Mars Express

J’arrive un peu tard parce que ça fait plusieurs semaines que nous sommes allés voir ce film. J’ai été un peu influencé par les youtubeurs que je suis et je m’y suis rendu sans avoir vu beaucoup plus que la bande-annonce.

Globalement c’était très cool. Je n’ai pas tout aimé mais cette histoire de privé californien incarné par une femme cyber augmentée avec un assistant robot m’a bien plu. Les idées tech étaient bien rendues (j’ai adoré la scène où les personnages revoient les « derniers moments » de la jeune fille dans son école), certaines scènes d’action envoyaient du bois et le scénario contenait plein de bons moments. L’utilisation de l’animation, qui trouble la distinction humain-robot et la séparation image-monde réel, me paraissait totalement justifiée.

Je ne vois juste pas tellement ce que cette histoire avait à faire sur Mars – on n’y croit pas tellement – mais c’est plutôt anecdotique, si si.

Bref, c’était cool.

Un film d’animation japonais

Je suis allé voir hier soir un film d’animation japonais auquel je n’ai pas compris grand-chose. Alors je vais faire une chronique avec des mots dans le désordre.

Aiguiser (des couteaux)

Arc fait main

Canif

Cockpits d’avions

Couloirs courbes

Créateur

Escaliers en spirale

Feu

Fientes

Grands-Mères

Gros nez

Guerre

Héron

Incendie

Incompréhensible

Jeu de construction

Mère absente

Onirique

Pélicans

Perruches

Pierres funéraires

Portes

Repas

Tour

Le règne animal – Thomas Cailley

Vu au cinéma avec Cecci et Marguerite, et tout le monde a beaucoup aimé.

Ca commence comme un film français naturaliste presque caricatural avec une dispute père-ado dans une voiture coincée sur le périphérique où on parle de bouffe (de chips, en l’occurrence). Et soudain, il se passe quelque chose dans l’embouteillage, une étrange créature apparaît et le gars dans la voiture voisine, vitre baissée, soupire « quelle époque ».

Ce que j’ai préféré dans ce film : son ton, entre film fantastique-onirique, film de SF (une hypothèse saugrenue est généralisée à la France, au monde), chronique familiale… Le récit marche sur une ligne très fine et ne se casse jamais la figure, il est mené très sérieusement, les personnages sont traités avec amour et nous touchent tous.

La narration est exceptionnellement bien tenue. Pour un allergique comme moi au récit feuilletonnant (oui, moquez vous si vous voulez), voir un film de deux heures monté serré, où il se passe tout le temps des trucs, où les scènes sont coupées juste comme il faut, ça me fait plaisir.

Et le récit est atmosphérique, visuel, certaines images et scènes magnifiques me restent encore en tête (je ne spoile pas, ou à peine, celles&ceux qui ont vu comprendront) : le camion que la grue sort de l’eau, le père cherchant sa femme dans le supermarché en train d’être évacué, la fête de la Saint Jean, l’incroyable poursuite dans les champs de maïs… et l’acmé du film, scène de forêt sans parole qui m’a fait penser à un tableau de Jérôme Bosch.

Les créatures sont aussi très réussies, collages à la fois surréalistes et très incarnées, qui m’ont semblé rendre hommage à une certaine tradition de cinéma fantastique (j’ai notamment pensé à la belle et la bête, aussi bien Cocteau que Disney).

Les personnages sont aussi très beaux, avec des acteurs au top. Aussi bien le papa, que l’adjudante de gendarmerie (dont j’adore l’ironie à froid et le regard fatigué). Les personnages secondaires sont aussi très bien dessinés ; je pense à Naïma, la cuisinière (« j’aurais peut être dû chanter », à Fix, à Nina (« j’ai un TDA ») et au groupe de lycéens, big up à celui qui fait des AMHE (« venez voir mon combat »), grâce à eux et à la manière dont ils sont écrits et joués, le film parvient à la fois à être réaliste avec une petite touche sociale, souvent drôle et émouvant.

