Blogging tardif – films

Le principe de ce blog est, depuis le début, de suivre un peu mes lectures, visionnages et autres rencontres avec des productions culturelles. Je ne suis pas aussi assidu à le tenir que je ne le fus, mais j’aimerais marquer ici quelques trucs regardés ou bien lus ces dernières années dont je voudrais garder une trace. Jugements lapidaires en perspective ! Peut-être que je développerai plus tard certains de ces commentaires dans des messages plus longs, mais j’en doute, les journées sont courtes et la fin des temps est proche.

On va commencer par les films, dans un ordre approximativement inverse de visionnage. A relire la liste, je me rends compte qu’il en manque, mais tant pis. Voici donc, en vrac, des films vus ces deux dernières années.

 

Re)Trouvailles | BERTRAND TAVERNIER | Le juge et l´assassin - YouTube

 

Le juge et l’assassin, de Bertrand Tavernier : après quelques belles rencontres, comme Laissez-passer, nous avons exploré d’autres films de Tavernier. Nous en avons aimé certains et détestés d’autres. Le juge et l’assassin fait partie des premiers : la relation entre le juge (Noiret) et l’assassin (Galabru) est fascinante, les scènes secondaires sont très bien. La charge de gauche n’est pas très fine, mais ça fait plaisir de voir cette lutte des hommes et des classes ainsi incarnée. On a beaucoup aimé.

QUE LA FETE COMMENCE

Que la fête commence, de Betrand Tavernier: voir supra. Celui-ci est dans la seconde catégorie. On aime beaucoup les acteurs qui y jouent (Noiret, Rochefort et Marielle !), l’ambiance d’époque est forte, mais le film, avec son lot de sperme, de sang et de pisse est somme toute assez déprimant.

 

Capitaine Conan - Film de Bertrand Tavernier (France, 1996) de Bertrand  Tavernier (Film de guerre) : la critique

Capitaine Conan, de Betrand Tavernier: voir supra. La reconstitution, le sujet, l’époque, le cadre sont formidables. Certaines scènes, extraordinaires. Torreton, incroyable. Mais on n’a pas aimé. On n’a pas bien compris où ça nous emmenait, et nous n’avons jamais accroché.

Les Choristes (2004) - VEGA Film & Distribution

Les choristes, de Baratier: je ne me rappelle plus pourquoi on l’a regardé, peut-être pour faire plaisir aux enfants ou aux grands-parents. J’ai pensé aux disparus de Saint Agil, de Christian-Jacque, et je me suis dit qu’on savait bien mieux faire les films de pensionnat à en 1936. Les choristes, c’est bien gentillet. Et tout le monde ne filme pas les enfants comme Truffaut dans les 400 coups.

 

Le Grand Meaulnes : Un film de Jean-Daniel Verhaeghe , Une nouvelle  adaptation du roman d'Alain-Fournier - aLaLettre

Le grand Meaulnes, de Jean-Daniel Verhaeghe : on y retrouve le mignon Jean-Baptiste Maunier, comme dans les choristes. Mais là où les choristes était simplement gentillet, ce grand Meaulnes est nul. Rien à sauver (comme quoi, avoir Marielle ou Torreton dans un film ne suffit pas).

 

Mamma Mia! : 7 anecdotes à connaître sur la comédie musicale | Vogue France

Mamma Mia!, de Phyllida Lloyd : je ne l’ai jamais dit, mais une de nos descendantes est fan de comédies musicales et de Abba. Et bien c’était très rigolo de regarder ça avec elle. J’ai découvert Abba, et en fait, j’ai plutôt aimé.

 

The Imitation Game - Le Temps

 

The imitation game, de Morten Tyldum. Un film sage sur un sujet fascinant. Ca se laissait quand même regarder, et certaines images étaient très bien.

What Is The Main Point of 'Gattaca' (1997) Movie? What Is The 'Gattaca'  Meaning? » SpikyTV

Gattaca, de Andrew Niccol : celui-ci, je l’avais vu à sa sortie. Les filles ont eu à la regarder sur demande d’une de leurs profs. J’avais oublié combien ce film était abstrait et beau. Plastiquement, il a étonnement peu vieilli. Et j’adore la manière dont Jude Law incarne son personnage. Formidable.

