Serpico – Sidney Lumet

Deuxième (et dernière ?) étape de notre cycle Al Pacino.

Serpico est un flic d’origine italienne, honnête dans la police corrompue de New York dans les années 60. Un lanceur d’alertes à l’époque où le terme n’était pas encore consacré. Le personnage est réel, son histoire aussi. Le film en est l’hagiographie pesante et lourdement christique. J’ai aimé voir tous les costumes de Pacino et son évolution physique (je n’avais pas réalisé que ce type était tout petit !), ainsi que les décors crasseux de NYC de l’époque, servis par une image saturée aux noirs qui bavent. C’était quand même un peu long.

Miss Potter – Chris Noonan

Biopic en costumes sur l’autrice Beatrix Potter, celle des petits livres pour enfants animaliers du début du siècle que vous avez peut-être eus entre les mains quand vous aviez moins de six ans (moi je les ai eus, mais je les avais déjà trouvés ringards). Fort heureusement, le film ne s’attarde pas là-dessus, mais plutôt sur la société victorienne qui ne permet pas à une fille de la bonne société à la fibre naturaliste et au célibat assumé de vivre comme elle veut.

La représentation de la société incroyablement guindée de cette époque est réussie et les sourires crispés de Renée Zellweger en originale complètement zinzin et la retenue et la moustache d’Ewan Mc Gregor m’ont bien convaincu. Le film est fait sans génie mais honnêtement, il nous a permis d’avoir de bonnes discussions avec les enfants.

Mes voisins les Yamada – Takahata

Nous avons découvert en famille ce Takahata que je n’avais jamais vu, rebuté peut-être par le dessin « griffoné », qui a aussi surpris les enfants (« mais plus tard, ce sera bien dessiné ? »).

Chronique humoristique d’une famille japonaise, avec le papa salaryman, la maman ménagère peu motivée, la grand-mère décidée à vivre longtemps, le fils sous pression scolaire et la fille aux yeux grand ouverts.

Le récit et les gags du quotidien dérapent dans la poésie, le rêve, la peinture, les haikus. C’est doux, drôle, juste, mélancolique. Les personnages sont des gens moyens et le film nous fait aimer les gens moyens. Comme souvent chez Takahata, la forme est incroyablement libre, fragile et enchanteresse.

Deep Rising – Stephen Sommers

Une bande de mercenaires débarque en pleine nuit pour une opération mystérieuse à bord du plus grand navire de croisière du monde. Mais tempête, orage, tout se passe mal, tout le monde a disparu. Car, dommage, le navire a été attaqué par un gros monstre des familles.

J’avais vu ce film à la sortie, j’ai été curieux de le revoir d’autant que Stephen Sommers s’est fait ensuite un nom dans le gros film d’action qui tache second degré.

Ca se laisse regarder, le personnage de Joey (le geek prudent) m’a fait rire, mais l’ensemble est lourd, lourd, lourd. J’ai trouvé dommage que disparaisse si vite la fille chinoise (et sans émotions, alors que c’est la copine de Joey selon le script). A l’époque, l’escalade dans l’énorme et le n’importe quoi m’avait fait rire. Là, elle m’a lassé.

(et le « héros » a le charisme d’une huître, ça n’aide pas)

La fille de d’Artagnan — Bertrand Tavernier

Philippe Noiret en d’Artagnan, Sophie Marceau, film français en costumes… Quand Cecci a proposé qu’on regarde ce film avec les filles, je n’ai pas été très enthousiaste. Je l’avais déjà vu et n’en gardais pas un grand souvenir.

Ce qui est bien la preuve de ma mémoire défectueuse.

Oui, Sophie Marceau fait la pimbêche (ce qui va très bien dans ce film). Mais ça a du rythme, un humour permanent, des vieux mousquetaires incohérents avec Dumas mais dans l’exact esprit des personnages (entre héroïsme fatigué et dérision), un cardinal Mazarin qui voit des complots partout et en invente quand il ne les voit plus (à raison). Claude Rich en méchant très méchant et presque attendrissant. Les combats à l’épée « à la française » sont très bien, les chevaux aussi, les décors très bien choisis. Et le jeune Louis XIV en garçon au visage rond, sérieux, porté sur les femmes, est vraiment formid.

Bref, un très bon film. Bien meilleur par exemple que certains des classiques avec Jean Marais (plus féministe, moins raide et ennuyeux) ou que les reprises américaines des mêmes thèmes.

Ha, l’édit de Nantes. Ne jamais le révoquer. J’ai oublié de le lui dire. Bah, tant pis.

