer aux épisodes précédents pour lire ce qui suit. Attention si vous comptez jouer un jour cette campagne, ce récit comprend nombre de spoilers. 

L’ensemble des billets de blog consacrés à la campagne des masques de Nyarlathotep peut-être retrouvée sous ce libellé : masques.

Dans ces épisodes, nous nous sommes beaucoup éloignés de la trame de la campagne, telle que décrite dans les livrets, pour approcher quelque chose de plus personnel. C’est là un des plaisirs du jeu de rôle. 

Nous étions donc à la fin de l’épisode égyptien. A l’automne 1925, Jonas retrouve Rebecca à New York, chez Ms Carlyle. L’ennemi paraît plus puissant que jamais et continuer la lutte nécessite des ressources intérieures que nos héros ne se sentent pas tous capables de mobiliser. 

Erica Carlyle, toujours phobique de tout ce qui est « égyptien », vit entourée de gardes du corps qui la protègent des fous et des rêveurs, de tous ceux qui voient en elle la fiancée du messager. 

Jonas et Rebecca se fiancent. Plus d’aventures lointaines, ils travaillent maintenant à l’exploration de la connaissance. Jonas, avec l’aide du mathématicien Priam Koenig (un vieil ami très proche d’Erica) entreprend la modélisation de ses éléments de psychophysique, une nouvelle compréhension de la nature des relations de l’espace et du temps. La machine terminée est très proche dans son esprit… comme si la machine, elle-même, guidait à sa propre fabrication. Les fiancés louent un appartement à Arkham et intriguent dans les milieux universitaires pour approcher certains vieux professeurs malades et certains manuscrits de démonologie médiévale… Jonas comprend que certains des concepts qu’il approche par son travail l’ont déjà été par des savants plus anciens et que cette « grille » d’échos traversant l’espace et le temps a été nommée par certains Yog-Sothoth. 

Rebecca pendant ce temps, outre la retranscription des notes de son futur mari, travaille sur les propres souvenirs de son expérience égyptienne par des techniques de régression hypnotiques. Elle en sortira, au bout de plusieurs années, des éléments troublants. 

De Sam Lipsky, resté en Egypte, aucune nouvelle ne parvient avant la fin du printemps 1926. 

Le lieutenant de police Martin Poole, de son côté, développe une sensibilité particulière aux influences de l’autre, celui dont on ne veut pas prononcer le nom. Il identifie son influence dans tous les cercles de la société, des plus populaires aux plus élitistes. Il suffit de savoir lire les journaux… et de voir les échos. 

Dans le secret de leurs travaux Jonas et Priam finissent la machine, objet sphérique d’un ou deux pieds de diamètre, fait de courbes d’or étrangement assemblées, reliée à un système de contrôle électromagnétique sophistiqué. Ce que tous ignorent, c’est que Jonas n’a en fait pas besoin du reflet physique de la machine. La machine existe, présente à son esprit, et cela suffit à la rendre utilisable par lui pour projeter son esprit – ou celui d’un autre, en certains points de l’espace et du temps… 

Sam fait alors parvenir un télégramme mystérieux, laissant entendre qu’il se trouve au Kenya. Jonas ne veut pourtant plus partir, la quête folle de Sam Lipsky pour venger la mémoire de son père (rappelons qu’il est le fils d’Elias Jackson) et lutter contre les monstres n’est pas la sienne. Jack Brady, lui, est prêt à se rendre au Kenya, et il demande une nouvelle fois de l’argent à Ms Carlyle pour un voyage dangereux. Cette fois, il n’en reviendra pas. 

Afin de savoir ce qu’il en est, Jonas utilise la machine pour se rendre au Kenya et retrouver Sam. La colonie britannique est en proie à une rébellion indigène qui la met à feu et à sang, dont l’inspiration proviendrait la région des Nandi, autour d’une certaine montagne du vent noir (là-même où les corps des membres de l’expédition Carlyle ont été retrouvés). Jonas, là-bas, prenant le temps de quelques heures le corps d’un colon allemand, reprend contact avec Sam Lipsky, devenu un homme à tout faire musulman (il s’est converti à l’islam lors de son séjour prolongé en Egypte, pour des raisons sentimentales notamment). Sam a remonté certaines ramifications de l’organisation de Shakti jusqu’au Kenya et il espère abattre là-bas certains éléments du culte. Il est triste d’apprendre que Jonas ne se joindra pas à lui. Sam attend l’arrivée de Brady, de son argent et ses armes, pour accompagner une expédition militaire britannique jusqu’au cœur de la rébellion… 

Pour Jonas, c’en est trop. Le combat est trop lourd, l’ennemi est partout. De son séjour chez Shakti, Jonas a compris la véritable nature de l’adversaire. Là où certains (comme Elias Jackson et Sam Lipsky, à leur façon) y voient une manifestation du diable, de Lucifer, Jonas perçoit un être immense, multidimensionnel, qui a par hasard ou malchance, glissé une extrémité de sa présence dans notre monde. Son influence inhumaine pèse sur les psychés, les déforme, les impacte partout sur la Terre. Jonas et Rebecca sont trop seuls pour les influencer, leur combat est vain. La rédaction de ses éléments de psychophysique, volontairement cryptiques (comprendre : perte de 1D3 SAN pour qui parvient à le lire), ne peut être qu’une participation infime à ce combat. Jonas espère contre toute raison que d’autres, un jour, le rejoindront. Lui seul (ou avec Sam) ne peuvent rien espérer. 

Durant ce printemps 1926, ce récit est secoué par plusieurs bouleversements. Par surprise, sans attendre aucune nouvelle de Sam ni de personne, sans prévenir quiconque (apparemment), Jonas et Rebecca disparaissent des Etats-Unis. Ils ne sont pas encore mariés, Rebecca est enceinte, mais personne ne le sait. 

Par ailleurs, songeant à perpétuation de sa fortune et à rassurer ses actionnaires, Erica Carlyle décide de se marier. La Sainte Voyante des Contrées du Rêve, la Sybille aux yeux peints de Sonja Ericksen (la poétesse new-yorkaise, et sa maîtresse d’alors), la fiancée du messager se choisit un mari. Ce ne sera aucune de ses fréquentations habituelles de la jet-set de la côte Est, mais plutôt un homme en qui elle a confiance, vieil ami d’études et compagnon de randonnées en montagne, ce bon vieux Priam Koenig. Qui n’est pas le moins surpris de cette décision. 

Jonas avait recommandé à Priam de démonter la machine. Priam n’en fait rien et se contente de la boucler dans le coffre du manoir Carlyle. 

Une dernière chose… Juste avant de quitter les Etats-Unis pour ce qui sera son dernier voyage, Jack Brady a confié à Erica Carlyle un secret. Randolph Carter… clinique du docteur Greene… Hong-Kong. 

Qu’est devenu Sam Lipsky ? Comment va réagir l’adversaire ? A quoi rêve le fou aux mains vides enfermé dans la clinique du docteur Greene, en Chine ? 

La suite au prochain épisode !

Une interprétation des Masques de Nyarlathotep – troisième partie

Ne pas oublier de se référer aux épisodes précédents pour lire ce qui suit. Attention si vous comptez jouer un jour cette campagne, ce récit comprend nombre de spoilers.