Le plus épatant est Paul Kircher qui joue l’ado, qui parvient à la fois être complètement abruti, touchant, bestial… Il m’a beaucoup touché.

Je repense encore à la scène où ils cherchent la maman, fenêtre ouverte en voiture, dans la nuit… 

Bref, c’était super.

Donjons & Dragons – l’honneur des voleurs – Jonathan Goldstein

Voilà un film d’aventures de fantasy, avec une imagerie kitsch, des grosses bastons, des acteurs honnêtes mais pas fous, un scénario reposant sur des ressorts habituels, de l’humour, de la bagarre, de l’humour encore et encore de la bagarre, de la magie qui fait boum, des créatures insolites, etc… Et des personnages aux noms franchement bof (si, si, pensez-y. Xenk le paladin, vraiment ?). Ca devrait être nul. Regardez la bande annonce pour vous en convaincre, vous avez déjà vu ça un paquet de fois, oui, oui.

On est allés le voir avec Marguerite, on a beaucoup rigolé et on en a beaucoup reparlé. Alors oui, partager un film au cinéma avec notre héritière, c’est déjà très précieux. Et ensuite, c’est assez difficile à expliquer, mais ce film est super.

Les lectrices et lecteurs de ce blog/carnet de notes culturel le savent depuis longtemps, le jeu de rôle est une des grandes affaires de ma vie. Et nous autres, les rôlistes, aimons en particulier certains films, qu’on qualifierait volontiers de « films de rôlistes » : qui mettent en scène une bande de personnages héroïques, un peu décalés parfois, qui échangent entre eux des blagues méta sur ce qui se passe et construisent des plans improbables qui parfois échouent – mettons Chevalier, ou les Goonies, ou Princess Bride, ou la série The Expanse… Je suis sûr que vous en trouverez plein d’autres dans vos mémoires.

D & D, l’HdV, a clairement la volonté de faire un film de rôlistes, c’est même un peu l’idée du truc. Les héros donnent l’impression d’avoir été créés par vos copains/copines du samedi soir dans un esprit de bon délire ensemble. L’histoire semble à la fois scriptée par le MJ et avoir des détours bricolés au fur et à mesure lors de ces moments d’impros où on rigole tous ensemble et/où une bonne idée a émergé. Disons que cette tablée de joueuses et joueurs a envie de faire de l’aventure, avec plein de bagarre et de décors insolites et grandioses, d’objets magiques spectaculaires, de monstres, de la romance (la scène entre Holga et son ex…) et que le MJ adore cabotiner en faisant le méchant. Durant la bagarre finale on croit entendre les joueurs crier autour de la table les actions de leurs persos pendant que le MJ lâche sur eux sort de niveau 7 sur sort de niveau 7.

Et tout ça crée un récit avec une grâce particulière. Au-delà des rebondissements réussis, du rythme énergique et des personnages bien campés par des acteurs qui font leur boulot (je n’aime pas Chris Pine, par exemple, mais son personnage marche très bien), D&D l’HdV est un film qui a su toucher le rôliste en moi et dire quelque chose de ce que j’aime quand nous nous racontons des histoires ensemble.

Après tout, le jeu de rôle est une des grandes affaires de ma vie.

Les trois mousquetaires – Martin Bourboulon

 Est-ce que j’aime les Trois mousquetaires ? Le roman, je veux dire. Oui, non, je ne sais pas. La première partie, l’histoire des ferrets, est assez rigolote. La deuxième partie, avec Constance, enlevée et Milady, méchante méchante, je suis moins preneur. Certaines scènes sont mythiques, d’autres tiennent moins la route, Dumas enchaîne traits de plume foudroyants et blasblas ennuyeux.