 

THE TRUMAN SHOW (Critique) – Les Chroniques de Cliffhanger & Co

The Truman show, de Peter Weir : encore un visionnage scolaire, dans le cas d’une réflexion en classe sur la liberté. La réalisation n’est pas très inspirée, mais le film reste remarquable par l’univers qu’il crée. Et j’y aime beaucoup Jim Carrey. Une très belle découverte familiale.

 

Richard III (1995) - IMDb

Richard III, Richard Loncraine : celui-là aussi, vu à sa sortie. Ian Mc Kellen avant qu’il soit Gandalf et Magneto, et avant qu’il se commette dans Cats, c’était quelque chose. Shakespeare + nazis, ça marche plutôt très bien.

Photo du film L'Assassinat du Père Noël - Photo 6 sur 6 - AlloCiné

L’assassinat du Père Noël, de Christian Jacque : celui-ci, on l’a regardé pour se plonger dans les années 40. Rien de transcendant, mais ça se regarde très bien.

 

Critique : Man on the Moon, de Miloš Forman - Critikat

Man on the Moon, de Milos Forman : j’ai dit plus haut que j’aimais Jim Carrey. Il est vraiment extraordinaire dans ce film sur un Andy Kauffman, humoriste barré des années 70. Ce film mériterait un billet plus long, tant il m’a bouleversé et mis mal à l’aise. On en vient à douter de la vérité, et de la réalité, comme chez Dick ou chez Christopher Priest. C’est vraiment très bien.

 

Ondine»: quand l'amour fait splash - Le Temps

Ondine, de Christian Petzold : urbanisme berlinois et morceaux de récit fantastique. C’était inhabituel et plutôt pas mal, mais je ne m’en souviens pas très bien, ce qui n’est pas très bon signe.

 

Indiana Jones and the Temple of Doom (1984) - IMDb

Indiana Jones et le temple maudit, de Steven Spielberg : (re)vu en famille. A part la première scène, on a détesté. Je sais qu’il paraît que c’est le meilleur de la série, etc., mais en fait la misogynie du film/du personnage nous a vraiment déplu. (Alors que, durant mon premier visionnage au siècle dernier, je me rappelle avoir ri tout le temps)

This is the gruesome original ending of the Hunchback of Notre Dame

Le bossu de notre dame, de Gary Troussdale et Kirk Wise : vu avec une enfant à l’hosto. Je ne l’avais pas aimé à la sortie. Là, je l’ai adoré. Les musiques, la réalisation, la qualité des dessins et des décors, les chansons… Et ce détail qui laisse entendre que les gargouilles qui parlent n’existent que dans la tête de Quasimodo… Formidable. C’est le Bolchegeek qui m’avait donné envie de le revoir.

 

Frère des ours | DisneyPixar.fr

Frère des ours, Aaron Blaise et Robert Walker. Vu aussi à l’hosto avec enfant. Les chansons sont nulles mais le cadre était original et le scénario contient un twist assez joli. Ca parle de la vie, de la mort, de la culpabilité et du rachat. Pas mal.

 

7 Easter Eggs You Can Find in Disney•Pixar's Up—Plus 3 Up Easter Eggs in  Other Pixar Films - D23

Up, de Pete Docter et Bob Peterson. Vu aussi à l’hosto avec enfant (oui, ça a été un peu long). On a beaucoup aimé. Le quasi court métrage qui ouvre le film et qui résume la vie du héros est un chef d’oeuvre.

WALL-E - Movies on Google Play

Wall-E, de Andrew Stanton. Vu aussi à l’hosto etc. On a adoré. Plein de trouvailles géniales, une SF poétique qui fait penser à des classiques des années 50.

 

Cats' VFX Artist Breaks Silence on Editing Out Buttholes | IndieWire

Cats, de Tom Hooper: dieu que c’est embarrassant ! Mais ça nous a fait découvrir le muscial d’origine (plusieurs chansons sont très bien) et les poèmes d’où tout cela provenait.