Si on se réfère au découpage classique de la campagne, nous voici donc en novembre 1925, à la fin du « chapitre égyptien ». Voici en quelques mots (et de nombreuses heures de jeu) comment s’est déroulé ce dernier…

A la recherche de sa petite amie, Ms Rebecca Donner, Christiansen débarque à port Saïd à la fin du printemps 1925. Elle devait l’y retrouver, mais n’apparaît pas au rendez-vous. Ses bagages sont là, son journal et une étrange statuette représentant « l’homme à trois jambes » (mais pourquoi n’a-t-il pas de tête ?). Suivi comme une ombre par Sam Lipsky débarqué de New-York, il enquête chez les frappadingues de la Egyptian Ankh Society (les purs, les vrais, les versions anglaises et américaines de la société ne sont que des imitateurs). Ceux là relèvent plus du proto new age que des cultes à sacrifice, Jonas se dit qu’il n’est pas sur la bonne piste. Il cherche là où ça crie et où ça saigne… Il remonte la piste de l’emploi du temps de Rebecca, se pose des questions sur les fouilles entreprises par Alexandre Gautier à la maison verte, un site de la XXIIème dynastie où aurait résidé une favorite/reine nommée… Nitocris.

Rebecca est retrouvée à l’hôpital, plongée dans une inquiétante catatonie, même si d’après le médecin qui la suit, une forme de drogue serait à l’origine de cet état. Cette maladie du sommeil frapperait des dizaines et des dizaines de personnes… Le but de Jonas devient alors de comprendre la cause de cet état pour pouvoir guérir Rebecca avant de l’emmener à New York où elle sera plus en sécurité.

Au Caire, il trouve des alliés : Nigel Wassif, le journaliste mondain, Hoda Shaaryia, une grande bourgeoise féministe égyptienne, amie de Rebecca, puis bientôt le professeur Mansour, égyptologue, spécialiste des rites funéraires. Laissant tomber la société de l’Ankh, il se tourne vers l’artisan qui a fabriqué pour eux certains de leurs éléments de culte, le joaillier juif Aaron Iffaz, disparu de son domicile depuis deux ans, mais encore vivant, puisqu’il envoie de l’argent à sa famille.

Que fabrique Iffaz dans son atelier/fonderie du quartier des tombes de califes, pour le compte d’Omar Shakti, grand propriétaire terrien ? Espionnant le chantier de la maison verte, Jonas y découvre d’étranges statuettes d’or produites par Iffaz, assemblées à des systèmes électriques qui lui rappellent la « machine » de Houston. Et si Shakti tentait d’établir un lien avec le passé, s’appuyant sur les centaines d’esprits plongés en catatonie ?

Jonas vole la moitié des statuettes (la quantité transportable dans une valise…), retire Rebecca de l’hôpital et, réfugié dans la maison du docteur Mansour entreprend la fabrication de sa propre machine, imitée de celle de Huston. Dans un grand moment de folie, entouré de phénomènes électromagnétiques inquiétants (des monstres ?), il se propulse au VIIIème siècle avant JC, découvre les rituels de vie de et mort effectués sur Nitocris et arrache l’incarnation locale de Rebecca à la fascination de la reine maudite.

Malheureusement, cette longue opération a attiré l’attention de Shakti et de ses tueurs. Rebecca est confiée à Mansour, qui l’emmènera au loin, pendant que Jonas fixe l’attention des poursuivants. Finalement capturé par Shakti, il accepte de se mettre à son service et de construire une nouvelle machine, plus puissante, plus précise, grâce à laquelle l’esprit pourra se projeter loin dans l’espace et le temps. Une nouvelle fois, il se retrouve au service des fous, d’autant que Shakti lui fait entendre les mots du langage aklo qui lui propulsent l’esprit jusqu’à cet état psychique que l’on nomme « Leng ». Et Christiansen, en bon ingénieur, se laisse fasciner par les perspectives ouvertes par la création de la machine… Quant à Sam Lipsky, poursuivi par les sbires de Shakti, il se fait oublier dans l’arrière pays égyptien, sans argent, sans alliés autre que son nouvel amour, la « grande sœur » de Ma’mud, le gamin des rues assassiné par les séides de Shakti.

Dans l’arrière plan, une vedette de second plan du Caire, Ms Roasch, devient une soudaine célébrité, fascinant la bonne société…

Cet été-là, Erica Carlyle visite la France, manque de se faire assassiner par un fou (qui voit en elle une Lillith maléfique – à raison ?) lors d’un séjour à Biarritz, renoue avec sa peur de la mer et rencontre Rebecca Donner sur le paquebot qui la ramène aux US. La rencontre ne se passe pas très bien. Rebecca est poursuivie par des créatures cynocéphales – dans la vision d’Erica – auxquelles elle échappe de justesse avec l’aide de Ms Carlyle, qui verra quand même une de ses domestiques se faire tuer.

Cet épisode désastreux pousse Ms Carlyle à se réfugier dans son immense maison/manoir, entourée de gardes du corps, sa forteresse. Marquée par les regards qu’elle attire et par les comportements de dingue se cristallisant autour de sa personne, elle ne retourne plus à Manhattan et garde Ms Donner auprès d’elle comme femme de chambre.

Prévenu par un télégramme de Jonas, Jack Brady (qui s’était installé auprès de Ms Carlyle pour la protéger, et aussi auprès de la putain chinoise qui avait été mise enceinte par… quelque chose sur l’île du dragon gris) monte une expédition pour aller chercher Christiansen, « sinon il va devenir dingue ». Il puise dans ses relations pour rassembler une douzaine de porte-flingues, se fait financer par Ms Carlyle, qui accepte à contrecœur.

Les relations entre Shakti et Christiansen se dégradent, entre menace et utilisations abusives d’aklo par Shakti. Mourant (mort ?) Jonas passe de longs jours à dériver dans des terres étranges qu’il pense produites par son propre esprit, et où rodent les serviteurs de Nyarlathotep comme les fidèles dans anciennes alliances conclues par la famille Carlyle. Là, dans un état second, il a une perception de ce qu’est Nyarlathotep. Il est la langue de sang. Un masque se lève, et avec lui la compréhension que Shakti, Ho, Huston, Penew, tous ne sont que des exécutants, les marionnettes de quelque chose d’autre, quelque chose de plus dangereux encore…

Au moment où Shakti serre la vis pour obtenir plus vite sa machine, Brady attaque. Le combat est une victoire à la Pyrrhus. Jonas est arraché aux griffes de l’Egyptien, mais la moitié des hommes de Brady y restent, et la mort de Shakti n’est pas attestée. Les autres hommes de l’équipe, peu convaincus par la santé mentale de Brady (tout à fait discutable, en effet) l’abandonnent. Le bateau affrété par la Carlyle Shipping Co (un discret cargo de contrebande) fait naufrage quelques jours après avoir quitté le Caire. Les pouvoirs de Shakti y sont-ils pour quelque chose ?

Christiansen et Brady, recueillis par un navire de guerre italien, entreprennent un prudent retour vers New York… Erica Carlyle, princesse malade au cœur de sa forteresse, les attend.


Une interprétation des Masques de Nyarlathotep – deuxième partie

Ne pas oublier de se référer aux épisodes précédents pour lire ce qui suit. Attention si vous comptez jouer un jour cette campagne, ce récit comprend quantité de spoilers.

Printemps 1925, Jonas Christiansen et Sam Lipsky débarquent dans la ville de Shanghai au bord de l’explosion sociale. Les ouvriers se mettent en grève, soutenus par le parti communiste, le KMT (et les triades) ou la secte ultranationaliste de la Grosse Femme (le Pang Nuren, en mandarin).