Scarface — Brian de Palma

Celui-là, c’est un énorme classique.

Dans ce film, on trouve : une esthétique 80s flashy au possible (chemises à grands rabats et Cadillac aux sièges léopard), Al Pacino dans son meilleur rôle, des montagnes de coke, un type qui se fait découper à tronçonneuse, Michelle Pfeiffer qui me fait penser à une étrange créature insectoïde, des truands malins et des truands pas malins, des mitraillages, de la violence, et un personnage de gangster tellement horrible et réussi, Tony Montana, qu’il est devenu une référence pour les gangsters eux-mêmes.

Matrimonio all’italiana – Vittorio De Sica

Ce film est la version cinématographique de la pièce de théâtre Filumena Marturano, que vous avions vue du temps que ce blog était jeune.

Don Domenico est une bourgeois napolitain (et il est joué par Marcello Mastroianni), Filumena (Sophia Loren !) est une ancienne prostituée que Don Domi établit comme sa maîtresse sans jamais l’épouser (les convenances…). Comment, après vingt ans de ce régime, Filumena va s’arranger pour se faire épouser, c’est le sujet de l’histoire.

Ce film est une comédie avec des moments tristes, ou un drame social parfois très rigolo. On traverse vingt ans d’histoire de Naples. Les personnages braillent et crient et s’engueulent à qui mieux mieux. Mastroianni parle avec les mains, Sophia Loren jette des regards terribles sont ses longs cils. Elle est belle à se damner, don Domi est macho et stupide (mais on l’aime quand même et on comprend qu’elle l’aime). Et l’ensemble du film est formidable.

On note que c’est le même couple d’acteurs que dans une journée particulière. Les voir dans deux registres si différents, sans que jamais un film en rappelle l’autre, montre l’étendue de leur talent.

 

Les mille et une nuits – John Rawlins

Je ne sais pas ce que nous imaginions voir en empruntant ce film. Sans doute une sorte de Jason et les Argonautes avec des effets spéciaux de Harryhausen. Et bien ce n’est pas le cas.

Les mille et une nuits est un péplum oriental, sans magie ni rien, tourné dans les année 40 pour distraire les soldats. Il y a une danseuse « sexy », un calife en exil viril et un jeune acrobate indien pour la couleur locale. C’est du carton pâte tout le temps, la musique est très mauvaise et l’histoire tellement irrégulière qu’elle en devient drôle, malgré quelques idées amusantes. Ce film nous a permis d’expliquer aux enfants ce que c’était que le cinéma de distraction hollywoodien. On a ri, on s’est amusés en famille, mais vous pouvez ne pas le regarder, ça n’en vaut pas la peine, même si le technicolor en envoie plein les yeux.

 

Avril et le monde truqué – Franck Ekinci et Christian Desmares

Dans une uchronie bizarroïde, le monde fonctionne au charbon de bois (et les forêts sont rasées), Napoléon III est toujours empereur (à moins que ce ne soit son fils, j’ai oublié) et les parents d’Avril, une jeune fille débrouillarde dotée d’un chat qui parle – pour une bonne raison, ont disparu.

Ce film d’animation français est très réussi. Design par Tardi, côté Adèle Blanc Sec plutôt que 1ère guerre mondiale, une histoire foldingue bien écrite et un chat qui parle sans donner envie de le flinguer.  C’est foufou, c’est drôle, le récit s’étend de 1870 à 1969, il y a des hommes-lézards et une maison qui marche qui fait clairement référence au méta-bunker de l’Incal, que demande le peuple ?

Celui-là aussi, les enfants l’ont aimé. On n’est pas chez Miyazaki ni chez Ghibli, mais ça reste de la bonne came.

Captain Fantastic – Matt Ross

Un papa élève ses six enfants dans la forêt, leur donnant une éducation physique et intellectuelle de premier ordre. Mais voilà que le décès de la maman les force à retourner dans le monde des hommes.

Je ne sais pas si Captain Fantastic est un très bon film, mais si vous avez des enfants il vous posera des questions sur ce qu’on leur apprend et comment et pourquoi. Les acteurs sont très bien (Viggo Mortensen avec cette barbe !), le regard posé par ces étrangers au monde sur l’Amérique est très cruel et certaines scènes sont très drôles (notamment celle où le flic croit faire face à des fondamentalistes chrétiens). Le garçon en moi qui écoutait Guns and Roses à 17 ans a aimé la scène finale et la reprise de Sweet Child o’Mine.

Nous l’avons regardé avec les enfants qui ont bien aimé.