Le fabuleux destin d’Amélie Poulain – Jean-Pierre Jeunet

On a regardé avec les enfants ce film-bonbon, pas revu depuis sa sortie. Elles l’ont suivi avec plaisir, ont trouvé l’histoire intéressante et amusante et ont même eu peur qu’il arrive malheur au nain de jardin. 

J’avais oublié la variété du casting et la qualité des seconds rôles (un des charmes du cinéma français traditionnel). L’univers graphique est vraiment très beau, avec sa construction d’une ville de Paris fantasmée. On a du expliquer les photomatons, les pièces de cinq francs et les cabines téléphoniques.

La grande illusion — Jean Renoir

Encore un classique que je n’avais jamais vu. Un classique pour une bonne raison : c’est un film magnifique. Très écrit, monté avec un bel équilibre. Un film de guerre, de prisonniers et d’évasion, qui présente des personnages tentant d’agir humainement dans des situations qui devraient les pousser à se déchirer. L’image est superbe, la musique toujours présente à bon escient, et les acteurs sont formidables. Pierre Fresnay en aristo (que j’avais découvert dans l’assassin habite au 21), Gabin en « français moyen », Von Stroheim en noble allemand torturé (si ce que j’ai lu sur le film est vrai, Renoir l’aurait quand même un peu empêché d’en rajouter sur le dark-gothique du personnage).

L’évolution du récit m’a tout le temps surpris, ce qui est rare. J’ai été très touché par les personnages, le traitement des questions politiques (l’Europe, l’antisémitisme, la fraternité…), dans un récit formellement parfait.

Hidden figures – Theodore Melfi

Ce feel-good movie met en scène Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, trois femmes afro-américaines, douées pour les mathématiques et les sciences et ayant chacune participé à sa manière aux premières étapes de la conquête spatiale.

Le film porte un discours simple, montre le racisme, les discriminations, mais aussi la joie et l’exaltation de participer à une aventure aussi extraordinaire. Il donne aussi une idée de ce qu’à pu être le calcul du temps d’avant les ordinateurs.

Dans ce thread twitter très détaillé, Florence Porcel (qui apprécie le film) détailles les nombreux écarts entre la fiction et la réalité. C’est intéressant à lire pour enrichir sa connaissance de l’époque (par exemple, Katherine Johnson n’a jamais été vraiment victime de racisme).

On a regardé le film avec Rosa, Marguerite et leurs copines et elles l’ont trouvé intéressant.

Cléo de 5 à 7 – Agnès Varda

Nous n’avions jamais vu de film d’Agnès Varda.

Dans celui-ci, on suit en quasi temps réel Florence, dite « Cléo », la vingtaine, starlette de la chanson yéyé, à travers Paris entre cinq heures et sept heures, le 21 juin 1961.

Cléo est angoissée, elle attend le résultat d’un examen médical qui peut faire basculer sa vie. Cléo a peur de la mort.

On va la suivre dans les rues de Paris, chercher du réconfort auprès d’amis plus ou moins solides et fiables. Dialogues naturalistes, chansons, DS, clopes, drague à l’ancienne (« alors, on se promène ? », « vous habitez chez vos parents? »), Cléo a tout ce que je pourrais détester dans un film français/parisien, mais est en vérité un excellent film, magnifiquement tourné, monté, joué, intelligent et subtil de bout en bout. Un des plus beaux films de femme sur les femmes que j’aie jamais vu, précis, doux et fragile. Une merveille de pur cinéma.

Finding Neverland – Marc Forster

Vu peu de temps après Miss Potter, un autre biopic en costumes sur un créateur pour enfants des années 1900. Cette fois-ci, meet J.M. Barrie, joué par Johnny Depp (l’acteur favori de la population de moins de douze ans de notre foyer), avec Kate Winslet dans le rôle de Sylvia Llewelyn Davies.

C’est compassé comme il faut (moins que Miss Potter), victorien comme il faut et ça raconte une histoire d’amour sage comme l’époque pouvait en créer. Johnny s’en sort bien pour créer le personnage lunaire de J.M. Barrie. Kate Winslet est très bien aussi. Le film donne une idée de ce qu’a pu être la pièce de théâtre Peter Pan.

Le scénario est juste assez exaspérant dans sa tentative de montrer que toute l’histoire de Peter Pan s’explique par la vie et l’expérience personnelle de Barrie. Pour un film qui ne parle que d’imagination, être aussi faux sur l’acte de création est un peu lassant. Le film reste agréable à regarder toutefois.

Serpico – Sidney Lumet

Deuxième (et dernière ?) étape de notre cycle Al Pacino.

Serpico est un flic d’origine italienne, honnête dans la police corrompue de New York dans les années 60. Un lanceur d’alertes à l’époque où le terme n’était pas encore consacré. Le personnage est réel, son histoire aussi. Le film en est l’hagiographie pesante et lourdement christique. J’ai aimé voir tous les costumes de Pacino et son évolution physique (je n’avais pas réalisé que ce type était tout petit !), ainsi que les décors crasseux de NYC de l’époque, servis par une image saturée aux noirs qui bavent. C’était quand même un peu long.

Miss Potter – Chris Noonan

Biopic en costumes sur l’autrice Beatrix Potter, celle des petits livres pour enfants animaliers du début du siècle que vous avez peut-être eus entre les mains quand vous aviez moins de six ans (moi je les ai eus, mais je les avais déjà trouvés ringards). Fort heureusement, le film ne s’attarde pas là-dessus, mais plutôt sur la société victorienne qui ne permet pas à une fille de la bonne société à la fibre naturaliste et au célibat assumé de vivre comme elle veut.

La représentation de la société incroyablement guindée de cette époque est réussie et les sourires crispés de Renée Zellweger en originale complètement zinzin et la retenue et la moustache d’Ewan Mc Gregor m’ont bien convaincu. Le film est fait sans génie mais honnêtement, il nous a permis d’avoir de bonnes discussions avec les enfants.

Mes voisins les Yamada – Takahata

Nous avons découvert en famille ce Takahata que je n’avais jamais vu, rebuté peut-être par le dessin « griffoné », qui a aussi surpris les enfants (« mais plus tard, ce sera bien dessiné ? »).

Chronique humoristique d’une famille japonaise, avec le papa salaryman, la maman ménagère peu motivée, la grand-mère décidée à vivre longtemps, le fils sous pression scolaire et la fille aux yeux grand ouverts.

Le récit et les gags du quotidien dérapent dans la poésie, le rêve, la peinture, les haikus. C’est doux, drôle, juste, mélancolique. Les personnages sont des gens moyens et le film nous fait aimer les gens moyens. Comme souvent chez Takahata, la forme est incroyablement libre, fragile et enchanteresse.

Deep Rising – Stephen Sommers

Une bande de mercenaires débarque en pleine nuit pour une opération mystérieuse à bord du plus grand navire de croisière du monde. Mais tempête, orage, tout se passe mal, tout le monde a disparu. Car, dommage, le navire a été attaqué par un gros monstre des familles.

J’avais vu ce film à la sortie, j’ai été curieux de le revoir d’autant que Stephen Sommers s’est fait ensuite un nom dans le gros film d’action qui tache second degré.

Ca se laisse regarder, le personnage de Joey (le geek prudent) m’a fait rire, mais l’ensemble est lourd, lourd, lourd. J’ai trouvé dommage que disparaisse si vite la fille chinoise (et sans émotions, alors que c’est la copine de Joey selon le script). A l’époque, l’escalade dans l’énorme et le n’importe quoi m’avait fait rire. Là, elle m’a lassé.

(et le « héros » a le charisme d’une huître, ça n’aide pas)