Nos héros prennent bien soin de ne pas débarquer ensemble, Sam est chargé de suivre Jonas de loin et par là même tente de prouver qu’il est aussi doué que son père pour se glisser dans des sociétés inconnues.

Jonas remonte la piste de Brady, par la caserne américaine (où Brady a servi à l’époque en tant que marine), par son ancienne petite amie prostituée (dont il a trouvé l’éventail dans les affaires de Brady chez les Carlyle)… De passage au Cercle Sportif Français, coup de chance, il reconnaît sur une photo de partie de pèche en mer un homme au visage familier… le docteur Huston ! qui se fait appeler ici le docteur Wood et dirige une clinique où il accueille la belle société pour des cures fan-tas-tiques. Quant à Sam, passant des jours et des jours sur le port, il repère le Black Lady, le yacht photographié par son père…

Avec l’aide de M. Li Weng Chen, interprète et guide cultivé, et homme plus audacieux qu’on pourrait croire, Jonas tente une audacieuse filature maritime nocturne du yacht jusqu’à une étrange île rocheuse, Grey Dragon Island.

Jonas finit par se faire repérer par les hommes de Chu Min entourant Brady. Dans une maison inconnue, on l’amène face à un Brady lourd et ténébreux, façon colonel Kurtz dans Apocalypse Now. Il sait déjà que l’histoire de Brady n’a pas été facile… Sa femme chinoise et sa fille ont été enlevées par la secte de la Grosse Femme, et depuis Brady mène contre le groupe de M. Ho une guerre secrète et souterraine.

On aura droit à une dangereuse expédition d’infiltration sur l’île où Jonas découvrira le laboratoire où se fabrique la panacée, mystérieux médicament utilisé par le docteur Wood dans sa clinique de luxe, où Jonas a envoyé sa maîtresse, la belle Alexandra Wong, en reconnaissance. Après cet épisode dangereux, Jonas et Sam disparaissent de la circulation, devenant des mendiants sur le port. C’est sous cette forme que Jonas assistera à l’embarquement d’une étrange marchandise sur le Black Lady… des sacs, contenant des êtres humains vivants.

Jonas est alors retrouvé par Thomas Fludd, détective « maritime » employé habituellement par la Carlyle Shipping Company et envoyé à Shanghai par la riche héritière. Associés, Fludd et Jonas cambriolent la clinique du docteur Wood, y découvrent une étrange machine solénoïdale et volent journaux et notes remplies de hiéroglyphes appartenant à des civilisations inconnues. Nos héros comprennent que ce coup là est le coup de trop, que les amis de Wood/Huston vont se mettre à leur poursuite. Fludd préfère compter sur le plan prévu et sa cache dans une planque jamais visitée auparavant… Ça ne l’empêchera pas d’être capturé quelques jours plus tard. Jonas chasse Sam et le force à s’embarquer pour New York avec tous les papiers volés chez Huston. Quant à lui-même… s’il veut comprendre ce qui se passe, il faut passer de l’autre côté. Bien habillé, rasé de près, il se présente chez Huston et lui offre de collaborer.

Huston est enchanté : cet Européen entreprenant lui sera utile dans ses plans industriels. Voici donc notre héros devenu un intime  d’un playboy intelligent et hédoniste qui partage avec lui quelques-uns de ses secrets : la loge Ka, réunissant l’élite des Francs-Maçons de Shanghai, que Huston manipule évidemment, et la machine installée dans la cave de la clinique permettant de projeter son esprit dans le passé. Mais aussi son usine sur l’île du Dragon Gris, où Huston produit la mystérieuse panacée offrant guérisons et jeunesse.

Un soir Jonas, embarque sur le Black Lady en compagnie du terrifiant M. Ho et de sa famille pour assister à une cérémonie sur l’île. Ce qu’il vivra là-bas le marquera à jamais. La musique… les cris… le sang…

Jonas travaille efficacement pour Huston pendant plusieurs mois ; ses talents d’ingénieur lui permettent même d’élaborer un contenant permettant de conserver plus longtemps la panacée. Il s’intéresse, mais pas trop, au mystérieux serviteur nageant dans la piscine de boue où circulent les tuyaux permettant de fabriquer la drogue miraculeuse. Il sauve même Fludd, retrouvé vivant au fond d’un trou puant, les jambes coupées.

Après une longue préparation, Brady, Chu-Min et les siens, aidés de Jonas dans la place, dirigent un assaut furieux contre l’île un soir de « cérémonie ». L’affaire est violente, pris au milieu du feu Jonas abat Huston d’une balle dans la nuque (pas facile de tuer quelqu’un qui vous a offert ses cigares et son whisky), Ho est tué et la plupart de ses lieutenants avec lui, les corps sont jetés dans le puits où se réfugie le serviteur…

A peine le temps de souffler pour Jonas. Depuis Le Caire où elle participe à des fouilles sur les pharaons de la XXIIème dynastie en compagnie d’Alexandre Gautier (le brillant égyptologue de l’exposition Carlyle), Rebecca, la girlfriend de Jonas, annonce que les choses tournent mal et qu’elle rentre aux Etats-Unis. Elle promet de lui envoyer un télégramme quand elle sera à Port-Saïd. Mais rien ne vient.

Pendant ce temps de l’autre côté de l’Atlantique, Erica Carlyle rêve et agit. En compagnie de son beau serviteur grec dont elle a vu le visage gravé dans le flanc d’une montagne du pays des songes, elle fait de curieux voyages dans des coins reculés des Etats-Unis ou dans les archives de sa grande maison pour rassembler la plus étrange des collections, quand elle ne reçoit pas dans sa cave les hommes-chiens des cimetières prétendant que leurs familles sont liées depuis longtemps (est-elle la seule à voir ces créatures ? Elle s’en moque). L’arrivée des envoyés de M. Christiansen la trouble, elle les écoute parfois, semble comprendre ce dont il est question puis s’en désintéresser. M. Li, envoyé aux Etats-Unis, l’aide à acquérir une peinture chinoise du XIXème siècle représentant l’île du Dragon Gris accompagné d’un poème évoquant la cité sous-marine dont l’île n’est que le sommet émergé. Sam l’enchante et l’agace, de même que ce M. Fludd, mutilé à son service… Elle refuse plusieurs propositions de mariage, gagne de l’argent et se soucie que sa meilleure amie, Ms Post, soit devenue si engagée dans la American Ankh Society après la mort tragique de son fiancé. Sans en référer à personne, Ms Carlyle met un peu de distance entre elles. Mais bientôt un invité réellement inattendu débarquera à New York, en la personne de Jack Brady lui même…

A suivre…

Le lecteur constatera que nous nous sommes pas mal écartés des chemins indiqués dans le scénario. Moins de sorcelleries, pas de fusée, Huston transposé à Shanghai (ça me paraissait plus naturel comme ça). Pour le reste il y a toujours des cultes, des bandits et des messages venus des quatre coins du monde. Nous nous sommes rendu compte, à l’usage, que raconter ce genre d’histoire avec un minimum de réalisme donnait un résultat vraiment noir et sanglant. Au stade actuel, Jonas (actuellement au Caire) ne s’est pas encore remis de ce qui s’est passé à Shanghai. Sam, lui, conserve un véritable enthousiasme, mais il a échappé au pire. Quant à Ms Carlyle, elle a surmonté sa phobie des océans et est partie passer des vacances en France en compagnie d’un mathématicien galant et d’une poétesse lesbienne.

