Les lumières du faubourg

© Pyramide Distribution

Hier soir, c’était à mon tour de choisir le film et, sur une impulsion et sur le bon souvenir de l’homme sans passé nous sommes allés voir Les lumières du faubourd.
Sur le papier, l’histoire est assez glauque : un vigile, au caractère assez rude, à l’intelligence réduite et au regard de bon chien se retrouve manipulé par des gangsters pour se faire accuser d’un cambriolage. Tout cela dans les nuits finlandaises, la ville d’Helsinki (qui me paraît fort laide), au milieu de gens pas très gentils et peu causants.
Mais chez Kaurismaki, l’intérêt n’est pas là. Tout ce qui pourrait paraître laid, minable, foireux, le réalisateur le film avec beaucoup de poésie et d’humour. Les grues, les bars glauques, les arrière-cours, les interminables crépuscules finlandais gagnent ainsi une beauté paradoxale qui me touche beaucoup. Les couleurs du film sont chaudes, vibrantes, les angles souvent arrondis, les décors un peu étranges, un peu décalés et les personnages ont tous des têtes étonnantes, bizarres, belles dans leur bizarrerie.
Et ainsi, j’ai passé 1h20 (vivent les films courts!) en compagnie de ce drôle de type amoureux qu’est le vigile Koistinen.

Nausicaa

Nous avions finalement renoncé à aller voir « Pirates des Caraïbes 2 », suivant en cela les conseils de l’autre Alex. Et nous sommes allés voir Nausicaa. Je l’avais déjà regardé avec avec tout un groupe d’amis, sur un petit écran lors d’une soirée où on ne savait pas quoi faire. Et certes, j’avais été séduit, mais pas tant que ça. Je trouvais l’histoire affreusement compliquée, le dessin un peu confus. Normal, je le sais maintenant : c’est un film de cinéma. Avec de grandes images et une grande histoire faites pour être vues en grand.


Nausicaa est un très beau film, un des meilleurs de son auteur. Je ne vais revenir sur l’histoire, les aventures du studio Ghibli, le rapport avec le manga, les thèses écolo, beaucoup (par exemple ici…) racontent tout ça mieux que moi. Je vais plutôt parler de ce que j’aime chez Miyazaki.
Chaque fois que je vais voir un de ses films, notamment au cinéma, je suis captivé comme un gamin. J’accroche à l’histoire, j’ai cette délicieuse certitude littéraire de savoir qu’il va se passer des centaines de choses palpitantes, que je vais voir des personnages intéressants prendre des décisions intéressantes…
Pour moi, une des grandes limites de la forme cinématographique est la pauvreté narrative : que peut-on bien raconter pendant deux heures? A peu près le contenu d’une nouvelle, le plus souvent. Chez Miyazaki (et chez d’autres auteurs, trop rares), je trouve le contenu d’un roman.
Dans ses films, les rebondissements me surprennent, les clichés sont esquivés ou contournés avec élégance, les personnages « méchants » sont finalement humains, les armes invincibles venues du passé tombent parfois en panne, des personnages sympathiques peuvent mourir tout soudain et quand tout se termine, tout n’est pas parfaitement résolu, loin de là.
Que c’est bon de voir des personnages ne pas se comporter comme des imbéciles à cause de conventions scénaristiques : de voir des stormtroopers (ou assimilés) NE PAS se jeter par centaines contre un ennemi invincible, mais plutôt choisir de fuir… De voir un méchant s’en tirer vivant à la fin. De voir la découverte scientifique qui peut changer le monde ne pas changer le monde en cinq minutes (et n’être pas comprise)… (ceux qui ont vu Nausicaa comprendront)
Dans les mondes imaginaires de Myazaki, les hommes restent des hommes et ne deviennent pas des pantins stupides. Ce sont donc des mondes auxquels je peux croire, dans lesquels je peux rester à vivre après la fin du film, dans lesquels je suis heureux de retourner.

[Illustration : © Buena Vista International]

King Kong






Après avoir vu sur Internet la bande annonce du film de Peter Jackson, dont l’atmosphère « pulps » m’a séduit, j’ai regardé en DVD le film original, de 1933.
C’est un chef d’oeuvre !
Un pur bonheur d’aventures « Pulps » : une carte au trésor, un mystérieux cargo, un producteur de cinéma sans scrupules, des indigènes sauvages, un marin viril, un cuisinier chinois, des dinosaures… Et la belle ! (Fay Wray) Et la bête ! (Kong)
Concernant l’histoire, que ceux qui pensent la connaître se ravisent. King Kong n’est pas un film de monstres kitsch mais c’est un film d’aventures, d’exotisme, et une belle histoire d’amour tragique. Le scénario, avec son film dans le fillm, en fait une vraie histoire de cinéma.
Les effets spéciaux sont essentiellements faits avec des marionettes, animées en image par image, qui donnent des images parfois un peu sombres, parfois un peu saccadées… mais très poétiques. Les monstres en général, et Kong en particulier ont été conçus, puis animés avec un véritable amour. La gestuelle de Kong est pleine de ces petits détails touchants qui font les grands animateurs. Alors oui, les effets spéciaux sont datés, mais ils ne sont pas « cheap ».
Parmi les acteurs, j’ai adoré le personnage cynique et enthousiaste du producteur/réalisateur (Carl Denham, joué par Robert Armstrong) et bien sûr Fay Wray est magnifique : évaporée, sensuelle, fragile, troublante. Elle dégage un charme érotique auquel personne (dans le film, bien sûr) ne reste indifférent.