 

Lola Rennt (Run Lola Run) - Introduction Theme - YouTube

Lola Rennt, de Tom Twyker: vu à sa sortie, j’en gardais un souvenir ébloui. Et bien j’aime toujours beaucoup, et Marguerite (11 ans à l’époque) a adoré. Parce qu’il y a Franka Potente avec des cheveux rouges et une musique qui envoie du bois.

 

Little Women

Little women, Greta Gerwig : une adaptation moderne et assez sage du roman, rien de honteux, bien jouée, bien faite, avec Paul Atreides dedans. Ce film m’a surtout rappelé le roman et l’importance qu’il a eu dans ma vie, en me présentant la figure d’une jeune personne voulant et pouvant devenir écrivain. Je crois que j’ai eu envie d’écrire après l’avoir lu. Et j’étais sans doute un peu amoureux de Jo.

Le dernier duel – Ridley Scott

Je pensais que Ridley Scott était un type fini. Certes, il a réalisé un de mes films préférés de tous les temps (Blade Runner), et plusieurs autres très bons films (Alien, les Duellistes, et même Kingdom of Heaven, dont je garde un bon souvenir), mais je n’espérais plus rien de lui depuis longtemps, et j’avais donc décidé de passer outre ce Dernier duel. En plus, il y a Matt Damon au casting, type que je trouve généralement insipide. Et ça commence par « based on a true story ».

Et en fait, c’est très très bien. J’ai passé deux heures trente dans un moyen-âge magnifiquement reconstitué, qui m’a fait rêver très fort. Un monde proche du nôtre, mais différent. Aux mentalités étranges, dans lesquelles on se reconnaît en partie, mais en partie seulement. Tenez, ça m’a donné envie de faire jouer à cette époque !

Le scénario (dont je n’ai pas envie de parler) est très malin, moderne, c’est en effet basé sur une histoire vraie (et le récit en respecte plutôt bien les éléments connus), les personnages sont formidables, l’image est belle, j’adore les costumes. Et les acteurs principaux sont excellents, Ben Affleck en grand seigneur cynique, Adam Driver en parvenu intelligent, Matt Damen en vieux guerrier loyal et pas très futé et Jodie Comer en épouse tentant de faire sa place dans ce monde. Bref, j’ai adoré.

Merci à Alice, du podcast une invention sans avenir, pour le conseil !

 

Annette — Leos Carax

J’ai eu envie de voir ce film en écoutant l’excellent podcast une invention sans avenir. Sans les avis enthousiastes des chroniqueurs, je n’aurais sans doute pas osé : je ne connais pas le réalisateur Leos Carax, sinon de nom, il y Marion Cotillard au casting et c’est de la comédie musicale moderne, tout ça sonnait l’alerte pour moi. Et j’avais entièrement tort.

On a donc une histoire super nunuche : deux grands artistes s’aiment d’un amour merveilleux, Ann la brillante soprano et Henry Mc Henry, le stand-upper super caustique. Elle est belle, lumineuse et fragile. Il est sombre et torturé. Ils sont riches et vivent dans une super maison improbable qu’on imagine dans les hauteurs de Los Angeles. Et ça va partir en sucette d’une manière que j’avais vue venir sans la voir venir.

Annette, c’est avant tout un film de cinéma, qui raconte avec des images, avec le montage, avec des couleurs. Qui fait ressentir plutôt que d’expliquer. C’est aussi une oeuvre qui ose des trucs que je n’avais jamais vu, jamais imaginé. C’est aussi une comédie musicale, sans danses, sans vraies « chansons » mais si quand même (la B.O. est incroyable à écouter après avoir vu le film), qui fait chanter les personnages dans des situations « normales » et originales, qui s’affranchit de tout réalisme mais qui n’abandonne jamais la vérité. C’est un hommage appuyé à l’opéra, la forme d’art la plus boursoufflée à mon goût, qu’il me donne envie de redécouvrir. Je n’aime pas tout, dans ce film, il fait des choix dingos par moment, mais ce qui se passe sous les yeux est curieusement fascinant.