PS : une intéressante inspiration, le film Shanghai Triad de Zhang Yimou.

Neonomicon – Moore et Burrows

Je suis dans une période lovecraftienne, je suppose que les étoiles sont propices (Nebal, lui-même…). Le grand Cthulhu rêve et inspire les blogueurs à pondre des billets innommables, vice auquel cède le cultiste dément Gromovar. Ainsi, n’hésitant à amener mon esprit aux frontières de la raison, je me suis lancé dans ce Neonomicon d’Alan Moore.

Ce comic assez court, par le meilleur scénariste de BD du monde, raconte en deux parties les enquêtes d’un groupe d’agents du FBI sur des meurtres mystérieux et des cultistes bizarres, de nos jours ou à peu près. On peut dire qu’aucun d’entre eux n’en sortira indemne. Servi par un dessin réaliste de qualité (quelques-unes des visions de Burrows sont même très réussies), Moore nous livre – outre un récit fort prenant – un véritable jeu littéraire lovecraftien, bourré de références, reprenant, détournant, complétant avec intelligence l’héritage de l’aimable gentleman de Providence. Je ne suis aussi enthousiaste que Gromovar, mais je reconnais qu’on a là un récit malin, bourré d’idées, qui fera plaisir tout autant à l’amateur de visions d’un au-delà indicible qu’au joueur de jeu de rôle qui y trouvera nombre de belles idées. Je regrette, je pense, le manque de développement de certaines idées, sur la véritable nature de R’lyeh, le rôle de Johnny Carcosa ou la vertigineuse vision du plateau de Leng. J’aurais voulu encore plus de terreurs cosmiques.

Les contrées du rêve – H.P. Lovecraft

J’avais il y a longtemps dans ma bibliothèque le livre Démons & Merveilles paru aux éditions 10/18 avec son couverture tirée de Bosch. Il m’a suivi dans de nombreux déménagements et réorganisations de bibliothèques, j’ai essayé de le lire cinq ou six fois, en vain, je crois n’avoir jamais dépassé une trentaine de pages. Mais, sans doute poussé par la pratique du jeu de rôle, je n’avais jamais renoncé à explorer ces Contrées du rêve de Lovecraft, dont le nom m’enchantait. J’ai même acheté pour les approcher la réédition d’une ancienne boîte pour ajouter ces pays oniriques à l’appel de Cthulhu. La lecture des textes contenus m’avait déçu, en aucune chose ils ne m’avaient révélé les secrets de ces pays.

Mais voilà que naît un projet récent : faire jouer les Masques de Nyarlathotep. La campagne mentionne quelques fois, en passant, les contrées du rêve, et surtout le nom de Randolph Carter. Je me suis souvenu alors que le texte de la quête onirique de Kadath, censé souffrir d’une traduction épouvantable, a été réédité, retraduit, chez Mnémos récemment. D’où une nouvelle tentative, cette fois couronnée de succès. J’ai trouvé à mon tour Kadath l’inconnue…

Le voyage en valait-il la chandelle ? Oui, certainement… Mais détaillons un peu.

Le recueil Les Contrées du Rêve contient une dizaine de contes, assez courts, et un cycle de quatre textes constituant la quête de Kadath de Randolph Carter et reprenant en écho certains des motifs des contes. Les contes, à vrai dire, ont un imaginaire assez vaporeux, utilisant des noms étranges, un imaginaire rappelant un peu les préraphaélites ou bien certains textes de Marcel Schwob : spirales d’onyx, douceurs suaves, vallons ténébreux, peuplades impossibles. Ils ont un charme vieillot, quelque chose de charmant et usé. Leur cohérence et l’univers qu’ils dessinent prennent tout leur sens dans la suite des récits, le cycle de Randolph Carter. Composé d’une grosse novella et de textes annexes, la quête de Kadath est une marche échevelée, allant du ridicule au grandiose, du sublime à l’horrible, du maître rêveur Randolph Carter dans ce qui n’est sans doute que son univers intérieur, le pays imaginaire d’un enfant. C’est un texte mal fichu, jamais édité, ménageant d’étranges surprises et glissements, où Lovecraft a semé nombre d’idées et d’images très personnelles. La sympathie de Carter pour les goules, les étranges trafiquants de rubis, les maigres bêtes de la nuit… On passe d’un lieu à l’autre par des chutes, des escaliers, de longues traversées, des envolées au-dessus de déserts glacés mais contre le froid desquels Carter semble rarement se prémunir. On y marche suivant la logique des rêves.

Ce recueil, inégal, bien composé mais souvent bancal, est loin stylistiquement et narrativement des grands textes de Lovecraft. Mais il donne a un aperçu sur l’univers intérieur et personnel très émouvant du gentleman de Providence.

PS: tout comme pour Nébal, le texte français m’a souvent fait tiquer. Rien de bien gênant toutefois. La présentation et l’ordre des textes, spécifiques au recueil français, est toutefois très éclairante et juste.

Une lecture critique des Masques de Nyarlathotep – 3

Ce billet fait suite à celui-ci.

Je continue donc ma lecture des fascicules de la campagne…

Le Kenya : on
n’échappera pas à ce pays, puisque c’est là que l’expédition Carlyle a été
« massacrée ». Comme pour les précédents, je trouve le contexte très
intéressant. Je note d’ailleurs que je suis tout autant emmené par les textes
que par les nombreuses photographies de rues et de paysages… Une situation
vraiment intéressante : que les PJs soient accusés d’être des
incendiaires. Le contexte, entre ville blanche, brune et noire à Nairobi pose
d’intéressantes situations, surtout si les PJs sont coincés par les préjugés
racistes de leur temps (les leurs et ceux de leurs interlocuteurs). On trouve
aussi un gros rituel à interrompre, ce cliché m’ennuie.

La Chine : là
encore, contexte passionnant, entre concessions, banditisme, luttes de sectes.
Je trouve que, comme pour le Kenya, on peut parvenir à imaginer comment un
culte sanguinaire parvient à prospérer sur ce terreau. J’aime bien les érudits
locaux proposés, les militants prêts à faire le coup de main, le
personnage de McChum, les navires mystérieux. Scénaristiquement, Brady qui se
cache et cherche à récupérer sa bonne amie est un classique qui peut marcher.

Comme dit précédemment, je me passerai volontiers de la fusée
et de tout le bazar autour du moteur au radium de la Dame Noire.

L’Australie :
bis repetita, bon contexte, une idée de situation intéressante : des
excavations par les méchants dans la cité de la Grande Race, qu’il faut un peu
travailler pour éviter que ce soit un replay des Montages Hallucinées. Pour une fois, j’aime bien aussi une des
histoires des fausses pistes, celle avec les abos qui font un casse dans un
musée.

Ma conclusion sur la campagne : j’en ressors avec une
impression de fausse complexité. Beaucoup de blabla, beaucoup de lieux, de
PNJs, mais peu de scènes, peu d’idées de mise en scène. Je suis bien conscient
que ce genre de campagne bac à sable était tout à fait original pour l’époque.
Maintenant, ça me paraît être un produit très daté, correspondant à l’époque
étudiante du jeu de rôle : il faut du temps, un MJ très motivé, et l’envie
de se coltiner certains des pires clichés des tentaculeries. J’ai eu un vrai
plaisir à le lire, le travail éditorial est remarquable, mais le tout dégage
une impression de fausse abondance et de vraie confusion.