La King Kong Homepage contient, dans la FAQ ou ailleurs, de nombreuses informations fascinantes.
Saviez-vous, par exemple, que la RKO avait commencé à produire un film d’aventures nommé « Creation », où des sous-mariniers affrontaient des dinosaures sur une île sauvage ? Le projet, trop onéreux, a été abandonné et King Kong a été tourné en réutilisant les maquettes et éléments qui avaient déjà été construits.
La scène où Kong jette les marins dans le gouffre en agitant le tronc, suivie de celle du combat contre le T-Rex, ont été tournées pour convaincre les dirigeants de la RKO de faire le film. Ils ont été séduits.
Le film est ressorti sur les écrans plusieurs fois après 1933, souvent assombri (pour paraître moins gore) et censuré. Kong ne piétine plus les marins, il ne jette plus dans le vide la pauvre femme arrachée à son sommeil dans l’hôtel, il n’effeuille plus Fay Wray… La version du 60ème anniversaire (dispo en DVD) a heureusement restauré ces scènes, qui, pour moi, montrent que le cinéma des années 30 n’avait rien à envier au cinéma plus contemporain pour ce qui est de la violence et de l’érotisme.

La plus belle histoire liée à Kong (à mon humble avis) est celle du destin du « Great Wall », le grand mur barrant l’île sur lequel s’agitent les indigènes. Il avait bien sûr été bâti pour le tournage (comment, en quels matériaux?, je l’ignore…) et donc a souvent été réutilisé pour d’autres films, après avoir été un peu aménagé, bien sûr.
Il a connu une fin violente en 1938, après avoir été transformé en « mur » de maisons sudistes : Victor Fleming l’a fait brûler (avec d’autres) pour reconsituer le grand incendie d’Atlanta dans « Autant en emporte le vent ». Un mythe en rejoint un autre…

Conan chez l’Autre Alex

« Crom, I have never prayed you before…. »

J’ai vu Conan The Barbarian en grand format et en VO pour la première fois de ma vie dimanche dernier.

Jusqu’à maintenant, je n’avais regardé mon film préféré que sur des VHS pourries, en VF.
« Qu’est-ce qu’il y a de mieux dans la vie, Conan? »
J’écoutais la musique à fond sur mon walkman en poussant la wheel of pain dans de grands bruits de chaînes. Et je chargeais en plein galop sur les choeurs de Basil Polédouris dès qu’une occasion de bataille se présentait…

L’Autre Alex , chez qui nous l’avons regardé, disait que redécouvrir ainsi un film qu’on aime pouvait briser le mythe, l’image qu’on s’en était faite. Remarque qui me concernait tout à fait : je connais « Conan » par coeur, en imagination en tout cas. En fait, je ne l’avais pas revu depuis des années.

J’ai donc été obligé de voir que oui, c’est vrai, Schwarzenegger était un gros culturiste épais qui tient son épée n’importe comment, et d’admettre que Subotaï était le copain de surf de John Milius. Et puis le film a un discours un peu facho et anti-hippies pas très fin et quelques gadgets ‘années 80’ vraiment de mauvais goût (la réapparition de Valeria, par exemple…).

De plus, notre hôte nous a fait écouter les commentaires du film par John & Arnold, themselves… Commentaires qui oscillent entre l’idiotie totale et l’aberrant, avec quelques moments à hurler de rire quand ce gros bêta d’Arnold se met à raconter l’histoire alors que John tente de faire sentir sa vision…

Seule la musique de Basil Polédouris, qui porte le film, ne se montre jamais décevante.

Mais j’aime Conan, et l’oeuvre de Robert Howard en général. Je me sens depuis longtemps une immense sympathie pour « Two Gun Bob », garçon mal dans sa peau et mal dans son monde, qui a couché sur le papier tant d’aventures sauvages.
Ce qui fait la différence entre les textes d’Howard et ceux de tous ses imitateurs c’est que Howard croyait profondément à ce qu’il écrivait. Il évoque lui-même ces instants où la grande ombre de Conan se penchait sur son épaule pour lui dicter ses aventures. Howard voyait le monde en noir et rouge, plein de spasmes de fureur, de forces ténébreuses et incompréhensibles…
Face à ces forces, des hommes se tiennent. Non, pas des dieux, pas des géants, mais des hommes, de simples hommes, qui par moment arrivent à faire reculer la mort et triompher la vie.

Voilà pourquoi j’aime le film, malgré ses outrances et son mauvais goût : c’est un film sans second degré, qui ne se moque ni de lui-même, ni du spectateur. Un film qui croit à Conan, au Conan de Robert Howard. On sent dans le film le souffle de l’aventure, le monde très ancien, les civilisations disparues qui dorment dans la terre, tous ces os des héros morts sur lesquels nous marchons.
Aucun autre film d’heroic fantasy ne m’a jamais paru aussi authentique, aussi complètement cohérent, aussi intègre. Le réalisateur n’a-t-il pas fait construire l’immense escalier de Thulsa Doom ?

Et le film, à chaque fois, emporte mon adhésion par son image finale. Roi, par ses propres mains.


Know, oh prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the years of the rise of the Sons of Aryas, there was an Age undreamed of, when shining kingdoms lay spread across the world like blue mantles beneath the stars /…/ Hither came Conan, the Cimmerian, black-haired, sullen-eyed, sword in hand, a thief, a reaver, a slayer, with gigantic melancholies and gigantic mirth, to tread the jeweled thrones of the Earth under his sandalled feet.

The Nemedian Chronicles, as quoted in The Phoenix on the Sword (1932), by Robert E. Howard.