Et puis les acteurs sont formidables. Et puis la musique. Et l’image… (ok, je suis fan)

 

Belle — Mamoru Hosoda

Retour au cinéma mentionné ici, car en sortant de la Panthère des neiges, nous avons découvert que le programmateur était fan d’animation japonaise et que nous pourrions y voir le nouveau film de Mamoru Hosoda en VO. Dont acte.

Et nous nous sommes installés dans les confortables fauteuils de la salle 2 pour nous prendre un grand bain de SF et de sense of wonder comme on en voit que rarement.

Belle n’est pas un film parfait, mais je n’ai pas envie de chipoter sur ses défauts. Le sujet, en deux mots: Suzu, une adolescente pleurnicharde, devient presque instantanément une méga-star dans le réseau social virtuel géant U sous le nom de Belle.

Dès les premières minutes, le film emmène dans une aventure visuelle et sonore complètement folle, rendant visible Internet, les réseaux sociaux et l’informatique d’une manière ébouriffante (ce que le réalisateur avait déjà fait dans Summer Wars, que j’avais adoré aussi). La scène où Suzu se connecte pour la première fois à U est faite avec un souci du vrai complètement fou, aussi bien dans le design des appareils (et même celui de l’URL de connexion !) que dans les interactions utilisateur à la beauté lumineuse.

Le film repose sur le contraste élégant, permis par l’animation, entre le monde virtuel et la « réalité », le petit coin de province japonaise, petit lycée, petite ville, restaurant de nouilles avec des tableaux sur les murs, ligne de bus en train de fermer, la gare… sans poser de discours simpliste sur cette dichotomie. Les réseaux sociaux sont à la fois invisibles et tout le temps présents, les accumulations de discours ont à la fois un effet violent et aucune importance (la scène de délire SMS parce que deux ados se sont tenus la main en public, transformée en scène de jeu vidéo de stratégie… dingue)

Le récit est, à la base, une comédie dramatique ado, ni plus, ni moins, très réussie. J’admire la capacité des scénaristes d’anime à me surprendre. Il y a bien plus, narrativement, dans Belle que dans bien des séries que j’ai regardées. Des surprises, des personnages qui sont différents de ce qu’on attend d’eux, des rebondissements, des gags idiots, des sous-récits dans les coins (le délire de l’artiste performer aux tatouages et de ses deux copines…). Element important : les personnages ne sauvent pas le monde, juste eux-mêmes (et c’est déjà pas mal).

Je passe aussi sur les références dont j’ai loupé sans doute les trois quarts. Disney, bien sûr, et toute une tradition du cyberpunk japonais (le film a pas mal d’échos avec mon préféré de Satoshi Kon, Paprika) et le reste de l’oeuvre de Hosoda (j’ai envie de revoir Summer Wars, autre comédie ado-réseaux sociaux). 

Là où Paprika est un récit psychanalytique, adulte et très sexuel, Belle est ado, énergique et positif. J’espère que ça s’entend : j’ai adoré.

La panthère des neiges – Marie Amiguet et Vincent Munier

3615 vivez ma vie : j’ai découvert que la petite ville à côté de mon village avait un cinéma et que ce cinéma avait des fauteuils ultra-confortables ! Larges, avec de l’espace pour les jambes, et des conditions de projection somme toute très bonnes.

Moitié zozos

Nous y sommes donc allés pour voir la Panthère des neiges. Parce que les relations avec les animaux sont un sujet qui nous intéresse. C’est donc un documentaire où un photographe animalier part au Tibet avec un écrivain-voyageur (une espèce française, je ne sais pas s’il en existe dans d’autres pays) pour tenter de voir-en-vrai la mystérieuse panthère des neiges. On les voit observer des bêtes à la jumelle, à la lunette, au super-téléobjectif de la mort. Dormir dans des super tentes décathlon. Marcher dans des paysages dingues. Ils papotent, aussi, de l’affut, de la vie, des hommes-qui-détruisent-tout, des Occidentaux-qui-pigent-rien. Dans ce blabla, de temps en temps, quelques idées intéressantes, mais trop souvent.