Le scénario, assez simple, peut se résumer à ceci : les
PJs découvrent un réseau mondial de cultes dédiés au Mal, ils parcourent le
monde en avion/voiture/liner/chameau, combattent les méchants et sauvent la
planète, empêchant le Grand Rituel. Malheureusement, ce trip-là ne me fait pas
très envie…

Réflexions sur les
cultistes

Je me permets de citer une conversation (publique) avec
Tristan Lhomme :

Le
« cultiste » de Cthulhu est l’équivalent du gobelin d’AD&D, le
figurant disponible en masse qui sert essentiellement d’obstacle ou de chair à
canon. Je n’ai jamais pu les blairer sous cette forme. A une époque, les gens
de Pagan Publishing ont tenté d’écrire des scénarios avec des sectateurs un peu
plus évolués. Le résultat était, en gros « nous sommes des gens normaux qui
suivons une religion minoritaire, mais sans arracher le coeur de personne,
hein, on prépare juste la fin du monde lors de réunions Tupperware présidées
par un Grand Ancien ». C’était pire que le gobelin à 10 PdV : c’était
chiant. « Donc, vous repérez ce dentiste comme un gros bonnet potentiel de
la secte. Vous le suivez ? Parfait, il va à son cabinet et y passe la journée,
et puis le soir, il rentre chez lui, achète un bouquet de fleurs pour sa femme,
embrasse son fils… et rebelote le lendemain. Si vous tentez de vous en
approcher, vous pouvez prendre rendez-vous pour vous faire soigner les dents.
Ah, et il joue au bridge une fois par semaine. »

Ces temps-ci, je suis
titillé par l’idée d’écrire un scénario où les investigateurs feraient du
cultbusting, et trouver la bonne approche pour le culte est mon plus gros
obstacle. Le faire à l’ancienne, avec des cultistes baveux ? Non. Pousser la
normalité jusqu’à la dentisterie ? Non plus.

Le jeu de rôle fait une grande consommation de clichés,
nécessaires à l’imaginaire partagé. Comment exploiter celui-ci ?

Soit un membre du culte de la langue sanglante. Immigré
kenyan à New York, travaillant aux docks. Ayant peut-être de la famille quelque
part. Qu’est-ce qui le pousse à participer à des meurtres collectifs ?

Ecartons deux réponses : « il est fou » et
« il est primitif/noir/sauvage/superstitieux ».

Les gens adhèrent à des sectes parce que ça leur apporte
quelque chose, même si ce n’est qu’un mensonge. Dans son culte, notre bonhomme
trouve déjà des amis, de la sociabilité. Puis il se rend bien compte que son
maître peut beaucoup, plus que le prêtre chrétien ou que le sorcier animiste.
Le guérir de manière extraordinaire, lui donner des visions exaltantes, lui
apporter une chance de fortune et des satisfactions sexuelles. Lui donner du
pouvoir par rapport à ses égaux. Et à partir du moment où notre bonhomme a
associé son groupe et toutes les satisfactions de son existence (difficile), on
comprend qu’il le lâche difficilement, voire même qu’il prenne des risques à
commettre des agressions passibles de peines douloureuses.

Je voudrais qu’il puisse être tentant pour un PJ un peu perdu de rejoindre le culte.

Les cultes présentés dans cette campagne semblent tous avoir
comme point commun un retour à une forme de communion plus directe aux forces
de la terre et de la nature. Un rejet de la modernité. Ce sont des cultes
d’hommes (il ne fait pas bon d’y être une femme), de paumés qui se voient
privés de leur pouvoir traditionnel. Tout ça me paraît juste.

La magie

L’utilisation de la magie dans ces histoires m’ennuie. Je
vois le contexte lovecraftien comme plutôt science-fictif et je pense que la
plupart des choses vues comme « magie » relèvent de formes de vies
étranges et de technologies incompréhensibles. J’aimerais que les éléments
fantastiques de la campagne aient une forme de cohérence et éviter le TGCM (Ta
gu* c’est magique), de même que le TGCE (Ta gu*, c’est extra-terrestre). Je
suis embêté par la ceinture magique qui traverse les siècles et qui est
indestructible par des moyens conventionnels. Si elle était presque entièrement
décomposée, un vrai trésor archéologique, protégé avec ardeur par des
scientifiques sûrs de leur bon droit, elle m’intéresserait beaucoup plus. Rien
de plus ennuyeux qu’on objet indestructible (sinon, peut-être, un rituel à
interrompre).

Reprenons donc un peu le contexte du « mythe »
(même si je pense que les récits de HPL n’ont pas spécialement à être
considérés comme cohérents). Les Montagnes
Hallucinées
nous apprend qu’il a existé autrefois une race puissante, les
Anciens, très doués dans les sciences de la vie. Anéantis ensuite par une
guerre contre d’autres choses extraterrestres (les Grands Anciens, pour faire
simple). Le temps a passé, tout cela dort ou alors rampe dans les ténèbres
au-delà de notre regard, et la plupart des gens ne veulent pas voir. On sait
que certains de ces peuples pratiquent la métempsycose et voyagent dans le
temps à travers certains d’entre nous. D’autres ont construit des cultures,
invisibles à notre regard (les Profonds, les Hommes Serpent). Se rendre compte
de tout ça, de ces présences que l’on distingue dans le passé de l’humanité,
est un vrai choc pour les esprits rationnels, pour les gens sains et civilisés.
Le monde est grand, absurde, incompréhensible et des dieux horribles se cachent
juste là, derrière notre perception…

Retour sur la
campagne

Maintenant, imaginons un riche playboy américain, un
héritier blasé et ennuyé, attirant dans son entourage des types un peu louches,
férus de sciences occultes, de satanisme… Imaginons qu’il tombe sur une
immigrée kenyane fascinante, dotée de visions puissantes. Et que celle-ci
entraîne notre millionnaire dans ses visions. Un médecin jungien un peu trop
fumé, un anglais décadent  égyptomane… Un
assemblage qui n’aurait pas dû avoir lieu.

En Egypte, lors de fouilles inspirées par M’Weru, ils
plongent dans le passé (sans doute par échange d’esprits) et apprennent des
secrets de la bouche d’un serviteur du Pharaon Noir. Ils partent pour le Kenya,
rejoignent une région où la terre et l’atmosphère ont des propriétés
physico-chimiques particulières. Là ils manifestent
quelqu’un. Né du sang, de la boue, de connaissances saisies sous des visions
terribles. Hypathia Masters s’unit (est forcée de s’unir ?) avec celui qui
vient de loin. Et qui commence, à pied, à descendre la vallée du Nil, depuis la
lac Victoria. On l’appelle Nyarlathotep.

Ce n’est pas la première fois qu’il apparaît dans l’histoire
de l’humanité. Il est là, inspirant les hommes à l’esprit faible, soufflant des
idées terribles pour le service de ses Maîtres Endormis. Maintenant, il vient
de s’incarner.

Nyarlathotep vint dans
les pays civilisés, basané, mince et sinistre, achetant sans cesse d’étranges
instruments de verre et de métal, qu’il combinait en nouveaux instruments plus
étranges encore. Il parlait beaucoup de sciences (d’électricité et de
psychologie) et faisait des démonstrations de puissance qui laissaient ses
spectateurs sans voix et firent croître sa renommée dans des proportions
inouïes.