– Comment vous appelle-t-on, mon brave ? dit Athos.
– D’Artagnan, monsieur.
– Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan, en avant ! cria Athos.
– Eh bien, voyons, messieurs, vous décidez-vous à vous décider ? cria pour la troisième fois Jussac.
– C’est fait, messieurs, dit Athos.
– Et quel parti prenez-vous ? demanda Jussac.
– Nous allons avoir l’honneur de vous charger, répondit Aramis en levant son chapeau d’une main et tirant son épée de l’autre.

(là, on est plutôt dans la première catégorie)


Cette millième adaptation en film à grand spectacle offre quelques trucs intéressants : le sourire et l’énergie de François Civil en d’Artagnan. Des chevaux magnifiques, des épées, de la bagarre, des châteaux et des extérieurs magnifiques, des intérieurs qui envoient, un Vincent Cassel qui plante un bel Athos (trop vieux, mais bon). Et j’ai adoré Louis XIII, à la fois beau, fragile et indécis, de loin le meilleur personnage du film, et le plus nuancé. Anne d’Autriche est très bien aussi.

Il y a aussi quelques spectaculaires ratages. Trop de coups de flingue. Le filtre marron-dégueu-crado sur l’image. Porthos, insignifiant. Aramas, répugnant. Richelieu (le grand méchant evil guy, quand même) complètement raté et pâlot – Eric Ruf et moi devons être incompatibles. Buckingham est raté aussi, mais je n’ai jamais aimé le personnage, ni ici, ni chez Dumas. Milady bof bof, sauf quand elle se déguise en duchesse blonde pour bluffer d’Artagnan.

Le scénario, à la fois fidèle et prenant des détours (les Protestants, ha ha ha) ne m’a pas gêné. 

Tout ça se laissait regarder sans déplaisir.

OSS117, le Caire, nid d’espions — Michel Hazanavicius

Quelques mots sur ce film. C’est entièrement de la faute du podcast Une invention sans avenir que je l’ai regardé (écoutez ce podcast, c’est très intéressant !), j’en étais curieux depuis un moment. Je ne vais pas en dire grand chose d’intelligent : c’est très bien fait, la reconstitution d’un film d’aventures des années 60 est épatante. Pré générique en N&B, générique très graphique, nuits américaines, scènes de bagarre « à l’ancienne », belle image. Dujardin campe un personnage d’imbécile magnifique… mais je n’ai pas aimé.

Je crois que j’aime le concept. Que sur quinze minutes denses de ce genre, ça m’aurait plu, mais que le pastiche/parodie étiré sur 1h40 m’ennuie. J’avais envie de voir un vrai film d’aventures des 60s. Je ne m’y attendais pas, mais au milieu du visionnage j’ai eu envie d’interrompre et de regarder un vieux James Bond, genre Goldfinger ! (film revu il y a peu avec les enfants qui ont trouvé ça ringard, macho et assez très con, alors que je trouvais le film classieux, même au re-
visionnage.)

Interview with the vampire – Neil Jordan

J’avais vu celui-ci à sa sortie, deux fois. J’étais fan ! Et j’en gardais un souvenir d’un film classe, avec Tom Cruise vraiment très bon. (Tom Cruise est un de ces acteurs que je n’aime pas, comme Tom Hanks, ou Depardieu, dont je suis bien obligé d’admettre qu’ils se débrouillent souvent très bien.) On a eu la drôle d’idée de vouloir montrer interview… aux enfants. Après tout, le roman a révolutionné le récit de vampires et puis c’était vraiment notre trip quand on avait la vingtaine.

Trente ans après, qu’en reste-t-il ? La photo est super belle, les costumes « très classes » (dit Rosa), c’est plutôt bien écrit (si, si), Tom Cruise est effectivement très bon, et Kirsten Dunst, épatante dans ce rôle de gamine. La relation à la petite fille vampire est l’axe le plus dérangeant et le plus effrayant de ce récit et le personnage est beau et fait peur. Je n’avais pas noté à l’époque, parce que je ne connaissais pas ces ambiances, combien ce récit est du vrai Southern gothic, avec humidité moite et marais déliquescents. Et, en fait, j’aime encore plutôt l’histoire que ça raconte, cette angoisse de gens plongés dans la nuit – la visite de Louis au cinéma, à la fin, m’a vraiment ému.