Moitié zanimaux

 

On voit aussi les animaux qu’ils voient. Les images sont belles, très léchées, avec un piqué de malade et des couleurs de folie. Moi, je n’aime pas tellement les animaux, mais c’est enchanteur de voir ses oiseaux, gazelles, petits chevaux, yaks sauvages, chats de Pallas, loups… Et la panthère, me demandez-vous ? Je ne vais pas spoiler. Je blague, mais rien que pour voir ces images super léchées de bêtes à peine dérangées par nos deux blablateurs, le film vaut le coup.

Considérons comme un projet anthropologique qu’au lieu de simplement voir les bestioles on voie aussi les types qui regardent les bestioles (l’expo Sauvages au musée d’histoire naturelle de Neuchâtel expliquait bien tout ça). Il nous a manqué de voir la dame qui filmait les deux hommes et dont la présence était implicite mais jamais éclaircie, cachant donc le contexte de la réalisation.

 

Mon image préférée du film (allez le voir pour comprendre pourquoi)

On aurait aimé aussi s’intéresser un peu plus aux vrais-gens qui vivent dans ce coin de Tibet, car il y en a, et on s’est demandé comment nos deux aventuriers escapistes au coeur pur ont convaincu les autorités chinoises de les laisser se promener.

Et enfin, si l’écrivain pouvait faire un peu moins de mots, de voix off et d’imparfaits du subjonctif, ça me ferait des vacances.

Même si je critique, ça reste un film très intéressant à voir.

 

Titane – Julia Ducournau

Hier soir, comme nous n’avons pas réussi à convaincre les enfants de regarder un film avec nous, nous avons décidé de regarder Titane, dont j’avais entendu dire qu’il n’était sans doute pas recommandé en dessous de seize ans. A raison. Je ne vais pas en dire grand chose, parce que c’est un film à voir, à ressentir, dont le résumé ne signifierait rien.

Vous pourrez aimer si vous aimez les films de David Lynch ou de Cronenberg et les récits apparemment absurdes qui ne trouvent leur logique que ce couplage de l’image, du rythme et du son qu’on appelle « le cinéma ». Moi, j’ai adoré.

Laissez-passer — Bertrand Tavernier

Années 40, encore. Je suis très en retard dans les chroniques de livres lus et films vus pour ce blog, alors je me concentre sur les productions en rapport avec le jeu de rôle, dans le but de livrer une série de références utiles pour futurs MJs intéressés par la période.

Laissez-passer est un film de 2002 qui nous parle de la vie du cinéma français pendant l’occupation. On suit deux personnages principaux, Jean-Devaivre, assistant réalisateur joué par Jacques Gamblin (et excellent cycliste) et Jean Aurenche, écrivain et scénariste, joué par Denis Podalydès que j’aime toujours autant.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les défauts du film : il est un peu long, et les deux fils narratifs (l’histoire de chacun des personnages) sont assez lâches et ne se rencontrent pas du tout, avec deux tiers de Devaivre et un tiers d’Aurenche. Le film est plus une chronique, une suite de scènes plus ou moins liées ensemble, qu’une grande histoire. 

Pour avoir vu récemment Capitaine Conan, du même Tavernier, je me demande s’il n’y a pas chez ce réalisateur une volonté, pour ses films historiques, de donner à voir la vie même, comme si on se glissait dans celle de ses personnages pour les accompagner un moment et les laisser une fois arrivés au bout de la pellicule, et eux continuent leur histoire tranquillement. C’est un choix artistique qu’on peut apprécier ou pas, pour ma part il ne m’a pas dérangé mais il fait de Laisser-passer une œuvre moins puissante et aboutie que le dernier métro, par exemple (je vous laisse juges de ce que ça dit de ma vision de ce que doit être une histoire).

Il n’empêche que Laissez-passer est un très bon film, déjà parce que c’est un film sur le cinéma, la manière dont il se fait, la manière dont on l’aime. J’y ai beaucoup appris sur le métier d’assistant-réalisateur. Les scènes de tournage, de constructions de décor, les actrices et scénaristes se rendant chez des trafiquants du marché noir pour échanger leur compagnie contre un peu de café, les tournages en périodes de pénurie, tout est remarquablement bien montré, jusqu’à une scène très puissante où Michel Simon fait une sorte de « grève du talent » quand il est en présence des officiels allemands de la Continental.