(au passage, le texte mentionne 27 siècles, ce qui indique
qu’il ne remonte pas si loin que la campagne le dit, plutôt vers -800)

Que sont ces étranges machines qu’il combine ? Comment
fait-il pour obtenir une telle fascination ? On peut penser qu’il donne
accès à des visions d’autres esprits. Que lors de ses conférences quelques
esprits faibles, illuminés, gagnent des connaissances, du pouvoir ?

L’Ankh (voir mon article précédent) serait une sorte de
super scientologie, dont les membres les plus atteints ne clignent jamais des
yeux. Certains de ses membres se réunissent autour de machines à électricité
statique provoquant (l’œil de Râ ?) provoquant un puissant sentiment de
détente, en écoutant sur des phonographes les discours crachotants du Maître de
Sagesse. La société de l’Ankh joue en bourse sur des principes mathématiques
étranges (qui la rendent riche…), Nyarlathotep lui-même dispense aux plus
proches d’étranges baumes et drogues qui transforment et guérissent les corps.
Il marche dans le monde, apportant des visions sereines là où il n’y a que de
l’inquiétude, parlant autant aux pauvres qu’aux riches. Les gouvernements
l’aiment bien, ce « sage » prêche une forme d’individualisme, de
respect de la richesse donnée, il donne un espoir illusoire.

Que l’Ankh s’appuie sur des mouvements violents, des cultes,
des sectes sanguinaires (pour produire ses artefacts, ses drogues, ses
pouvoirs ?), personne ne le voit, personne ne veut le voir. Que ses
leaders populaires, soudain éveillés par N, soient prêts à renverser l’occident
affaibli par où il est faible. Et si l’éclipse de 1926 était le signal donné à
un l’apparition de mouvements politiques inspirés par l’Ankh, prenant le
pouvoir à Shangaï, au Caire, à Nairobi… ? Si les PJs appartiennent à une
forme d’élite blanche et riche (comme c’est probable s’ils sont dans
l’entourage d’Erica Carlyle), cette forme de super-bolchevisme leur apparaîtra
comme terrifiante.

Plus d’idées, peut-être, plus tard, si tout ça s’avère être
plus fécond qu’une simple rêverie en lisant du jeu de rôle.

La tension générale
était horrible. A une période de bouleversements politiques et sociaux vint
s’ajouter la crainte, bizarre et obscure, d’un abominable danger physique,
répandu partout, menaçant tout. (…) Un monstrueux sentiment de culpabilité
s’étendait sur tout le pays, et des abysses entre les étoiles soufflaient des
vents glacés qui faisaient frissonner les hommes dans des lieux sombres et
solitaires. L’enchaînement des saisons connut des altérations démoniaques : la
chaleur de l’automne persista d’effrayante façon, et chacun sentit que la
terre, et peut-être l’univers avaient échappé au contrôle des dieux, ou des
forces, inconnus, pour passer sous celui d’autres dieux, d’autres forces, qui
restaient ignorés.

Comment manifester par exemple cette inquiétude, cette
culpabilité ? Si Nyarlathotep surgissait maintenant, comme dans le
scénario de Tristan, il serait sans doute très
populaire… Mais les années 20 pourraient être un intéressant reflet de notre
temps.

Une lecture critique des Masques de Nyarlathotep – 2

Ce billet fait suite à celui-ci.

Voici comme promis quelques idées pour faire tourner la
campagne d’une façon plus conforme à mes goûts.

Car si l’approche pulp ne me convient pas (c’est un
« genre » qui ne me plaît tout simplement pas), je continue à rêver
en lisant les livrets, avec l’envie d’en faire quelque chose. Mais quoi ?

A la base il y la nouvelle Nyarlathotep. Je n’ai pas toujours été un grand fan de Lovecraft,
un auteur que j’ai découvert, comme beaucoup, via le JdR. Je l’ai lu à peu près
en même temps que ma première édition de l’Appel de Cthulhu et ces textes
verbeux et chargés d’adjectifs ne m’avaient pas convaincu du tout (mon
appréciation a changé, on pourra le voir ici). Mais j’ai
tout de suite aimé Nyarlathotep, son
style prophétique et ses visions de fin du monde (je m’en suis d’ailleurs
inspiré pour un texte personnel).

Le texte de la nouvelle est fourni avec la campagne et la
nouvelle elle-même est en quelque sorte l’horizon du récit : ce qui arrivera si les investigateurs
échouent
. Mais je rêve d’exploiter un peu mieux le personnage de
Nyarlathotep : après tout c’est le seul des monstres lovecraftiens à
marcher parmi les hommes…

Attention, suite à cette ligne, il y aura de nouveau des
spoilers.

C’est alors que Nyarlathotep arriva d’Egypte. Qui il était, nul n’en savait rien ; mais, de vieux sang indigène, il ressemblait à un pharaon. (…) Nyarlathotep vint dans les pays civilisés, basané, mince et sinistre, achetant sans cesse d’étranges instruments de verre et de métal, qu’il combinait en nouveaux instruments plus étranges encore. Il parlait beaucoup de sciences (d’électricité et de psychologie) et faisait des démonstrations de puissance qui laissaient ses spectateurs sans voix et firent croître sa renommée dans des proportions inouïes. Les hommes se conseillaient mutuellement d’aller le voir, et frémissaient.

Pourquoi ne pas alors exploiter l’excellente idée utilisée
par Tristan Lhomme dans sa série de scénarios Etoiles Propices des Casus Belli nouvelle (nouvelle nouvelle)
édition, numéros 1 à 3 : Nyarlathotep est là, l’homme étrange fascinant
les foules marche dans le monde.

Imaginons qu’en 1925, un gourou venu d’Egypte, surfant sur
la vague de l’égyptomanie, fasse la tournée des grandes villes du monde
(occidental) en promouvant un discours étonnant, mêlant science, tradition
millénaire et formation d’un homme nouveau. Une voix promettant la libération
des anciennes contraintes (le temps, les vieilles sociétés…), des corps musclés
et bronzés, une forme d’amour libre, la puissance du savoir… Un mouvement qui
aurait pu être illustré par les folies futuristes et l’art fasciste. Ce
mouvement transnational et transreligieux s’appellerait la Société de l’Ankh. Et son gourou se nomme bien sûr Nyarlathotep.
Participer aux réunions de l’Ankh, écouter les discours du maître rend les gens
meilleurs, plus libres, plus forts. Le livre du maître, les fontaines du
savoir, a été traduit en quarante langues. Des antennes de la Société de l’Ankh
se sont installées partout dans le monde. Je vois cette secte un peu comme
celle d’Ami, dans 20th century boys.

Si le plan de N réussit, elles seront une structure de
renversement du monde. S’il échoue, tout cela sera vite oublié parmi les
nombreux mouvements spirituels étranges que les années 20 ont porté.

Dans l’entourage des PJs, beaucoup sont acquis à l’Ankh. Une
partie de l’aventure pourrait alors consister à tenter de trouver des liens
(pas évidents) entre la société de l’Ankh et les cultes bizarres. D’autant que la
propagation de cette société, née en Egypte, fondée au Kenya, semble suivre à l’envers
les traces de l’expédition Carlyle…

Cédric Ferrand disait sur un réseau social qu’il avait
associé étroitement ses PJs aux membres de l’expédition, pour faire de
l’aventure la quête de proches disparus. J’avais un peu la même idée. Et
d’ailleurs, pourquoi ne pas faire d’Erica Carlyle un personnage joué ? Bien
sûr, cela pose quelques soucis : par exemple, peut-on faire commencer le
récit en 1920 avec la première enquête sur la mort de Carlyle ? A moins
qu’Erica n’ait alors été trop jeune pour y assister et que l’enquête ait été
menée par un tuteur, justement mort en 1925, alors qu’Erica atteint sa majorité
et prend la tête de ses affaires… Mais en voilà une au moins qui dispose d’un puissant motif, et de moyens pour payer les billets de paquebot.