Pour ce qui est des limitations : le vampirisme comme allégorie/métaphore sexuelle, je n’y arrive plus. Je sais que c’est, en quelque sorte, à la base du genre, mais ça ne me parle plus du tout. Le film est super lourd sur cet aspect : les filles poussent des gémissements orgasmiques quand on les mord, Louis et Lestat sont un couple gay, les vampires parisiens un club de violeurs en série, la prédation vampirique s’exerce surtout sur de belles femmes avenantes… Et, en passant, le film ne passe pas le test de Bechdel.

Je ne renie pas, j’ai aimé le revoir et le moi d’il y a trente ans aimait beaucoup et ce film, et les (deux premiers) romans d’Anne Rice qu’il a lu plusieurs fois, et j’ai joué des histoires de vampires. Mais maintenant ça ne me parle plus du tout. On vieillit, c’est comme ça.

« C’était à la fois ridicule et dégoûtant. J’ai vraiment préféré Twilight« , dit l’une de nos jeunes spectatrices. Argh.

Alien — Ridley Scott

Dans notre tentative de faire découvrir des classiques à notre descendance, voici Alien, vu avec Marguerite (Rosa n’avait pas envie d’avoir peur). J’ai revu ce classique un avec un très grand plaisir : c’est beau, bien écrit, fait avec amour jusque dans les petits détails, et j’ai de nouveau accroché à l’histoire. Marguerite (14 ans) a elle aussi beaucoup aimé, notamment la qualité des personnages et le fait qu’il n’y ait « pas d’histoire d’amour entre les membres de l’équipage ».

The Irishman — Martin Scorsese

 Martin Scorsese est vieux. Robert de Niro est vieux. Al Pacino est vieux. Joe Pesci est vieux. Martin fait revivre le monde de little Italy et des gangsters en rajeunissant numériquement tous ces gens, puis en les emmenant vers la vieillesse et la mort. C’est parfois marrant au début et ça devient long et sépulcral. Ca m’a plu quand même. Plus le temps passe, plus Sheeran l’Irlandais, joué par Bob de Niro, a un air de Droopy dépressif. On comprend que sa famille lui fasse la gueule.

J’ai appris plein de truc sur l’histoire du crime et des US, et qui était Jimmy Hoffa. La balade valait le coup.

In the mood for love — Wong Kar Wai

Je me rappelle avoir eu un peu envie de voir ce film à sa sortie, puis il a sombré dans la liste immense des films jamais vu. Une coïncidence et une rencontre nous l’ont rappelé et nous l’avons regardé.

Suite l’épisode 12 du podcast « une invention sans avenir » (écoutez-le ! J’espère que ça vous intéressera autant que moi), consacré à la critique, je ressens une certaine vanité à tenter de dire des choses de ce film.

Nous avons beaucoup aimé et c’est très beau.

Un homme et une femme s’aiment (peut-être ?) dans le Hong Kong des années soixante. La lumière est trouble, parfois verdâtre, teintant les doigts qui effleurent les cigarettes. Les espaces sont exigus, quasiment tout se passe dans des couloirs, des escaliers. Monsieur Chow écrit en amateur des feuilletons wuxia. Madame Chan fait bonne figure, et elle porte pour chaque scène une robe qipao différente, mais à chaque fois très très belle. Quand elle marche, ses pieds se posent sur une ligne. Il y a du montage et de la musique, tout s’agence merveilleusement, les dialogues plein de sous entendus, les ellipses temporelles, les lumières sur les visages sérieux des personnages, la fumée des cigarettes.

Si vous aimez le cinéma, cet art avec des gens qui bougent sur un écran, ce film pourrait vous plaire.