La reconstitution de l’époque est formidable, avec les restrictions alimentaires, l’absurde administratif, les morts tragiques, les arrestations, la vie quand même. C’est porté par des acteurs français dans ce qu’ils ont de meilleur, en commençant par Gamblin et Podalydès, mais en passant par tous les seconds rôles, féminins et masculins. Ces gens sont touchants et sont vrais. C’est du vrai cinéma qui donne envie d’aimer le cinéma, même cet étrange cinéma français des années 40.

Le dernier des six — Georges Lacombe

Nous avons regardé ce film de 1941 dans notre exploration du cinéma français sous l’occupation. C’est un film noir pas très sérieux. Six amis se font une promesse : ils vont tenter de faire fortune chacun de leur côté dans tous les coins du monde pendant 10 ans. Les survivants se répartiront la fortune de tous. Et bien sûr, à leur retour en France, ils meurent un par un.

Ca ne casse pas trois pattes à un canard, l’intrigue est assez simple mais les acteurs sont chouettes, notamment Pierre Fresnay et Suzy Delair qui jouent les mêmes personnages que dans l’assassin habite au 21 et c’est normal puisque l’assassin est en fait la suite de du dernier des six. On l’a regardé avec plaisir, tout en sachant que ce n’était pas immense.

A noter, d’improbables numéros de danse avec des girls très déshabillées, insérées parce que le récit se passe en partie dans un music-hall. On ne s’attendait pas à ça dans la France de Pétain !

Le dictateur – Charlie Chaplin

Après l’avoir vu lors d’une ressortie au cinéma au début des années 2000, nous avons voulu montrer le Dictateur aux enfants. 

Voir des films de Chaplin, c’est toujours plonger dans un univers artistique unique. Le Dictateur peut paraître horriblement daté, avec son humour zimboum, ses baffes dans la gueule, ses poursuites dérapantes, sa naïveté, ses personnages simples. Le canon détraqué se tourne pour poursuivre le canonnier, le dictateur éructe des phrases hachées crachant sur les Juden tout en faisant des grimaces et le savant fou essaie des inventions absurdes qui tournent tout le temps en désastre. C’est un film de sketches, au scénario flottant, situé dans une Allemagne de pacotille, un ghetto juif inventé en studio et pourtant c’est quand même bien. Il y a chez Chaplin un humour, une tendresse, quelque chose de doux et d’un peu ridicule. J’aime toujours voir ou revoir ses films. Chaplin est un clown, sorti du cirque pour tomber dans le cinéma (et moi, j’aime le cirque).

La fin où l’acteur casse le quatrième mur pour parler aux spectateurs, me bouleverse toujours.

Les enfants ont bien aimé.

Le cercle rouge – Jean Pierre Melville

Suivant les recommandations d’Alain Korkos, et parce qu’on avait beaucoup aimé l’armée des ombres, nous avons regardé le cercle rouge. L’article d’Alain Korkos explique très bien pourquoi c’est bien, je ne vais pas reprendre ses arguments, je suis d’accord avec tout.

C’est un film au scénario très simple, aux personnages tracés en quelques lignes, avec très peu de dialogues (à part une poignée de répliques, le film est compréhensible en entier sans savoir ce que les personnages disent), avec zéro rôle féminin (sinon des silhouettes sexy pour la figuration). Les acteurs y sont des présences physiques. Alain Delon porte la moustache, Bourvil joue un rôle sérieux (et il est formidable), Yves Montand est un tireur d’élite. Tout cela passe, et c’est même absolument formidable.

 

 

Le cercle rouge est une collection de sensations, toutes en lenteur, planantes, oniriques, dans un monde faussement réaliste où les bandits roulent dans Paris en voitures américaines, où un champ boueux de Bourgogne prend des allures de far-west et un restoroute devient un diner. Une histoire sur un fil, une fiction ne reposant presque que sur des codes, des personnages qui ne sont que des marionnettes comme si tout cela n’était qu’un rêve. Et surtout des couleurs, images qui bougent, des sons, des atmosphères… Une forme d’art unique. On pourrait appeler ça : le cinéma.