Une dernière chose : l’histoire repose beaucoup sur l’enquête
de Jackson Elias, ce qui est une bonne idée. Mais Elias a-t-il été le premier à
se faire tuer par un culte lié à N ? Lui-même n’aurait-il pas suivi les
traces d’un ou de plusieurs autres ? Ces mentions et ces traces pourraient
servir à en rajouter dans la peur et l’inquiétude. Qu’on sente bien que tous
ceux qui s’intéressent à ces drôles de religions minoritaires finissent mal…

(à suivre si viennent de nouvelles idées)

Nyarlathotep, Rotomago et Julien Noirel, 2007

Une lecture critique des Masques de Nyarlathotep – première partie

Je tente
ici le premier d’une série de posts, qui sont autant une chronique qu’une
réflexion à ciel ouvert autour du jeu de rôle. Les lecteurs de ce blog le savent
déjà, je joue depuis longtemps, et surtout je joue encore.

Après
avoir beaucoup pratiqué avec des univers et des systèmes maison, et cessé de
lire presque tout ce qui était publié par les auteurs et revues spécialisés, je
me suis remis il y a quelques années à acheter du jeu, pour trouver des idées
et disons-le aussi, par plaisir. J’aime lire des textes écrits pour le jeu de
rôle, pour le bonheur de rêver. Il m’arrive même, parfois, de m’en servir pour
faire jouer.

D’où un
plaisir particulier à parcourir le travail des éditions Sans Détour autour de
l’Appel de Cthulhu. J’ai acheté, apprécié et fait jouer la magnifique réédition
des Montagnes Hallucinées. Je me suis
aussi procuré le recueil de scénario de Tristan Lhomme (que je commenterai
peut-être un jour). Et surtout je me suis acheté à parution la campagne des
Masques de Nyarlathotep (pour m’économiser du clavier, je dirai
dorénavant : les Masques).

Dans
cette campagne mythique, parue initialement dans les années 80, les PJs sont
lancés dans un voyage autour du monde, à la recherche des membres disparus
d’une expédition archéologique, l’expédition Carlyle. Il y aura des cultes
maléfiques, des monstres, des complots, des voyages… J’ai acheté la grosse
boîte de Sans Détour en me disant : pourquoi pas ? Pourquoi ne pas
faire jouer, avec mes attentes d’aujourd’hui, cette histoire ?

Les
quelques notes qui suivent essaieront de confronter cette lecture et mon regard
contemporain sur le jeu.

Les Masques est donc une grosse campagne,
rassemblée dans une demi-douzaine de livrets entassés dans une grosse boîte. Le
tout écrit petit, avec des couvertures pulp assez réussies. Cette boîte
s’adresse à des rôlistes nostalgiques : achetez votre campagne à
l’ancienne, telle qu’elle aurait toujours dû être publiée. Texte réécrit,
documentation, mise en page très propre, photos d’époque, de rues, de lieux,
plans lisibles et abondants, chaque PNJ représenté par une photo également. Un travail
éditorial impeccable, fidèle à ce que j’ai déjà vu chez Sans-Détour. On peut se
contenter de l’acheter, de la feuilleter avec un plaisir régressif, voir de la
lire en pensant qu’un jour on la fera jouer, puis la laisser prendre la
poussière dans l’étagère à vieillerie avant d’en parler sur un réseau social
avec des copains. Option 1.

J’envisage
l’Option 2 : et si on faisait jouer tout ce bazar ?

Je n’ai
pas encore tout lu, j’en suis environ à moitié. Voici mes impressions jusque
là… Attention, à partir de maintenant, je spoile à volonté et sans retenue.

J’ai
commencé par le livre d’introduction, qui m’a un peu perdu. Au-delà des blablas
campagne mythique, etc., j’ai fini par comprendre le propos général de
l’histoire. Expédition disparue, journaliste assassiné, portail dimensionnel
(aïe, un truc que je déteste).

J’ai
parcouru ensuite les livrets de New York, de Londres et du Caire.

De
manière générale, j’ai apprécié les photos d’époque, très immersives, les
éléments de background social et historiques, plutôt bien faits, sur le New
York des années 20, Londres, le Caire et l’égyptomanie. Ça m’a donné envie
d’aller promener des PJs dans ces époques et ces lieux, une bonne chose. La
première vocation d’un livre de jeu de rôle, c’est de donner envie de jouer.

New York : clubs de jazz de
Harlem, beaux quartiers où vit Erica Carlyle, poursuites et filatures dans des
arrière-cours. Très bien, tout ça. L’histoire, maintenant ? Je passe sur
l’implication des PJs, qui n’est pas évidente mais que tout maître de jeu roué
saura mettre en place : à New York, nos héros découvrent un homme
assassiné, un de leurs proches, qui s’intéresse à l’expédition Carlyle disparue
depuis des années. Que peuvent-ils faire ? Lire des tonnes de papiers et
d’aides de jeu. Contacter l’éditeur du journaliste. Remonter jusqu’à une secte
implantée dans la communauté kenyane de Harlem. Contacter la sœur de Carlyle,
le millionnaire disparu.

Pas
grand-chose d’autre.

On
atteint ici la première limite de cette réédition : c’est du jeu de rôle à
l’ancienne. Qui fournit des éléments de background, des descriptions de
personnages, des plans (c’est bien). Qui ne fournit pas d’éléments pour animer
une histoire : rencontres, scènes marquantes, implications mettant les PJs
dans des situations tordues et intéressantes. Il n’y a pas grand-chose dans ce
livret pour nourrir mes joueurs, que je n’y amène moi-même… Notamment parce que
je refuse (et eux aussi) certaines conventions à l’ancienne : on enquête
parce qu’il y a un mystère. Les cultes sont maléfiques et doivent être
combattus, etc.

Je me
rends compte que je refuse aussi certains aspects de la campagne (certains me
diront qu’à ce stade, il vaudrait peut-être mieux renoncer à la faire jouer.
Peut-être). Je refuse l’aspect moral : les cultes ne sont pas maléfiques.
Dangereux, oui, étranges, oui, ennemis, oui. Mais les gens qui y participent y
trouvent des avantages, et je refuse l’option facile qui consiste à dire
qu’ils sont juste fous.

J’entends
déjà parler de portail, de fusée, etc. Je sais que je vais virer tous ces
trucs-là. Les zombies aussi, et la plupart de la magie.

Londres : fondations faisant de
la recherche en Egypte, meurtres en série, propriété mystérieuse au bord de la
mer du Nord. Brumes et brouillards. Tout ça me plaît. Je vais devoir relire
pour comprendre comment les PJs se retrouvent à y aller à partir des notes d’Elias,
mais je trouverai. Le côté : je remonte les contacts d’Elias, beaux
quartiers, journalistes, policiers, est assez chouette en donnant à saisir les
éléments d’un puzzle plus grand.

J’aime
assez la manière dont fonctionne le culte local, je le trouve assez crédible :
des pauvres, du pouvoir, du sexe, un mélange de haute société et d’immigrés… On
touche ici des thèmes qui me plaisent : les étrangers, les immigrés, les
conséquences imprévues de la colonisation, l’esprit mélange de modernité et de
fascination pour les forces obscures des années 20.

Le Caire : la présentation du
contexte me plaît vraiment, j’ai des rêves d’Egypte, et cette société où
plusieurs mondes se mélangent… Là encore, le background est très bien et donne
envie. Mais la présentation du scénario… Aïe aïe aïe. Outre le classique « rituel
à interrompre », la rencontre avec le Grand Méchant Maléfique (aïe aïe aïe
bis)… J’adore l’idée de fréquenter un chantier de fouilles ayant sorti « quelque
chose » de bizarre, l’idée de découvertes archéologiques qui feraient
mieux d’être tues. Mais pourquoi diable avoir présenté les points d’entrées des
PJs (le journaliste et le directeur du musée) à la fin du livret ?

Je vois
là que mes attentes face à un livre de jeu de rôle ont changé. J’ai une vie
active, je suis raisonnablement paresseux, je préfère ne pas bricoler autant
que ça. Là, je vais bien être obligé…

J’ai déjà
été long, dans un prochain post je mettrai quelques idées pour faire de cette
campagne quelque chose de plus conforme à mes attentes.

Le lac Vostok

En lisant cet article dans Le Temps (archives accessibles aux abonnés) on ne peut bien sûr s’empêcher de penser aux découvertes des expéditions Byrd, et surtout Dyer-Lake, puis Starckweather-Moore. Il est connu des milieux informés que tout n’a pas été dit sur ce que ces Américains ont trouvé en Antarctique dans les années 30…

Extraits de l’article :

Le lac Vostok va livrer ses premières gouttes, et ses secrets Après vingt ans de forage, les scientifiques russes auraient atteint cette célèbre étendue d’eau préservée, lovée depuis des millénaires sous la glace de la calotte polaire de l’Antarctique, et qui pourrait contenir des formes de vie totalement inédites
C’est une lorgnette qui s’entrouvre sur un monde mystérieux! Après plus de vingt ans de travaux, les chercheurs de la base russe de Vostok seraient parvenus dimanche à pénétrer dans le fameux lac du même nom, lové à 3768 mètres sous la calotte glaciaire de l’Antarctique, selon l’agence de presse Ria Novosti, citant une source proche des milieux scientifiques. «Mes collègues semblent l’avoir fait», confiait lundi au Temps Sergey Bulat, biologiste moléculaire à l’Institut de physique nucléaire de Saint-Pétersbourg. Dans cette poche d’eau douce qui n’a pas vu le jour depuis 14 millions d’années, les scientifiques comme lui espèrent trouver des formes de vie inédites. Mais pour cela, il faudra encore attendre une année, l’équipe ayant désormais quitté sa base avec la fin de l’été antarctique.

Confirmé par des mesures satellites en 1993, le lac Vostok est une étendue vaste de 15 500 km2enfouie sous le désert de glace austral, contenant 5400 km3 d’eau, soit un peu plus de neuf fois le Léman. Il n’est que l’un des quelque 200 lacs similaires, que certains scientifiques voient connectés par un vaste réseau de canaux. Ceux-ci estiment donc que l’eau n’y est vieille que de quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, tandis que d’autres avancent que, stagnant, le liquide pourrait remonter à l’époque de la formation de la calotte, il y a de cela 15 millions d’années.

Depuis une trentaine d’années, les paléoclimatologues extraient de cette gangue de glace à Vostok des carottes pour tenter de reconstituer l’histoire du climat de la Terre. Vers la fin des années 1990, les Russes, se sont aperçus qu’ils avaient atteint la «glace d’accrétion», autrement dit l’eau du lac qui gèle au contact de la base de la calotte, et forme alors une couche distincte. Or, surprise: un groupe de biologistes américains emmenés par John Priscu, de l’Université du Montana, a assuré avoir décelé dans cette eau gelée une concentration importante de bactéries, soit autant d’infimes représentants d’une communauté biologique peut-être inconnue.

The whisperer in Darkness – HPLHS

J’aime beaucoup ce que fait la HP Lovecraft Historical Society. Chants de Noël, feuilletons radiophoniques, films… Il y a dans leurs productions un petit grain de folie délirante et sympathique.

Après le très remarquable Appel de Cthulhu, voici l’adaptation de la fameuse nouvelle The Whisperer in Darkness, façon long métrage (Cthulhu était un moyen-métrage).

La nouvelle d’origine, excellente, raconte le voyage dans le Vermont d’Albert Wilmarth un professeur de folklore de la très fameuse Miskatonic University. Là, le professeur Wilmarth va s’entretenir avec Henry Akeley, un fermier isolé, qui a vu dans les montagnes d’étranges choses…

La HPLHS a choisi, tout comme dans leur premier film, d’adapter Lovecraft comme s’il avait été tourné à l’époque. Effets spéciaux simples, noir et blanc, acteurs au jeu assez expressionniste. Ici la référence me semble être les premiers films d’horreur, façon Dracula ou Frankenstein. L’ensemble dégage un parfum d’amateurisme sympathique.

Soyons clair, le film n’est pas excellent, mais pas à cause cet cet amateurisme, qu’on peut pardonner. Certes, le jeu des acteurs n’est pas toujours très bon (même si les premiers rôles s’en sortent bien), la réalisation et le montage pourraient être meilleurs, mais tout ça n’est pas très grave, on leur pardonne, parce qu’on sent que ce film a été fait avec amour et bouts de ficelle. Ce qui nous a plus gêné est que l’esprit de Lovecraft n’a pas été complètement respecté dans le scénario, qui étend un peu le propos de la nouvelle.

On peut le découper en trois grosses parties. 

– Un premier moment à l’université Miskatonic, où on voit Wilmarth entouré de ses confrères professeurs. Ce passage provoquera des pincements de nostalgie aux vieux joueurs de l’Adc, et, ma fois, est assez réussi. Personnages bien posés, jolies idées (je ne sais plus si les lunettes stéréoscopiques sont dans la nouvelle…), bonne introduction de l’intrigue et de ses enjeux.

– ensuite, le voyage dans le Vermont et la discussion avec Akeley. Là, on est vraiment proche de la nouvelle. Même si la narration filmique aurait gagné a suggérer un peu plus et montrer un peu moins, le rire bizarre d’Akeley vaut le détour… Rien à dire toutefois. J’aime les jeux d’ombres sur les créatures, notamment.

– la troisième partie, par contre, part dans le grand n’importe quoi pulp-style. Rituel, avion, bagarres… On entre dans un esprit mauvais scénario de jeu de rôle, certes rigolo, mais loin de HPL. Notamment parce qu’en rebouclant sur des clichés éculés (grand-prètre et rituel expliqué dans un vieux livre…) on perd l’ouverture à l’imagination laissée par la partie précédente du récit et par la nouvelle en général. 

Ne boudez toutefois pas votre plaisir et soutenez les initiatives de la HPLHS. Si j’ai des réserves sur le film, ce dernier contient quand même de jolies réussites que je vous encourage à découvrir. Le projet est chouette et j’espère qu’ils continueront à produire des bizarreries de ce genre. Moi, j’achète !

[edit] pour se procurer les produits de la HPLHS, allez sur leur site ! Même leurs factures sont Cthulhu designed.